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là que je remarquai pour la première fois que le célébrant tournait les feuillets en sens inverse de ce que nous faisons, c'est-à-dire qu’il agissait connue si nous prenions la fin de nos livres pour le commencement.
La nef, comme partout ailleurs, était parfaitement libre, ne portant ni chaises ni bancs. Une cloison en grillage sé. parait sa partie inférieure qui est réservée aux femmes, tandis que les hommes seuls occupent la partie la plus rapprochée de l'autel. Hommes et femmes étaient accroupis sur le pavé.
Nous passons de là à la Mensa-Christi, qui est une chapelle franciscaine dont nous avions eu soin de nous munir de la clé. D’après la tradition, N.S. après sa résurrection, aurait mangé avec ses apôtres à l'endroit mème, de là son nom de Table du Seigueur. La chapelle est, assez petite et porte au milieu un énorme bloc de pierre qui serait la table même sur laquelle aurait mangé Notre Seigneur.
Nous passons ensuite à la fontaine de la Vierge, la seule que possède Nazareth, et qui se trouve aujourd’hui dans l’église mème des grecs schismatiques. Comme c’est aujourd’hui le samedi-saint pour ces schismatiques, on y faisait alors un office Nous faisons le tour en visitant tout, buvant en passant à l'eau
de la fontaine, sans que persoune ne nous arrête. Un évèque ; 1 je pense, revêtu d’une chappe, et qui était assis dans une espèce de chaire, se contenta de nous regarder tout le temps, en lais- , Le] U sant percer quelque mécontentement dans son regard.
L'eau de la fontaine est conduite par un aqueduc, à quelques centaines de pieds plus loin, dans un grand bassin où de tous les coins de la ville on vient emplir les cruches. Le bassin était alors en réparation, et l’on preuait l’eau à un conduit, ou plutôt à une ouverture qu’on avait pratiquée dans le côté de l’aqueduc. Comme mon guide m’avait fait marcher sur l'a. queduc même, je m’arrêtai un instant à examiner une vingtaine de femmes qui étaient là, clapotant dans l’eau et se disputant à qui pourra la première emplir sa cruche. Comme partout font les arabes, c'était force vociférations, plus au moins aiguës, et qu’on aurait pu prendre aisément pour de véritables querelles. L'une a le jt en sa possession, elle le laisse couler un instant dans sa cruche pour la rincer et se retourne pour renvoyer cette eau, mais une autre a aussitôt pris la place, et ne veut en rien se déranger tant que sa cruche ne sera pas remplie. Delà les récriminations et les mécon-
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DE QUÉBEO A JÉRUSALEM 487
tentements. Les cruches remnlies, on les voit alors mouiller dans l’eau qu’elles ont sous les pieds le turban qu'elles portent sur la tête, le tordre à demi, et se l’enrouler sur la nuque pour y asseoir la cruche ; elles s’entr'aident ordinairement les unes les autres pour la mise en place de la cruche, et une fois chargées, on les voit s'éloigner les unes après les autres avec toute la gravité d’un servant dans une cérémonie religieuse, Et chose que je trouvai assez singulière, c'est qu'ici, au lieu de se mettre les cruches sur la tête dans une position verticales comme on le fait à Alexandrie, au Caire, etc., on les incline toujours plus ou moins. D'une main on retient par l’anse le vase du côté qu'il penche, et de l’autre on rétabit l'équilibre en l’appuyant fortement sur la hanche, et on s’:n va xinsi gravement, montant, descendant, se mettant souvent à côté pour faire la rencontre de cavaliers, ou de chameaux chargés de pièces de bois plus ou moins en travers sur leur des, sans qu’on en voie jamais trébucher, et briser leur vase.
