‹ De Québec à Jérusalem [microforme]Chapitre 73 sur 94 · RE ON SELS · texte numérisé non relu

RE ON SELS

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522 DE QUÉBEC A JÉRUSALUM

pourtour, Les orientanx qui savent tout réduire À la plus simple expression, ont trouvé moyen de tenir des écoles à peu près sans matériel. Je suis certain que si M. Ouimet venait à passer par là il leur intenterait de suite un procès. Peut-on se mettre quelque chose dans la tète lorsqu'on n'a ni chaises, ni bancs, ni tibles ? Notre surintendant ne croirait pas la chose possible ; cependant on ne s’'embarasse pas pour si peu à St Jeau-d'Acre, Le pavé de marbre tiendra lieu de tout cela, et au maitre et aux élèves. Chaque enfant, accroupi sur le pavé, trace sur son ardoise où sur son cahier qu'il tient sur ses gnoux, ses caractères hiéroglynhiques, en p'océdant, bien entendu, de droite à gauche. Les enfants sont tous rangés par groupes, formant souvent des cercles pour puiser à l’encrier commun qu'on place au centre, Le maître va d’un groupe à l'autre, distribuant ses avis et corrections. Et tous, maître et élèves, parlent à la fois, d'un ton plus où moins aigu. De cette façou vulle nécessité d'un maitre de discipline, Je n'aurais jenais pu imaginer qu'on pût Leuir une école d’une manière si économique.

La paroisse latine est desservie par des Pères franciscains, et Les Dames de Nazareth y ont aussi un établissement.

Nous sortons de la ville pour aller prendre le dîner sous un bocag : de pins, à environ un mille plus loin.

Nous trouvons là une bande d'enfants d'école en congé, conduits par un prêtre grec-uni chargé de les instruire, Ce piètre, avec lequel nous jümes à peine échanger quelques mots. vu qu'il ue connaissait pas plus le français que nous ne counaissions le grec, se montra très poli et réjoui de nous voir. Lui ayant donné quelques petites images de nos bréviaires, il les distribua à ses enfants, et ce fut alors une course contre nous de la part de ces enfants, à qui pourra avoir la sienne, Malheureusement la provision n’était pas assez abondante pour contenter tout le monde.

* Ici, comme en bien d’autres endroits, notre présence ne manqua pas de nous attirer des curieux, C2 sont surtout des jeunes filies qui se montrèrent les plus empressées. Mais con: trairement à ce que nous avions vu à Sunam, elles étaient toutes bien mises et n’accusaieut la misère en aucune façon. Comme les enfants m'avaient vu ramasser des insectes el qu'ils oen avaient mème apportés plusieurs, voilà qu'ils me préseuteut sur uu bâton, un superbs serpent, d'envirou 4 pisds

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de longueur, qu'ils venaient de tuer. Ils paraissaient le redonter beaucoup et craindre de le toucher; cependant je reconnus de suite que ce serpent n'avait aucun venin et qu'il n'était pas plus dangereux que nos couleuvres.

Nous étions sur le point de nous mettre en selle, lorsque tout à coup nous fûmes effrayés par les cris perçants d’un petit garçon qui, avec quelques autres, étaient grimpés dans les branches d’un gros pin. La première pensée qui me vint à l'esprit fut que peut-être ces enfants avaient rencontré unantre serpent dans les branches de ce pin. Mais m'étant approché de l'arbre, je reconnus que c'était quelque chose de plus sé. rieux, Un enfant sur une branche fort élevée, avait ses habits en feu, et ses compagnons pour tout secours se contentaient de crier. Un de nos moucres, monte prestement dans l’arbre, saisit l’enfant, et saute avec lui autant qu'il descend sur le sol. On lui arrache sa chemise dout la flamme lui ga. gnait déjà la chevelure, et notre médecin lexamine aussitôt, Une flammèche échapaée du feu qu'avait allumé notre drogman pour le café, chassée par un fort vent allant dans cette direction, était ainsi venue mettre en flumime la chemise de coton de cet enfant. Les brûlures, surtout dans le dos, étaient sérieuses, cependant le médecin délara qu’elles n'auraient point de conséquences graves.

Nous poursuivons notre route en suivant toujours le bord de la mer, mais non toutefois sur le sable même de la grève, comme nous l’avions fait l'avant midi.

Quelques petites collines se présentent ça et là dans la plaine, couronnées de villages, mais rien de saiilant n’attire notre attention.

Nous traversons plusieurs torrents se jetant dans la mer, sur des ponts en mäçonneries ; Ces ponts toutefois pour l’usage des piétons où des cavaliers seulement, car leur pente de chaque côté étant presque toujours en échelons où l'usage des voitures serait fort difficile.

Je fus agréablement surpris au premier de ces torrents que nous traversâmes, de trouver ses rives toutes convertes de lauriers-roses, Nerium oleunder, alors en pleine floraison. Ces arbustes présentaient en certains endroits des masses compactes de fleurs roses du plus bel eff:t. A part les variétés recherchées que les amateurs cultivent en serres, ces fleurs

étaient tout anssi belles que celles que nous voyons d'ordi. naire dans les appartements.

A un certain endroit, nons longeons une forêt presque exclusivement composée d'orangers et de citronniers. Je ne pouvais me lasser d'admirer ces arbres précieux poussant ainsi suontanément à travers buissons et plantes grimpantes sans aucuns soins.

Vers les 4 h.. nous atteignons le village d'Ez Zib, où nous trouvons nos tentes disposé:s pour le cumpement,

Ez Zib est l’ancienne Arhzib de la tribu d'Ager, dont les Israëlites, lors de la conquête, épargnèrent les habitants en s’établissant au milieu d'eux. C'est à Rz-Zib que le grand. prètre Hircan eut les oreilles coupées pour l’'empêchrr d'ex: ercer la souveraine sacrificature,-tque Phasiël, frère d'Herode le-grand, se brisa la tête contre le mur de sa prison, pour se soustraire à l'exécution publique qui l'attendait (40 ans av, J.C.). Ez-Zib est dans une situation des plus agréables, couronnant une petite colline qui borde la mer.

