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Laissant là notre barque avec son conducteur, nous re. tournons à pied à notre campement,
La ville borne au N. une plaine d’une certaine largeur, se prolongeant presque jusqu’à l'extrémité S. O. du lac en ne s’'élevant que de quelques pieds au dessus de la rive. N'’étaient les quelques palmiers qui dominent ça et là ses constructions, elle n’offrirait que l'aspect le plus sombre et des moins agréa. bles. Des quinze villes qui autrefois bordaient les eaux du lac, Tibériade est la seule qui existe encore aujourd’hui. Capharnaum, Corozain, Magdala, Bethsaïda, etc. laissent à peine quelques ruines pour attester leur existence et en fixer l’endroit.
Le lac mesure cinq lieues de long sur deux de large ; le Jourdain qui prend sa source au pied du grand Hermon, le tra. verse dans toute sa longueur, pour se frayer ensuite un passage jusqu’à la Mer Morte.
L'Evangile donne à ce lac le nom de mer, c’est qu'autre. fois ses eaux étaient salées, et encore aujourd’hui, quoique potables, on leur trouve une légère pointe d’acidité, et les coquil. lages de sa grève nous en montent aussi plusieurs qu’on ne trouve d'ordinaire qu’à la mer, comme certaines Mélanias, hé. lices, etc. Je ne fus pas peu surpris de trouver aussi dans l’une de nos tentes un petit crab qui avait laissé l’eau pour nous faire visite. Quelques dames qui n'avaient encore jamais re. marqué les formes de cet animal, et qui l’aperçurent des premières, en furent très effrayées, croyant qu’elles étaient en face d’un petit monstre d'un nouveau genre, particulier à cette contrée. Son nomest Telphusa fluviatilis, ce qui indiquerait qu’il appartient au petit groupe de ceux qui vivent dans les eaux douces.
Vers les 5 heures, nos compagnons étant de retour de leur excursion, nous nous partageons en divers groupes pour aller prendre un bain dans les eaux tièdes du lac. Je m'y décide avec hésitation, redoutant pour ma faiblesse de poumons un refroidissement trop subit. Aussi ne fis-je pour ainsi dire que m'y saucer, que je regagnai terre aussitôt, ne pouvant résister à la sensation de froid que me causait le contact de cette eau qui à la main paraissait presque tiède.
Pendant que mes compagnons prennent à loisir leurs ébats dans l’eau, je suis la route qui borde le lac jusqu’à une quinzaine d’arpents plus loin,pour visiter les bains d’eau chaude qui sont érigés là sur une source. L'eau qui s'échappe de la
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source à la température de 700, est reçue dans des bassins de marbre d’une propreté un peu douteuse, et qui demanderaient des réparations. Ges eaux sont fortement sulphureuses et ont une certaine réputation pour la guérison de diverses maladies,
La plaine que naus occupons était autrefois couverte de noyers, de figuiers, de grenadiers, etc., qui lui donnaient un aspect de vie et de fraîcheur qu’elle a perdu depuis longtemps.
On nous sert au souper un poisson que nous trouvons de fort bon goût, et qu’on appelle poisson de $. Pierre. Les eaux du lac en fourmnillent, et à tout instant, étant en barque, nous en voyions quelques uns sauter sur l’eau.
Le lac de Tibériade ou de Génézareth, que l'Evangile appelle encore parfois mer de Gallilée, n’est, il est probable, que le cratère d’un ancien volcan, comme l'indique ces blocs de basalte qu’on rencontre partout sur ses bords. Son immense dépression au dessous du niveau commun des terres avoisinantes n’a rien qui doive surprendre, si l’on veut re. marquer que ce volcan, en s’éteignant, probablement faute de plus abondante matière combustible à consumer, a pu permettre l'effondrement de ses bords, qui, sans aucun doute, comme tous les autres volcans en activité, se projetaient aussi au dessus des plaines environnantes. D'ailleurs, le Vésuve, l'Etna, etc., ne doivent l'élévation de leurs cheminées qui conduisent leurs flammes à l’extérieur, qu’à l'accumulation des scories qu’ils ont déversées sur leurs bords, jointe à la force d'expansion agissant à l’intérienr, qui a pu faire saillir leurs lèvres en dehors. Il est aisé de se représenter que les flammes une fois éteintes, les lèvres entrainées par leur propre poids dans la cavité intérieure, qui n’offrirait plus alors de résistance à l'effondrement, n’ont pu suffire à la remplir complètement et ont dù présenter une dépression plus ou moins considérable, dans laquelle se sont réunies les eaux des hauteurs environnantes, Ce n’est peut-être qu’alors que le Jourdain a tracé son cours jusqu'à la Mer Morte et même à la Mer Rouge, en déversant à travers les terres le trop plein des eaux que ce réservoir recevait. Peut-être aussi que dans ces temps les eaux de ce ré servoir étaient salées, et qu’elles pouvaient l'être encore au temps de N. S. puisqu'on donnait le nom de mer à ce lac; mais les masses fournissant cette salure étant venues à s'épuiser, les eaux se sont adoucies peu à peu, jusqu'à devenir potables comme elles le sont aujourd’hui,
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D'un autre côté, il n’y à pas que la salure de ses eaux qui ait put porter à donner le nom de mer à ce lac, sa faune se rapproche encore autant de la marine que de celle des eaux douces. Ainsi la plupart des mollusques qu’on trouve sur ses rives appartiennent aux eaux salées ; tels sont, par exemple : Melania tuberculata, Muller, Melanopsis costata, Olivier et Jf præmorsa, Linné, qui recherchent d'ordinaire les eaux saumitres. Par contre on y trouve aussi des mollusques exclusivement d’eau douce, tels que Cyr#na fluminalis, Muller, Unio trigidis, Bourguignat, U. terminalis, Bourg. U. Lorteti, Locard, U. Pietri, Loc. U. maris-Galiæi, Loc.; ces quatre der1ières espèces n’ont encore été reconnues que dans ce lac.
