SONGS AN TS
Ces moutagnards laborieux, aux mœurs simples, aux allures paisibles, à vie frugale et retirée, ont presque toujours les'armes à la main. C’est qu’ils ne sont pas seuls à se partager le séjour de leurs montagnes. Ils sont presque partout entremêlés aux Druses, race féroce et barbare. Entremélés, non pas en résidences, mais en villages, les Maronites occupan! une montagne, et les Druses une autre. Quant aux lois, à la langue, à la manière de vivre. les deux peuples ne pré. sentent guère de différence, mais ils diffèrent grandement par la religion. Autant les Maronites sont loyaux, paisibles, honnêtes, autant les Druses sont fourbes, féroces, trompeurs, C'est une règle chez eux de ne jamais dire la vérité, de sorte que les principes fondamentaux de leur religion sont encore assez peu connuûüs. Tout ce qu’on en sait, c'est qu'ils croient en un Dieu unique quise serait déjà incarné dix fois, et la dernière fois dans Hakem le fondateur de leur religion. Îls ne contestent avec personne, étant prêts à admettre, du moins en apparence, tout ce qu’on leur propose; aussi révèrent-ils égalemeut l'Evangile et le coran, sans vouloir suivre cependant ni l’un ni l’autre. Ils se contentent tous d’une seule épouse, mais ils divorcent sous Les plus futiles prétextes.
Ea France, depuis les croisades, a été reconnue comme la protectrice des chrétiens d'Orient ; les anglais qui s'efforcent de s'implanter partout, ont cherché des appuis dans les Druses pour faire opposition aux français. Etil suffit que ces barbares montagnards se sachent appuyés des sympathies anglaises, pour qu'au moindre nrétexte ils se ruent sur leurs voisins les Maronites, et se livrent aux cruautés les plus ré voltantes. De là le qui-vive sur lequel se tiennent toujours ces populations dans leurs montagnes. Mais que ne descendent-elles dans la plaine qui les avoisine et dont le sol ess si riche, ces populations qui se disputent pouce à pouce le terrain de leurs abruptes montagnes ? Voila ce que j'ai demandé plus d’une fois, et toujours on m'a répoudu : leurs montagnes, pour les Maronites, sont [leurs châteaux forts ; 300 guerriers sur leurs pics escarpés peuvent tenir tête à une grande armée- Pour descendre dans Ia plaine, il leur faudrait un gouvernement clairvoyant, capable de garantir une protection suffisante à ceux qui tirent du sol la subsistance de la famille humaine ; et n'allez pas demander cette protection à la Turquie, cet em
-pire sans intelligence, que les nations Européernes mènent en
laisse, et qui malgré cela trébuche encore à tout instant,
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Vers les 3h. nous voyons une bâtisse de fort belle appa.rence, tout entourée d'arbres, sur le sommet d’une haute montagne, c'est la résidence de l’évèque Maronite de Beit-Eddin, et un peu plus loin, de l’autre côté d’une ravine taillée à pic e dans laquelle tombe en cascades un fort ruisseau qui fait tourner plusieurs moulins, est le village de même nom, où nous voyons des bâtisses considérables, des casernes, le palais d’été du pacha de Beyrouth etc. Nous longeons fci à gauche un torrent à une extrème profondeur, et droit en face de nous, perché sur le penchant opposé, est le village de Deïr-el Gamar, où nous devons aller passer la nuit.
Nous allons d’abord faire visite à l’évèque de Beit-Eddin. Le vénérahble prélat nous reçoit avec une bienveillance extrême, Nous traversons en entrant un salon à l’oriental, où il n’y a que des tapis au lieu de sièges, mais à la suite, nous entrons dans un second salon à l’Européenne ; tous les côtés sont garnis de divans sur lesquels nous prenons place, et dans l'angle est une grande bergère où va s’asseoir le prélat,
Mgr Bastoni est un viellard à figure vénérable, à barbe fort longue et toute blanche, à teint frais et nullement bronzé: Il porte une soutane orientale {absolument celle des Jésuites) plutôt rouge que violette, avec ceinture de même couleur, et par dessus, une espèce de pelisse a larges manches en soie moirée. Quoique ayant étudié à la Propagande, à Rome, il ne parle pas le français et le comprend assez difficilement ; il s’en retire bien plus avantageusement avec l'Italien.
À peine sommès-nous assis que des serviteurs aux pieds nus nous passent des rafraichissements. C'est d'abord un petit verre de vin, puis des cédrats, puis des cigarettes, un autre petit verre de vin, des dattes et autres confiures, un petit verre de mastic (eau-de-vie du pays), une tasse de café etc., etc. De sorte que tout Le temps que nous fûmes là, les serviteurs furent constamment occupés de nous. Le prélat, fumait une énorme chibouque, n'ayant pas loin de cinq pieds de longueur, dont ie fourneau appuyé sur un petit trépied en cuivre, fut allumé par un serviteur au moyen d'un charbon; on nous passa de même une casserole chargée de charbons, pour allumer les
cigarettes de ceux qui voulurent se livrer au plaisir de faire de la fumée.