La mer n'a ici qu'une rive forr basse, et présente presque partout une heile grève sablonnense, dont profite plusieurs de nos compagnons pour prendre des bains,

Je‘dis presque partout, car certains bancs de calcaire fort usés par La vagne, se montrent aussi çà et là.

Je ne manquai pus d'explorer celte grève à la recherche des mollusines que le flot, dans les gros temps, y avait ap: portés. ‘Mais ces mollu-ques, quoique en grande quantité, étaient fort peu variés. Les plus noinbreux étaient: Columbella mercatoria, qu'on pouvait prendre à poignées dans les creux des rochers, Mitra ebenus, Cerithium vulgatum, des Conus, des Nerita, des Murez, ete, tous fort jeunes et plus ou moins déterriorés.

Comme j'étais occupé sur nn banc de calcaire rongé par la mer, à choisir les coquilles les plus parfaites parmi celles que je trouvais, je fus tont à coup frappé d’un son singulier qui se faisait entendre près de moi, bien que je fusse alors seul à cet endroit, J'écoute, et, après un long silence, le même son se répète, mais plus prolongé et plus intense. Que pouvait-ce être ? Quelque monstre marin que le flot—la mer était alors passablement agilée—aurait jeté sur la grève et qui pousserait des gémnissements dans l'impuissance où il se trou verait de regagner son élement ?

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Comme le banc de calcaire sur lequel je marchais était en plusieurs eudroits creusé en dessus et percé même à jour à plusieurs places, je m'avance avec précaution vers l'endroit d'où j'avais cru que partait le son, et j'écoute attentivement. Je n'entends que le brisement du flot sur la pierre, lorsqu'il jaillit sur certaines aspérités. J'allais me retirer sans avoir rien pu comprendre de ce phénomène, lorsque tout-à coup la mème voix se fait entendre, et d’une manière formidable, à quelques pieds de moi seulement. Pour le coup, me dis-je avec satisfaction, j'ai le secret de mon énigme.

Le banc de rocher était creusé à une assez grande distance en dessous, et vers l'extrémité de cette excavation, percé d’un trou à jour de 10 à 12 pouces de diamètre, par lequel j'avais vu jaillir de temps en temps l’eau de la lame. Or, c'est cette ouvertu qui formait l'embouchure de l'instrument dans lequel souflait la mer. El arrivait parfois que l'air refoulé par la vague dans l’excavation, se trouvait comprimé par trois ou quatre flots successifs sans qu’il pût s'échapper. Sortant alors avec force par cette ouverture du plafond, il rendait ce son étrange que j'avais entendu. Je ne voulus pas m'éloigner sans avoir pu me convaincre que tel était réellement le cas. Je m'assis tout auprès et attendis avec attention. Deux flots, trois flots se succèdent et je ne vois que quelques petites lames d'eau jaillir du trou ; les flots se répètent, et le son de nouveau se fait entendre. Qui sait si les poètes anciens, qui dans leur paganisme prêtaient des voix à toute la nature, n’ont pas vu du merveilleux dans un semblable phénomène, et n'ont pas amené l'intervention de leurs dieux pour le douer de quelque signification ?

Tyr, vendredi 29 avri.—A 5kh. nous nous remettons en route. Nous suivons encore quelque temps Le bord de la mer, puis nous le laissons pour escalader une petite colline qui vient aboutir au rivage même. Nous descendous de cette hauteur pour remonter à peu de distance plus loin sur un cap de craie blanche. fort élevé, qui est coupé verticalement du côté dela mer. Le chemin est taillé dans la pierre même ; un petit mur en pierres sèches, de 20 à 25 pouces de hauteur, étaut toute la garantie qu’on peut trouver à l'égard de faux pas qu’on pourrait faire du côté du précipice. Il y a même un endroit où ce petit mur est disparu, et où les eaux des orages ont tellement emporté le chemin, qu’il en reste à peine une souple de pieds près du plan perpendiculaire qu’il faut serrer

à droite. Le coup d'œil de ce point jeté dans le précipice, était réellement terrifiant. Voyez donc, dis-je, à celui qui me sui. vait, la profondeur de cette excavation 1--Mais pourquoi cette remarque, repliqua celui-ci tout irrité, voici que le vertige me prend.—Je ne prévoyais pas ce résultat, mais vous avez fort en belle à vous y soustraire, regardez de l’autre côté où vous avez la face du rocher à deux pieds seulement de votre nez, et vous ne vous troublerez plus. k

Nous opérons bientôt la descente de ce cap blanc pour continuer notre route dans la plaine, côtoyant toujours le bord de la mer.

Ça et là des villages perchés sur des collines se présentent à nos regards, et de temps à autres nous rencontrons aussi des ruines, des constructions à moitié détruites, des futs de colonnes, etc.

Nous voyons en certains endroits des monceaux considérables de charbon de bois, que les Arabes apportent à dos de chameaux de l’intérieur, et que des petits bateaux viennent prendre pour les transporter à certaines villes du littoral.

Nous passons sous un très ancien aqueduc que supportent au moins une centaine d’arches mesurant pas moins d’une trentaine de pieds de hauteur, pour iui conserver son niveau. L'eau qui s’en échappe en quelques endroits par certaines fissures, attache aux pierres du mur une végétation des plus vigoureuses, qui tranche agréablement par sa verdure sur le fond gris-roussâtre du vieux mur.

Nous suivons cet aqueduc jusqu’à une élévation où nous le voyons se terminer, et où nous apercevons aussi quelques constructions formant un village; c'est là que nous devons preudre le diner.

Hélas! qui l'aurait cru, nous nous trouvons encore ici sur les ruines d’une ancienne ville fort célèbre ; Palæ-Tyr, Tyr l’ancienne, dont Les classiques au collège nous ont si souvent entretenus. Mais ce qui me surprend encore davantage, c’est de voir le superbe bassin où aboutit l’aqueduc, non pas recevoir l’eau pour la distribuer au village, mais la déverser dans l'aqueduc pour aller la répandre au loin dans la camnpagne. Ces puits, Ras-el-Aïn, au nombre de trois, sont de véritables puits artésiens, D'une vingtaine de pieds de hauteur au dessus du sol, ils sout construits de grosses pierres taillées s’emboilant les unes dans les autres. L'eau qui les

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Nous montons à la bouche du premier de ces puits par un plan incliné pour prendre notre dîner sur le bord même qu’entoure un large terrassement, présentant une surface assez vaste, toute couverte de graminées et de broussailles. L'eau est toujours à la raside du bord, et s'écoule dans deux immenses aqueducs qui la transportent à des villages à assez grandes distances dans la plaine.

