‹ De Québec à Jérusalem [microforme]Chapitre 79 sur 94 · partie ke fai · texte numérisé non relu

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othélites, qui onne en J.C, mme si avec double nature r le 6e Concile »s moines d'un Maron, et fur partie la plus çut des moines

l'église cathofidélité et conaprès les trois reusement non, i sépare l'église este de l'église

is la fin du XIe par le schisme, ctes où commu:

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etc. Ces quitre Jacobites, celle

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ntales.

églises catholiques, ayant chacune son patriarche, sa hiérare chie et son rit particuliers. L'église qui se forma par la conversion des Nestoriens, reçut le nom d'église Chaldéenne; celle qui vint du Jacobitisme, fut appelée simplement église Syrienne ; les deux autres conservèrent les noms de Maronite et de Melchite. Voila l’état dans lequel se trouve actuellement encore la chrétienté orientale de race Syrienne.

‘“ Cette église Syrienne, m'écrit l'abbé Sarkis, dont les premiers germes furent jetés vers la moitié du XVIe siècle, a un patriarche qui porte le titre de Patriarche d'Antioche, sans cependant résider duns cette ville, qui depuis des siècles, n’est plus qu'un misérable bourg. La résidence officielle du patriarche d'Antioche des Syriens proprement dits, est à Mardine, viile de la Mésopotamie. Mais le patriarche actuel demeure, par exception, à Alep, célèbre ville de la Syrie. L'église Syrienne catholique compte une dizaine de sièges archiépiscopaux ou épiscopaux.

“ La langue liturgique de cette église est le Syrien, Son ritest celui dont l’église d’Antioche se servait au Ve siècle, avec très peu de modifications, et même, on peut dire en toute vérité, que l’église Syrienne catholique qui est née de la conversion du Jacobitisme, conserve, plus que toutes les autres, les traits de l'ancienne église Syrienne, car les Melchites, depuis des siècles, ont adopté les rits de l'église de Constantinople, et subs. titué dans la liturgie l'arabe à la langue syrienne ; les Maronites ont emprunté à l’église latine plutieurs choses, telles que l'usage de l’asime dans la Ste Eucharistie etc. (1); les Nesto. riens ont introduit dans la religion plusieurs frivolités.

“ La population actuelle de l’église Syrienne proprement dite est malheureusement très restreinte ; à peine s'élève-t-elle à 60,000 âmes, répandues et pour ainsi dire éparses en Syrie dans la Mésopotamie, le Curdistan, l'Irak, l'Egypte etc.

‘ On ne s’étonnera pas de ce nombre si petit auquel cette partie de la nation Syrienne est réduite, quand on considèrera ke fait, exposé plus haut, de la division et subdivision de cette noble nation orientale, et qu’on saura que la plus grande partie de la nationalité Syrienne à laquelle appartient l'église Sy-

(1) Seuls les Maronites, de toutee ces sectes dissidentes, ont l'avantage

d'être revenus de l'erreur sans y laisser aucun des leurs. Tous les Maro. dites sont catholiques

PRE à

rienne proprement dite, est encore sous le joug de l'erreur; car

il y a encore environ 150,000 Jacobites dan: la Syrie et la Mé.

sopotamie, et près de 250,000 dans les Indes, dont nous atten.

dons le retour à l’église mère.

“ En Europe, on peut difficilement avoir une idée juste de l’état de pauvreté, de misère, de terreur continuelle et d’hu. miliation dans lequel se trouve la chrétienté en Orient, depuis bien des siècles. [Il serait long et hors d'œuvre d’énumérer ici toutes les causes qui, pendant plus de douze siècles, ont con-

-tribué à avilir les églises d'Orient jadis si florissantes et si prospères, et à les réduire à la plus humiliante déc:den.e qu'une société humaine puisse éprouver. Il suffit de nommer la cause qui donne le plus aux yeux, et qui, var elle seule, suffirait

à approcher d'une destruction générale et radicale ; je veux par. fl ler du dur esclavage de l’islamisme, sous lequel la religion chré. tienne gémit depuis le commencement du VIle siècle, et qui est bien loin d’être brisé ou allégé par le temps qui court. Je craindiais de raire à la réalité et d’en diminuer la gravité, si Hi j'entreprenais de faire une description de tous les maux de

différents genres qui nous oppriment nous et nos églises de | fl tous côtés.