Ces animaux marins et fluviatiles cohabitant ainsi dans les mêmes eaux, ne seraient-ils pas un argument en faveur de la prétention de certains savants que le lac de Tibériade—de même que la mer Morte—ne sont que des restes de la Méditerrannée, dont ils ont été séparés par le soulevement des terres avoisinantes ? Que les eaux venant à s’affadir par suite du surcroit d’eau douce que cette cuvette reçoit depuis des siècles, la faune marine disparaîtrait peu à peu, pour faire place aux animaux d’eau douce vivant dans les eaux nouvelies qu’elles reçoivent ? C'est ce que de nouvelles études pourront peut-être permettre d'appuyer de bases plus solides.
Les poissons nous fourniraient aussi d’autres arguments pour cette thèse. D'après M. Lortet, on en compte douze à quinze espèces différentes.
Parmi ces poissons, il en est un à mœurs tout-à-fait étranges ; c’est un chromis, à bouche armée de dents, à nageoire dorsale épineuse, à écailles brillantes. Aussitôt que la femelle a pondu ses œufs, le mâle s'en empare et Les place dans les cavités de ses branchies, où ils subissent une espèce d’incubation. Après l’éclosion, les petits continuent à habiter la cavité buccale du père, en s’y promenant librement, et en accrochant leur pâture au passage, lorsque le père mange. Comment se fait-il qu'ils ne soient pas avalés ? “Quand on prend un de ses poissons, dit M. Lortet, et qu'on le force à ouvrir la bouche, en pressant les deux jointures des maxillaires, on les voit tous accourir au bord des lèvres, comme pour examiner ce qui se passe; puis une fois le danger reconnu, ils retournent se cacher précipitamment dans l’intérieur des branchies. Lorsque devenus trop gros pour que le père puisse
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M. Lortet a nommé ce poisson Chromis paterfamilias, et on le considère comme une espèce particulière au lac de Tibériade, bien qu’on l’ait aussi signalé tout récemment au Brézil.
Nous serons forcés de nous remettre en route demain, sans avoir pu visiter les villes du littoral de ce lac, que N. S. fréquenta tant de fois. Je dis les villes, je devrais plutôt dire leurs emplacements, car il n’en reste presque plus rien, comme nous l’affirment nos compagnons qui en arrivent.
En poursuivant la route au delà de Tibériade vers le N., on trouverait d'abord Medjdel, qui est la Dalmanutha ou Magdala de l'Evangile, patrie de Marie-Madeleine. Puis Bethsaïda, patrie des trois apôtres Pierre, André et Philippe ; Corozaïn où N.S. opéra plusieurs miracles qui ne sont pas rapportés dans l'Evangile; enfin Capharraum qu'habita N.S,. pendant sa vie apostolique. Capharnaum, comme l'avait prédit Jésus, n’existe plus; on n’y voit plus que quatre ou cinq cabanes que des bédouins occupent quelquefois en passant,
C’est à Capharnaum que NS. guérit un paralytique qu’on lui présenta par une ouverture à travers le toit ; qu’il guérit la belle-mère de S. Pierre qui était malade de la fièvre; qu’il guérit l'enfant du centurion qui lui disait : Seigneur, je ne suis pas digne que vous veniez chez moi, mais dites seulement une parole, et mon enfant sera guéri.—Allez, lui dit Jésus, votre enfant se porte bien. C'est encore à Capharnaum que, sur l’ordre de N.S,, Pierre prit le poisson qui lui fournit la pièce de monnaie pour payer le tribut etc.
Tibériade, lundi 25 Avril.—Dès les 6 h. nous sommes tous en selle pour opérer notre retour à Nazareth,
Nous repascons près du mur de la ville et prenons peu après une bifurcation de la route pour nous diriger par une autre voie que celle par laquelle nous étions venus. Parvenus sur les hauteurs qui dominent le bassin du lac, nous nous trouvons bientôt sur le champ de la multiplication des pains.
