‹ De Québec à Jérusalem [microforme]Chapitre 72 sur 94 · REZ · texte numérisé non relu

REZ

Cana est célèbre par le premier miracle qu'y fit N. S. en changeant l’eau en vin à la prière de sa sainte mère. C'est aussi la patrie des apôtres Barthélemi (Natanaël) et Simon, chez lequel N. S. fit son premier miracle. Nous entrons dans use église grecque schismatique pour voir deux urnes, qu’on prétend être celles qui servirent au miracle de NS. Ces urnes sont en pierre du pays, en forme d’amphores, très lourdes et grossièrement travaillées. J'ai entendu plusieurs personnes exprimer des doutes sur leur authenticité, mais je confesse que rien n’était plus facile que la conservation de semblables blocs de pierre ; enterrés sous des décombres, ils ont pu en être retirés intacts, et ce ne serait pas chose facile que de les mettre en pièces.

En sortant de Cana, nous traversons une belle source qui fournit l’eau à la ville et répand dans tous le voisinage la fraîcheur et la fertilité; aussi oliviers, grenadiers, figuiers etc. y sont-ils nombreux et des plus vigoureux.

Nous continuons notre route en nous dirigeant de ce point vers l'O. par un chemin pierreux et fort accidenté.

Nous voyons à notre droite, sur le penchant d’une colline, le village de Mesched, qui est la patrie de Jonas et qui renferme aussi son tombeau. Les musulmans tiennent en grande vénération le tombeau de ce prophète, sur lequel ils entretien. nent toujours une lampe.

Enfin, à 4 h., nous rentrons à Nazareth en passant près de la fontaine de la Vierge, où nous voyons, comme les autres jours, grand nombre de jeunes filles s’y chargeant de leurs cruches.

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Séphoris.—Caïffa.—Le Carmel.—S, Jean d’Acre.—Ez-Zib.—Sarepta. Le Léontes.—Tyr.—Sidon. —Beït-Eddin. — Deir-el-Kamar, — Beyrouth.

Nazareth, mardi 25 avril.— L'après midi d’hier a été consacré au repos, dont tout le monde ressentait plus ou moins le besoin. Ce matin, se fait la visite de la ville. Comme je l'avais déjà faite, je me contente de me joindre à mes compagnons pour les seuls endroits que je n’avais pas encore vus. Parmi ceux-ci se trouve l’atelier de S. Joseph.

Du temps de N. S., comme c’est encore à peu près la coutume aujourd’hui, il était rare qu’un ouvrier eût la boutique où il exploite son industrie dans sa demeure même; c'était toujours séparé, et le plus souvent à quelque distance. Joseph, qui avait sa demeure à l'endroit de l’église actuelle de l’Incarnation, avait sou atelier à quelques centaines de pieds de sa résidence. Les premiers chrétiens avaient érigé une église sur l’emplacement de la boutique où Joseph travaillait avec l'enfantJésus qui lui était soumis. Les Pères franciscains ont encore là une chapelle, dans laquelle on peut voir une partie du mur de l’ancienne église.

Grace à l'intervention de mon servant de messe que je rencontrai sur la route en revenant, je pus pénétrer dans l'intérieur d’une maison musulmane pour m'assurer comment elle est montée. Rien de plus simple. Tables, chaises, lits, on ne voit rien de tout cela ; seulement un rouleau de nattes dans un coin, qu’on étend dans le besoin. Le plancher en terre est élevé d’une quinzaine de pouces dans toute la moitié de la seule pièce qui compose la résidence, et c’est là, sur le bord de cette plateforme, qu'on s’assied d'ordinaire, lorsqu'on ne se

sé D ne RE lo a ré M sl role pi re teidiehté tte. Et

croise pas les jambes à la façon de nos tailleurs. Je nai vu ni vases, ni ustensiles quelconques, mais un enfoncement, une espèce de grotte creusée dans le rocher au fond de la pièce, m'a paru tenir lieu de dépense et receler plusieurs paquets. Il n’y avait as de cheminée pour le feu, mais à la porte, quelques pierres enfumées indiquaient l'endroit où on l’allumait lorsqu'il en était besoin. Bien que la porte fût ouverte, je n'ai vu personne dans la maison, peut-être à notre arrivée ceux qui s’y trouvaient avaient-ils cherché une retraite dans l’al. côve du fond, les femmes surtout pour se soustraire aux regards étrangers. Avec ce manque presque complet d'ameublement, les quelques haillons dont on se couvre, et le peu de nourriture que l’on consume généralement en Orient, il est facile de juger si la vie des indigènes coûte peu dans ces contrées, et de comprendre comment la paresse peut si facilement l'emporter sur le désir de posséder.

Nous allons dans l’après midi visiter en corps l’établisse. ment des Sœurs de Nazareth, qui est contigu à notre hospice. Ces bornes Sœurs, malgré l’exiguité du local mis à leur dis. position, tiennent là pensionnat, externat, orphelinat, ouvroir, etc. Ce sont presque toutes des sœurs françaises, leur maison-mère étant à Oullins près de Marseille,

On nous fait voir leurs élèves réunies dans une de leurs grandes salles, Notre président monte à la tribune, et avec la gravité d’un professeur de théologie, pose ses questions et distribue ses compliments à droite et à gauche. On eut dit un inspecteur officiel s’acquittant de son office. Malheureusement les visiteurs sont trop nombreux pour le local, et je me trou: vai, avec les autres ecclésiastiques, relégué parmi les élèves à l’autre extrémité de la salle où trônait notre président, et ne pus saisir qu’à demi les explications de la supérieure.

