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tacle ! La plus riche de ses constructiens, celle qui a pris la place de ce temple sans pareil, dont l'Eternel avait luimême dressé le plan, vous montre ses parvis silencieux et déserts, où de chétives touffes d'herbes à moitié brûlée par les rayons du soleil ont pris racine dans les fissures du marbre, et l'édifice lui-même vous laisse voir les cornes du croissant à la place des rayons lumineux de la Croix ; on dirait la fourche de Satan, comme les peintres nous le représentent souvent, qui veut l'emporter sur le signe de la rédemption du Calvaire. Tout autour des remparts, ce sont des champs de mort, des tombeaux ; la vallée de Josaphat en est remplie, le mont Sion lui-même, à côté du terrain qu'à fouillé la charrue sur les ruines de construc: tions anciennes, vous montre une forêt de pierres tumnlaires, Vigoureuse végétation, verdure réjouissante, promettantes moissons, rien de tout cela pour reposer le regard ; des montagnes aux arrêtes pierreuses, des plateaux dénudés, des constructions que le temps achève de faire disparuître, voila ce qui les a remplacées. Ici, ce sont des torrents qui ont rongé la pierre pour se frayer d’étroites et profondes issues à parois sombres et infranchissables ; là ce sont des plateaux où de chétifs arbrisseaux manquant de sève, paraissent à peine jouir de la vie; et au delà, creusée dans les monts, c’est la mer Morte, lac de plomb fondu, sans flots ni rides, qui réfléchit silencieusement les rayons ardents du soleil, sur les montagnes pierreuses qui l'entourent.
Toute activité semble éteinte ici. Aucune de ces hautes cheminées qu’exige l’industrie, nul bruit de mécanismes comme on en entend partout ailleurs ; tout semble mort, silencieux ; c’est un voile, une couronne de deuil qui pèse sur la ville !
Mais cette couronne de deuil n'est-elle pas en harmonie avec la ville déicide ? N'est-ce pas pour pleurer, en baisant les marches du Golgotha, que le pèlerin traverse lesmers et escalade ces monts? Que lui importe la riante nature ? il ne vient pas la chercher ici; elle lui ravirait en partie les douces émotions qu'il y vient savourer. Il se complait dans sa douleur, dans ce silence,
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dans cette absence de tonus les charmes matériels de la vie. Le Calvaire a pour lui un langage qu'il sait comprendre, 11 s’isole pour pleurer, et ses larmes lui sont d'autant plus chères qu’elles sont incomprises de ceux qui l'entourent. C'est avec satisfaction qu’il reconnait pouvoir répéter avec vérité ces paroles du ch&utre des lamentations : * La maîtresse des nations est devenue comme une veuve ; la reine des cités est tributaire! Les chemins de Sion pleurent, par ce qu'on ne vient plus à ses solennités, Ses prêtres gémissent, ses vierges sont désolées ; elle est plongée duns l’amertume.” . Comme au temps de Nabuchodonozor, ces paroles de Jérémie ne peuvent peindre plus exactement l'abandon, la pauvreté, l’abaissement de la ville artuelle,
Que le touriste aille chercher la belle nature dans les forêts vierge de l'Amérique; qu'il aille admirer ses gigantesques merveilles à Niagara, sur les Alpes, au Vésuve, sur l'Amazone ; qu'il aille mesurer le génie de l’homme à 8, Pierre de Rome, à Giseh, au S. Gothard, pour lui, chrétien, il vient au lieu de l’expiation suprême, en pèlerin véritable, pour comprendre la justice de Dieu, sonder l'abyme de son amour, verser des larmes sur ses souffrances, noyer ses iniquités dans la source des expiations, et comme Rachel pleurant ses enfants qui ne sont plus, il ne veut pas être consolé, par ce que trop poignante est sa douleur et trop juste en est la cause.
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Le Cheinin de la Croix dans les rues de Jérusalein.—La procession au Saint-Sépulcre.
Dans l'après midi, toujours guidés par le Fr. Liévin, nous allons faire le Chemin de la Croix dans les rues de la Ville Sainte, c’est-à-dire que nous parcourons les rues mêmes que Jésus, chargé de sa Croix, suivit en se rendant au Calvaire, nous arrètant à chaque station, pour méditer un instant sur le mystère qui en fait le sujet.
Nous nous rendons d'abord directement au prétoire de Pilate, sur la rue qui porte aujourd’hui le nom de Voie Douloureuse, en passant devant S. Sauveur, comme nous l’avions fait pour nous rendre au consulat français.
L'emplacement de la tour Antonia, qui était la résidence du gouverneur Romain, et du prétoire où il rendait la justice au peuple, est actuellement occupé par un corps de garde turc.