Mon jeune cicerone, comme tous les enfants de son âge connaît son monde sur le bout de son doigt, et me donne lan plication des différents costumes que je vois s’étaler parmi les porteuses d’eau : celle-ci est une catholique latine, celle-là une catholiqne grecque, cette autre une schismatique : cette autre encore une musulmane, etc. Presque toutes ont la face découverte, moins toutefois les jeunes musulmanes. Ici toute la face est couverte d’un voile clair colorié de divers patrons sans même en épargner les yeux, comme on le fait en Egypte. Je dis la face, n'ais seulement la face, car le voile ne semble uniquement destiné qu’à cette partie, et nullement à la poitrine Aussi n'est-il pas rare de rencontrer de ces porteuses d'eau ainsi voilées, fièrement cambrées avec le poing sur la hanche pour faire équilibre à l’autre main retenant la cruche, la face ainsi cachée, lorsque souvent un sein s'échappe de late vêtement sans qu'elles s’en occupent. C’est que, comme on peut facilement le constater, sur une foule de points, les orientaux sont l'envers des occidentaux. Signalons en ici quelques-uns.
Chez nous, nous écrivons de gauche à droite ; en Orient on écrit de droite à gauche.
Nous saluons les femmes et nous en demandons des nouvelles ; en Orient on ne les salue jamais, et on n’en demande pas de nouvelles.
Nous Ôtons notre chapeau en signe de respect ; en Orient on Ôte sa chaussure,
Chez nous les femmes vont la face découverte et se cou. vrent la poitrine ; en Orient on va la poitrine découverte et on se voile la face.
Nous avons des vêtements étroits : les orientaux en ont des larges,
Nous baissons la tête pour affirmer ; eux la relèvent.
Chez nous, les parents embrassent les enfants ; chez eux les enfants embrassent les parents.
Chez nous, les prêtres sont rasés; en Orient ils portent tous la barbe.
Nous donnons les premières places aux dames ; ils leur donnent les dernières.
= Nous causons en mangeant ; ils mangent en silence,
Nous kuvons chacun dans son verre ; ils boivent tous dans le même vase,
Nous mangeons chacun dans son assiette ; ils mangent tous dans le même plat.
Nous prions à genoux ; ils prient debout, etc., etc.
Je suis retourné plus d’une fois à la fontaine de la Vierge, car cette visite avait pour moi un attrait tout particulier. Je me reportais à dix-huit siècles en arrière, et je voyais la sainte mère de Jésus venir ici, lau milieu des femmes d'Israël, emplir sa cruche pour les besoins de sa maison. Sans doute qu’elle la portait aussi sur sa tête, car les coutumes ne changent pas en Orient. Et qui sait si le bon S. Joseph, ou le divin Enfant lui-même, ne sont pas venus . ielquefois remplir cet office par complaisance pour celle que, tous deux, ils entouraient d'égards et d'affection ? Cependant il faudrait que la coutume aurait changé sur ce point, car je nai jamais vu à Nazareth ou ailleurs, de jeunes garçons ou des hommes se faire ainsi porteurs d’eau, Il ne serait pas impossible toutefois que l’islamisme, en reportant la femme à l'esclavage du paganisme, lui aurait laissé ces soins du ménage comme fonction exclusivement inhérente à son état de servitude.
Nazareth est située à 1050 pieds au dessus de la Méditer. ranée, et est de toutes parts environnée de collines. A l’arrivée des croisés, elle échut en p::iage à Tancrède qui l’entoura de murailles et la rendit ;rospère. En 1219, S. François d’Assise visita Nazareth et pria dans le sanctuaire de l’Incarnation. S. Louis,roi ue France, avec Marguerite de Prove: *e, son épouse,
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*e, SON épouse,
arriva à Nazareth le 25 mai 1252, et le lendemain tous deux reçurent la sainte communion dans la maison où fut conçu le Sauveur du monde, celle-là même qui, 37 ans plus tard, en 1291, fut transportée par les anges en Dalmatie et que l’on voit aujourd’hui à Lorette en Italie.
La population actuelle de Nazareth est d’environ 6,000,
dont plus de la moitié est chrétienne. Les catholiques y sont
au nombre d'environ 2,000, le reste se composant de musulmans, de schismatiques et de quelques protestants.