Les cahiers d'écriture surtout nous intéressèrent tout spécialement. (C'étaient des hiéroglyphes, ou plutôt des signes sténographiques, que plusieurs élèves tracèrent devant nous, en procédant de droite à gauche, avec assurance et célérité.

On nous fit ensuite passer à l’orphelinat, où les élèves

nous exhibèrent elles-mêmes leurs ouvrages. C'étaient surtout:

des broderies et des habits d'enfants dont la confection dénotait à toute évidence une certaine aptitude de la part de ces jeunes enfants pour les divers travaux à l’aiguille. Les arabes, de l’aveu de tous, ont des figures fort intelligentes; qu'on

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change leur éducation,et on ne les trouvera inférieurs aucune autre nationalité sous le rapport des aptitudes et du talent.

Comme partout je notais les renseignements que je pouvais recueillir, et qu'ici mes notes étaient à peu près nulles, vu que je n'avais pas pu saisir la moitié des explications données par la Sœur, je me décidai, revenu à l’hospice, à retourner au parloir, pour compléter mes renseignements. Je demande à voir la Supérieure. “* Ma Sœur, lui dis-je, en affectant d’être sérieux, je vieus vous faire un reproche. Vous êtes française, et vous partagez les défauts de votre nation; vous n'avez pas pour le prêtre cette déférence, ces égards qui lui sont dus.— M. l'abbé, je devine ; vous n'avez pas élé satisfait de la réception qu’on vous a faite ici, Je l'ai compris tout comme vous ; mais le mal ne vient pas de notre part. Le président se présente à la tête de la caravane et réclame les fhonneurs. Je m'explique fort bien qu’un laïc puisse avoir l’autorité pour commander les départs, régler les étapes, etc., mais dans une visite à une maison religieuse, les prètres, certainement, devraient toujours être au premier rang. Ce n’est pas sans chagrin que je vous ai vus refoulés à l’extrémité de la salle ; votre modestie habituelle vous empêchant, sans doute, de disputer le pas aux laïques trop peu réservés. Ce n’est pas la première fois que je souffre de cet état de choses, et je désirerais fort qu’on le changeât.—Ma Sœur, je ne suis pas sérieux ; votre éducation et vos sentiments religieux ne me permettent pas de douter de vos dispositions à cet égard. Mais, comme je veux me renseigner sûrement sur tout ce que je vois en voyageant, je désirerais avoir des explications précises sur plusieurs sujets dont vous avez parlé et que je n’ai pu saisir qu’à demi, vu l’éloignement où je me trouvais.

Là dessus la bonne Sœur me donna une foule d'explications sur tout ce qui les concerne,

Leur établissement est bien pauvre, n'ayant à peu près que les aumônes qui leur viennent d'Occident pour se souteair, (C'est sur l’orphelinat surtout qu’elles fondent les plus grandes espérances, par ceque ces petites filles leur appartenant complètement, elles peuvent plus sûrement les former à des habitudes de vie réglée, à la pratique de la vertu. IL arrive souvent que ces orphelines leur viennent de lislamisme ou du schisme ; alors c'est un double gain, elles les arrachent à

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l'erreur et leur fournissent en même temps les besoins maté. riels. Mais c'est aussi l’orphélinat qui exige le plus de res. sources. Elles sont souvent obligées de refuser des élèves, par ce que les moyens de les soutenir leur manquent. Tout dernièrement, me dit la Sœur, j'écrivais à ma supérieure pour avoir l'autorisation de prendre deux nouvelles orphelines qu’on nous offrait. Et une lettre de cette même supérieure croisait la mienne, pour me dire qu'il fallait renvoyer deux de celles que nous avions, par ce que ies ressources faisaient absolument défaut,

Les orphelines étaient au nombre de dix-sept, et toutes s'ingéniaient pour économiser et aider leurs mères adoptives, On leur avait appris que dans l’Inde et la Chine il y avait des enfants encore plus malheureux qu’elles. De suite elles vou. lurent toutes s’enrôler dans l’œuvre de la Propagation de la Foi ou de la Ste Enfance ; et on me donna à cet égard les détails les plus touchants sur les moyens qu’elles ont adoptés pour se procurer leurs contributions. Les unes travaillent à l'aiguille, confectionnent des sacs à tabac, des bonnets d'en. fants, des broderies, etc., qu’elles vendent à cette fin. Les autres se sont faites chasseuses de chenillesdans le jardin, à condition qu’on les payât pour leur service. Elles sont même allées jusqu’à servir de manœuvres aux maçons érigeant un mur pour les sœurs, charriant l’eau pour éteindre la chaux, criblant le sable pour le mortier, etc.