Ï “Si depuis quelques années on a pu constater quelque | amélioration dans l’état des églises catholiques de l'Orient, et | surtout ie celles de race Syrienne, c'est dû entièrement à la

chærité, à la protection et à l'influence de l’Europe et surtout de la France. ”

E:pérons que le Ciel, touché des supplications des associés de la Suiute Ü1ion pour la conversion des schismatiques,—que j'ai déji mentionnée—ouvrira les yeux à ces pauvres égarés, et les ramènera au giron de la véritable épou te du Christ,

Accompagné de M, l'abbé Baron, je vais dans l'après midi faire visite à l'évêque des Maronites. Malheureusement Sa Grandeur ne se trouvait pas à sa résidence dans le moment. Nous sommes reçus, avec beaucoup d'égards, par son Grand. Vicaire, qui est aussi son frère, M. l'abbé Debs. Ce Monsieur parle très correctement le frangais et a des façons tout enropéennes, Il nous ilit aussi qu’en outre de ses études à Rome. il avait encore passé cinq annêus à Paris. “ J'allais tous les jours, nous ditil, dire la messe à une communauté religieuse. Au commencement, les bonnes Sœurs avaient peine à se faireà notre liturgie, mais après explications, elles en vinrent à s'y faire et mème à l’atfectionner à la fin,

de l'erreur ; car Syrie et la Mé.

ont nous atten.

une idée juste inuelle et d’hu- | Orient, depuis vre d'énumérer siècles, ont conorissantes et si ante décsden.e it de nommer la e seule, suffirait ale; je veux parla religion chré:

le siècle, et qui js qui court. Je er la gravité, si us les maux de et nos églises de

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dans l'après midi eureusement Sa dans le moment.

, par son Grande bs,. Ge Monsieur açons tout en1ro0bLudes à Rome. il is tous les jours, à religieuse. Au eine à se faire en vinrent à sy

Nous sassons de là chez les Jésuites, qui nous font visiter en détail leur université et l'immense atelier d'imprimerie qu’ils y tiennent,

Les bons Pères n’ont pas oublié les secours que les Pères Faillou et Monot ont recueillis en Canada, et semblent accorder une attention toute particulière aux Canadiens qui les visitent. Les bâtiments sont considérables, et la chapelle d’une richesse de décoration que n’égale aucune des chapelles de nos maisons d'éducation.

Les Pères tiennent ici une imprimerie polyglotte pour les langues orientales, dans laquelle ils n'emploient pas moins de cent ouvriers, car non seulement on fait ici la composition et l'impression d'ouvrages en langue syriaque, grecque, arabe etc, mais on y fait aussi la fonte des caractères, des ouvriers spéciaux gravant les matrices nécessaires, etc.

On nous exhiba des feuilles d’une Bible en langue arabe qu'on était alors à imprimer. Contrairement aux autres impressions de cette langue, cette Bible est pourvue de voyelles, au moyen de points diversement groupés avec les consonnes. C'est une innovation importante et qui en facilitera grandement la lecture ; car l'ordinaire les arabes n’ont que des con. sonnes dans leurs lires, et le lecteur pourvoit lui-même à l'emploi des voyelles dans chaque mot, ce qui peut prèter à une foule de variantes et mème à d:3 contre-sens.

On présenta à Pie IX un volume de cette Bible. Le Pape parut prendre intérêt à l’examiner attentivement ; “tout de même, dit-il en remettant le volume et en montrant la première page, quoique l'ouvrage paraisse soigné, c'est un livre qui n’a pas de façon ; il lui manque un titre.—Saint Père, vous êtes là à la fin du volume, au lieu d’être au commencement.—En effet, reprit Pie IX, j'oubliais que les Orientaux sont des gens à l'envers,”

Comme la visite des étrangers est toujours une aubaine pour ces populations nonchaiantes et pauvres de l'Orient, et qu’on tâche de nous exploiter de toute manière, voici qu'un jeune heinme se présente à notre hôtel pour nous vendre, disait. il, des olives pétrifiées, qu'on avait recueillies à Ghazir, à quelques milles seulement de B:yrouth, seule place au monde où l'on pût en trouver. Et il nous exhibe dans un papier une douzaine de petites pierres ayant tout-à-fait la forme et à peu près la grosseur ordinaire des olives. Le dessus en était blanchâtre, mu:s l’une d'elles qui était cassée, nous laissait voir le