490 DE QUÉBEO À JÉRUSALUM
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Le Thabor.—Dabourieh.—Naïm.—Un convoi de chameaux.—Tibériade et ne son lac.—Capharnaum; Betheaïda; Magdala.—Mont-des-Béatitudes de
— Lieu de la multiplication des pains.—Loubieh. — Champ des épis; "1
Cana. grail
arab
: | | chap
Nazareth, Samedi 23 Avri.— A 4 h. après-midi, notre petite duré caravane se met en route pour le Mont Thabor, où nous de. de à
vrons passer la nuit, Nous nous trouvons encore au nombre
de neuf, savoir : MM. les abbés Baron, Bardel et moi, MM Bi. I chez, Capdeville et notre comte Polonais, deux Pères francis- porte cains et Dlle Dupont. Un moucre nous sert de guide, AU Il fait un fort vent d'Ouest qui ne contribue pas peu à nous M faire trouver la chaleur bien supportable. Me Nous passons par la fontaine de la Vierge et faisons su l'ascension de la colline qui borde la ville à l'E, Dès ce après
moment, nous avons vue sur le mont Thabor, qui nous parait c tout majestueux, couvert de verdure, détaché de tout le reste
x NOUS et simulant un pain de sucre, bien que son sommet offre un LÉ champ de plus d’une demi lieue en tout sens. De
Nous cheminons à travers des champs ou des paturages, Eh; où se montrent çà et là quelques arbres, particulièrement des qia chênes-verts. La route est parsemée de cailloux sans être très à, fait
no | désavantageuse. ia
Après environ une heure de marche, nous voyons au pied ya N. O. du Thabor le village de Dabourieh, où N.S8. délivra un Eine enfant possédé du démon que ses disciples n'avaient pu déli ide vrer, parce que, dit N.S., ce genre de démons ne se chasse que Œu ss : par le jeûne et la prière. Le démon tourmentait horriblement Œyitic cet enfant, le renversant par terre, le jetant tantôt dans l’eau,
ux.—Tibériade et nt-des-Béatitudes Champ des épis;
di, notre petite r, où nous deore au nombre t moi, MM Bi.
Pères francisguide,
pas peu à nous
ge et faisons à l'E. Dès ce jui nous parait de tout le reste mmet offre un
des paturages, Llièrement des k sans être très
oyons au pied , S. délivra un vaient pu délie se chasse que thorriblement
tôt dans l’eau,
tantôt dans le feu. Jésus, prié par le père du malheureux de le secourir, lui dit : ‘ si vous pouvez croire, tout est possible à celui qui croit.—Seigneur, je crois, s'écria-t-il avec larmes, aidez mon incrédulité” Jésus commanda alors au démon de laisser cet enfant, et l’enfant parut comme mort ; mais Jésus le prenant par la main Le rendit guéri à son père.
Dabourieh possédait autrefois une église, mais tout a disparu, il n’en reste pas mème de ruines.
Bien que la montée du Thabor soit fort raide, elle se fait cependant assez facilement, le chemin faisant un grand nombre de igzags pour éviter les escarpements. Le flanc N. O. du mont, par où nous faisons l'ascension, est presque partout boisé ou du moins couvert de buissons ou d’arbrisseaux. Je remarque près de la base plusieurs chènes-verts de très fortes dimensions, Nous rencontrons aussi une plante qu’on exploite pour sa graine, C’est la Léontice, Leontice chrysogonum, l'Albar des arabes, dont les noyaux pierreux servent à counfectiouner des chapelets. Ce sont ces chapelets à grains bruns, ronds et très durs, qu’on nous vend à Jérusalem et à Bethléem sous le nom de graines du iuücr,
Parvenus au sommet, nous nous trouvons arrêtés par une porte dans un mur qui,quoique un peu délabré, sert néanmoins à enclore une enceinte particulière. C’est la porte des anciennes fortifications qui existaient autrefois ici, et le mur en pierres sèches qui lui fait suite, sert à enclore le terrain des pères franciscains. Nous attendons quelque temps qu’on vienne de l’intérieur nous ouvrir cette porte, et trois miuutes après nous sommes au couvent des pères.
