‹ De Québec à Jérusalem [microforme]Chapitre 78 sur 94 · RATE · texte numérisé non relu

RATE

—Il nous faut 2,500 francs par mois.

—92,500 frs par mois ! et d'où vous vient une somme si considérable ?

—Uniquement de la Providence, Il y a 36 ans que je suis ici, et cette Providence ne nous a jamais manqué. Lorsque je suis arrivée à Beyrouth, avec trois compagnes, je r’étais pas demandée par les autorités du lieu, mais envoyée par la Propagande. ‘ Allez, nous dit le Suint-Père, confiez-vous à la Providence, et elle ne vous fera pas défaut” Je partis, pleine de courage, forte de cette bénédiction du Vicaire de Jésus-Christ, et sa prédiction s’est accomplie. Nous avons eu des moments d'épreuves, de très rudes parfois ; mais toujours la Providence est venue à notre secours. Vous voyez aujourd’hui toutes nos œuvres; toutes ces vastes constructions sont les fruits de la charité des chrétiens d'Occident. Malgré la dureté des temps actuels, il se trouve encore des bonnes âmes qui comprennent que prêter à Dieu c’est prêter à intérêt, et que l’aumône n’a encore jamais ruiné personne.

Comme les Sœurs reçoivent des enfants de toute dénomination, je demandai à la Supérieure s’il se trouvait des Druses parmi ses élèves. Qui 1 répondit-elle, il s'en trouve quelques unes.—ÆEt comment vous en trouvez-vous ?—Ne connaissant ni leurs principes, ni leurs allures, nous nous sommes laissé prendre au commencement, mais à présent nous les connais. sons. Nous ne savions pas qu’il est passé en principe chez eux de ne jamais dire la vérité, de donner le change sur tout ce que l’on fait et ce que l'ou dit. Ou ment quand bien même on n'a aucun intérêt à le faire. [l n’y avait pas quinze jours que ces filles Druses étaient parmi nos élèves, qu’elles deman, daient à se faire catholiques. Edifiées de leurs bouues dispo. sitions —e} de leur bonne conduite—nous les instruisons, et les faisons admettre an baptème, à la confession, à la Ste communion etc. Mais à peine rendues parmi les leurs, nous appre. uons qu'elles sont retournées de suite à leurs anciennes erreurs, à leurs anciennes croyances. Nous en avons aujourd’hui qui demandent à être chrétiennes depuis un ar, deux ans, et nous prolonugeors encore le temps de leur épreuve, ne voulant pas les exposer à l'apostasie comme les premières.

Je passaui un bien agréable quart d'heure avec la bonne re-

ligieuse.

Le point de vue, de notre hôtel, offre un coup d'œil enchan-

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teur. À quelques pas seulement de notre balcon, c’est l’ancienne mer de Phénice qui vient rouler sur le sable doré du rivage ses flots bleus à l’écume argentée ; à droite, ce sont les construstions aux toits en terrasses avec des ornements aux coins qui leur donnent un caractère tout particulier. Ce sont des espèces de cônes en maçonnerie de trois à quatre pieds de hauteur, simulant des clochetons. Des oliviers, des noyers, et de temps à autres d’altiers palmiers couvrent ces terrasses de leur ombre, en nous montrant des dômes de verdure se balançant majes. tueusement audessus des constructions. Dans le port, des goëlettes, des bricks en se berçant sur les vagues, dessinent sur les flancs des collines qui bordent ici la mer, leur mâture et leurs voiles à travers les jardins et les villages que l’on y voit échelonnés, Et un peu plus loin, dominant le tout, des crètes du Liban couronnées de neige, qui ont peine à nous donner l'idée du froid lorsque nous étouffons de chaleur.

On rencontre à Beyrouth, comme dans toutes les villes maritimes de l'Orient, des costumes de toute description. Les femmes musulmanes, comme à Nazareth, ont toute la face voilée, et souvent d’un voile fortement colorié. Lorsqu'avec cela alles s’affublent d’une grande pelisse blanche, ce sont de véritables spectres.