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clivage d'un dur silex bleuâtre. Je vis bien de suite que ce ne pouvait être des olives, car ces petites pierres étaienc toutes sillonnées longitudinalement par des petites côtes, or l’olive est un fruit lisse et de plus à chair assez molle qui ne pourrait se prêter à une solidification si régulière. Mais qu’était-ce alors ? Je ne pouvais le deviner, Je résolus cependant d'en acheter quelques unes. Seulement un franc la pièce, disait le jeune homme.—Un franc la pièce ? Mais à qui vendriez-vous de telles pierres, qui ne sont certainement pas des olives pétrifiées, comme vous voulez le faire croire? Tenez, je vous donnerai un franc pour les dix que voici. Et notre homme, après avoir feint d’hésiter, l’accepta avec empressement, s'offrant même d'aller eu chercher d’autres pour le même prix.

Ces fossiles m'intriguèrent assez longtemps. C'étaient incontestablement des pétrifications; mais de quel genre? d’animaux ou de plantes ? Ça ressemblait beaucoup à des noyaux de fruits. Mais quels fruits ont les noyaux ainsi rayés par des petites côtes ? Je n'en voyais aucun. Evidemment, me dis-je, ce doit être des restes d'animaux. Mais de quel animal ? où se placerait une telle forme ?

J'en étais encore avec mes doutes, lorsque feuilletant un ouvrage de paléontologie, je rencontrai par hasard la figure de mon acquisition de Beyrouth. Ge sont des restes d’oursins ou échinodermes, du genre Cidaris, créé par Lamarck, et qu'on rencontre dans les terrains crétacés. Ces Oursins se distinguent particulièrement de ceux de leur classe, par leurs épines qui sonten forme d'olives, souvent de plus d’un pouce de longueur, L'animal portant de telles épiues devait être d’une assez forte taille, malheureusement il n’en a pas été conservé,

Jeudi, 5 Mai —Comme nons devons prendre le steamer cet aprés midi à 2h., toute la matinée se passe à faire nos préparatifs du départ,

A 2 h. une chaloupe nous transporte à bord de l’Alphée, ancré dans le port et qui doit nous reconduire à Naples. Nous ne sommes pas peu surpris en montant sur le pont de nous retrouver avec le même équipage que nous avions eu en allant, excepté le commandant, Le Scamandre ayant subi une avarie dans l'intervalle, tout l'équipage avait été transporté à bord de l’Alphée pour continuer le service. Nous retrouvons aussi à bord, une ancienne connaissance que nous avions faite à Jérusalem duns la personne de M, Van Moer, peintre belge, M. Van

suite que ce ne s étaient toutes es, or l’olive est | ne pourrait se ’était-ce alors ?

nt d’en acheter disait le jeune z-vOus de telles lives pétrifiées, vous donnerai me, après avoir s'ofrant même , C'étaient in.

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>rd de l’Atphée, À Naples. Nous ont de nous rens eu en allant, subi une avarie porté à bord de ouvons aussi à ns faite à Jéru- > belge. M. Van

Moer s’est spécialement appliqué à peindre des paysages, avec un tel succès que sa méthode fait actuellement école, non seule. ment en Belgique mais dans toute l’Europe.

La mer est calme, le temps superbe, et à 24 h. l'ancre est

levée pour prendre la direction du S. O. en longeant la côte de la Méditerrannée,

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Jaffa. — Port-Saïd. — Alexandrie; absurde quarantaine ; un sorcier Egyptien.—L'Etna; côtes de la Calabre; Carybde et Sylla ; lo Strombuli. — Naples ; San-Martino ; Pompeï ; le Vésuve.—Arrivée à Rome.

