‹ De Québec à Jérusalem [microforme]Chapitre 47 sur 94 · ML US · texte numérisé non relu

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s’y succèdent presque sans interruption tout le long du jour, Ce temps nous parut bien le plus propice à la méditation, mais sentant le sommeil nous gagner, nous remîmes à quelques heures à y revenir pour mettre de nouveau le Sauveur dans son tombeau.

Il me sembla qu’il y avait à peine une demi-heure que je sommeillais, lorsque je fus réveillé par le chant mille fois répété des kyrie eleison des Grecs ; et de ce moment, il ne fut presque plus possible de dormir. C'étaient des chants sur tous les tons et parfois un vacarme à réveiller des morts. Ces schismatiques n'ayant pas de cloches, ils les remplacent par des pièces de bois ou de métail suspendues, qu'ils frappent à coups redoublés avec des maillets de bois. On en obtient ainsi un son formidable et des plus étranges.

Il avait été convenu que M. Fresnais dirait la 1ère messe aussitôt l'office des Franciscains terminé, M. Gautheron la deuxième, et moi la troisième.

Les Franciscains ont seuls le droit de célebrer là, tous les jours, une grand’messe et une autre basse, les G'ecs et les Arméniens ne peuvent y faire qu’un seul office chaque jour.

Il était près de cinq heures, lorsque je pus commencer le saint sacrifice. L'un de nos pèlerins, M. Dagès, me servait, et deux autres qui désiraient aussi y recevoir la sainte communion se tenaient près de la petit: porte dans la chapelle de l’'Aunge.

Sur les trois côtés du saint tombeau O. N. et E. règne à une hauteur d'environ 3 pieds une coruiche dans Le revêtement de marbre qui recouvre le mur. C'est sur cette corniche que Von appuie une table sur laquelle où célèbre et qu'ou enlève aussitôt après.

Dire ce que l'on éprouve quand on se trouve là seul avec son servant pour y célébrer les saints mystères, est plus aisé à imaginer qu'à définir. Je suis ici pour ainsi dire seul avec mon Dieu, ici dans le lieu le plus saint de la terre, ici où reposa pendant trois jours le corps inanimé de mon Sauveur, Ici, sous cette table, Le roc qui lui sert d'appui a porté le saint corps de mon Dieu, a reçu l'empreinte de ses membres sacrés que la malice des hommes avait si affreusement déligurés. Ce tombeau est vide depuis longtemps, et moi, pauvre pèlerin veau d'Amérique, je vais, comme Joseph d'Arimathie, lui

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DE QUÉBEO À SÉRÜSALEM 315

donner encore sa victime. Oui! en vertu de ce pouvoir de prêtre qu'un Dieu seul pouvait me donner, je vais prononcer ces merveilleuses paroles sorties de sa bouche sacrée : ceci est mon corps, ceci est mon sang, et le corps et le sang de Notre- Seigneur Jésus-Christ, vont de nouveau reposer sur cette pierre. Cependant ce ne sera pas comme la première fois avec les livrées de la mort, mäis avec les insignes de sa victoire sur la mort, avec toute la gloire de sa résurrection.

Dire les pensées qui assiègent l’Ame dans un tel lieu et dans un tel moment est impossible. On se sent plus près de Dieu, cependant l'émotion est si vive qu'on ne sait plus que demander, Que de personnes qui me sort chères il me faudrait présentement rappeler à mon souvenir, pour participer aux faveurs que le Ciel, il me semble, m'a appelé ici pour me les dispenser. Je ne sais que lui demander pardon des péchés de toute ma vie, pour les ensevelir dans ce saint tombeau, et lui offrir un memento pour tous ceux qui me sont alliés par le sang ou l'amitié, et je m'abandonne entièrement à savourer les expressions de la sainte liturgie pour fixer mon attention et soutenir ma dévotion.

Bien que ce soit aujourd’hui le vendredi de la 4e semaine du carême, par un privilège spécial, c’est la messe de la Résurrection que l’on célèbre ici.

Resurreæi et adhuc sum tecum, alleluia ; je suis ressuscité et je suis encore à vec vous : louez Dieu.

Confitemini Domino quoniam bonus: quoniam in sœculum misericordia ejus : Louez le Seigneur parce qu’il est bon et que sa miséricorde s'étend dans tous les siècles,

Christus innocens Patri reconciliavit peccatores : Le Christ innocent a reconcilié les pécheurs avec son Père,

Dic nobis Maria, quid vidisti in via? Sepulcrum Christi viventis et gloriam vidi resurgentis : Dites-nous, Marie, ce que

"vous avez vu dans votre course ? J'ai vu le Sépulcre du Christ P

vivant, et la gloire de sa résurrection,

Et moi aussi je le vois ce sépuicre du Christ vivant, j'y suis actuellement renfermé, et la gloire de sa résurrection brille aujourd’hui aux yeux de toutes les nations.