Voici comment Mgr Mislin décrit leur costume :

‘ Les réformes de Mahmoud se sont arrêtées à la porte des harems, par ce que les franchir, c’eut été entrer dans le Coran la serpe à la main. En effet, les indignes mascarades des femmes du Levant, leur séquestration de la société, les fenêtres grillées, les eunuques, les prisons des harems, ces barbares inventions d’une volupté jalouse, toutes ces choses se tiennent, et elles ne peuvent se soutenir aujourd'hui que par le Coran : affranchir la femme, ce serait porter le coup de mort a l’islamisme, et il deviendrait beaucoup plus facile de civiliser, d'évangeliser l'Orient : c’est en grande partie parce que le christianisme est inaccessible aux femmes qu’il ne fait aucun progrès en Turquie.

“Sous leur accoutrement informe et grotesque, les femmes de Beyrouth portent un costume riche et fort élégant, Un gracieux turban ou une calotte d'or ciselé, des tresses de cheveux nombreuses, ornées de longues chaînes de sequins, une veste brodée ouverte sur la poitrine, de larges pantalons de soie, une ceinture de couleurs vives et variées, des brodequins rouges ou jaunes, voila lo costume que les femmes des

classes aisées portent chez elles. [ci, cor me à Constantinople, comme dans le Liban, comme à Damas, comme en Palestine, tantôt elles se teignent les ongles en jaune, les cils et les sour. cils en noir, les joues en rouge ou en blanc, les lèvres en bleu: tantôt elles se dessinent des figures bizarres sur le frontet autour de la bouche ; il n’y à pas de couleur qui n’ait son usage, ri de ridicule qui ne trouve sa place ; sous la tente, au désert comme dans les palais de Londres, de Vienne, de Paris, on veut partout corriger la nature, et on ne rend que plus apparentes les défectuosités que la résign ‘ n et la modestie voi. leraient infiniment mieux que la van. ; et la peinture (1).”

Comme le paquebot arrivant de Jaffa venait d’entrer dans le port, nous nous rendons au bureau de poste, pour déposer nos lettres et en recevoir s’il nous en était arrivé.

Le bureau de poste est une grande bâtisse avec galeries et cours intérieures. Mais ce qui a lieu de nous surprendre, c'est qu'on se trouve ici comme sur un territoire eutre ou qui r’appartiendrait à personne. Chacune des principales nations de l’Europe tient ici son bureau de poste et y vend ses timbres, français, anglais, autrichiens, etc. Et les turcs, direz-vous ? Les turcs sont bornés, eux, à la seule malle de terre, qui ne rapporte presque rien, Comprenez donc un état qui se prive ainsi d’une de ses principales sources de revenus, labandonnant à l'exploitation des étrangers. La raison en est que les différentes nations qui font des affaires en Orient ne voudraient pas confier leurs dépêches à des officiers turcs, force leur est alors d'organiser elles mêmes leurs propres lignes et d’en re. tirer les revenus. |

Mon voyage, d'après le programme arrêté dès avant le départ, devait se terminer a Beyrouth; c’est là que je reprendrais la route du retour pour suivre en sens contraire l’itinéraire qui m’y avait conduit. Mais je me trouve seul à rebrousser ainsi chemin ; tous mes compagnons partent cet après midi même pour Damas et Bâalbek, devant revenir ici la semaine prochaine prendre le steamer qui les ramenera par l'Est de la Méditerrannée, en leur faisant voir Smyrne, Constantinople, Athènes, etc. Je décide à la fin M. l'abbé Baron à opérer le retour avec moi. Parti malade, il avait souffert tout le long du voyage, et il pouvait appréhender avec raison d'ajouter à ses fatigues celles d’une route laborieuse, difficile,

(1) Les Lieux-Saints, I, VIII.