À bord de l’Alphée, vendredi 6 mai.— Beyrouth, vue du vais. seau dans le port, présentait un aspect magnifique, On voyait le couvent des Sœurs de Nazareth, l’université des Jésuites etc, faire saillie sur les autres constructions, et par-ci, par-là des palmiers élancés projetant sur les résidences l’ombre de leurs parasols de verdure. La baie que forme le promontoire qui porte la ville se dessinait nettement dans tout son contour, et derrière la rive s'échelonnaient les unessur les autres les collines aux plus gracieux contours, pour être dominées elles-mêmes par les hautes cimes faisant briller au soleil la neige qui les recouvre,

M. Van Moer tenta de prendre un croquis de la ville, mais les flots de lumière qu’y versait alors le soleil encore trop élevé, faisant presque disparaitre toutes les ombres pour donner à tout l'ensemble une teinte uniforme et nuageuse, Ôtait au paysage toute son originalité. Il dut y renoncer de suite,

Il n’y avait pas encore un quart d'heure que le vapeur était en mouvement, que la ville se cachait derrière la pointe du promontoire, et que nous voyions déjà Sidon se dessiner au loin sur la rive,

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; un sorcier Egypla ; lo Strombuli.

rrivée à Rome.

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que le vapeur rrière la pointe on se dessiner

DE QUÉBEC A JÉRUSALIM 573

La mer est calme, le temps clair et serein, et nous voyons les villages espacés sur la rive; défiler rapidement devant nous. Quoique à deux mille lieues du pays, la joie s'empare de mon cœur, quand je songe que je suis sur la route du retour Cependant, ce n’est pas aussi sans un sentiment de regret que je jette un dernier regard sur cette terre d'Orient que j'ai parcourue avec tant de fatigues, mais où aussi j'ai rencontré de si suaves émotions. Je fixe avec attention un dernier regard sur les montagnes du Liban, Sidon, Tyr, le Carmel que je vois s’avancer dans la mer, pour bien graver leur silhouette dans mon esprit. Il me semble que toutes les fois que je rencontrerai leurs noms, leur figure viendra se retracer exactement dans mon souvenir, tant je me suis plu à lés contempler, à les scruter du regard pour y lire en quelque sorte les faits mémorables dont ils ont été le théâtre, pour me rappeler cette histoire des temps anciens dont ils ont été les témoins. Cette Phénicie d'autrefois n’a telle pas été le berceau des arts, des sciences, de la civilisation ? Reine détrônée, illustre vaincue du temps qui détruit tout, elle n’existe plus, pour ainsi dire, que par le souvenir ; mais ce souvenir traîne à sa suite trop d'événements mémorables, pour qu’on puisse jamais l'évoquer sans intérêt !

Dès les 7h, ce matin, nous étions en face de Jaffa.

Les chaloupes vont et viennent du vaisseau au rivage durant toute la journée, et nous amènent plusieurs passagers nouveaux, entre autres le Rév. Père Léon, qui passe en France pour régler certaines affaires de famille occasionnées par la mort récente de sa mère. Deux Frères franciscains, dont l’un de la République Argentine, un professeur à l'Université de Stockholm, etc., montent aussi à notre bord.

Notre peintre belge nous fait admirer dans l’après midi les magnifiques effets de lumière sur les constructions de la ville qui s’échelonnent au dessus les unes des autres, comme des gradins qu'on aurait taillés dans le roc quiles porte. Plus heureux qu’à Beyrouth, il en prend un superbe croquis.

A 6h, du soir l'ancre est levée, et nous mettons le cap sur Port Saïd, La mer est toujours calme, et je me sens revenir tous les jours de mes fatigues passées,

Port-Saïd, samedi 7 avril.—Dès les 5h. du matin nous étions dans la rade de Port-Saïd que nous avions visitée en venant. Nous ne pouvons y descendre, car certaines rumeurs ayant

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couru que la peste était en Pèrse, ôn a souinis à la quarañtaine tous les vaisseaux venant de Syrie. Nous fous amusons à examiner dans le port les vaisséäux de toutes les nations qui entrent et sortent du canal de Suéz. Jé n’4i pas été pén sur: pris de lire sur l’un d'eux, sous pavitloü anglais: Téhéran, Québec ; ce qui voulait dire que ce vaisséau avait été Construit à Québec même.

Nous prenons plaisir à suivre les courses vagabondes de nombreux dauphins qui prennent leurs ébâts dans les eaux dû port, et qui, sans aucun égard aux règlements qui couvrent lé transit du canal, s’en vont sans doute sans plus de cérémonies, faire visite à Jours amis de là mer Rouge. Nous les voÿons souvent faire Le tour d . notre Yaisseau, comme pour s’enquérir si nous allions entrer dans le canäl, pour passer à notre suite, où peut être aussi pour nous dévancer eu nous traçant la route.