Vous ne sauriez croire, me dit la Sœur, jusqu’à quel pointces petites comprennent déjà le mérite du sacrifice, de la charité, Dernièrement, ajouta-t-elle, il nous fallait préparer un certain nombre d'élèves pour la premièrecommunion. Cinq externes, fort pauvres, qui étaient de ce nombre, vinrent me dire un jour, en pleurant: “ Mère, nous ne pourrons pas faire notre première communion ; nous ne pouvons plus venir au caté, chisme ; il nous faut tous les jours aller travailler chez les turcs pour gagner le morceau de pain de notre diner ; si nous passons la journée ici, qui nous le donnera ?” Jugez de mon embarras; impossible de renser à prendre ces cinq malheureuses à nos charges; les ressources nous manquent, Il me vint cependant une pensée : si j'offrais à nos orphelines de les prendre avec elles sans rien ajouter à lenr ration? J'avoue que le cœur me faisait mal d'aller leur faire cette proposition, car c’est à l’once que la part de chacune est mesurée; mais je

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me disais : le bon Jésus qui a multiplié le vin pour les noces de Cana, ne pourrait-t-il pas peut-être multiplier notre pain pour que ces pauvres enfants participent à son festin ? Pleine de cette pensée, je m'en vais trouver mes orphelines. Ecoutez bien, leur dis-je, j'ai une proposition à vous faire. Voici que cinq de vos compagnes ne ‘pourront pas faire leur première communion, par ce qu'il leur faut tous les jours aller gagner leur dîner. Je sais qu'on ne vous donne juste que le stricte nécessaire. fionsentiriez-vous cependant à retrancher chacune une bouchée, seulement une bouchée, du pain de votre dîner, pour permettre à ces cinq pauvres enfants de suivre vos exercices ? Vous êtes dix-sept, avec dix-sept bouchées ces enfants seront contentes. Et toutes de s’écrier: oui! ouil Mère; qu’elles viennent, qu’elles viennent. Et le lendemain, chacune voulait donner au moins la moitié de sa ration pour les pauvres externes, si bien qu'il fallut interposer mon autorité pour forcer ces charitables enfants à ne retrancher qu’une miuime portion de la part de chacune.

Et, continua la Sœur, plusieurs de ces orphelines sont issues de parents musulmans, et vous n’ignorez pas, M l'abbé, que dans cet état de honteuse servitude où l’on tient la femme musulmane, chez elle, la charité, la compassion, la bienfaisance et tous les sentiments généreux font complètement défaut. Un seul trait vous le fera comprendre.

Le vendredi-saint, un Père franciscain vint nous prêcher la Passion en arabe. Comme toutes nos élèves étaient présentes, schismatiques, musulmanes et catholiques, je priai le Père d’insister particulièrement sur la valeur du sang de Jésus-Christ. Le prédicateur s’acquitta si bien de sa tâche, qne la plupart des assistantes fondaient en larmes ; seules les musulmanes demeuraient impassibles.

A la récréation qui suivit le sermon, j'entendais nos catholiques se communiquer réciproquement leurs impressions sur tel ou tel point du sermon dont chacune avait pu être plus ou moins touchée. Et vous, dis-je, en m'adressant aux musulmanes, que dites-vous de ce sermon ?—Beaux contes que nous a débités ce Père, dit l’une d’elles parlant pour les autres ! il a dit qu’une seule goutte du sang de Jésus-Christ aurait su pour racheter le monde. Alors pourquoi l’a-til tout donné ? Quand je puis avoir des pois ici, @errière la ville, jene vais pas courir à la montagne du précipice pour en chercher

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Vous voyez là, contimna la Sœur, comment elles ont le cœur fait ces muswlmatries, e& quelle révointion le christianisme doit ävant tout opérer en elles, pour les amener à nos éroyances F L

Mais voulez vous encore mewx juger du degré davilissement où l'état de servitude a poussé la fermme musulmane? Le faik suivant, ajonta 4 Sœur, va vous le faire voir,

J'en étais, enr faisant le catéchisine à mnogélèves, à expliquer le 11e article dur symbole, la résurrection de la chair. Je leur disais donc qu'après la mort, nos corps seraient mis en terre, mais que viendrait un temps où de leur poussière ils renat traient à la vie pour jouir avec leurs #mes éternellement du Ciel, ou brûler éternellemént dans l'enfer. Une élève musulmane frappée de cette doctrine la rapporte à sæ mère, qui vient ausaitôt me trouver,

—Vous avez dit à ma fille qu’une fois mortés, tout ne serait pas fini, qu’on reviendrait encore à la vie ?

—Oui, sans doute ; nous reviendrons à la vie; les bons pour aller dans le Ciel jouir éternellement de K présence de Dieu. et les méchants pour aller souffrir éternellement dans l'enfer avec les démons.

— Oui,les hommes; maïs pas les femmes, Les hommes re-suseiteront pour alier dans le Paradis de Mahomet, mais pour les femmes, une lois mortes, tout est mort, tout est fin.

— Vous pensez donc qu'une fois morte, il n’en sera pas

“plus de mon eorps que du cadavre d’une ehèvre ou d’une brebis, et qu’il n'y aura plus pour moi rien à attendre ?

— Ohf-:mon;pas vous. vous êtes une religieuse (1); mais nous, les femmes ordinaires,

— Vous aussi, comme fous e6ô comme tons les hommes, vons ressnsciterez tonles, ponr vivre ensirité éternellement henretrses dans ke Gel,ou intininrent mallreurenses dans l’enfer,

Non, non ; it n’em peut êtré ainsi. Tenez, chez nous, nous sommes quatre femmes. Chacrme à ses enfints. Toute la journée nous tous chi-anons et queréllons nor nos enfants. Êt le soir, arrive le mari qui nous donne à toutes nné bonne volée dé coups de bâton. Et vous croyez qu’à là mort tont ne

(1) Pour le musulmanes, les religieuses ne sont ni hommes, ni femmer:; ee sont des êtrer. d’une catégorie à part, de la nature des anges, à peu près; aussi leur portent-elles une grande rénération.,

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DB QUÉBAO A JÉRUSALEM 514

sera pas fini ?..… qu'il y aura encore ua enfer au delà ?......La chose n'est pas possible ; à la mort tout sera fui, et nous serons bien contentes; il n’y au:a pas basoiu d'un autre enfer celui que nous endurons à présent est bieu sufBsaus pour nous punir de notre méchanceté,

Aurait on jamais cru que l'avilissement, l’abatardissement pouvaient aller jusqu'à ce point!