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constamment dans des montagnes. Il fallut donc, sur le soir, faire nos adieux à nos autres compagnons, la diligence qui les emmenait à Damas devant marcher toute la nuit,

Les 38 personnes qui composaient au début notre cara:. vane, étaient toutes, comme je l'ai déjà dit, de fort bon com:merce, et, à part deux exceptions, sincèrement religieuses. Malgré avertissements, sollicitations, prières, deux malheureux refusèrent obstinément de faire leurs pâques à Jérusalem. L'un d'eux, père de famille, dépassant la cinquantaine, sans avoir perdu la foi, je veux le croire, avait des habitudes de vie qu’il lui en coûtait trop de changer. “ Ii y a plus de trente ans, dit-il à notre aumônier qui le pressait de se rendre, que je n’ai pas été à confesse, et je ne m’en trouve pas plus mal.” Mais qu’ètes vous donc venu faire en Terre Sainte, lui dit le Père Léon? Etes-vous venu à Jérusalem pour dire à Jésus-Christ : Que m'importe le sang que vous avez répandu ici pour mou salut, je renonce à la possession du Ciel ? .….. Montez-vous sur le Calvaire pour tourner ie dos à la Ste Vierge, à S, Jean et à Madeleine, et vous ranger avec les soldats et Les bourreaux ? Mais tout fut inutile.

Le second était un pauvre jeune homme élevé chrétien. nement, mais qui s'était perdu dans ses dix-huit mois de volontariat qu’il venait de passer dans les camps. Sans rien répliquer, et paraissant même rougir de sa position, il n’eu persista pas moins dans son abandon des sacrements.

Pour les sept ecclésiastiques qui nous furent adjoints, nous devinmes frères du moment que nous nous couiÿmes, Jamais le moindre refroidissement ne vint altérer La bonne entente qui a toujours existé entre nous.

Un article du programme des caravanes porte qu’on devra sabstenir de toute discussion politique. Cependant, ayant reconnu que nous partagions tous les mêmes vues tant en religion qu’en politique, étant tous des conservateurs et des légitimistes, nous pûmes, plus d'une fois, nous entretenir du triste état actuel de la politique en Europe et de ce que nous en augurions pour l'avenir. Lorsque nous en venions à mentionner la captivité du chef de l'Eglise, les hauts faits des crocheteurs de portes de couvents et des chasseurs de crucifix, tous s'accordaient à dire que la France allumait de nouveau la colère de Dieu, que son humiliation de 1871 n'avait pas été

assez profonde, puisqu’elle n'avait pu suffire à lui ouvrir les

yeux, et qu'il fallait s'attendre à quelque catastrophe encore plus sérieuse.

Cependant une chose m’a surtout, plus d’une fois frappé, c’est le peu d’égards que ces bous chrétiens français ont pour le clergé, le peu de cas qu'ils font des ministres des autels, Pour nous, Canadiens, accoutumés à voir partout le prêtre honoré, respecté et hautement vénéré, nous avons été plus d’une fois froissés, choqués de la manière cavalière dont on not: ‘raitait Aucune antipathie personnelle quelconque, d’un côté ou de l’autre, ne pouvait être la cause de ces procédés, mais il fallait voir là cet affaiblissement de respect pour le prêtre qui se montre davantage tous les jours en France ; il fallait y reconnaître les résultats de cet esprit de laïcisation que les feuilles religieuses nous ont plus d’une fois signalé, comme croîssant sans cesse et portant certaines âmes, bien disposées d’ailleurs, à se passer du prêtre autant qu’elles le peuvent,

Pour ces laïcisateurs peu éclairés, le prêtre devient à peu près ce qu'est la femme pour le musulman turc ou arabe, Indispensable comme épouse, c’est alors l’égale, la moitié du mari musulman ; mais hors de là, ce n’est plus qu’une esclave, un meuble, une chose ne méritant aucune considération.

Le prêtre est sans doute nécessaire pour baptiser, dire la messe, pardonner les péchés etc; mais hors de là qu’avons. nous besoin de lui ? Qu'il attende dans sa sacristie qu’on aille le trouver, et n’espère rien de la société des gens du monde pour laquelle il n’est pas fait et où l’on ne doit pas le trouver. N'est. ce pas là la chose du mari musulman ?....

