‹ De Québec à Jérusalem [microforme]Chapitre 67 sur 94 · SEE FE CREER EE · texte numérisé non relu

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‘ demander au Pape.—Mais comment trouver le temps d’aller “à Rome ?—Sur ces entrefaites on demande un capitaine et son “ second de bonne volonté pour passer à Liverpool et ramener “un navire acheté récemment par le gouvernement du Sud, “ Je me présente, et j'arrive en Angleterre, bien persuadé que ‘ le bâtiment ne sera pas prêt, et que j'aurai le Loisir d'exécuter ‘“ mon dessein en l’attendant. Mais, à mon grand désappointe. ment, à peine débarqué, je reçois l’ordre de me tenir prêt à partir dans les quarante-F it heures. Comment faire? Ily a, cependant, des dépêches à prendre à Paris ; le capitaine ou # moi devons y aller. J’obtiens sans peine d’être désigné, et je pars en me disant : Peut-être les Jésuites de Paris consen- “tiront-ils à me baptiser. C’est ainsi que je suis devant vous, “ mon père. Maintenant, mon sort est entre vos mains.”

‘ En entendant ce récit, plusieurs doutes m'obsédaient, et je ne sais quoi cependant me rappelait le diacre Philippe transporté vers l’eunuque de la reine d’Ethiopie, et je me sentais poussé à croire que, transposant les personnes, l'ange, cette fois, m’annonçait un élu des lointains rivages de l'Amérique:

Mon enfant, lui disje, je vous répondrai comme l'évêque américain, il me faudrait le temps de vous éprouver et vous instruire.

« Alors le dialogue suivant s'établit entre nous.

—Mon père, quand je me suis présenté à l’évêque, je ne savais rien, et je nai pu répondre ; mais aujourd'hui le peu que j'ai appris à la volée me donne quelque courage. En danger de mort, je le sais, le premier venu peut être baptisé sans examen. Or je suis engagé dans la guerre d'Amérique, Dan: gers de la terre, dangers de la mer, me menacent nuit et jour’ Voyez si je n’ai pas droit à la grâce du sacrement ?

—Eh bien, mon enfant, connaissez-vous au moins ce sacrement ? Quel effet produirait-il en vous, si je vous le conférais ?

—Mon père, il me ferait chrétien, et me donnerait le droit d'entrer au Ciel. Sans lui, on n'y và pas.

—Bien; mais vous avez dû offenser le bon Dieu, depuis trente ans que vous vivez hors de l’'Eglige. Croyez-vous aller au Giel avec vos péchés ?

—Ah! pour mes péchés véniels, je sais que le baptème me les remettra. |

— Passe! mais les péchés mortels qu’en ferez-vous ?

—Je m'en confesserai.

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—Vous confesser, c'est facile à dire; mais qu'est-ce que se confesser ?

—Mon père, c'est dire tout ce qu'on a pensé et tout ce qu'on à fait.

—EÆEh bien, auriez-vous le courage de me dire, sans rien me cacher, tout ce que vous avez fait et pensé depuis l’âge de raison ?

—Oui, mon père.

# Quand j'eus obtenu cette preuve de courage et de géné” rosité, j'expliquai au néophyte lefficacité merveilleuse du baptême pour la rémission des péchés; ensuite je continuai à l'interroger et à l'instruire. Il me faisait les réponses les plus candides et leur naïveté était en sa faveur, Ainsi, je lui hs brusquement pour le tenter :

“ Qu'est-ce que la messe ?

—A cela, mon père, me répondit-il, je ne puis donner ane explication bien nette. Je sais qu'à la messe il y a le corps, le sang, l'âme, la divinité de Jésus-Christ, sous les espèces dn pain et du vin, mais je n'ai jamais pu comprenlre comiment cela se fait, J'ai cependant beaucoup essaye d'y parveuir, car je me disais qu'il fallait au moins prenûre la peine de comprendre ma religion et je n’y suis point arrivé. Alors je me suis fait ce raisonuement : Si ce n'était pas vrai, le Pape, les évèques et les prêtres ne lenseigneraient pas; je le croirai d'abord, et on me l’expliquera ensuite.