Nous allons visiter un moulin que fait tourner l’eau de l’un de ces puits. Le rez-de-chaussée forme une grande pièce où nous voyons un troupeau de moutons qui sont venus Sy mettre à l'ombre, et où entrent les chameaux et mulets chargés du grain qu'on vient faire moudre, Et tout à côté, .ur une partie de cette pièce qui est pavée, ont voit descendre le grain moulu qui s'échappe de la moulange placée au dessus. C'est ici, comme partout ailleurs en Orient, les règles les plus ordinaires de la propreté semblent n’inquiéter personne, et leur absence n'être pas même remarquée.

Nous reprenons notre course sur le bord de la mer, et après environ une heure de marche, nous sommes à Sour, la Tyr actuelle.

Mais où est-elle donc cette Tyr superbe, Tyr la riche, l'opulente, la patrie de Sanchoniaton, le plus ancien historien après Moïse, la patrie de Didon la fondatrice de Carthage, d'Origène, cette lumière de l'Eglise qui malheureusement perdit une partie de son éclat avant de s’éteindre ? Où est-elle cette Tyr, cette reine des mers qui avait seule le secret de four. nir celte pourpre qu'il n’était permis qu'aux têtes couronnées de porter? Cette ville forte devant laquelle trente siècles ont vu de temps à autres les peuples assemblés de toutes les parties du monde pour lui livrer des assauts ? Laterre que nous foulons de nos pieds n'est-elle pas composée en grande partie des cendres de ces millions de guerriers qui ont ici été moissonnés par la mort! Où est-elle cette île d'Erycore, sur laquelle s'élevait une partie de la ville que des travaux gigantesques unissaieut à l’autre partie sur le continent ? Où prendre ici cette puissante Tyr dont Hiram et les autres rois se mesuraient avec les plus puissants de la terre ?

de Frs à

Car entendons Ezéchiel :

KTyr, tu as dit dans ton cœur : Je suis éclatante de beauté, et située au milieu des mers (comme une reine sublime) :

“ Les peuples voisins qui ont élevé tes murs se sont plus à t'embellir ;

“Tes vaisseaux sont construits avec des sapins de Sanir; les cèdres du Liban ont formé tes mâts ; les chênes de Bazan tes rames ; tes matelots se reposent sur le buis de Chypre, orné d'ivoire ; et tes demeures sont construites avec les bois des îles d’Etalie :

“ Le lin de l'Egypte a tissu tes voiles et tes pavillons; tes vêtements sont teints de l’hyacinthe et de la pourpre de l’Hellespont..…..….

‘ Tous les vaisseaux de la mer servent à ton commerA….,

“ Toutes les contrées de la terre s’empressent de 1 ‘er l'éclat qui l’'environne; ;

“ Tarsis remplit tes marchés d'argent, de fer, d’étain et de plomb;

“ L’Ionie, Thubal, et Mosoch t’amènent des esclaves et des vases d’airain ;

“ L’Arménie t'envoie des mules, des chevaux et des cavaliers.........

“ Juda et Israël t’apportent le froment, le baume, la myrrhe, le miel, la résine, l'huile;

‘“ Et Damas, en échange de tes nombreux ouvrages, le vin de Kelboun et ses toisons éblouissantes.....…..

‘ O Tyr, tes navigateurs ont touché à tous les bords ; .…

& Tu habitais dars Eden, dans le jardin des délices du Seigneur; les pierres précieuses formaient ton vêtement ; le rubis, le topaze, le jaspe, la chrysolithe, l'onyx, le béryl, le saphir, l’escarboucle, lémeraude, l'or, brillaient sur toi ; et les lyres et les tambours furent préparés pour le jour de ta naissance ;

“ Semblable au chérubin qui couvre le propitiatoire de ses ailes, tu étais établie sur la montagne sainte du Seigneur ; et tu marchais au milieu des pierres ébiouissantes.”

Comment reconnaiire cette magnificence et cette gloire dans la misérable bicoque que nous avons sous les yeux? C'est même à faire douter si réellement nous sommes sur l'em-

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placement de la puissante ville d'autrefois ? On lui a enlevé jusqu’à son nom ; c’est Sour aujourd’hui qui la désigne. Aussi j'entends Jérémie qui lui dit : ‘“ Je vous réduirai à rien, vous ne serez plus, et quoiqu’on cherche, on ne vous trouvera plus à jamaus. ”

Où est ce bras de mer de 70 pas de large qui unissait l’île d'Erycore à la ville? Je ne vois plus qu’une pointe continue avec la terre-ferme qui se projette dans la mer.

Les rois et les peuples avec les éléments se sont réunis pour opérer la ruine de l’opulente ville.

Sa grandeur et sa puissance ne devaient rendre que plus éclatante la manifestation des vengeances du Seigneur; car, comme la ville de David, Tyr a irrité le Ciel par ses infidélités, et le Seigneur se devait à lui-même d'humilier la ville superbe. Entendons-le parler encore par la bouche d’Ezéchiel :

“ Voici que je viens pour toi, Ô Tyr! Et je ferai monter contre toi plusieurs peuples, comme monte la mer avec ses flots. Et ils détruiront les murs de Tvyr, et ils abattront ses tours; j'en râclerai jusqu'à la poussière, et je la rendrai comme une pierre luisante et sèche ...…. J’amènerai du septentrion à Tyr, Nabuchodonozor, roi de Babylone, le roi des rois; je l’amènerai avec des chevaux, des charriots de guerre, de la cavalerie et de grandes troupes, et un peuple nombreux... Ils dévasteront tes richesses, pilleront tes marchandises ; ils renverseront tes murailles ; ils ruineront tes maisons magnifiques; et ils jetteront au milieu des eaux tes marbres, tes bois et jusqu’à ta poussière.