—Muis, dis-je à la Sœur: les instructions, les conseils que vos élèves musul ñanes vous entendent donner tous les jours, la règle même qu'elles sont obligées de suivre les exe nples de vertus qu’elles ont continuellement sous les vaux, tout cela ae fait-il aucune impression sur elles ?

—Je n'oserais assurer Le contraire, mais les progres de ce côté, s'ils existent, sont lents et très lents. Cependant il s'en présente de temps à a1ïtres quelques exemple:, je puis vous en citer un tout réceut.

Les iuusulmanes que nons recevons sont le plus souvent des flancées, qne l'époux futur tient à faire plus où moins instruire, surtout à leur faire apprendre le français, ce qui est du meilleur ton dans la société turque. Or, il arrive parfois que ces jeunes filles sont frappées de notre manière de vivre, et que ce qu’elles aous voient faire les porte à se rapprocher un peu de nous dans leur conduite. L'hiver dernier, un ernployé ture de St-Jean-d’Acre est venu chercher ici utie fiincée qu'il aous avait confiée depuis deux ans. C'était une boune nature d'enfant qui se montra toujours très docile. Ce turc ayant eu occasion de venir à Nazareth une couple de mois après son mariage, il se présenta à notre parloir. Madame, me dit-il, je viens vous remercier pour la manière dout vous avez formé ma femme. J'ai une femme accomplie. Jamais je n’ai eu le moindre reproche à lui faire. Toujours soumise, coin plaisante, respectueuse, tous ceux qui la connaissent l’admirent et disent qu'elle agit en tout point comme une femme chrétienne.

Quel aveu dans la bouche d’un musulman, qui ne connait pas de modèle plus parfait de la femme, que la femme chté. tienne !

Nul doute que cette éducation que les Sœurs surtout répandent en Orient en formant des mères de famille, ne produise, malgré la dépravation de ces peuples, îes plus heureux résultats. Ces exemples de vertus qu’elles donnent, ces ins tructions qu’elles répandent, auront encore plus d'efficacité,

ponr la civilisation de ces peuples, que la prédication des prêtres, qu'on se garde d’aller entendre ou qu’on écoute avec prévention. Oh! centinuez, saintes filles de la charité, dociles enfants de la Vierge de Nazareth, continuez à répandre à pleines mains, dans cette terre stérile et de malédiction, la semence de vérité et de vie; arrosez-la de l’eau de vos sueurs, réchauffez-la de l’ardeur de vos prières, soutenez les jeunes plants de vos conseils et de vos exemples, et celui seul qui donne l'accroissement, saura, quand l’heure en sera venue, leur faire porter des fruits abondants de salut.

Après avoir remercié la bonne Sœur des intéressants détails qu’elle m'avait donnés, je ne crus pas devoir me retirer sans lui offrir une légèreaumône pour ses pauvres orphelines. Je voudrais être riche, lui dis-je, pour vous faire une offrande en rapport avec vos besoins, mais mes ressources sont res. treintes, je suis bien éloigné de mon pays, et il me faut faire de grandes dépenses ponr y retourner, prenez toujours cette petite pièce qui pourra suffire à quelques diners de vos orphe. lines, et j'ai confiance que leurs prières jointes aux vôtres, me permettront d'opérer heureusement mon retour.

La bonne Sœur demeura toute interdite, et ne savait comment témoigner assez sa joie et sa reconnaissance. Elle m'assura que la communauté ferait trois communions et des prières spéciales pendant trois mois pour m'assurer un heureux retour. Et sans doute que le Ciel a été touché des prières de ces âmes pures de la Terre.Sainte, car j'ai pu refaire les 2000 lieues qui me séparaient de mon pays sans qu’il me soit rien arrivé de fâcheux.

Oh! si nos heureux du siècle savaient quel bien peut produire seulement une pièce de vingt francs parmi ces peuplades pauvres de l'Orient, qui manquent de tout, sans doute qu’ils se sentiraient portés à se retrancher parfois dans leurs amusements et leurs jouissances, pour faire quelques dépôts dans cette banque de la charité qui leur assure de si gros intérêts.

Mont-Carmel, mercredi 27 avril.—Nous faisons nos adieux ce matin à Nazareth, pour les côtes de la Syrie. Voulant comme d'ordinaire profiter de la fraicheenr du matin, dès les 5h. nous sommes tous en selle, remettant à entendre la messe à Séphoris, où célèbrera M. l'abbé Guesdon qui se réserve à jeûa pour cette fin.

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Un verre d’eau d'orange que j'avais bu la veille au soir m'avait dérangé l'estomac, si bien que j'avais à peine dormi la nuit et que je redoutais fort la fatigue de la journée.

Nous repassons par la fontaine de la Vierge, et gravissons la colline par la même route qui nous avait amenés de Cana, pour prendre ensuite une direction vers le N. O. Le pays que nous traversons est presque partout cultivé et parait très fertile. Les céréales qu’on voit dans les plaines sont remplacées sur les collines par des forêts d’oliviers et de figuiers. A 63 h. nous sommes à Séphoris, village de 4000 habitants, tous musulmans, perché sur le flanc d’une haute colline.

Séphoris fut autrefois fortifiée, Après la destruction de Jérusalem par Titus, les Juifs vinrent fixer leur sanhédrin à Séphoris, avant de l’établir à Tibériade.