Comme la route n’a pas été assez longue (24 lieues) pour nous soumettre à la fatigue, nous allons, sans plus tarder, faire une visite des lieux. Tout d’abord, nous nous rendons à l'endroit même de la Transfiguration, qui est au point le plus culminant de la montagne, du côté de l'Orient, Ste Hélène, qui a laissé partout en Palestine des traces du séjour qu'elle y à fait, par ses pieuses fondations, ses abondantes largesses, wait aussi, malgré ses 80 ans, fait l’ascension du mont Thabor, et y avait bâti une riche basilique dont on admire encore les mines, Les trois nefs étaient terminées chacune par une sbside, celle du milieu sous le vocable de la Fransfiguration, it les deux latérales dédiées l’une à Moïse et l’autre à Elie, La hadition veut que l'autel principal fût à la place même de la
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transfiguration. Au milieu des décombres qu’on a déblayés là jusq'au pavé, on a rassemblé des pierres en forme d'autel, supportant une petite croix, et c’est là même que Notre Seigneur montra à ses apôtres Pierre, Jacques et Jean, les trois qui de. vaient être plus tard les témoins de son agnie dans la grotte de Gethsémani, une parcelle de cette gloire qu'il fait briller dans les Cieux ; ce qui porta les apôtres à s’écrier : Seigneur, que nous sommes bien ici! faisons y trois tentes, une pour vous, une ponr Moïse et une pour Elie. Nous ne pouvons plus voir, comme les apôtres, la gloire de Jésus qui a resplendi en ce lieu ; mais avec non moins d'espérance qu'ils avaient eux-mème de la contempler un jour dans le Ciel, nous proster. nant le front contre cette terre que notre maître a foulée de ses pieds, nous y appliquons nos lèvresavec respect ; et non moins dociles que les apôtres, nous écoutons ia voix de tous ces lieux qui ont reçu les enseignements du Sauveur, le priant de fortifier tellement notre foi, que notre conduite ne puisse plus jamais la contredire dans la pratique.
En écartant le mortier que nous avions sous les pieds, nous découvrons plusieurs pièces des mosaïques qui ornaient le pavé de l'antique basilique. Nous en détachons quelques petits morceaux comme reliques du saint lieu.
Comme le mur du fond de l’abside s'élève encore à 12 ou 15 pieds en certains endroits, et que le Père qui nous guidait nous dit qu'on pouvait assez facilement y monter, nous nous mettons en frais de faire cette ascension. Mais seul de notre bande, je parviens au point le plus élevé, les autres, après quel, ques pas, ayant redouté le vertige en voyant d’un côté l’excavation qui suit le mur, et de l’autre l’escarpement de la montagne dont nous occupons la crête. Je m’assis là sur une pierre pour examiner à loisir, sinon le panorama le plus grandiose que l'œil puisse embrasser, du moins l’un des plus riches en souveuirs pieux que des lieux différents puissent présenter du même point. Du côté du N. 0. je vois la colline du Préci. pice tout près de laquelle se cache Nazareth, derrière une autre élévation; plus loin, c’est la chaîne du Carmel qui taille sa silhouette sur le fond bleu de la Méditerranée, dont les ondes se confondent à l'horizon avec l’azur du firmament, Au N-E, c’est l’'Hermon majestueux, au sommet couronné de neige, qui surpasse toutes les autres montagnes en hauteur, semblable à un géant au milieu d’une armée de pygmées. A l’E., c’est un
n a déblayés orme d'autel, otre-Seigneur ; trois qui delans la grotte l fait briller er : Seigneur, es, une pour s ne pouvons uia resplendi qu’ils avaient , nous prosterre a foulée de t; et non moins > tous ces lieux ant de fortifier sse plus jamais
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encore à 12 ou 1i nous guidait ter, nous nous s seul de notre res, après quel, un côté l’excaent de la monà sur une pierre plus grandiose plus riches en it présenter du biline du Précirière une autre el qui taille sa dont les ondes ent, Au N-E, é de neige, qui r, semblable à A l’'E., c’est un
coin de la mer de Tibérîade, de ce lac des merveilles, qui se cache dans son enfoncement que surpasse seul celui de la mer Morte. Le Thabor s’élevant à 1830 pieds au dessus de la Méditerrannée, et le lac de Tibériade étant à 720 pieds au dessous de cette mer, c'est done une différence de 2550 pieds du niveau du Thabor à celui du lac, et cela dans l’espace de six lieues seulement. Au delà, je vois la contrée de Génésareth et les montagnes de Galaad. Vers le S. O., se présente le mont des Béatitudes, et au $. sur le flanc du petit Hermon, la ville de Naïm que la vallée du Cisson sépare du Thabor. Je vois, je distingue le chemin qui conduit de la plaine à La hauteur de Naïm. NotreSeigneur, un jour, allait rentrer dans cette ville, suivi de ses disciples, lorsqu'i' rencontra un convoi funèbre.