‘ Les îles ne trembleront-elles pas au bruit de ta chute, et des gémissements de ceux qui seront tués an milieu de tes murs ? Tous les princes de la mer descendront de leurs trônes; ils quitteront leurs habillements d'honneur, et seront couverts de stupeur comme d’un vêtement.et s’asseyerontà terre, frappés d’un profond étonnement de ta chute soudaine, Et se lamentant sur toi, ils diront : Comment as-tu péri, toi qui habitais dans la mer, ville superbe, toi qui étais si forte au milieu des eaux, avec tes habitants que redoutaient tout l'univers ?”

Naduchodonosor vint en effet, comme l'avait prédit le prophète, et détruisit la ville. De ses décombres il combla le bras de mer qui la séparait de la terre ferme (606 av. J, C.).

Mais Tyr se releva de ses ruines ; le bras de mer fut ouvert de nouveau, et les constructions nouvelles restreintes

* 630 DE QUÉBFC A JÉRUSALEM

presque exclusivement à l'île d'Erycore, de sorte que la ville était entourée d'eau de tout côté. Tyr devint de nouveau puissante et riche ; mais avec l’opulence revint aussi l’orgueil et tous les crimes qu'il engendre. Cette fois, ce fut Alexandre. le-Grand qui fut choisi pour exercer contre la ville superbe les vengeances du Seigneur. Le grand conquérant vint déployer ses nombreuses armées devant la ville, et s’en rendit maître après sept mois de siège (333 av. J. C.). Les habitants furent passés au fil de l'épée, et on en crucifia sur le rivage 2000, que les hordes Macédouienues, lasses de carnage, avaient négligé de tuer.

Le feu presque éteint sous la cendre se ranima une troisième fois à Tyr, et La ville instruite par ses malheurs anciens, se montra empressée d'embrasser la doctrine évangélique. Elle reçut la visite du grand apôtre des gentils, et possé la des évèques dès le commencement du christianisme.

Sous les croisés, Tyr comptait encore comme une ville des plus importantes de toute cette région. Passant ensuite snccessivement sous la domination des Egyptiens, des Arabes, des Turcs, elle suivit les vicissitudes de tous ces temps de troubles et d’affaiblissement jusqu’à nos jours, pour n'être plus aujourd'hui qu'une petite ville sans importance, d'environ 5000 habitants, dont 1250 sont grecs catholiques, 4000 maronites, le reste juifs et musulmans. S:s deux poris, le Sidonien au N. E,, et l’'Egyptien au S.0., sont tous deux comblés et inaccessibles aux gros vaisseaux,

Elle possède un évêque grec catholique, une maison de Pères franciscains établis ici dès 1256, et un couvent de Sœurs Mairiamates. Ses rues sont assez propres, mais ses bazars et ses constructions n’offrent “en de bien remarquable,

La ville est entourée d’un mur qui n’avait encore naguère qu'une seule porte du côté de l'E., mais le tremblement de terre de 1837 lui en a ouvert plus d'une autre, par où il est assez facile de pénétrer.

Nous allons visiter tout d’abord les ruines de son ancienne cathédrale, qui datait du temps des croisades, mais qui n’était peut être à cette époque qu’une restauralion d’une construction plus ancienne. C'était un vaste temple, de 210 pieds de long sur 66 de large, avec cinq absides dont les trois du milieu parallèles et une latérale de chaque côté. La façade était -flanquée de deux tours, dont les restes de murs vont sans Cesse

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gisant sur le sol, et un entre autres monolithe, en porphyre d'Egyte, montrant denx colonnes accouplées de pas moins de sept pieds de diamètre sur une longeur d’une cinquantaine de pieds. Quelles machineries mettait-on alors en usage pour tirer des carrières de l'Egypte de semblables blocs de pierre, les transporter sur des vaisseanx, et les ériger en leur lieu propre? Ilest probable que ces colonnes étaient les restes de constructions encore plus anciennes, car nous ne voyons pas que les croisés aient fait de ces édifices gigantesques durant le court espace de leur domination dans ces contrées.

Nous allons camper à l’O., entre la ville et la mer, dans

un champ cultivé dont on avait tout récemment enlevé la récolte.

L'examen superficiel de tous les alentours nous amène sans peine à l'opinion de plusieurs géogranhes, que la ville actuelle se trouve siluée sur l’île mème d'Érycore, et que le canal qui lisolait de la terre ferme a été comblé pour former la presqu'ile qu'on voit aujourd’hui. Nul doute qu'autrefois on amenait jusqu'ici l’eau des puits de Rus-el-Aïn ; on voit encore en plusieurs endroits des tronçons de l'ancien aqueduc,

Tyr,qui a donné des personnages célèbres à l’histoire, en a fourni aussi au calendrier des saints. St Tyranion et St Methode, tous deux évèques et qui souffrirent le martyre, étaient de Tyr, de même que St Frumence qui évangélisa l'Ethiopie, Ce fut à Tyr aussi que s’assembla le concile des évêques ariens qui poursuivaient St Athanase, l'évêque d'Alexandrie, de leurs calomnies,.

Comme il v’était que trois heures lorsque nons prines possession de nos tentes, nous avions tout le reste de l'après midi à notre disposition ; j'en profitai pour explorer minutieusement la grève des environs.

Le bras de mer qui formait l’île d'Erycore étant comblé, les vagues poussées par Les forts vents d'Ouest, exercèrent violemment leur puissance sur la pointe sablonnense du promontoire,

et en ont enlevé une partie considérable, On voits'avançant à

une couple d’arpents dans la mer, les restes du môle qui au trefois protégeuit l'ile, Tout cet espace est parsmé de débris plus ou moins rongés par les eaux, et en partie couverts de varechs dans lesquels j: fis une ample provision de coquilles, Je pris eutre autres un superbe Æusus vivaut, tout couvert de

son épidemi.e byssoïle, des Murex brandaris, des Trochus, ues Nerita, des Conus, etc., etc.

La falèse sablonneuse qui borde le rivage nous montre quelques futs de colonne, plantés horizontalement dans la côte, comme des canons de forteresse sortant de leurs meurtrières, et sur la plage même en gisaient deux autres énormes, du même porphyre que ceux de la basilique.