On sait que Séphoris est la patrie du patriarche Joachim, époux de Ste Anne. C’est là qu'il avait sa résidence avant de se fixer à Jérusalem, ce qui n’eut lieu probablement qu'après

son union avec celle qui devait être La mère de la Vierge Immaculée.

Dès les premiers siècles du christianisme, on érigea nne église sur l'emplacement de la maison de Joachim. St Antonin la visita vers la fin du VIe siècle. Détruite par Chosroës, elle fut reconstruite par les croisés, mais détruite de nouveau par Saladin, elle est encore aujouid'hui à l’état de ruine. On y voit encore deux absides, dans l’une desquelles nous érigeons notre autel porr y entendre la messe. Les Pères franciscains, à qui ces ruines appartiennent, ont fait restaurer en arrière une résidence pour servir à un prêtre, qui probablement viendra demeurer ici, lorsqu'on aura pu y former un petit noyau de catholiques fidèles.

Nous reprenons nos montures après la messe pour poursuivre notre route, toujours dans la direction de l'O.

Plusieurs fois je m'étais demandé : comment se fait-il que rencontrant tant de chameaux par ici, on n’en voye jamais de petits? En quel endroit les reproduit-on ? Descendant une colline pour tomber dans une plaine toute en prairie, je pus trouver là une réponse à mes questions. Nous y rencontrons une trentaine de chamelles. surveillées par des bergers, ayant toutes des petits ou sur le pointd’en avoir. Les petits sont loin d'exhiber des formes aussi disgracieuses que leurs parents, cependant ils ne montrent aussi que fort peu de ces charmes que

l'on se plait à reconnaître dans le jeune âge de presque tous les autres animaux. Leur bosse, sans être aussi saillante que celle des adultes, s’annonçe cependant déjà tres distinctement. Ce ui frappe surtout, c’est cette disproportiou étonnante entre la longueur du corps de cet auimal et la hauteur de ses pattes, Evidemment le chameau a été donné à l’homme plutôt pour les services inappréciables qu'il peut lui rendre, que pour le charmer par la grâce de ses formes. Mais si jeunes et vieux ont si peu d’agréments, ce sont surtout les mères prêtes à matire bas qui en manquent. Cette tête et cet arrière-train si grèles, plantés à chaque extrémité d’un ventre énormément ballonné, nous donnent plutôt l’idée de tortues lourdes et paresseuses, que de navires du désert comme on les a qualifiés.

Vers les 11h., nous sommes à Chaffr-Amor, gros village où Les dames üe Nazareth tiennent aussi une école pour les filles, La population de ce bourg est d'environ 8,500, dont 1500 grecs catholiques qui sont desservis par un Père Carme ; le reste se composant de grecs schismatiques, de juifs, de musulmans et de druses, ces derniers au nombre d’environ 600,

Nous profitons de l'offre des religieuses qui mettent une de leurs salles à notre disposition pour y prendre le diner, Manger commodément assis à une table, dans une salle bien propre, ayant quelques religieuses pour nous entretenir, il n’en faut pas plus pour nous faire oublier un moment que nous sommes des voyageurs du désert, et que nous n’avons pas encore fait nos adieux à la tente. Involontairement je me reporte à ces fêles où nous sommes appelés parfois dans nos couvents du Canada, pour des professions, des prises d’habits, etc. Mais l'illusion ne fut pas de longue durée, car nous nous hâtâmes de reprendre bientôt nos montures, pour nous rendre aussi à bonne heure que possible au Carmel, où nous n’aurons que le reste de cet après-midi pour en faire la visite.

Nous nous trouvons bientôt en pleine vue de la mer, toutes les collines s’abaissant graduellement devant nous pour nous permettre d'en distinguer la rive même ainsi que la plaine qui la précède.

Ayant mis pieds à terre pour une courte halte, je fus for. tement intrigué par une plante que je remarquais pour la première fois. Entremêlant ses branches à celles d’un jeune chône. vert, elle semblait un jonc monstre s’abritant sous le jeune arbre. Ses tiges effilées, glabres, parfaitement cylin-

sque tous les nte que celle tement. Ce ante entre la le ses pattes, > plutôt pour que pour le ines et vieux ères prêtes à rrière-train si énormément lourdes et pas a qualifiés.

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driques; d'un beau vert, me firerit croire tout d’abord à une joncacée. ne lui voyant ni fleurs bien apparentes, ni même de feuilles. Je reconnus à la fin que c'était bien nne dicotylédone etque pour ne montrer que peu de feuilles, elle en portait pu pendant quelques unes. J'en étais à chercher la famille dans laquelle je la rangerais, lorsqu'un compagnon du midi de la France me dit la bien conuaître, que c'était le Genêt d'Espagne. En effet, j'ai retrouvé la même plante depuis toute chargée de belles flenrs jaunes, sur le flanc du Vésurve, et j'ai pu me convaincre que c'était réellement le Genista nota qui se rencontre en Espagne, en Italie et dans le midi de la France,

Enfin nous sommes dans la plaine qui avoisine la mer, Nous traversons un marais où nos chevaux ont de l’eaw jusqu'aux genoux, nous gravissons ensuite un large banc de sable mouvant, et prenons la grève même pour notre chemin. Le sable durci, où vient s’éteindre chaque lame, nous fournit la plus belle route que nous ayons encore parcourue.