“ J'admirai la foi de cet élu, je lui expliquai ce que c'était qu'un mystère, et je me convainquis, de plus en plus, de la bonne volonté de mon disciple, Alors je me levai, et je lui dis : “Tenez-vous debout, et jurez que vous avez aucun intérêt humain à demander le baptême.”

“ À cette apostrophe il répondit par un regard d’étonnement qui m'alla au cœur.

— Et lequel pourrais-je avoir ? s’écria.L.il avec tristesse,

N'importe ! la chose que vous demandez est grande, et la manière dont je vous l’accorderai, peut-être, est inusitée .. , Levez-vous et jurez.

“ Il le fit avec gravité.

—Eh bien, lui dis-je, en vertu des pouvoirs particuliers qui me sont conférés, je vais vous conduire à la sacristie, où je vous baptiserai.

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‘ Son front rayonnait de bonheur. En traversant nn long corridor, je lui dis: “Il vous faut deux témoins; j'appellerai les deux sacristains; ils sont vêtus en laïques, mais ce sont deux jésuites comme moi.

—Ah! ah! fitil en souriant avec un air d'arrière pensée, si ce sont des jésuites, j'ai confiance.

—Et qui vous donne cette confiance dans les jésuites ? On en dit tant de mal.

— Précisément, rep'itil, j'y ai confiance à eanse du mal qu'on en dit......

‘“ Je le baptisai sous le nom d’'Eugène, et puis il se jeta à mon coup dans un élan de bonheur. Cependant, sur le point de me quitter, il tenait sa main dans sa poche, avec un air d'embarras visible ; enfin il me confia qu'il voulait faire une aumône et qu'il me priait de m'en charger. Je n'eus garde d'accepter. A mon tour, je lui déclarai que j'inscrirais son baptème sur les registres de l’archevèché, et que j'allais Lui en donner un témoignage écrit.

—Eh qu’en ferai-je, me ditil; je désirais le baptème pour mon bonheur persounel, je suis sûr de l’ivoir; qu’on en croie ce que l’on voudra, cela m'est égal,

# Je lui expliquai cependant qu’il pourrait avoir à en faire la preuve, pour un mariage par exemple, et je lui dounai un certificat.

“ Mais j'étais heureux de ce témoignage inattendu que sa démarche n’était point une spéculation honteuse, comme en font tant de juifs. Nous nous embrassâmes affectueusement; et depuis je ne l'ai pas revu. Peut-être aura-t-il succombé à la balle ennemie, ou bien des flots entr'ouverts en auront fait leur proie. |

Ah} que beaucoup de cœurs aussi droits s'ouvrent à la grâce parmi cette maiheureuse nation juive, et Dieu ne leur manquera pas. (C’est mon vœu longtemps réitéré en visitant la Terre-Sainte ;” (1).

Et c'est aussi le mien, ajouterai-je, en terminant cet épisode.

Sichem, la Nablos des arabes, a eu un passé mêlé de grandeurs et d’humiliations, de succès et de revers,

(1) Voyage en Galilée, par le R. P. De Dainas.

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Les £ e Jacob, lorsqu'ils en firent la conquête, en tuèrent tous les hommes et emmenèrent toutes les femmes et les enfants pour se venger de l’injure faite à leur sœur Dina par Sichem, fils d'Hémor, roi de ce pays.

Après la conquête de la Terre-Promise, Sichem fut donnée à la tribu d’Ephraïm, comme ville de refuge et ville lévitique.

C’est à Sichem que régna Abimélech, fils de Gédéon qui était juge en Israël, après avoir massacré, sur une même pierre, ses 69 frères.

Roboam, fils de Salomon, se rendit à Sichem pour s’y faire déclarer roi; mais Jéroboam, ancien serviteur de son père, fut à sa place, élu roi des dix tribus.