C'est dans cette cour, qui était autrefois le parvis faisant face au palais de Pilate et où était dressé le tribunal sur lequel il siégeait lorsqu'il rendait la justice, que le vendredi matin, Jésus, après l'horrible nait qu’il venait de passer en butte aux horreurs auxquelles se livrèrent les soldats des grands prètres Juifs sur sa personne, les mains liées comme un criminel, fut traduit devant le gouverneur romain pour obtenir la ratification de la sentence de mort que le sanhédrin ou Conseil des Juifs avait prononcée contre lui. Cette ratification leur était indispensable, car depuis la domination Romaine, les Juifs n'avaient plus le pouvoir de condamner à mort
La foule qui suivait le sinistre cortège, et dans laquelle se trouvait plusieurs prètres et des membres du Sanhédrin, péné-
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Coupables du plus inouis des forfaits, de la plus révol. tante injustice, les princes des prêtres craignent de se souiller par une faute légale! (Ces juifs prévaricateurs n'ont-ils pas aujourd’hui de fidèles imitateurs dans la personne des librespenseurs, athées, impies, à la tête de ces gouvernements qui parlent encore d'honneur, de respect aux lois, en même temps qu'ils refusent leur soumission au Créateur même, qu'ils révoquent en doute son existence et foulent aux pieds, sans pudeur, Les lois les plus sacées de la justice, du droit et du devoir ?
—De quel crime accusez-vous cet homme, demanda Pilate ?
On avait passé la nuit tout entière à entendre des faux témoins contre Jésus, et l’on n'avait pu le reconnaître coupable d'aucune action blâmable. La foule donc ne savait que répondre, lorsque quelqu'un s’avisa de crier :—Si ce n'était un malfaiteur, nous ne vous l’aurions pas amené,
Pilate, piqué de cette réponse hautaine, répondit :—Eh 1! bien, prenez-le vons même, et jugez-le suivant votre loi.
Mais le parti des Juifs était déjà pris, ce n’était pas la justice qu'ils venaient réclamer de Pilate, mais désirant une condamnation capitale, ils voulaient l'obtenir par n'importe quel moyen ; aussi répliquèrent.ils :—Vous savez bien qu'il ne nous est pas permis de faire mourir personne.
Pilate rentra alors dans le prétoire, et y fit venir Jésus pour l'interroger. |
Le prétoire où Pilate rendait l4 justice était élevé de 28 marches du lithostrotos ou pavé de pierre où se tenait le peuple. C'est cet escalier que Jèsus monta, qui a été transporté à Rome, pierre à pierre, et où on le vénère encore aujourd'hui, près de S. Jean de Latran. Tous les fidèles se font un pieux devoir de monter à genoux cet escalier, que Jésus monta et descendit plusieurs fois et où l’on voit encore quelques traces des gouttes de son sang.
Pilate, seul avec Jésus, lui demanda donc :—Etes-vous le roi des Juifs ?
Jésus lui répondit.—Dites-vous cela de vous-même, où si
d'autres vous l'ont dit de moi ?
‘846 DB QUÉSAO A JÉRUSAIÆM
—£Etque m'importe à moi ? Je ne suis pas Juif. Ceux de votre nation et les princes des prêtres vous ont livré entre mes mains ; qu'avez-vous fait ?
—Mon royaume n'est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour m'em. pêcher de tomber entre les mains des Juifs. Mais mon royaume n’est pas d'ici, et ceux qui portent la couronne n’ont rien à redouter de mes tentatives,
—Mais vous êtes donc roi ?
— Vous le dites, je le suis. (C’est pour cela que je suis né et que je suis venu dans le monde, afin de rendre témoignage à la vérité ; quiconque aime la vérité. écoute ma voix.
Pilate intrigué et ébranlé par cette réponse, repartit : —Mais qu'est-ce que la vérité ?
Et sans attendre de réponse, il sortit sur le portique pour dire à la foule :—Mais je ne trouve en cet homme aucune cause de mort.
Les clameurs de la foule à ces mots redoublèrent de fureur :—Il pervertit notre nation, empêchant de payer le tribut à César ; 1l soulève le peuple, enseignant dans toute la Judée, depuis la Galilée jusqu'ici.
—N'entendez-vous pas ce que ces gens là disent, dit Pilate à Jésus ?
. Mais Jésus ne répondit pas un seul mot.
Ce silence, cette paix inaltérable jeta le gouverneur dans l'admiration, et l'innocence de Jésus lui parut plus évidente que jamais. Le zèle des Juifs pour le tribut à payer à César, n'était qu'un stratagème dont il pénétra sans peine l'intrigue. Mais il ne savait comment sauver l’innocent, sans en même temps exaspérer les accusateurs qui auraient pu ensuite l’accuser lui: même à Rome. Le nom de la Galilée prononcé par la foule fut pour lui un trait de lumière.
Hérode, tétrarque de la Galilée, et par conséquent souverain naturel de Jésus, était alors à Jérusalem, rien de plus cile de se tirer de l'embarras où il se trouvait, qu'en lui
énvoÿant cet accusé.
Les légionnaires conduisirent donc Jésus suivi de la foule,
au palais d'Hérode, situé à l'angle nord-6st du mout Sion, en face du Temple.
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