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546 DE QUÉBEO A JÉRUSALEM
n'avais senti odeur plus agréable, parfum plus suave, sans ce. pendant porter au cerveau par son excès Ce sont surtout celles d’un blanc crème que je constatai être les plus odorantes, M'étant penché pour en sentir une, voici que le jardinier s'approche de moi et taille à gauche et à droite pour m'en faire nn superbe bouquet. J’eus beau lui représenter de ne pas ainsi dépouiller son jardin, que je préférais voir ces fleurs sur leurs tiges plutôt que de les avoir dans la main; tout fut inutile, il fallut accepter pour ne pas le désobliger. Allons, me dis-je, soit, je ferai des heureux avec le bouquet. Et en effet, je n’eus pas plutôt fait remarquer l'excellente odeur de ces roses, que chacun, et surtout nos dames, voulait en avoir au moins une.
Nous passons de là à la visite de l'arsenal qui se touve tout à côté, car il y a ici constamment une garnison et même une école militaire, et ce n’est qu’en pénétrant dans ses murs que nov avons pu parvenir jusqu'au château. Baït-Eddin est en outre une place forte, et par sa position peut résister sans peine aux plus formidables assauts.
Nous franchissons doncles portes de l'arsenal, et les officiers s'empressent de nous exhiber des armes de toute description, fusils, carabines, sabres, sabres-bayonnettes etc., etc. IL est regrettable, dit notre commandant en nous retirant, que ces officiers ne mettent pas seulement une fois le pied dans un de nos dépots d'armes, ils pourraient y apprendre le soin qu'on doit constamment leur donner. J'ai remarqué, en effet, que partout une épaisse couche de poussière formait un vernis à toutes ces armes, tant celles qui étaient disposées en panoplies, que celles qui reposaient sur leurs tablettes.
Reprenant nos montures nous descendons jusqu’au fond de la profonde coupe qui se montre tout auprès, pour traverser le torrent qui y coule et remonter l’escarpement de l’autre côté, jusqu’à Deïr-el-Camar, que nous voyons en face, et où nous devons passer la nuit.
Comme c'était un dimanche, la population était toute sur pied à Deir el-Camar, et l’on nous accueillit avec des signes non équivoques de satisfaction. Nous avions à peine pris possession de nos tentes, que nous fûmes envahis par une foule de visiteurs et surtout de visiteuses. Comme tout ce peuple est catholique, c’est avec une espèce de familiarité qu’on nous aborde. Nous surtout les ecclésiastiques, c'est avec peine que
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nous pouvons nous isoler assez pour la récitation de notre office. On nous suit partout et on veut sans cesse nous baiser les mains.
Bien que Deir-el-Camar soit à une grande hauteur au dessus de la profonde gorge qui le sépare de Beït-Eddin, il est encore surmonté par des masses énormes de rochers. Les maisons sont assez bien construites, et s'élèvent par degrés les unes au dessus des autres, étant souvent entourées de jardins
en terrasses. Sa population est d'environ 8,000 âmes, presque tous chrétiens.
J'ai dit plus haut que ce village, en 1860, avait été horriblement détruit par les Druses. Voici comment le Moniteur français rendait compte de c& massacre révoltant :
‘“ Maîtres de Deir-el-Camar, les Druses après avoir desarmé les chrétiens, commencèrent le pillage qui dura toute la nuit du 19 au 20 juin. - Dès le matin, les Druses des districts mixtes arrivèrent pour y prendre part avec leurs femmes et leurs enfants, sans que les soldats turcs fissent la moindre tentative pour l'arrêter. Le massacre succéda alors au pillage ; personne ne fut épargné ; des enfants furent égorgés sur les genoux de leurs mères, des femmes et des filles violées et éventrées sous les yeux de leurs maris et de leurs pères. On dépéçait les hommes dans les rues à coup de hache; des femmes furent brûlées après avoir été baignées dans le sang de leurs enfants; les religieuses elles-mêmes ne furent point épargnées. La ville était jonchée de cadavres, et les rues ruisselaient de.sang. Cependant 500 chrétiens environ avaient trouvé un refuge avec leurs familles dans le palais du gouver neur turc. Excités par le carnage, les Druses réclamèrent ces malheureuses victimes, qui leur furent aussitôt livrées. Ceux qui avaient trouvé dans le sérail un asile momentané, en étaient chassés par les soldats eux-mêmes à coups de bayonnettes. Deux chrétiens qui s'étaient refugiés sur les terrasses de la caserne furent découverts par les turcs et précipités dans la rue ....”