Nous sommes ici dans la large baie qui sépare le mont Carmel de St-Jean-d’Acre, et au fond de laquelle, à notre droite, nous voyons Caïffa coquettement assise sur la riv même. Mais avant de contourner la baïe, il nous faut .. verser le Cisson que nous avions déjà coupé en arrivant à Nazareth. Heureusement que la mer est fort calme cor comme il faut ke traverser à gué, le passage devient dangereux lorsque la mer est grosse, si bien que souvent il faut envoyer les bêtes à la nage et traverser ensuite en bac.

Caïffa ou Hèfa, quoique port de mer, ne parait pas jouir d'un commerce bien actif. C’est à peine si nous voyons quel ques goèlettés attachées à des poteaux qui bordent la yo te nous suivons.

4 Nous allons faire visite aux dames de Nazareth qui ont ICI aussi un couvent, et au Père Carme qui dessert la paroisse latine, La population de Caïlffa est d'environ 6,000 habitant dont 1600 grecs catholiques, 1100 grecs schismatiques 120 maronites, 1400 juifs et le reste des musulmans,

Les Prussiens ont ici un établissement fort prospère qu'il nous faut traverser avant de prendre la longue montée qui nous conduit au Couvent des Carmes qui, comme une forte:

resse, couronne l'extrémité d i i ; |; u promontoire qui s’avan cut 1 ce dans

516 DE QUÉBEO A JÉRUSALEM

Etablissement à Caïffa, à Jaffa, et dans peu à Césarée que le gouvernement turc vient de leur céder, bientôt les Prussiens vont être maîtres de toute la côte de Syrie, pour peu qu'on les laisse faire,

Le Mont-Carmel est élevé de 1800 pieds au dessus de la mer; la montée en étant cependant très longue, et le chemin bon, on le gravit à cheval sans difficulté. A 43h. nous entrions dans la cour du couvent.

Je me trouvais faible et très fatigué ; je ne pus cependant résister au plaisir de visiter la résidence des bons religieux, et de jouir un moment du magnifique point de vue qu'offre ce promontoire élevé.

Après les visites d'usage au supérieur et la distribution des chambres que nous devions occuper, nous passons à la la chapelle et aux différentes salles du couvent, Nous montous mème jusque sur la terrasse, et avec quelques autres, je gravis jusqu'à la coupole qui couronne la chapelle. Quel magnifique coup d'œil de ce point! La chaîne du Carmel, dit le Fre Liévin, a six lieues de long, et forme un plateau d'environ 1 lieue de large, tout boisé, où les chacals, les hyènes, les panthères, les sangliers prennent encore librement leurs ébats, L’extrémité O. le cette chaîne se projette dans la mer en for. mant une baie où se cache Caïffa; et c'est sur cette pointe isolée, entourée par la mer de trois côtés, qu'est bâti le couvent, Gest un des plus beaux sites qu'on puisse voir, aussi l'Ecriture Sainte l’emploie-t-clle souvent comme terme de comparaison en parlant de la beauté. Du point où nous sommes, nous voyons au N.E, à l'extrémité d'une anse im: mense que forme la rive basse bordée par une large plaine, St Jean d’Acre, qui parait aussi s’isoler dans la mer.

Le Carmel a toujours été depuis les temps les plus reculés, habité par de sainis personnages, qui venaient s'isoler ici, s’'étourdir au bruit des vagues, pour ne pas entendre les vaines clameurs du monde, afin de méditer dans le recueill:ment les vérités éternelles, et de se rendre le Ciel favorable par les austérités et la pénitence. On sait que ce fut la résidence du prophète Elie et de son disciple Elisée. Il y eut même de leur temps une école de prophètes, c’est à-dire qu’on venait à ces saints personnages pour recevoir d'eux les saintes instructions qu’ils puisaient dans la contemplatiou des vérités éter nelles ou qu'ils recevaient par inspiration directe du Ciel, On

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DE QUÉBEO A JÉRUSALEM 517

nous montre encore la gratte où se faisaient ces saintes réunions; et ou peut dire avec raison que ce fut là le premier couvent, la première réunion d'hommes se séparant du monde pour mener une vie plus parfaite.

Les solitaires du Mont-Carmel embrassèrent l'évangile dés le premier siècle de l’ère chrétienne, et se jnignirent 1ux apôtres pour prêcher J. CG La Galilée et la Samarie furent en différents tmps évangelisés par Les pieux solitaires. Un grand nombre de saints personnages ont habité le Cirmel, $S, Narcisse an premier siècie, S. Sairidion au II, S. Euthyme au IVe, S. Cyriaque et S. Jacques an VI. etc. S. Louis, roi de France, visita Le Cirmel en 1252, C'est vers 1155 que suv l'ordre du prophète Elie qui lui était apparu. S. B:rtholil vint établir sur cette montagne le berceau des religieux Carmes,

Saladin détruisit ce couvent en 1187, et fit massacrer tous les religieux qui s'y trouvaient; et ce ne faut que plus de trois siècles plus tard, en 1633, que le Pape Urban VIIL mit les Carmes déchaussés actuels en possession du Carmel,

S. Simon Stock, qui fonda à Rome la Confrérie du St Scapulaire, vécut quelque temps sur le Carmel, et devint général de son ordre (1243).

Pendant le siège que fit de St-Jean-d'Acre le général Bonaparte en 1799, Le Carmel reçut les mourants et les blessés de l'armée française. Et aussitôt que le siège fut levé, les musulmans s’emparèrent du couvent, en chassèrent les religieux et massacrèrent les malades qui y restaient encore. On voit dins le jardin des Pères, un monument avec inscription, érigé à la mémoire de ces braves.