Sous Amri, le titre de capitale du royaume d'Israël passa de Sichern à Samarie, et sous Osée (721 av. J. C.) Salmanazor emmena les dix tribus en captivité. C’est après la captivité que les Samaritains bâtirent le temple du Garizim. St Justin, qui mourut martyr, était natif de Sichem.

En 1120, ou tint un concile à Naplouse, auquel assista Beaudoin il roi de Jérusalem.

Naplouse est encore entourée d’un mur d’enceinte, mais qui offrirait, je pense, peu de résistance aux canons modernes.

Il était 11 # h. lorsque nous retournâmes à notre campement, où nous primes le diner aussitôt, pour coutinuer notre route vers une heure.

Un dernier mot des Naplousins avant de leur faire nos adieux.

On sait qu'une armée française, sous la conduite de Bonaparte, pénétra en Terre-Sainte en 1799. Un grenadier français, voulant avoir des œufs, et ne sachant pas un seul mot d'arabs, se mit, devant un Naplousin, à pousser des cocoricos et des gloussements de poule, dans le but de faire deviner son désir. Mais inutilement; il répète ses cocoricos et ses glousse. ments ; pas plus de succès. Notre militaire impatienté, applique alors un vigoureux coup de poing à la poitrine du fellah en criant : bêta 1— Beda, fit l'arabe, sans presque s’'émouvoir, il y en a.—Or beda, en arabe, signifie œuf, et le change. ment du ten d étant pour eux de peu d'importance, notre homme avait compris qu'on lui parlait d'œufs. Le gre. nadier qui ne s'imaginait pas avoir parlé arabe, se dit alors à luismême : “ c’est singulier ! ces gens là ne comprennent pas quand on leur parle honnêtement, et ne montrent d’intelligeuce que Lorsqu'on les traite de bètes et qu’on leur donne des

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coups”. Le procédé ne serait cependant pas applicable par. tout, car il pourrait fort bien arriver, surtout avec les farouches Naplousius, qu'on répondrait aux coups de poing par des coups de fusils.

Comme nos nappes étendues sur l'herbe se trouvaient tout prèstd'un muren pierres sèches, nous eûmes pour spectateurs durant notre diner, trois ou quatre beaux lézards (genkos) qui plus d’une fois firent mine de vouloir s’élancer au milieu de nos plats. Nous essayâmes de les y attirer, mais au moindre mouvement ils disparaissaient dans les vides du mur.

Il n'était pas encore 1 h. que nous étions de nouveau en selle Nous continuons notre route par la vallée de Naplouse, se dirigeant au N. O. entre les monts Gariziin à gauche et Hébal à droite, La vallée est partout bien cultivée et arrosée de nombreuses fontaines S'échappant des flancs des montagnes; plusieurs de ces cours d’eau font tourner des moulins. Les arbres fruitiers, oliviers, figuiers, cognassiers ete. se montrent partout entre les villages que lon voit échelonnés sur Les ma: melons des montagnes, tantôt à gauche et tantôt à droite.

A uu certain endroit, les montagnes se séparent pour nous livrer une vue directe de la Méditerrannée, et environ une demi-heure après, on traverse la vallée en passant à gauche sur le pout-aqueduc d’un moulin, pour monter à Sébaste où Sébastieh, qui est juchée sur une montagne dominant tous les environs.

Cette ville, qui pendant plus de deux siècles fut la rési. dence royale et la capitale du royaume d'Israël, n’est plus ajourd’'hui qu'un misérable village d'environ 400 âmes, C'est que le monde passe, mais la parole de Dieu ne passe pas. Entendons le prophète Michée : “Je ferai de Samarie un monceau de pierres dans un champ, un lieu propre à planter des vignes: je ferai rouler ses pierres dans la vallée, et je découvrirai ses fondements.” Et la gloire de Samarie est passée ; et le champ où l’on peut planter des vignes est établi à l'endroit où étaient autrefois de somptueuses demeures—je lai vu et parcouru—; mais la malédiction de celui qui dans sa colère brise les trônes et foudroie les rois impies, est restée pour notre instruction.