Et qu'on n’aille pas dire que je tombe dans l’exagération, et que je donne une fausse interprétation aux faits. Je pourrais appuyer mes avancés des preuves les plus convainquantes, et ce n’est qu'après avoir bien examiné et réfléchi que j'en suis venu à ces conclusions. D'ailleurs, ayant communiqué mes impressions à quelques laïques de notre caravane même, après un moment de surprise à l'énoncé de mes conclusions—tant était sincère leur bonne foi—ils ont sans restricsions approuvé mes appréciations. Quart aux ecclésiastiques, il va sans dire qu'ils ont vu les choses du même œil que moi, mais habitués à les subir, ils ne voyaient là, à peu près, que l'état de choses ordinaire.

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Vous ne sauriez croire, me disait l’un d’eux, à ce sujet, quelles tendances dangereuses se font jour en France, même parmi les bons chrétiens! Voulant partout se dispenser du prêtre autant que possible, on en est venu à {remplacer l’active charité par la froide philantropie ; le véritable amour de ses semblables, par la bienveillance habituelle aux cœurs bien nés! On en est venu à ne voir à peu près ‘dans ses frères que des enfants des hommes, sans songer qu'ils sont aussi enfants de Dieu! Pour preuve, je vous citerai fla Société St-Vincent de Paul, qui. dans certaines villes, dominée par le laïcisme, a soutenu pendant des années des familles de fainéants ne faisant aucune religion, et dont les chefs sont morts sans demander les sacrements ! Le prêtre n'était pas la! On faisait agir la philantropie à la place de la véritable charité, qui n'aurait pas manqué, elle, en soulageant le le corps, de penser aussi à la nourriture de l’âme.

L'erreur d’ailleurs est facile à s'expliquer. Les catholiques français, habitués à voir, tous les jours, le clergé vilipendé, le prêtre couvert de boue, ridiculisé, méprisé dans les journaux, finissent par croire qu’ils font beaucoup, en s’abstenantde telles vilenies, et que quand ils ont montré pour le prétre ies dehors de politesse qu’ils montrent à tous les'autres, ils ne doivent rien de plus. Mais est-ce ià rendre au ministre des autels, aux dieux de la terre, comme les désignait le propbète, l’honneur qui leur est dû ?......Le prêtre qui remplit un ministère supérieur même à celui des anges, peutil, aux yeux du chrétien sincère, être mis sur le même pied que les fidèles ordinaires, sous le rapport de la considération qu'on lui doit ?

Les membres de notre caravane, comme je l’ai déjà noté, étaient tous des chrétiens fort édifiants. Sans ostentation aucune, ils s'acquittaient fidèlement de leurs pratiques journalières de religion, bénédicité et grâces aux repas, prières du matin et du soir, etc. Sur mer, la messe se disait dans une cabine, et comme deux personnes seulement pouvaient s'y loger avec le servant, on retenait les tours pour pouvoir rece. voir la sainte communion les unes après les autres, aux dif férentes messes. Cependant, voyons, en plusieurs circonstances, quel cas l’on a fait du prêtre.

Nous sommes à Jérusalem, nous devons assister à l'entrée solennelle du Patriarche au S. Sépulcre. “ Messieurs, dit notre président, voici quel sera l’ordre à suivre : derrière le Patri.

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arche, viendra le Bureau, et après, les ecclésiastiques.” Nous avons vu comment nous avons su prendre notre rang nous appartenant de droit.

Nous passons à Bethléem ; le réfectoire n’est pas assez spacieux. On envoie dans une salle voisine les plus jeunes de la caravane ; et, avec eux, trois prêtres!

Nous voici à Nazareth, dans l’église de l’Incarnation; “ M ssieurs, dit le président, le Bureau va aller saluer le Supérieur du couvent, les autres peuvent se retirer.” [ci encore les ecclésiastiques ont sû se montrer comme tels.