L'église qui occupe oresque le centre dn bâtiment, est propre et bien décorée. Où moute au maître-autel par deux escaliers, entre lesquels s'ouvre le passage qui conduit à la grotte d'Elie, dans laquelle on descend par un escalier de cinq marches.

Cette grotte, qui est entièrement taillée dans le roc, est réputée avoir été habitée par le prophète, Elle est aujourd'hui convertie en chapelle, dans laquelle on y peut dire la messe, Gette chapelle est tenue en grande vénération, même parmi les musulmans qui témoignent un grand respect pour le prophète.

A quelques arpents du couvent, sur l'extrémité de la

Lan gt ban ro

pointe, se voit une construrtion qu'on appelle la villa, et quri sert d'hospice aux pèlerinsindigènes. Cette villa est surmontée d'un phare qui se voit à une grande distance en mer.

Sortant de l’enclos du couvent par la porte qui conduit à Caiffa, on va visiter, er descendant un peu de la hauteur, une petite chapelle dédiée à S. Simon Stock. Cette chapelle pres. que entièrement creusée dans le roc, est à peu près dépourvue de tout ornement, et n'offre rien de partieulièrement intéressant.

Les pèlerins, lorsqr'ils en ont le temps, peuvent aller vi. siter, à environ un mille dur couvent, vers le Sud-Est, la vallée des martyrs, la fontaine et le jardin d’Elie, ete. ; mais aueun de notre troupe ne témoigna le désir de s’y rendre, vu surtout le peir de temps que nous avions pour le faire,

La vallée des martyrs doit son nom au massacre des reli. gieux qu'on y fit là en 1262, dans le couvent qu'y avait bâti S Brocard.

La fontaine d’Elie jaillit, dit-on, à l’ordre du prophète, et n'a jamais cessé de couler depuis.

Enfin le jardin du prophète est un platean couvert de pierres ayant la forme de melons, de poires de pommes, etc, On dit qu’Elie passant un jour là demanua un melon à un homme qui gardait un jardin.—Fl n’y a pas de meions, dit le gardien, ce que vous croyez être des fruits sont des pierres.— Et bien, dit le prophète, que ce soient des pierres. Et les fruits changés en pierres s'y voient encore aujourd'hui. Cependant ils sont devenus assez rares, vu le grand nombre que les pèlerins en ont enlevé.

La Terre.-Sainte proprement dite se termine au N. au mont Carmel, bien que N,S$. ait aussi porté ses pas à Fyr et à Sidon, C'est ici que se termine d'ordinaire le pèlerinage religieux par le chant du Te Deum et le salut du St-Sacrement. A 64h. nous nous rendons à l’église pour cette fin, Notre commandant, qui est tout à la fois instructeur de cavalerie, poète, orateur,est aussi un excellent musicien ; il monte à l'orgue avec les meilleures voix parmi nos compagnons, pour répondre au chœur des religieux. Oh! de ma vie je n'oublierai ce salut de l'église des bons Pè:es Guines. L'autel brille de mille feux, au milieu desquels se détache une maguifique statue de la Vierge au Scapuluire, très richement décorée. La Vierge tieut dans ses brus l'enfant-Jésus, qui étend ses mains comme

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pour répandre ses bénédictions sans mesure sur ceux qui viennent le visiter. Nous uuissons nos voix à celles des moines pour adresser au maître du Gi:l et de la Terre le cantique de la reconnaissance, de çe qu'il a bien voulu nous permettre de vénérer les sacrées empreintes de ses pas sur cette trre. L'orgue remplit toute la capacité du temple de ses sons harmonienx. L'autel resplendit de mille clartés, et le fond de la nef demeure encore dans l'obscurité, comme pour nous apprendre que la charité qui illumine notre âme, s’obscurcit, s'affaiblit à mesure que nous nous éloignons de son foyer. Les vèlerins, brisés par la fatigue, ne pouvant rester à genoux sur les dalles du pavé, s'appuient sur des chaises, tandis qu'un certain nombre d’arabes, hommes et femmes, sont accroupis à la turque près de l'entrée. Oh! les saints anachorètes cou. naissaient hien toute l’économie de la machine humaine, lorsqu'ils ont proclamé que l'âme s'élevait d'autant plus facilement vers Dieu, que la chair était mattée par les ansterités de la pénitence. Epuisé, brisé par la fatigue, jamais, je pense, je vai été plus vivement ému par les chants de l'Eglise ei ne ma suis senti plus dégagé de la terre. “Eh! bien, mon Dieu, me disais-je, que sera-ce done de jouir de votre présence, si la prière, les chants de votre maison terrestre apportent déjà de si douces consolations ! Oh ! malgré le grand désir que j'ai de revoir ceux qui me sont chers, si telle est votre volonté, rompez dès ce moment cette chétive machine humaine qui me retient loin de vous. ”?

Et, sincèrement, je crois qu’alors j'aurais vu s'approcher la mort sans trop la redouter.