Nous trouvâmes un peu plus loin des socles, des chapiteaux de colonnes en marbre, semblablement sur la plage, et qui par leur état de conservatiou, indiqueraient assez qu'il ny aurait pas encore très longtemps qu'ils ont été laissés ainsi à découvert.

Des enfants ayant remarqué que je faisais provision de UE coquilles, ne manquèrent pas de venir me joindre pour m'offrir [El leurs services. Malheureusement nous ne pouvions nous || comprendre, et leur complaisance me fut aussi souvent nuisible que profitable. L'un d'eux surtout, de 13 à 14 ans, aux allures de gamin des plus indisciplinés, me devint tout-à fait insupportable, si bien que je dus plus d’une fois le menacer de ma canne pour le mettre à l’ordre. Ayant eu l’imprudence de donner un sou à un autre qui m'avait apporté un beau Fusus, c'en fut assez pour mettre hors de contrôle ces chasseurs aveugles. Me voyuient-ils penché pour prendre un coquillage plus parfait, qu’ils me l’enlevait de dessous la main pour me l'offrir. Ayant crié à mon déplaisant aux allures de singe : arrête, arrête ; c'en fut assez pour lui mettre dans la bouche une véritable scie dont il m'écorcha continuement les oreilles. T'arrêéle, l'arréle ? répéta-t.il ? et il ne cessa d’articuler ces mots. Si je le menaçais de ma canne, il faisait une pirouette sur une roche couverte de varech, ponssait de grands éclats de rire, et venait sauter dans une flaque d’eau tout près de moi pour m'éciabousser en répétant : l’arréte, é'arréte!

Ayant reçu de l’un d'eux une Cypræa adusta, il me fit force pantomimes pour me faire comprendre qu'il en avait chez eux, et qu'il pouvait aller les chercher, Sur mon signe affirmatif, il disparait comme l'éclair, escalade la falèse avec l’agilité d’une gazelle, et revient tout essoufflé après trois ou quatre minutes. Mais quelle coquille m’apporte-til? I me met dans la main, un petit sifflet eu terre cuite, ayant la formed'un l canard. Je fais signe de le lancer dans la mer ; farréte, l'arréte, f] s'écrie-t-il, et il me saute sur Le bras, m'eulève sou canard, et

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la formed’un réle, l'arréle, où cauau'd, eb

se met à me déchirer les oreilles des sons aigus qu’il en tire. Il saute, gambade, pirouette à la façon d’un véritable singe, en souflant toujours de tous ses poumons dans son canard.

J'allais remonter sur la côte, lorsqu'un autre enfant, aux allures plus paisibles, me présente un animal d'une forme à moi inconnue. C'était une espèce de cylindre, de 6 à 7 pouces de longueur sur 1+ de diamètre à peu près, à épiderme verruqueux, d’un brun roussâtre sale, s’attériuant brusquement à chaque extrémité, sans qu'on pât bien distinguer laquelle des deux pouvait être la tête. Je crus d’abord, à l'apparence extérieure et à l'absence de tout mouvement, que ce n’était pas un être animé. Mais le gamin l'ayant fortement comprimé de ses deux mains, il sortit d’une extrémité Geux filets d’eau qui parurent déplaire à l'animal et le forcèrent à produire quelques mouvements. Je reconnus dès lors que j'avais affaire à uue Holothurie, dont j'avais vu des descriptions dans les au, teurs, mais dont je n’avais encore reucontrée aucune espèce vivante,

Les Holothuries appartiennent à la classe des échinodermes ; il y en a dans presque toutes les mers, et on en compte un grand nombre d'espèces. En beaucoup d’endroits, comme en Chine, aux Molluques, etc,, on mange les Holothu ries diversement apprêtées. Ces animaux, quelquefois de consistance assez ferme, ont tout le corps rempli d’eau, non seulement le canal intestinal, mais encore le reste des autres parties du corps, et ce qu'il y à d’assez extraordinaire, c’est qu'on en trouve quelquefois avec de petits poissons vivants à l'intérieur, sans que l'animal qui les porte paraisse en souffrir.

Voulant voir l'animal à son état naturel ën situ, je me fis conduire par le gamin a l'endroit où il l'avait trouvé, et bientôt j'en rencontrai deux autres, dont l’un de dimensions encore plus considérables. Ils étaient immobiles sur le sable, adossés à des cailloux sous l’eau. On leur donne en certains endroits le nom de concombres de mer, et de fait, ils ont quelque ressemblance avec ce fruit, surtout dans leur forme extérieure,

Les quelques sous que j'avais distribués à ces gamins les avaient mis d’un tel zèle, qu’il me fut impossible de me débarrasser d’eux en revenant à nos tentes,sans le secours d’un &iva maronite que les autorités de la ville avaient mis à notre disposition. Mais ces enfants n'étaient pas sans avoir fait déjà connaissance avec le gendarme, car à peine avait-il le dos tourné, qu’ils revenaient aussitôt à ie dans

Je croyais être finalement débarrassé de leurs importu. nités, lorsque jules vois revenir de la mer avec un animal d'une forme encore plus insolite que l'Holothurie. C'est une masse informe, gélatineuse ou muqueuse, de la grosseur du poing, qu’un enfant tenait dans sa main. Impossible de recon. naitre ni tête, ni pattes, ni membres déterminés. La masse paraissait composée de partiestrepliés sur elles-mêmes, qui étaient sans cesse en mouvement. Je l’examine longtemps espérant toujours voir surgir de ces replis en mouvement une tête, quelque membre, ou au moins une forme propre, déterminée, Mais rien de distinct ne se montre. L’eniant ayant plongé ses doigts entre certains replis en pressant un peu la masse, il en sortit une liqueur abondante qui lui teignit la main du plus beau pourpre. Je jugeai de suite que j'avais affaire à un Calmar, dont je ne pouvais reconnaitre les formes par suite sans doutes des tortures auxquelles on venait de le soumettre, Mais ne serait-ce pas là l'animal qui fournissait aux anciens Phéniciens cette pourpre si célèbre, dont les rois seuls pouvaient se décorer, et que les habitants de Tyr surtout savaient si bien exploiter ? La plupart des auteurs se sont accordés à donner le mollusque Purpura pour l'animal fournissant la précieuse couleur, et encore mieux, ajoutent les modernes, les Murexz brandaris et trunculus, parce que l'animal étant plus gros pouvait en fournir davantage.