Nous sommes en course, contre qui entend-on d'ordinaire réclamer notre président ? Contre lesprêtres ! ‘“ M. l'abbé, suivez donc le rang ; M. l'abbé, ne faites donc pas interruption...” Notre bon président en était venu à nous trouver toujours en défaut, Se renduit-on des premiers au son de la clochette, à la tente servant de réfectoire : “ ah! MM. les abbés donnent des pre. miers, ce soir!” Retardait-on un peu, souvent pour terminer une partie du bréviaire: “ah! MM. les abbés se font attendre, ce soir!” Si bien que pour nous soustraire à ces remarques impertinentes, rous en vinmes à nous retirer à l’autre extré. mité de la table, bien décidés à les endurer sans rien dire, sans tout de même en tenir aucun compte, Je dis que nous nous retirâämes à l’autre extrémité de la table, non pas que nous eussions été appelés à en occuper la tête, mais distribués que nous étions au milieu de tous les autres.

N'’a-t.on pas vu le même président, à Nazareth, inviter un tout jeune homme, à venir prendre place à la suite du Bureau à table, lorsqu'on laissait à tous les ecclésiastiques le soin de se caser comme ils le pourraient parmi les autres ?

Et quel était ce président qui nous traitait ainsi si cavalièrement ? Un chrétien édifiant, faisant la communion très fréquemment, s'offrant à servir la messe etc. Et je me plais à le répéter, les considérations personnelles n'étaient pour rien dans les motifs de ces divers procédés, je crois de plus que ceux qui les dictaient n'avaient pas même soupçon de leur irrégularité.

O catholiques français, n'allez pas nourir contre votre clergé si dévoué, si sincèrement patriote, si exemplaire, des sentiments de défiince qui affaibliraient en vous le véritable esprit religieux. Il n’y a pas de religion sans ministres. Laissez au prêtre Le prestige qui lui appartient; rendez lui l'honneur

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qui lui est dû ; que celui à qui vous allez confier les secrets de votre cœur, ait partout l’assurance que vous lui accordez toute votre confiance ; et vous donnerez par là, la preuve que vous êtes sincèrement attachés à votre teligioi que Gus comprenez l'esprit, et que vous lui accordez l'estime qui lui est due. Permettez à des frères qui sont passés sous une domina

tion étrangère sans cesser d’être français, et qui vous ae encore plus étroitement unis par le sentiment religieux qui le

anime que par le même sang qui coule dans leurs cn de vous donner un avis uniquement basé sur cette charité ui doit nous animer de partet d'autre. Le Canadiens sont fe

étre de tous les peuples de la terre le plus heureux salt jouit de plus de liberté et de sécurité. Or c’est le cler é ï'a fait le Canada ce qu’il est aujourd'hui. A la tête de ua ÿ entreprises nationales, le peuple n’a eu qu’à le suivre, pour fonder et consolider ses institutions, sauvegarder ses libertés à; remarquez le bien aussi, pour marcher sûrement dans la ro te du véritable progrès. Vous aspirez au même bonheur ? Marchez sur ses traces. Permettez au clergé de s'acquitter de son rôle, et ne vous séparez jamais de lui ; rendez lui tout l’hon

neur que vous lui devez; reconnaissez dans ses membres mA dispensateurs des faveurs du Ciel, de ces bénéllictions hé lesquelles un peuple aspirerait vainement à devenir Doug heureux, prospère ; ce sera là l’appoint le plus efficace nobe parvenir au but vers lequel vous tendez.

J'avais hésité parfois à reconnaître la sincérité de la piété de notre commandant ; plus d’une fois je m'étais demandé en voyant ses démonstrations de dévotion, si cet homme n'était pas le jouet d’une regrettable illusion ? Mais. mes doutes s'é. vanouirent du moment que venant me serrer La main, il me dit les larmes aux yeux: ‘ Eh! bien, M, l’Abbé, nous allons nous séparer, pour ne plus nous revoir que dans l'éternité! Vous maves plus d’une fois, sans doute, trouvé rude et sévère, Veuillez ne pas oublier qu'étant militaire, je suis habitué à un genre de vie où les adoucissements à la discipline ne connaissent pas d’excuses. Mais si les dehors sont parfois rebu tants, soyez sur que le cœur est toujours bon. Votre cœur de prêtre me pardonnera, je l’espère, ces écarts de tempérament.—Vous n'avez nul besoin d'excuse auprès de moi M, le Commandant, votre piété, dont. plus d’une fois j'ai été fort édifié, m'était une garantie que vos intentions étaient

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droites, lors même que vos actes n'auraient pas toujours eu mon approbation.”