Awri, le roi d'Israël, comme je l'ai dit plus haut, établit son trône à Samarie et y futinhumé. Achab, son successeur, en épousant Jésabel, fille du roi de Sidon, amena l’idolatrie parmi son peuple avec les prophètes de Baal. Presque tous

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les successeurs d’Achab imitèrent ce roi impie en favorisant l'idolatrie, aussi leur règne fut-il une suite presque sans inter. ruption de révoltes, de massacres, de persécutions et de punitions du Ciel, jusqu’à ce qu’il plut à Dieu d'envoyer Salmanazar, roi d'Assyrie (721 av. J. C.) pour mettre fin à ce royaume, en faisant Osée, son dernier roi, captif avec tous ses sujets qui furent emmenés hors de leur pays.

La ville détruite par Hircan, 107 ans av. J. C., fut reconstruite par Hérode le Grand, qui lui rendit tout son ancien éclat et la nomma Sébaste (18 av. J. C.).

S. Philippe évangélisa Sébaste et y opéra de nombreux miracles, et, comme il n'était que diacre, il fit venir de Jérusalem, comme nous l'apprennent les Actes des Apôtres, S. Pierre et S. Jean pour donner le S. Esprit à ses nouveaux con vertis. C'est alors que ces apôtres rencontrèrent Simon le magicien, qui voulut acheter d’eux le pouvoir de donner le S. Esprit et de guérir les malades. C'est de son nom qu’on appela depuis simonie le trafic des choses saintes. Ce Simon passa ensuite à Rome, où, par ses artifices, il sut se gagner les faveurs de Tibère, qui lui érigea, sur l’île du Tibre, une statue, en le déclarant un dieu saint. C’est à son instigation que les apôtres Pierre et Paul furent arrêtés et mis à mort.

La montée qui conduit à la ville est fort raide et escarpée ; arrivés au sommet, nous nous arrêtons un instant, dans un lieu vague, près du cimetière, tout couvert d'iris, dont la floraison était passée. Nous passons à l'O. à travers champs, pour nous rendre au S. O. où nous voyons les restes de deux tours qui sans doute, formaient une porte à la ville de ce côté. Une large avenue, partant de ces deux tours, suivait le bord de l'escarpement, et était bordée de chaque côté de colonnes de plus de deux pieds de diamètre, dont on peut en compter encore plus de 50 debout et un grand nombre d’autres renversées, Ces colonnes, dont la base a été couverte par les décombres, paraissent surgir de terre comme des stipes de champignons. Toutes attestent leur vétusté, bien que la plupart aient résisté assez lestement au travail du temps.

Nous enfilons la colonnade pour traverser la misérable bourgade afin de nous rendre à l’église S. Jean-Baptiste. Cette église fut bâtie par les Croisés en 1150, sur les débris d’une autre construite dès le IVe siècle. Il n’en reste plus que la façade, une partie du mur des longs-pans, ainsi que des trois

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absides qui la terminaient. Nous abandonnons nos montures à une foule de gamins qui nous entourent, pour mettre pied à terre et pénétrer à l’intérieur des ruines, afin de visiter les tombeaux des prophètes Elisée et Abdias, ainsi que celui de S. Jean-Baptiste.

Une petite mosquée, érigée dans l’intérieur même de l’an. cienne église, recouvre les saints tombeaux. Nous descen. dons à l'intérieur 21 marches, et nous nous trouvons en face des tombeaux qui sont placés parallèlement les uns aux autres, en forme de fours à cercueils. Des ouvertures circulaires pra. tiquées dans le mur permeitent de voir à l’intérieur en yintroduisant une mèche. :

La loge centrale serait celle d’Ahdias, de cet intendant d’Achab, qui nourissait en secret les prophètes que son maitre persécutait.