Le bon évêque nous dit que son diocèse se composait seulement de 2700 communiants. Nous lui demandàämes s’il comp-
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tait encore des prêtres mariés dans son clergé. Malheureuse. ment oui, répliqua-t-il; il y en a encore quelques uns. Vous avez passé dans nos montagnes, ajoutà-t-il, vous avez pu voir comme le peuple est pauvre. Lorsque j'envoie un curé dans un village, il me faut, non seulement le pourvoir de tout ce qui est nécessaire à l'exercice du culte, mais encore lui fournir nourriture, habillement etc., car le peuple ne peut absolument rien donner. Eÿ pour moi, je n’ai pour toutes ressources qne les aumônes qui me viennent de l'Occident. Vons avez vu aussi comme les communications sont généralement difficiles. Souvent deux villages qui peuvent se faire entendre de la voix de ! a à l’autre, exigent des deux et trois heures de marche pour s'y: le par ce qu’il faut descendre une profonde et difficile excav tion pour la remonter de l’autre côté. Lorsqu'il se trouve ü1,c quelque village ainsi isolé que je ne puis peurvoir d’un curé, je choisis un bon chrétien, de conduite exemplaire, le plus souvent un maître d'école, je lui fais donner une certaine instruction, et je l’ordonne prêtre, pour suffire, dans la nécessité, aux besoins religieux de sa localité. Il continue à vivre par lui-même en travaillant avec sa famille, sans presque rien prendre sur mes ressources. C'est là certainement un grave incouvénient, mais dans la nécessité on s’accommode comme on le peut,
L'idée de prêtres mariés avec notre degré de civilisation et notre manière de vivre, nous répugne souverainement et nous révolte, mais quand on a vu les orientaux avec leurs allures, leur vie simple et dépourvue de tout confort, on com:prend que la chose puisse se faire là sans trop d'inconvénients. Quoiqu'il en soit, le nombre de ces prêtres en dehors du célibat va toujours en diminuant, et finira, avec le temps, par disparaître complètement ; car la mesure est plutôt tolérée que permise par Rome. Voici quelle en été l’origine.
Les Maronites doivent leur nom au moine nommé S$, Maron, dont les successeurs malheureusement partagèrent l’hérésie d'Eutiches. Après plusieurs siècles écoulés dans l’hérésie, où maints abus, entre autre le mariage des prêtres avaient pris racine parmi eux, ces peuplades reconnurent leurs erreurs et firent leur soumission à Rome, qui Les accepta tels qu’ils étaient, et toléra ces prêtres en dehors du célibat jusqu’à ce qu’il fût possible de les remplacer par d’autres. Et c’est ainsi que l'abus s’est perpétué. Mais nul ne peut se marier une fois qu’il est
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ordonné, et on ne peut non plus donner les ordres à celui qui aurait été marié deux fois.
Les Maronites ont un rit qui leur est propre, mais de tous les rites orientaux, c’est celui qui se rapproche le plus du rit romain, Ils se servent de nos hosties, de nos ornements, etc.
Le bon évêque voulut bien nous offrir l'hospitalité dans sa propre résidence, mais nos mesures étaient prises l'avance, et nous n’aurions pas voulu lui imposer cet embarras ni cette dépense.
Nous passons ensuite de l’autre côté de la ravine pour visiter le palais du pacha.
Nous allions donc voir un spécimen de ce luxe oriental dont on nous a tant de fois entretenus. Mais quelle déception! Cette résidence princière est bien loin d’égaler en luxe, et surtout en bon goût, la plupart des maisons de nos bourgeois tant soit peu fortunés. C’est à peine si nous avons pu trouver un appartement sans qu’il y eût quelque chose jurant avec le bon goût ou l’art dans quelque coin. Ici ce sont des lambrls en tuile fa yencée du plus bel effet, et à côté une armoire en bois commun grossièrement imitée en peinture. Là ce sont des pilastres en marbre à côté de menuiseries des plus communes, etc. Nous ne fûmes pas peu surpris de trouver une salle occupée comme chapelle, ayant un autel avec un crucifix, etc. C’est que, nous dit-on, le pacha actuel est catholique, I parait d’ailleurs que lEmir Beschir, qui fit bâtir cette résidence, était assez accommodant pour être de la religion de tous ceux à qui il voulait plaire, catholique avec les catholiques, musulman avec les musulmans, etc. Il avait en conséquence une chapelle catholique dans son palais. La salle des bains est celle qui nous parut la plus parfaite; le marbre y était propre et bien façonné ; cependant l’ensemble n’offrait encore rien d’extraordinaire.
Il va sans dire que le château était alors sous les soins de quelques gardiens et que le propriétaire ne l’occupait pas dans le moment.
Les cours et les parterres n’offraient aussi rien d’extraor. dinaire. Un jardin paysagiste à l’anglaise, d’ailleurs assez mal entretenu, ne nous a intéressé qué par la variété et l'éclat de ses roses,
Mais si ces roses pouvaient attirer par leur éclat, leur flagrance pouvait encore bien plus fixer l'attention. Jamais je