Oui, sans doute, ajoutai-je à part moi, mais qu’elle est à craindre l'influence pernicieuse du milieu dans lequel on vit! Elle déteint infailliblement plus ou moins, et sans s’en apercevoir, on en retient toujours quelque chose ; lors même qu’on en répu lie les principes, on n’est pas toujours à l'abri de leurs conséquences |

Lorsque pendant près de trois mois l’on a vécu ensemble d’une vie de famille, qu’on a partagé les mêmes dangers, subi les mêmes fatigues, goûté les mêmes émotions, dans une union toute fraternelle, il se forme nécessairement des liens que des cœurs sensibles ne peuvent rompre sans regrets. Aussi, est-ce avec une émotion réciproque bien visible que je serrai la main à tous mes compagnons avant le départ. Puis, quelle image de la vie, que ces séparations! Ces procédés bienveillants qui sont tout-à-coup interrompus; ces visages sympathiques qui vont pour toujours disparaître ; ces liaisons fraternelles qui vont subitement prendre fin ; n'est-ce pas la vie entière ramenée à de plus étroites proportions ? N'est-ce pas l’image, avec seulement quelques jours de moins, de ce séjour passager que nous fai. sons sur la terre, avant de prendre le passeport pour notre véritable patrie? Ces peuples divers qne nous avons visités, ces monuments, ces édifices qui portent sur leur face les rides qu'y ont gravées des siècles, cachets de la grandeur des peuples comme de la vanité de tout ce qui est terrestre, ne sont:-ce pas les images de ce qu’une vie de soixante, quatre-vingts ans voit tous les jours passer devant elle ? Quelques instants de navi. gation sur le fleuve de la vie, puis le port de l'éternité, voila en dèux mots la destinée de l’homme!

Beyrouth, mercredi 4 mai.—dJe vais encore ce matin dire la messe à l’église des Capucins, où je retrouve mes deux prêtres Maronite et Syrien avec lesquels je m'entretiens assez lon: guement, et dont je suis la célébration des saints mystères. Je suis plus particulièrement le rit sitsyrien, qui diffère davantage du rit latin,

Chez les Syriens, il n'y a pas, à proprement parler, de basses messes, ce sont toujours des messes solennelles. On commence par des encensements prolongés tout autour de l'autel, en suivant les gradins, puis rendu à l’épitre et à l'évangile, on les chante en langue arabe, bien que l'office soit en

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syriaque. Le servant, d’ailleurs, chante de longues hyrielles durant une bonne partie de l'office. On multiplie les signes de croix beaucoup plus que nous le faisons. On donne la bénédiction au peuple avec les saintes espèces après l'élévation; le calice est recouvert de son voile, et un petit trépied en vermeil sert à couvrir l’hostie pour que le voile ne la touche pas, Les habits sont de belle forme, et c’est plutôt une chape qu’une chasuble que revêt le prêtre pour la messe. On fait les choses avec dignité, bien que ce soit avec le sans-gêne oriental auquel nous ne sommes pas habitués. Je ne fus pas peu surpris, arrivé le moment de l’épitre, de voir s’avancer de la nef jusqu’au bas de l'autel, un homme du peuple à figure de brigand, misérablement vêtu, la poitrine nue et les pieds de même ; le prêtre lui met le missel sur la tête et chante l’épitre au bas des gradins, puis notre homme passe de l’autre côté, et sert de mème à porter le livre pour le chant de l’évangile, qui se fait aussi en dehors de l’autel qui reste alors seul.

La communion se donne au peuple sous les deux espèces, le prêtre, pour cette fin, prend une petite cuiller en vermail, à manche assez long, ayant la coupe en angle droit avec le manche, et la plongeant dans le calice, ilen prend une parcelle de l’hostie qu’il porte dans la bouche du communiant avec la cuiller.

Les hosties sont des petits gâteaux de pain ordinaire, beancoup plus épaisses que les nôtres, et colorées en jaunâtre par la cuisson.