Celle de gauche serait celle d’Elisée, Comme Dieu s'est toujours plu à exalter ses amis, on rapporte qu’un jour, en portant un mort en terre, le convoi rencontra des brigands Moabites qui venaient pour piller. Voulant se débarrasser du cadavre pour fuir plus librement, ils le jetèrent dans la fosse d'Elisée ; mais aussitôt que ce mort eût touché les restes du saint prophète, il ressuscita.

Enfin la loge de droite est celle de $. Jean-Baptiste. Le saint Précurseur, comme on le sait, fut emprisonné et décapité par ordre d’Hérode Antipas, tétrarque de Galilée, à Machéron, de l’autre côté du Jourdain. Ses disciples, d’après la tradition, auraient d'abord porté son corps à Jérusalem, et seraient en. suite venus l’ensevelir à Sébaste. Ce qui est bien constaté, c'est que dès les premiers siècles du christianisme, on venait à Sébaste vénérer les restes du plus grand des enfants des hommes,

Julien l’Apostat, qui aurait voulu effacer le nom de chré tien partout où il se trouvait, avait ordonné de retirer le corps de S. Jean-Baptiste de sa sépulture, de mêler ses os à des os d'animaux, et de réduire le tout eu cendres dans un champ, Mais Dieu ne voulut pas permettre que les restes de son Saint Précurseur fussent entièrement détruits. Des religieux venus de Jérusalem se mêlèrent, au péril de leur vie, aux p:ofanateurs, et parvinrent à sauver nne partie des saintes reliques qu'ils remirent à leur supérieur à Jérusaleiu, lequel les envoyaà S. Athanase,

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et Josaphat, roi de Juda, avaient dressé leurs trônes pour amener devant eux les prophètes de Baal, afin de les faire prophétiser sur le sort de la guerre qu'ils allaient faire à Ramoth de Galaad. C'est alors que Michée, contrairement aux faux prophètes, prédit à Achab qu’il ne reviendrait pas vivant de cette guerre. Ce que l'événement confirma peu après.

Repassant près du ciinetière pour opérer la descente de la montagne de Somer ou Sameron, qui donna son nom à la ville, nous voyons à gauche, après quelques minutes de marche, seize colonnes surgissant de terre dans un champ cultivé. On croit que ce sont des restes d’un vaste théâtre qu’'Hérode le Grand aurait fait construire en cet endroit.

Nous poursuivons notre route à travers des montagnes presque toutes couronnées de villages, et dans des vallées la plupart cultivées. Nous voyons en un certain endroit, sur notre gauche, une superbe source, qui s'échappe en cascade de la hauteur pour faire tourner un moulin.

Enfin vers les 3kh. nous gravissons une haute montagne par un sentier fort escarpé, et arrivés au haut, nous voyous à gauche, perché sur une hauteur, le village de Jéba, et un peu plus loin, dans une belle plaine, nous distinguons les toiles blanches de nos tentes tendues là pour le campement, simulant des champignons qui surgiraient du sol au milieu du gazon.

Mais la distance parait encore grande, et il nous faut descendre et descendre pour toucher cette plaine.

Nos bètes ralentissent le pas et paraîssent fatiguées. Un soleil des plus ardents nous cuit le dos.

Comme nous passions à un certain endroit sur une pierfe nue, ayant une forte pente de côté, le cheval de M. l'abbé Bardel qui me suivait, glissa sur cette pierre et s’étendit sur le côté. Heureusement que l'abbé fut assez prompt à se dégager les pieds des étriers pour ne pas se faire écraser sous l’animal, eten fut quitte pour une légère émotion et une petite dépense de mauvaise humeur.

Comme un peu plus loin nous suivions une descente fort raide, tracée sur le bord d'un escarpement, plusieurs de nos compagnons mirent pied à terre, tant pour se délasser que pour prévenir de nouveaux accidents. Le sentier étant étroit, on laissa les chevaux libres suivre les autres, pensant qu'ils ne pouvaient leur prendre fantaisie de s’écarter du chemin. Mais il arriva que l’un d'eux, tenté par des feuillages verts qui

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