Mais s’il est un Calmar à liqueur purpurine comme l’ani. mal qu’on m'a exhibé, et uon à encre noire comine tous les auteurs les donnent, nul doute que ce ne soit là la source de la précieuse teinture. IL serait à désirer que des auteurs plus versés que je ne le suis dans la connaissance des animaux marins, et plus rapprochés des mers tropicales, fissent à ce sujet de nouvelles études, car la quantité de liqueur produite par cet animal permettrait de l’exploiter plus avantageusement que tout autre.

Sidon, samedi, 30 avril.—Laissant Tyr à 5 h. ce matin, nous suivons d'abord la plage mème de la mer et montons bientôt après sur La côte pour nous écarter un peu de la rive.

Après avoir traversé plusieurs ruisseaux dont les bords sont tous garnis de lauriers-roses, nous arrivons à un fleuve que nous traversons sur un pont en maçonnerie de deux arches. C’est le Leontès, le plus grand fleuve de la Syrie, bien qu'il n’atteigne pas deux arpents en largeur. Prenant sa source

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à Bâalbek, au N. E, il sépare les montagnes du Liban de l’Auti-Liban. Comme les montagnes se rapprochent ici beaucoup plus de la mer, nous voyons leurs crêtes entre ouvertes, dans la direction du N. E., pour livrer passage au fleuve.

Nous passons plus loin sur des mosaïques couvrant encore en partie le chemin, à travers des touffes d'herbes et des décombres. Ce ont les ruines d'Ornithopolis, ville antrefois très florissante, dont aucun reste aujourd'hui ne s'élève seulement de deux pieds au dessus du sol. Ainsi passe les vanités de ce monde |

Nous arrivons plus loin à une maison isolée surmontée d'un petit dôme blanc. C’est la maison de la venue de Sarepta qui donna l'hospitalité à Elie, lequel, pour l'en récompenser, fit que sa farine et son huile ne diminuèrent pas pendant les trois années de sécheresse qui sévirent dans toute la terre d'Israël. On sait aussi que le prophète ne borna pas là sa générosité envers la pauvre veuve, mais qu’il ressuscita encore son fils qui venait de mourir. La maison de la veuve est aujourd’hui convertie en mosquée, car les musulmans professent aussi un grand respect pour le prophète Elie.

On voit tout auprès les ruines de l’ancienne ville de Sarepta, dont la maison de la veuve faisait partie, On distingue encore parmi ces ruines l’abside d’une ancienne cathédrale, car Sarepta aussi eut autrefois son évêque.

Poursuivant toujours notre route, nous traversons plusieurs torrents ou ruisseaux, et touchons peu après 11h. à de magnifiques jardins tout plantés d’orangers, de citronniers, de grenadiers etc. qui nous annoncant le voisinage immédiat de la ville de Sidon ou Saïda, où nous”devons passer le reste du jour.

Nous nous rendons directement à un cimetière musulman tout planté d'arbres, pour y prendre notre dîner, les sarcophages mèmes nous servant de tables et de sièges. Cependant nos moucres ayant dressé nos tentes tout auprès, nous allons les occuper aussitôt après notre dîner,

On attribue la fondation de Saïida à Sidon, fils de Chanaan, qui lui même était fils de Cham, fils de Noé.

Comme Tyr, sa fille, Sidon a eu ses jours de grandeur et de prosnérité, et ses péripéties de revers et d’infortunes. On lui doit l'invention des caractères alphabétiques, de la sculpture sur bois, de la navigation, de la taille de la pierre etc.

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536 DE QUÉBEC A JÉRUSALUM

Salmanazar roi de Syrie, Nabuchodonosor roi de Fabylone, Darius roi des Mèdes, Alexandre roi de Macédoine etc, ont tour à tour déployé leurs cohortes guerrières sous les murs de Sidon.

Jésus-Christ y porta un jour ses pas, et l'apôtre S.-Paul la visita aussi. Elle ouvrit la première les yeux à la lumière de l'évangile et compta des évèques dès le commencement de l'ère chrétienne.

Tour à tour en la puissance des Assyriens, des Babyloniens, des Egyptiens, des Romains, des Arabes etc., elle fut aussi occupée par les croisés. St Louis, roi de France, releva ses fortifications. C'est là qu’il donna cet exemple de charité sans borne à ensevelir des morts, dont la décomposition déjà avancée faisait reculer de dégout ses plus généreux officiers. Le roi, le premier, y mettait la main pour leur donner l'exemple.

La ville qui alluma la première le flambeau qui éclaira les hommes dans la voie de la civilisation et du progrès, est bien déchue de son ancienne splendeur. Sa population aujourd’hui ne dépasse pas 12,000 habitants dont 1200 grecy-unis, 800 maronites, 200 latins, 1200 juifs ; le reste musulman,

La paroisse latine est desservie par des Pères franciscains, qui y tiennent aussi une école pour les garçons. Des Sœurs de S. Joseph de l’Apparition y tiennent deux écoles pour l’éducation des filles. Les Pères Jésuites y ont aussi une maison, Nous allons visiter ces diverses institutions. Nous rendons aussi visite au consul français, qui nous reçoit avec beaucoup de politesse et nous fait visiter le champ des fouilles qu’il faisait pratiquer dans des ruines dont la construction remontait à St Louis.

[solée sur un promontoire s’avançant dans la mer, Sidon était autrefois une place forte des plus importantes. Mais, comne Tyr, sa grandeur est passée. Son port ensablé n’est plus accessible aux gros vaisseaux, et sa forteresse tombant en ruine indique assez le peu de confiance qu’on repose en ses fortifications.

Comme partout ailleurs, notre présence ne manqua pas de nous amener la visite de nombreux curieux, parmi lesquels il s’en presenta uue bande qui nous intéressa vivement. Cétaient des jeunes gens au costume soigné, aux allures policées, aux manières élégantes tranchant fortement sur tous ceux de leur âge que nous avions rencontrés jusque là. Ils parlaient

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tous le français et fort correctement. Interrogés, nous apprimes d'eux qu'ils étaient des élèves nouvellement sortis des collèges de Beyrout. Celuici avait fait sa rhétorique chez les Maronites, cet autre sa philosophie chez les Jésuites etc.