Au souper, le Rév. P. Sapérieur nous fait distribner à chacun un scapulaire avec une superbe image de la Vierge du Carmel, que tous reçoivent comme un précieux souvenir,

Ecrasé par le besoin de sommeil, aussitôt après le souper je me relire à ma chambre, et ne tarde pas à me m:ttre au lit, Comme nous sommes ici sur le bord de la mer, les lits sont entourés de toutes parts d’une gaz claire pour nous protéger contre les insectes ; mais je crois que pour moi ces cousinières étaient bien inutiles, et qu'it m'aurait fallu plus que des cousins pour m’empècher de goûter du sommeil,

Ez-Zib, jeudi 28 avril—J'ai si bien dormi la nuit dernière, que je dus répondre à M. l’abhé Baron, mon compagnon de

L chambre, qui s'excusait de m'avoir probablement dérangé , P 8

lorsqu'il était veuu se coucher après moi, que je n'avais pas

même eu connaissance de son arrivée. Réconforté par re bienfaisant sommeil, je me sens tout autre ce matin, et plein de courage pour me remettre en route.

Dès les 54 h. nous sommes tous prêts pour le départ. Nous laissons nos montures aux moucres, qui iront nous attendre au pied de la montagne, et noïs opérons la descente à piel, par un petit seutier, très raide, presque en fac: du couvent, pour visiter en passant la grotte des prophètes.

Les flancs du promontoire sont presque partout couverts d’une végétation, où un botaniste qui en aurait le temps, pour. rait faire une ample provision de spécimens; je n’ai pu que cueillir en passant denx espèces d'armoise, dont le funillage blanchâtre m'avait particulièrement frappé. C'est l’ÆArtem sia Judaica, Linné, et l’4. pontica, Linné. Une autre plante, dont j'ai été aussi fort agréablement surpris de faire la rencontre, est l’immorteile blanche, Helichrysum orientale, Tournelort, qui avec les folioles blanches et scu'ivuses d: ses involucres, sert si souvent à la confection de ces courounes que l’on met sur les tombeaux.

Tout près de la grotte des prophètes, je ne manque pas de cueillir en passant des fliurs de grenadiers qui se trouvent à

. ma portée. C:s fleurs, d’un incarnat plus où moins foncé, sont

très apparentes et des plus agréables.

La grotte des prophètes qui appartient aujourd'hui aux musulmans, est pres que entièrement abandonnée, Nous fümes obligés, pour y péuétrer, d'en faire sortir un troupeau de moutons qui s’y étaient réfugiés.

Nous reprenons ensuite nos montures, traversons Caïfa, conne nous l’avions fait la veille, lougeonus des jardins où s'étaient de nombreux palmiers, et prenons le sable mème de la grève pour notre chemin.

Comine ce sable durci offre partout un bon roulage pour les voitures, quelques uns de n98 compagnons préfèrent échanger la selle pour un bon véhicule qui doit les transport:r jusqu'à St Jean-d’'Acre.

Nous traversons le Cisson à gué, comme nous l’avions fait la veille, et plus loin, le Nàhr-el-Naaman,qui est l’ancien Belus, si renommé dans l'antiquité ponr son sable siliceux employé dans la fabrication du verre,

Nous mettons pied à terre à un certain endroit pour prendie sur le sable des coquilles du, Murex h'unculus, si recherché

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autrefois pour la couleur pourpre qu'il fournissait aux anviens Phéuiciens. Nous trouvons aussi quelq'ies Touues, Dolium pomum, d'assez belles dimensions, muis toutes plus pe moins endominagées, G's coquilles se trouvaient entremèlees à de nombreux 03 de sèches, d'une blancheur de chaux, que mes compagnons ne savaient d'abotd à quels animaux tnuwias ran-

porter, tant leur lorme insoiite s'ecarte et des couilles et des:

os ordiuaires des poissons.

Vers les 10 h., nous entrons à St-Juan-d'Acre, qui est l’ancienne Acco, de La tribu d’Aser, qui fut aussi plus tard appelée Ptolémaïs. Les Israëlites en s'emparant de Pto:émais n’en ii Mi poiut Les habitants, mais s’étaibiirent au milieu

eux.

St-Jean-d'Acre fut fortifiée dès les temps les plus anciens et sa situation sur le bord de la mer l’exposant aux attaqnes des ennemis, elle fut plus d'une fois assiégee, ravagée et dé. truite. Les croisés en fireut un siège qui dura rasé Ei 1202 la ville fut presque entièrement détruite par un ia : ment de terre, St Louis, roi de France, vint en prendre . session en 1250; inaïis en 1271, le Sultan d’Kgvypte s'en Re à sou tour, et mass icra où réduisit en esclavage plus de 25 000 chrétiens qu'il y trouva. J'ai déjà rapporté que Biaparte en 1799, après un siège de deux mois, tut obligé de l’abandonner lorsqu'elle était défendue par Djezzar-Pacha et Sydney Smitt Ibrahim-Pacha sen rendit maître en 1823. Enfin ert 1840 elle capitula, après un bombardement de deux heures, devant la flotte Anglo Autrichienne, commandée par Stafford Napier,

Acco, comine l'appellent encore les indigènes, est encore entourée de fortifications qui ne présentent qu'une seule porte du côté de terre, Sa population est d'environ 8 000 habitants

dont environ 700 catholiques, latins, grecs et maronites, le reste secomposantde musulmans, de juifs et de greës schismatiques

Nous nous rendons d’abord à la mosquée de Djezzar, qui est entourée d'une cour pavée en marbre, ombragée ça 4 là de paliniers. Gette superb: cour est entourée de galeries en arcades ogivales, soutenues par des colonnes en granit et en marbre, Une magnifique fontaine en marbre blanc s'élèv aussi au milieu de cette cour. :

Je fus vivemeut intéressé par la visite que nous fimes là d'une école qu'uu magister tenait sous l'uue.des arcades du.

nom ren cotés minmiiirianeiiserintinnsaniisetis déréiis

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