—Comment faites-vous pour la conservation des saintes espèces avec de tels gâteaux, demandai-je au prêtre ? Elles doivent se dessécher très promptement ?—Nous les renouvelons tous les jours ou tous les deux jours.—Mais pour les malades ?— Quant aux malades, bien que nous conservions la même forme, la communion ne se fait réellement que sous une seule espèce, Nous emportons une parcelle d’hostie que nous trempons dans du vin pour l'administration comme à l'ordinaire, mais ce vin n’est pas consacré, l’hostie seule l’est.

M. l'abbé Moussa Sarkis, curé des Syriens, me donna encore une foule de renseignements sur sa nation, leur rit, leur situation actuelle, etc., etc. Ayant passé plusieurs années à Paris, il parle très correctement le français.

L'église Syrienne est la plus ancienne de toutes les églises, puisqu'elle est née avec le christianisme même. En effet, le

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christianisme s’est répandu d’abord dans la Palestine et les pays voisins, et eomme tous ces pays parlaient le syriaque, c'est donc en syriaque qu’à été formulée la première liturgie. Les Juifs captifs à Babylone y apprirent la langue syriaque, et revenus en Judée, conservèrent en grande partie cet idiome, .qui au temps du Christ, était presque la langue universelle de tout l'Orient. En effet, on partait alors le syriaque dans une grande partie de la Pulestine, dans la Phénicie et la Célésyrie, dans toute la Mésopotamie, dans l’Assyrie qu’on appelle ac. tuellement le Curdistan, dans la Babylonie dite à présent l’Irak-Arabie, dans une grande partie de l'Arménie et de la Perse, etc.

C'est en Syrie que se sont tenus les premiers conciles provinciaux. C'est même à la Syrie que le christianisme doit son nom, puisque, comme l’attestent les actes des Ajôtres, les dis. ciples de Jésus-Christ reçurent pour la première fois le nom de chrétiens à Antioche, ville principale de la Syrie, et capitale alors de toute cette partie de l’empire Romain qu’on appelait l'Orient.

C'est un fait bien digne de remarque, que les pères de l'Eglise de toutes les époques, n’ont écrit que dans l’une des trois langues qui sont en même temps les premières langues liturgiques, savoir : le syriaque, le grec, et le latin, de là le nom de langue patristiques qu’on leur a décerné,

L'Eglise chrétienne fut donc dès son origine partagée en trois liturgies principales, que distinguait surtout la langue dans laquelle chacune était formulée : le syriaque, le grec et le latin.

Mais de ces trois églises ou liturgies, la syrienne, la grecque et la latine, cette dernière seule s’est perpétuée sans intermittences, à travers les évolutions des siècles, jusqu’à nos jours Elle a subi sans doute de violentes attaques ; des rameaux con. sidérables —comme le protestantisme, par exemple—se sont détachés ; mais toujours le tronc a persevéré plein de sève et de vigueur. Tandis que les malheureuses églises syrienne et grecque, se sont vues emportées par Le schisme et l’hérésie en dehors du giron de la véritable épouse du Christ, et que ce qui les constitue encore aujourd’hui, ne sont que des rejetons qui ont germé de l’ancienne souche, et qui sont loin d’en former la partie principale. HORS

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Notons encore que, comme si Dieu voulait mettre son église à l'abri de nouvelles hérésies que pourraient lui susciter les vicissitndes du langage, les trois langues liturgiques ont cessé depuis longtemps d’être langues vivantes, et sont demeurées immuablement fixes, pour n'être plus parlées par aucun peuple et n'être plus mises en usage que dans l'écriture.

Mais revenons aux hérésies qui se sont constäimment brisées sur le roc de l’église latine, et qui ontsi malheureusement entraîné le naufrage des églises syrienne et grecque.

Vers la fin du [Ve siècle, Nestorius, patriarche de Constantinople, enseigne qu'il y a deux personnes en J. C., et que Marie ne peut être appelée la mère de Dieu.