Notre Seigneur revenant des confins de Tyr et de Sidon, était suivi par une foule de peuplé avide d'entendre les paroles de vie qui sortaient de sa bouche. Touché de compas-
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sion pour ces pauvres gens, il dit à ses apôtres : J'ai pitié de ce peuple ; il y a trois jours qu’ils me suivent ainsi sans presque rien prendre de nourriture.—Mais où prendre de quoi nourrir une telle multitude dans ce désert ?—N'avez-vous rien à leur offrir ?—Nous n’avous que sept pains et quelques petits pois sous; qu'est ce que cela pour une telle multitude ?—Faites les asseoir sur l’herbe. Et Jésus bénissant les pains, les donna à ses disciples pour les distribuer au peuple. Or il y avait quatre mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, cependant tous furent rassasiés, et on remplit encore sept corbeilles de ce qui resta.
Ste Hélène avait fait ériger sur ce champ douze monceaux de pierre, représentant les douze apôtes entourant leur maître; mais il ne reste plus rien de ces trônes des douze apôtres.
A peu de distance plus loin, nous nous détournous à gauche pour gravir une colline s’élevant d'environ 160 pieds au dessus de la plaine; c’est le Mont-des-Béatitudes. (C’est là que N. S. fit cet admirable sermon où il exalte le mérite de la pénitence: Bienheureux les pauvres d'esprit; bienheureux ceux qui pleurent ; bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, etc,
Le sommet du mont présente une surface d'environ 150 pieds, et se termine à chaque extrémité par une éminence en forme de corne. Aussi le peuple le désigne-t-il par le uom de Cornes de Hattîne,
C'est sur ce même champ de Hattine ou des Béatitudes que se livra en 1187 la bataille qui mit fin au royaume latin de Jérnsalem. C'est là que Sualadin fit prisonnier Guy de Lusignan, le deruier roi français de Jérusalem, et son frère le prince Geoffroy. C'est là anssi que fut égarée la vraie Croix qui avait été portée par l’évêque au milieu du camp des chrétiens.
Du mont des Béatitudes on voit vers le N, la ville de Saphet, patrie de Tobie, sur les confins de Nephtali. C'est à Saphet que Bibars, sultan de Babylone (Cuire), fit massacrer en haine de la foi, en 1263, plus de six cents catholiques, parmi lesquels deux Pères franciscains. |
Retournant à notre route, nous passons bientôt après le village de Loubieh, perché sur une colline pierreuse, sans y arrêter. C'est à Loubieh, que Junot fit des prodiges de valeur pour soutenir l'attaque des mamelucks, qui avaient
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plus de dix fois le nombre de ses combattants. Se repliant sur Cana, il rejoignit Kléber au pied du Thabor, près du village: de Fouleh. Les deux troupes réunies formaient à peine 3000 combattants, tandis que les turcs en comptaient plus de 35,000, parmi lesquels 12,000 cavaliers. Le 16 avril au matin (1799), Kléb:r voit toute l’armé: turque rangée en bataille dans la plaine. Il forme un carré de sa petite troupe et attend courageusement l'attaque. Jamais les français n'avaient vu tant de cavaliers s’agiter, caracoler, se mouvoir en tout sens. Mais sans se décourager, ils attendent de pied ferme, et les frappant à bout portant, ils en font un massacre tel que bientôt la petite troupe se voit protégée par un rempart de cadavres d'hommes et de chevaux. Pendant six heures, ils résistent ainsi à toute la furie de leur nombreux adversaires, à l’abri de ce rempart. Bonaparte qui avait laissé le siège de S. Jean d’Acre pour venir au secours de ses généraux, débouche alors dans la plaine, qu’il voit couverte de feu et de fumée. Sans perdre de temps, il partage la division qu’il amène en deux carrés, qu'il dirige de manière à former avec la division Kléber un triangle équilatéral, au milieu duquel se trouvait l’armée ennemie recevant le feu de tout côté, Aussi la victoire ne fut pas lougtemps indécise, La division Kléber, redoublant d’ardeur à l'arrivée de ce secours, fond sur le village de Fouleh qu'elle emporte à la bayonnette, et dans un instant toute la plaine du Thabor ne montra plus de soldats mamelucks que ceux gisant sur le sol et qui la couvraient en grande partie.
Nous passons plus loin dans le Champ-des-épis, ainsi appelé par ce que, un jour, les disciples de N,S. pressés par la faim, en avaient arraché en passant pour les manger. Le champ, comme au temps de N. S, était encore couvert d’épis touchant à maturité, mais quant à nous, si nous en détachâmes quelques uns, c'était plutôt pour en faire des reliques, que pour satisfaire à un besoin qui nous pressait, C’est encore la coutume aujourd’hui pour les arabes qui se nourissent de si peu de chose, d’arracher en passant des épis dans les champs pour s'en nourrir. Nous en avons fait mème brouter par nos chevaux dans la plaine d’Esdrelon, sans que personne n’y fit objection.
Environ une demi-heure après, nous entrons à Cana qui est un village d'environ 600 habitants, moitié musulmans et moitié grecs schisniatiques.
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