C'était Le fils unique d’une pauvre veuve que l’on portait en
terre Le Sauveur touché de compassion à la vue de la déso-
lation de la mère et de ceux qui suivaient, dit à ceux qui portaient Le mort de s'arrêter. Puis s'adressant à la mère : ne
pleurez point, ditil; et se tournant vers le mort : ‘ Jeune
homme, cria-til, lève-toi, je te le commande.” Le jeune homme
se mit alors sur son séant, et Jésus le prenant par la main, le
rendit plein de vie à sa mère.
C'est encore dans la plaine qui sépare le Thabor de l’Hermon que se livra en 1799 la bataille du Thabor, où Bonaparte avec Kléber et Junot, à la tête seulement de 4,000 soldats, défit les Sarrazins au nombre de plus de 35,000, et en fit un horrible massacre.
Après la visite de la basilique, nous allons voir le jardin dès Pères, et admirer l'avundance de légumes de toutes sortes que leur rend cesol fertile. Pois, haricots, fèves, choux, salades, etc. tout est à profusion et de la plus belle venue, On y cultive aussi la vigne avec beaucoup de succès, et on y fabrique un vin blanc d'excellente qualité, peut-être le meilleur que puisse produire la Palestine. Nos gourmets français, qui s’y entendent en fait de vins, s'extasiaient sur l'excellence de celui qu'on nous servit au Thabor,
Le tabac se rencontre aussi parmi les cultures du Thabor, et on en fabrique, pour la prise, d'une force sans pareille, Un bon Père franciscain polonais, d'une humeur des plus joviales, avait un plaisir extrème à offrir sa tabatière à tout le monde, car pour chacun qui y puisait, c'était des éternuements sans fu, Etle bon Père, de s’écrier alors, en éclatant de rire : ewviva ! bene, bene, ottimo ! |
494 DE QUÉBEOU À JÉRUSALEM
Le jardin des Pères est contigu à “elui des grecs schismatiques, qui ont eux aussi un couvent ot une église en cet endroit. Iis sont, avec les franciscains, les seuls habitants du Thabor.
Longtemps même avant notre ëre, il y eut une ville sur le Th1bor, et, à diverses époques, le sommet de ce mont célèbre servit de champ de guerre. On voit des restes des murailles ainsi que du fossé qui entouraient la cime entière.
Les Pères franciscains, en outre de leur chapelle, ont tout dernièrement fait construire un superbe hospice pour les pè lerins qu'ils reçoivent ici comme à Jérusalem, à Nazareth etc,
Mont Thabor, Dimanche de quasimodo, 24 avril.—Comme il nous fallait nous remettre en route vers les six heures pour aller rejoindre nes compagnons à Tibériade, et que nous étions quatre prêtres devant faire le voyage, il avait été réglé que la première messe serait à quatre heures, et que les autres suivraient immédiatement, J'avais accepté cette messe de quatre heures, et à l'heure dite j'étais à mon poste, L'Eglise encore tout occupée de la résurrection du Sauveur, nous rappelait ses apparitions dans la sainte liturgie, et c’est sur le lieu même de la plus célèbre de ces apparitions, puisqu'il s’est montré ici comme habitant du Ciel, que nous rappelions ces saints souvenirs. Aussi avec quelle douce émotion nous célébrous kes saints my-tères dans ce sanctuaire qui, quoique petit, est d’une tenue irréprochable et des plus propres à inspirer la @ “votion.
de ne fus pas peu surpris en sortant de l’hospiee pour me rendre à la chapelle,de trouver notre moucre avec un autrecom: pagnon arabe, couchés sur le sol à la porte même du couvent, n'ayant pour tout lit qu’une misérable toile dout ils s'étaient enveloppés, et ronflant comme des plus heureux du monde,
A six heures, nous faisons nos adieux aux bons Pères, dont l'un, le jovial polonais, doit nous suivre, et nous prenons le chemi: de la descente, Pour évii®r tout accident, nous pré: férons marcher, chacun conduisant sa mouture par les rènes; eten moins d’une demi-heure, nous somines au pied de la montagne.