Cette hérésie combattue vigoureusement dès son origine, finit, après quelques années seulement, par disparaître du foyer où elle aviit pris naissance ; mais c'était pour aller revivre un peu plus loin. Le nestorianisme passa de l'empire Romain à l'empire Perse son rival, et au commencement du Ve siècle, presque toutes les populations de race Syrienne soumises aux Perses, l'Afrique, la Babylonie ét la Mésopotamie, en grande partie, se détachèrent de l’église catholique.

L'église de Constantinople qui avait lancé le premier brandon de discorde et de division daus le troupeau des vrais filèles, en moins d’un siècle de distance, en lança un second. Eutichès, archimandrite de cette même église, vers la fin du Ve siècle, enseigne que J.-C. contrairement à ce que soutenait Nestorius, n'a qu'une seule nature. Cette nouvelle hérésie qui fut appelée monophysisme, puis Jacobitisme, du nom de l’évêque Jacob Baradée qui en fut le principal fauteur, malgré toute l'énergie et presque la persécution qu’employèrent les empereurs Romains pour enrayer sa marche, envahit bientôt une grande partie de la Syrie et de la Mésopotamie, pour former une nouvelle secte séparée (1).

Cependant il restait encore une certaine portion de la nation Syrienne que l’hérésie n'avait pu détacher de l'Eglise, on lui donna alors le nom de Melchites (impériaux), pour la distinguer des deux sectes hérétiques les Nestoriens et les Jacobites,

Mais voici que vers la fin du VILe siècle, surgit une nou-

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(1) Les Arméniens schismatiqurs joignent au monophysisme le monothélisme, c'est-à-dire qu’ils prétendent que J.-C. n’a qu’une seule nature et une seule volonté:

velle hérésie dans l'Eglise, c’est celle des monothélites, qui prétendent que puisqu'il n’y a qu'une seule personne en J.C, il ne peut y avoir aussi qu’une seule volonté, comme si avec son unité de personne, il n’y avait pas aussi une double nature en J.C. Cette hérésie, bien que condamnée par le 6e Concile œæcuménique, ne fut pas moins embrassée par les moines d’un célèbre couvent de la Syrie fondé jadis par S. Maron, et fut répandue par eux dans la Phénicie, qui est la partie La plus occidentale de la Syrie. Cette nouvelle secte reçut des moines qui la propagèrent le nom de Maronite.

Les Melchites qui restent encore fidèles à l’église catho. liques, vont-ils au moins persévérer dans leur fidélité et con: server le tronçon qui reste de leur église, après les trois branches qui viennent de s’en séparer ? Malheureusement non, L'hérésie de Photius et de Michel Cérulaire qui sépare l'église grecque de celle de Rome, va emporter le reste de l’église Syrienne.

L'église Syrienne se trouvait donc, depuis la fin du XIe siècle, entièrement envahie ou par l’hérésie ou par le schisme, Elle se trouvait partagée en quatre grandes sectes ou commu: nautés, ayant chacune sa constitution particulière, sa hié. rarchie séparée, son rit plus ou moins différent etc. Ces quatre sectes étaient celles des Nestoriens, celle des Jacobites, celle des Maronites et celle des Melchites. |

A la triste ère des schismes et des hérésies succéda bientôt l'ère consolante des conversions. La vérité devait prendre sa revanche sur l’erreur que l’enfer avait déchainée dans le champ de l'Eglise. Les vraies conversions des schismatiques et héré. tiques de race Syrienne à l’église catholique, celles qui ont été sérieuses et persévérantes, datèrent du commencement du XIIIe siècle, sous le Pape Honorius IT.

Comme ces conversions au catholicisme se faisaient le plus souvent en masse, le patriarche ou l'évêque en tête avec clergé et peuple, le StSiège, en : at ces retours à l'unité, a cru devoir laisser à chaque ce nauté sa pro! econstitution dans laquelle elle vivait avant . : conversion, sauf ce qui touche àla foi ou à la morale (1). D'où s’ensuivit qui l’église Syrienne qui, avant la défection commencée au Ve siècle, était une et avait un seul patriarche, une seule hiérarchie, presque un seul ritetc., dut, après les conversions, se trouver partagée en quatre

(1) De là ces prêtres mariés dans ces églises orientales.

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