Qu’elles parlent vivement à l’Ame ces paroles de la sainte liturgie, lorsqu'on les répète sur les lieux mêmes où elles ont eu leur accomplissement 1...

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Après avoir déposé les ornements, je retournai encore au S. Sépulcre pour y faire mon action de grâces. On avait déjà enlevé la table qui sert d’autel pour rendre au saint lieu sa physiononie ordinaire, J'étais seul avec les trois pèlerins qui venaient de recevoir la sainte-communion, et le silence règnait encore dans tout l'édifice. Mais il y avait à peine quelques minutes que nous nous abandonnions à notre dévotion, que les portes de la basilique étant ouvertes, nous fûmes envahis par une légion de schismatiques qui se pressaient tellement les uns les autres, que nous ne pûmes qu'avec grand peine traverser leur masse pour nous retirer.

Vers les huit heures, toujours guidés par le Frère Liévin, nous partons pour notre excursion au mont des Oliviers,

Nous nous rendons comme la veille à la porte St. Etienne, et l'ayant franchie, nous suivons la route droit en face de nous pour traverser la vallée de Josaphat ; nous descendons jusqu’au torrent de Cédron, que nous trave:sons sur un petit pont en maçônnerie ; le torrent est aussi à sec en cet endroit comme nous l’avions vu la veille un peu plus bas,

A une soixantaine de pas de l’autre côté, lorsqu'on com. mence à peine a gravir la pente du mont des Oliviers, on voit à gauche, une impasse se terminant par le portail d’une église se dégageant à peine du flanc de la montagne. Cest l’église de l’Assomption de Marie, là où reposa son corps pendant quelques jours, et là aussi où Ste Anne, $. Joachim et S. Joseph eurent également leur sépulture,

Cette église appartient à toutes les sectes schismatiques qui habitent Jérusalem, grecs, arméniens, cophtes, abyssins et syriens. Seuls les catholiques en sont exclus, bien que seuls ils auraient droit de s’y trouver. Quelle consolation ne serait.ce pas pour nous, si, après avoir célébré sur le tombeau de Jésus, on pouvait ensuite célébrer sur le tombeau de sa sainte mère. Mais cette faveur ne peut encore nous être accordée,

Le portail de l’église, au milieu duquel s'ouvre l'unique porte qui y donne accès, est précédé d’un parvis qu’on atteint après avoir descendu quelques marches. La porte qui es! ceintrée en ogive, e:t ornée de moulures nombreuses en

. marbre, ne présentant cependant rien de bien remarquable.

L'église que l’on voit aujourd’hui est entièrement souterraine ; elle fut bâtie par Ste Hélène et Constantin, et n'a été que restaurée par les croisés dans sa partie extérieure. Une

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église supérieuse, se terminant par une rotonde, s'élevait autrefois sur l'église actuelle, mais ayant été détruite, elle ne fut point reconstruite.

Aussitôt la porte franchie, on descend un large escalier de 38 marches pour parvenir sur le pavé même de l’église. A la 21e marche, on voit à droite une petite chapelle avec deux autels, l’un est sur le tombeau de Ste Anne et l’autre sur celui de S. Joachim. Presque à la même hauteur à gauche, une autre petite chapelle renferme le tombeau de S. Joseph, avec celui de Siméon suivant quelques uns. Ces deux petites chapelles, ainsi qu’un autel qu’on trouve à droite immédiatement au bas de l'escalier, appartiennent aux Grecs.

L'église forme une croix latine d'environ 66 pieds de longueur sur 25 de largeur, le corps principal se terminant à chaque extrémité par une abside.

Le milieu du transept est entièrement libre, mais un peu à gauche se trouve une fontaine commune aux diverses dénominations, et peu en arrière de cette fontaine, du côté du N, est l'autel des Cophtes qui occupent seuls cette partie de la nef.

Au moment où nous pénétrons dans cette église, nous la trouvons occupée par une assistance assez nombreuse, deux offices s’y faisant en même temps, celui des Arméniens et celui des Cophtes. Certains groupes d’assistants occupant les marches du grand escalier furent même obligés de se lever pour nous livrer passage. Parvenus sur le pavé, nous hésitons un instant pour continuer notre visite, mais comptant ensuite sur le sans gêne ordinaire des orientaux et sur le peu de décorum qu'ils mettent dans leurs cérémonies, nous nous ouvrons un chemin à travers la foule, passons à travers thuriféraires et autres servauts au pied des marches de l'autel, Arménien où officiait un patriarche avec une couronne d'or sur la tête, pour parvenir au tombeau même de Marie qui se trouve à droite du transept, vers le milieu de cette nef, et auquel est adossé l’autel même des Arméniens où se faisait la célébration.

Diacres, servants avec leurs habits en drap d’or ou leurs tuniques blanches, nous lancent de toute part des regards de Curiosité, mais sans aucune manifestation de mécontentement Où d'opposition à notre intrusion. Il n’y eut pas jusqu’au pontife même qui interrompit presque son office pour nous voir

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