La route se poursuit au milieu de prairies portant ça et là quelques arbres où des buissons, Je fus agréablement surpris de rencontrer le chèvrefeuille de nos jardins, en pleine floraison, grimpant sur Jes arbiisseaux ou couvrant la tête de toutfes d’arbustes.
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| La roche qui forme la montagne du Thibor est un cal. caire crayeux différant peu de celui des montagnes de la Judée.
Après environ trois quarts d'heure de marche, nous passons une fontaine près de laquelle s'élève un khan en forme de jorteresse, mais fort dél2bré. Tous dis : i vienneat tenir ici un ma: : He pd:
Des blocs basaltiques épars, roulent souvent sous les pieds de nos chevaux, bien que la route ne présente nulle part d'enéroits äifficiles, et partout le terrain couvert de verdure nous paraît propre à La culture, mais c’est à peine si on eu voit ça et la quelques pièces.
Comme nous étions sur une certaine hauteur, devant laquelle s'étendant une plaine assez vaste, je remarque se dessinant sur le versant opposé en face de nous, et jusque dans la plaine, une ligne noire, tranchant sur la verdure, que je ne savais d'abord à quoi attribuer. Mais bientôt je constate que cette ligne est mobile, qu’elle subit de temps à autres certaines ondulations. Nous app:ochons davantage, et je reconnais que ce n’est rien autre chose qu'une longue file de chameaux chargés venant dans une direction opposée 1 nôtre. Bientôt nous entendons le son des lourdes clochettes en feuilles de cnivre battu, qu’on attache souvent au cou de ces bêtes, lorsqu'on voyage ainsi. L'odeur aussi, particulière à ces animaux, surtout lorsqu'ils suent, ne tarde pas à nous atteindre. Nous on faisons la rencontre et pouvons en compter 115 marchant ainsi à la suite les uns des autres, sauf les conducteurs qui, montés sur des ânes, lorsqu'ils ne vont pas à pied, sout distribués en différents points de la file. C'était une caravane de la Mésopotamie se rendant à S. Jean d’Acre ou à Beyrouth pour vendre les laines, peaux et autres articles de leurs produits, et en rap. porter des étoffes, fusils, aches, etc. Les pauvres bêtes lour dement chargées, souvent blessées sous leur bat, s’en alléieni tranquillement de leur long pas onduleux, broutant à gauche et à droite, sans s'arrêter, les chardons et autres herbes erois. sant sur La route, tandis que les conducteurs, sur leurs ânes où à pied, se tenaient réunis par groupes pour se livrer à la conversation.
Nous traversous une plaine cultivée et des plus fertiles, et parvenus sur la hauteur qui la borde, nous voyons s'étaler de vant nous,j Tibériade, assise sur le bord de son superbe lac, qui se présente comme un diamant enchassé d'émeraudes. Mais cest
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fort au dessous de nous que se montre le lac, et nous nous en. gageons dans une descente fort raide, sur le bord d’une ravine formant le lit d’un ruisseau. Nous passons en dehors des murs de la ville pour nous rendre à notre lieu de campe. ment, dont nous voyons les tentes dressées, presque sur la grêve même, tout près d’un cimetière étalant de nombreuses pierres blanches portant les épitaphes.
Comme nous arrivions au campement, nos compagnons, portés sur deux barques, partaient pour se rendre à l’extrémité nord du lac afin de visiter l'emplacement de Capharnaum. Ils nous invitent à les suivre ; mais il est 114 h. passées, et nous n'avons pas dîné. Ne voulant pas les retarder, nous les invitons à partir sans nous, remettant à recueillir de leur bouche ce qui pourrait les frapper dans leur visite.
Dans l'après midi, nous faisons venir une autre barque pour nous rendre à Tibériade, tenant beaucoup à naviguer sur ces eaux sur lesquelles marcha Notre-Seigneur et où il fit aussi marcher $, Pierre ; sur ces eaux qu'il appaisa dans leur furie ; où Pierre, Jacques et Jean exerçaient leur métier de pêcheurs; qui fournirent tant de fois des poissons dont N.S$. se nourrit avec ses disciples, poissons qu’il sut un jour envoyer à Pierre en telle quantité, que ses filets s'en rompaient, qu’il voulut une autre fois multiplier tellement, qu'avec seulement deux pièces et cinq pains, il en rassasia cinq mille personnes. Ce sont encore ces eaux qui rendirent le poisson dans la bouche duquel on trouva la pièce de monnaie pour payer le tribut à César, et qui reçurent pour les engloutir les pourceaux de géraza, lorsque N.S. envoya dans leurs corps les démous qu’il venait de faire sortir du corps de possédés.