Eu voyant le petit nombre de carrières qu'une telle ville pouvait offrir à une jeunesse instruite, je ne pus me défendre de la pensée qu’en faisant passer ces jeunes gens aux études classiques, on les déclassait parmi les leurs, on les mettait en dehors de la voie qui aurait pu en faire des citoyens utiles. Je les interrogeai séparément sur leurs occupations et leurs aspirations pour l'avenir. Mon père est cousul de Prusse, dit celui-ci, et je suis employé sons lui au consulat, J'ai fait ma philosophie, dit un autre, et j'étudie La pharmacie avec mon frère qui est médecin. Moi, dit un troisième, je suis citoyen anglais. — Vous êtes citoyen anglais? et moi aussi ; d'où venez vous donc ?—Je suis natif de Malte, mon père est consul d'Italie, et j'ai de l’emploi dans son bureau. Et ainsi des autres.

—Où allez-vous dire la messe de main, me demanda l’un d'eux ?

—Chez les Jèsuites.--Me perm'ttrez-vous de vous la ser. vir ?—Très volontiers ; mais ce ne sera que peu après 5h.— Peu importe, je serai prêt. — Dans ce cas vous voudrez bien venir me prendre ici à notre campement, pour me conduire chez les Jésuites, car je craindrais de ne pouvoir retrouver que difficilement leur résidence, et surtout la porte où il me faudrait aller frapper.—Convenu ; j'y serai.

Et en effat, Le lendemain, dès 5h:, mon jeune homme était à m'attendre et me conduisait chez les Pères Jésuites. C'était le fils du consul de Prusse, que je fus assez surpris de trouver catholique. Mais arrivés chez les bons Pères, nous en trouvâmes un second déjà rendu, celui-ci était fils du consul d'Espagne, Allons, dis-je, pour ne pas faire de jaloux, vous aller servir tous les deux. GC: qu'ils firent d'une manière fort convenable.

Bien que l'heure fût matinale, je donnai à communier à six personnes, et pas moins d'une trentaine assistèrent à ma messe,

Ils ne sont ici que deux Pères Jésuites, dont l’un français et l'autre italien. On me força à prendre le café avant de repartir, et je regrettai fort de ne pouvoir profiter plus longtemps

538 DE QUÉBEO A JÉRUSALEM

de la conversation des bons religieux, qui tous deux se montrèrent d’une amabilité charmante.

Deir.el-Camar, dimanche ler mai.—Nous voici en pleines montagnes du Lihan ; au milieu de ces Marouites dont la constance inébranlable dans la foi, malgré les persécutions sans nombre qu'ils ont endurées, et le voisinage des Druses et des Métualis avec lesquels ils sont en contact, a fait tant de fois le sujet de notre admiration, dans les récits de voyageurs que nous avons pu lire dans les journaux ou des ouvrages spéciaux,

Il n'y à guère plus de vingt ans (en 1860) le village où nous somines campés, Deïr el Camar, a été le théâtre d’un massacre horrible de 4 purt des Druses, Ou porte à 2730 le nombre des victimes de cette révoltaute boucherie, qui s'est faite sous les yeux mêmes des autorités turques.

Mais reprenons notre itinéraire,

Comme c’est aujourd’hui dimanche, et qu'il eut été par trop incommode à tous nos compagnons de se rendre aux églises pour entendre la messe dès les 5 h,, afin d’être prêts à se mettre en route sur les six heures, un prêtre leur dit la messe sous la tente, et les autres se distribuent dans différentes églis:s. À 6 h. nous sonmes tous en selle.

Nous suivons pendant quelque temps la plage même de la mer, pour remonter sur la côte un peu plus loin.

La vallée que nous avons suivie depuis le Carmel, allant toujours en se retrécissant, se trouve réduite ici à une étroite lisière de terre, la chaîne des montagnes du Liban touchant presque au bord de la mer.

Sidon est le point extrême au Nord où notre divin Sauveur porta ses pas ; l’'évangile dit expressément qu’il visita Tyr et Sidon. Comme ii ne passa nulle part sans marquer sa présence par quelque acte de bienveillance, c’est tout près de Sidon qu'il opéra la gué'ison de la fille de la Chananéenne, bien que ce fût une intidèle. Jésus passant par ces lieux, fut abordée par une femme tout en plenrs, qui se prosternant devant lui, s'écria : Seigneur ayez pitié de moi, car ma fille va mourir; elle est extrèmement malade. — Est il juste, de donner aux chiens le pain de la famille ?—C'est vrai, répliqua la femme, mais on permet au moins aux chiens de manger les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Jésus fils de David, ayez pitié de moi, ayez pitié de ma fille! Et le Seigneur ému s'écria : O femme, votre foi est grande, qu'il vous soit fait

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DE QUÉBEO A JÉRUSALEM 539

selon que vous le désirez. ÆEt à l'instant même sa fille fut guérie,

Nous n'étions entrés à Sidon qu'à travers des jardins, et nous en sortons de même. Les orangers, Les citronniers, les amendiers, noyers, pêchers, poiriers, elc., qui s'étalent dans ces jardins,embaument l'air de leurs émanations, et ne font que ressortir da vantage la pauvreté de la ville, à côté des riches productions de ces jardins.

Après avoir traversé plusieurs cours d'eau se jetant dans la mer, notre caravane se divise en ‘eux; une partie (six) devant se rendre directement à B:yrout, et l’autre devant pousser une pointe dans les montagnes jusqu'à cinq lieues de la mer. de préfère de beaucoup suivre ce dernier parti, car une visite aux Marouites dans leurs montagnes, pique vivement ma Curiosité, landisqu’en suivant la route directe, je ne vois que deux points qui peuvent spécialement intéresser : Nébi-Younis où l’on prétend que le monstre marin qui avait avalé Jonas le vomit sur la plage, et Djouni où cette excentrique anglaise qu'on décora du nom de {eine de Palmyre avait sa résidence.