Cet horrible massacre ne coûta pas moins aux chrétiens que 2730 pertes de vie.
Beyrouth, lundi 2 mai.—Deir-el-Camar n’est distant que de cinq lieues de Beyrouth, mais la route est fort désavantageuse pour la célérité, il faut presque sans cesse ou monter ou des-
cendre, par ce que nôus avons à couper en travers la chaîne des montagnes.
Nous ne fûmes pas peu surpris de nous trouver après en. viron une heure de marche, dans un superhe chemin maca, demisé, où des voitures de tout genre pourraient y circuler. Nous croyions que nous en aurions jusqu’à Beyrouth de cette belle route, mais arrivés un peu plus loin, nous rencontrons une escouade de travailleurs et sommes obligés de reprendre l'ancien chemin fort déterrioré et en certains endroits très dif ficile. Nous poursuivons en rencontrant ainsi alternativement un chemin terminé, et des travailleurs avec la route plus ou moins ébauchée et imparfaite. Il est tout probable qu'aujour. d’hui le chemin est »rhevé et qu’on peut se rendre sans diff. cuité de Beyrouth à Deir-el-Camar en voitures.
Nous commençons, sur certaines hauteurs, à voir la mer, et parfois le point de vue est magnifique. Devant nous ce sont des collines qui s’abaissent graduellement, ornées par-ci par là de villages ou de cultures ; et plus loin, dans la plaine, une bande de verdure qui borde la mer, tranchant agréablement sur les ondes blueues de la Méditerrannée ; et au delà, l’eau de {a mer se confondant avec l’azur du ciel, si bien que par fois il est impossible de trouver la ligne de démarcation entre les deux, les nuages se confondant en bandes horizontales avec des vapeurs s'élevant au dessous.
Nous prenons notre diner près d’un ruisseau faisant mar. cher des moulins, et continuons aussitôt notre route à travers des cultures de plus en plus soignées à mesure que nous avançons.
Nous passons souvent de grands champs de muriers où des femmes et des enfants sont occupés à la cueillette des feuilles pour la nourriture du ver à soie, qu’on cultive ici sur une assez grande échelle. Les enfants, et souvent aussi des femmes, sont grimpés dans les arbres pour dépouiller les rameaux de leurs précieuses feuilles, n’en laissant qu’un petit bouquet aux extrémités, et nous voyons les arbres où la cueillette a été précédemment faite, réparer leurs pertes en montrant de nouveaux bourgeons ou de nouvelles feuilles plus ou moins développées.
Les magnaneries sont ici, comme pour tout le reste, des plus simples et des moins dispendieuses. Des piquets plantés en terre en font toute la charpente, et des nattes de jonc en forment le toit et les lambris.
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Enfin nous touchons a la plaine et nous apercevons Beyronth à notre droite, magnifiquement située sur sa pointe fai. saut saillie dans la mer. Cependant nous ne voyons encore que quelques uns de ses édifices, car un immense bocage de pins qui la précède nous en dérobe en partie la vue. Droit en face de nous s'étend une superbe plaine ne formant qu’un champ d’oliviers à perte de vue. Quel contraste avec ces autres plaines nues, abandonnées, que nous avons vues partout.
Bientôt nous atteignons le bocage de pins. Ces arbres ont été plantés sans ordre et assez rapprochés pour offrir une ombre des plus précieuses pour ces climats. Ces arbres ne sont pas très hauts, reposant sur un sol sablonneux des plus pauvres, si hien que nos chevaux enfoncent dans le sable jusqu'aux boulets, et que les premiers soulèvent des nuages de poussièra des plus désagréables pour ceux qui viennent en arrière,
On dit que ces pins ont été plantés par Fakreddin dans le but d'arrêter le sable mouvant qui, soulevé par des vents du sud, s’amoncélait en hautes dunes menaçant d’engloutir la ville avec le temps. Ils compteraient donc déjà plus de deux siècles d'existence.
Enfin à 2h. nous entrons dans la ville, la traversons jus-
qu'au port, et allons descendre à l’hôtel d'Orient, où nous devons être reçus.
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