L’eau est claire et des plus limpides ; à dix, quinze pieds on distingue sans peine les cailloux du fond. La grève est nette, sans vase ni herbe, toute couverte de petits cailloux que le mouvement de la vague a usés et arrondis.
Plus paisibles que lorsque N. $. s'endormit sur le pont du bateau, les eaux présentent à peine quelques rides et n’offrent qu’une bien faible résistance à notre barque. Aussi en moins d'un quart d'heure touchions-nous au quai de la ville. Ce quai borde une place peu élevée, servant probablement de marché, et sur laquelle se trouvait alors un certain nombre de personnes. Une dizaine de jeunes garçons qui se baignaient au bas du quai, montaient aussi de temps à autres sur la place, et
ous nous end’une ravine en dehors 1 de campeesque sur la nombreuses
compagnons, , à l'extrémité harnau m. Îls ssées, et nous , nous les in-
e leur bouche
> autre barque À naviguer sur + où il fit aussi ans leur furie ; r de pècheurs ; N..S. se nourrit voyer à Pierre il voulut une nt deux pièces s. Ge sont enbouche duquel put à César, et ux de géraza, bus qu’il venail
x, quinze pieds grève est nette, cailloux que le
k sur le pont du ides et n'offrent Aussi en MOIS a ville, Ce quai
ent de marché, 1ombre de petignaient au bas sur la place, el
DE QUÉBEO À JÉRUSALEM 497
nous regardèrent de même débarquer sans s'inquiéter en aucune façon du manque de costume dans lequel ils se trouvaient.
Tibériade ou Tabarieh fut fondée par Hérode Antipas, tétrarque de Galilée, 17 ans avant J, C, Il l’a nomma ainsi du rom de Tibère son protecteur.
Après la destruction de Jérusalem par Titus, Tibériade devint la seconde Jérusalem des Juifs. Cest là que s'assemblait leur Sanhédrin, et c’est de là qu'est sorti aussi le code qui les régit encore aujourd’hui et auquel 1ls donnent le nom de Talmud. C'est aussi là qu’un certain Joseph, qui se fit ensuite catholique, découvrit dans le trésor des Juifs l'Evangile de S, Jean et les Actes des apôtres traduits du grec en hébreu, ainsi que l'Evangile de S. Mathieu tel qu'il l'avait écrit en hébreu.
Sous les croisés, Tibériade devint la capitale du royaume de Galilée qui était échu à Tancrède. Prise plus tard par Chosroës, Omar, Saladin, elle subit avec les siècles le sort de la plupart des autres villes de ce malheureux pays. Ibrahim- Pacha, en 1833, restaura ses fortifications ; mais un terrible tremblement de terre en 1837 les ébranla et les lézarda tellement que quoique n'ayant qu'une seule porte, plusieurs brèches permettent aujourd'hui l'accès à l’intérieur de divers cotés. Ces murs tout lézardés sont construits d'énormes blocs de basalte qui ne résisteraient guères, je pense, à l’action de nos canons modernes,
La ville n'offre rien de remarquable; ses rues sont étroites, tortueuses, malpropres. Sa population qui est d’eviron 3500, se compose de 350 catholiques, 2500 Juifs, et le reste de musulmans.
Nous allons tout d'abord rendre visite aux deux Pères franciscains qui habitent la ville. Leur église, quoique petite, est très propre et fort bien tenue. La tradition veut qu’elle soit bâtie à l'endroit même où N.$. mit à l'épreuve la foi de son apôtre en lui demandant jusqu'à trois fois : Pierre m'aimezvous ? Aussi lit-on en lettres d’or sur une banderolle au-desus de l'autel: Pierre n'aimez-vous ? paissez mes agneaux, paissez mes brebis, Que de tout cœur, après un voyage si long et si laborieux, nous nous associons à l’apôtre pour répéter avec lui dans ce pieux sanctuaire: Seigneur, vous savez que je vous aime!