Lady Stanhope. qui mourut à Djouni en 1839, était la nièce du grand politique anglais Pitt. Jeune et immensément riche à la mort de son oncie, elle voulut douuer libre cours à ses goûts extravagants. Après avoir parcouru toute l'Europe etavoir refusé les partis les plus avantageux, elle s'en vint en Orient, où l'or qu'elle semait à pleines mains, ne manqua pas d’attacher à sa suite une foule nombreuse de ces affaimés orientaux. On dit que lorsqu'elle visita les ruines de Palmyre, on put compter jusqu'a 20,000 personnes qui la suivaient partout. Elle se retira ensuite sur la côte de Syrie où elle se bâtit un palais, ayant pour la servir un personnel nombreux d’orientaux de toute nation. Mais les écus jetés aiusi sans discernement ne pouvaient durer toujours. Aussi cessa-t-elle bientôt ses grandes représentations pour se renfermer dans son palais comme une fée mystérieuse ; se montrant difficile à accorder des audiences aux visiteurs. jouant le rôle de sybille, et étonnant souveut les étrangers par les oracles qu’eile se plaisait à proclamer, et dont quelques uns, par hasard, ont vu leur accomplissement. Elle répoudit à M. de Marcellus qui la sollicitait de reveuir en Europe :

“ Laissez-moi mon désert. Qu'irais-je faire en Europe ?

voir des nations dignes de leurs chaînes et des rois indignes de régner ? Avant peu votre vieux continent sera ébranlé jusqu’en sa base, Vous venez d'Athènes, vous allez voir Tyr: voiià ce qui reste de ces nobles républiques protectrices des arts, de ces monarchies reines de l’industrie et des mers. Ainsi sera l’Europe : tout y est usé; les rois n’ont plus de race ; ils tombent emportés par la mort où par leurs fautes et se succèdent en dégénérant. .L'aristocratie bientôt effacée du monde, y donne sa place à une bourgeoisie mesquine et éphémère, sans germe ni vigueur. Le peuple seul, mais ce peuple qui laboure, garde encore un caractère et quelques vertus; tremblez s’il connait jamais sa force.”

On a peine à croire, en lisant ces lignes, qu’elles ont été écrites il y a plus d’un demi-siècle, et si l’on refuse lesprit prophétique à la moderne pythonisse, on ne saurait nier que l'expérience de la vie lui avait appris à juger sainement des choses et à faire la philasophie des événements.

A peine avons-nous quitté le bord de la mer pour nous diriger directement vers l’E., que nous commençons aussitôt l'ascension de la chaîne du Liban. Un cours d’eau que nous suivons nous fournit des passes à travers les monticules, et nous nous élevons graduellement à mesure que nous avançons,

Nous prenons le diner dans une petite plaine formée par le confluent d'un ruisseau se jettant dans le cours d’eau que nous suivions. De superbes sycomores nous offrent une ombre protectrice des plus agréables. Je cherche en vain des mol. lusques dans ce cours d'eau et n’en trouve aucun, Par contre, j'ai pu faire en passant, sur les talus de la route, la capture de deux magnifiques Pupas, d’un blanchâtre rosé des plus agréables. Cest, je crois, le Pupa monachi, qui est propre à la Syrie.

Si le proverbe oriental: partout où un musulman met le pied la terre demeure sept ans sans produire, peut avoir quel: que apparence de vérité. ou pourrait assez justement en for: muler un contraire et dire : partout où un Maronite habite, la pierre même peut produire, En effet, on est étonné du soin que l’on met ici à cultiver la terre. Il n’y a pas un pouce du sol de négligé. On transporte mème sur son dos de la terre sur des rochers pour en retirer des produits. On construit des murs en pierres sèches pour aplanir les contours des mon: tagnes en gradins d’amphithéatres, et toujours les soins de

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culture sont recompensés par les plus abondantes récoltes. Le blé, l'orge, les lentilles, les fèves, le lin etc. se rencontrent partout, sans compter les oliviers, les poiriers, amandiers, vignes étc. J’ai vu des pièces de blé, et des plus belles, dans des endroits où j'aurais cru sa culture décidément impossible. Cest à peine si l’on pouvait distinguer un peu de terrain # travers des petits cailloux et des éclats de pierre, tant ils étaient nombreux, et cependant ce blé était des mieux venus et de la plus belle apparence.

À peine avons-nous commencé l’ascension des montagnes, que nous sommes frappés des allures des gens que nous rencontrons. Tous ceux occupés aux travaux des champs s’arrètent nour nous saluer d'un air riant, témoignant du plaisir qu'ils ressentent de notre rencontre. Quel contraste avec le regard sombre et sournois de l'arabe mulsulman !

Les montagnes du Liban forment une double chaîne d’environ 30 lieues de long sur 10 à 12 de large. La chaîne est partagée en deux par une vallée à laquelle on a donné le nom de Célé-Syrie (Syrie creuse). La partie la plus rapprochée de la mer et qui, à peu de distance même de Beyrouth touche le rivage est le Liban proprement dit; et la partie plus à l'E. est l’Anti-Liban, qui s'étend jusq'au grand désert de Syrie, au delà de Damas et de Bâalbek. Les points les plus élevés du Liban sont le Sunnit, haut de 6,800 pieds, et le Makmel, haut de 8,800 ; dans l’Anti-Liban, vis-à-vis de Sidon, se voit le grand Hermon, haut de 9,600 nds. Tais ces sommets se voient couronnés de neige durant presquo tout le cours de l’année ; ce qui ne contribue pas peu à äorner du relief à toutes les autres cimes. Les montagnes, à part certaines pointes dénudées, sont partout ou cultivées où noisées.

Les poètes arabes disent que le Liban porte l’hiver sur sa tête, le printemps sur ses épaules, l'automne dans sc Lu, tandis que l'été sommeille à ses pieds. Et en effet, ces mcntagnes en s’élévant les unes sur les autres forment quatre zônes que qualifient assez justement les noms des quatre saisons de l'année, Presque chaque sommet est cou:onné d'un village où l’on voit, dominant les autres constructions, l'église et souvent un couvent.

La population Maronite est évaluée à environ 300,000 âmes, Îls peuvent fournir plus de 30,000 guerriers.

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