__, À 6 h. du soir on lève l’ancre pour nous diriger sur Alex. andrié.

Alexandrie, dimanche 8 mai.—AÀ 6 h. ce matin nous entrions dans le port d'Alexandrie. Comme le vaisseau fait ici une escale de trois jours, nous nous disposons aussitôt à nous rendre à terre, d'autant plus que nous tenions à célébrer, ce jour de dimanche. Nous n'iguorions pas la REGAISERSI Hébtéihent qu’ uné forntalité et due là chôse serait bientôt faite, Noûs né connaïissiôus pas éncoré parfaitement les turcs,

Vers les Th, arrivé ün ordre du prit intimant à tours les passagers l’ordre de débarquer pour nôus soumettre aux pres. criptions de là quarantainé. Où nous faisait énténdre que lés formalitès prendraiént peu de temps, et qu'ensuite nous ‘aurions libre accès dans la ville. Malgré ces promesses, M. Baron et moi rious décidèns à préndré notre déjeûner, remettant a enteitdre la messe si nons pouvions le faire, Mais nous comptions encore sans les 'aménités des turcs à qui nous avions affaire,

A 94 h. nous étions tous descendus, ävec nos ‘malles les plus légères, sût deux chalards infectés, sans sièges ni couver tirés, pour être traînés an quai par un petit vapeur.

Arrivés aû ‘quai, nous sofnmiés conduits ‘entre deux haits de soldats, sur la voie férrée, où detrx chars a bagages nous àtterdent. "Oh nôus ëntasse pèle-nrôle dans ces boîtes, comme

on le ferait du bétail, pour nous traiïisporter àu lazaret, à deux |

#illes ptûs loin, tandis que les soldats, eux, se ‘prélassent sûr un char dé première classe à notre suite.

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la quarantaine us amusons à leé nations qui s été pén sur:

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in nous entrions au fait ici une aussitôt à nous s à célébrer, ce 1 proclamation ne seraït Là proait bientôt faite, les turcs imant à tours les ettré aux prebentendre que les ite nous aurions sés, M. Baron et remettairt à ennous comptiotis vions affaire, nos ‘malles les iègés ni couver:

peur.

entre deux haiès a bagages nous s boites, Comme

1 lazaret, à deux !

e :prélassent sûr

Nos soldats se rangent encore ici sur deux lignes, entre lesquelles il nous font passer, pour nous faire entrer dans un grand bâtiment, où, nous dit-ou, on va soumettre nos malles à des fumigations, sons prétexte de les désinfecter. Et voici comment on y procède. Ou nous oblige à étaler nos malles ouvertes sur une table, sans rien déianger de leur intérieur, et l’on nous fait passer dans une salle voisine durant l'opération. Mais l'opération ne dure pas moins de trois-quarts d'heure, et nous sommes la, dans un nouveau parc à bétail, extrêmement sale, et sans aucun siège. ÆEufin on nous faitreprendre nos malles, et on nous force à aller à une couple d’arpents plus loin, pour entrer dans le lazaret proprement dit. C'est une immense bâtisse avec grands corridors et chambres garnies de lits.

Que veut-on faire de nous, demandons-nous aux employés ? Pour toute réponse nous n'avons que des chansons arabes dont nous ne comprenons pas un seul mot. Il est midi, vient alors un employé français qui prend nos noms, et nous dit que nous ne serons libres qu'après la visite du médecin.

—Mais quand viendra ce médecin ?

—-Dans quelques heures; mais auparavant il vous faut payer : tant pour le débarquement; tant pour la fumigation ; tant pour les porte-faix ; tant pour le parfumage; tant pour la chambre ; en tout 36 piastres turques (9.50 francs).

Mais nous n'avons pas accupé de chambres ; nous ayons nous-mêmes porté nos malles ; nous ne connaissons pas celte parfumerie dont yous parlez etc.

—C'est tout un ; trente-six piastres pour chacun.

Il faut donc tirer la bourse et s'exécuter.

Puis nous attendons, et attendons.

Vers les 4h,, on apporte des terrines contenant.une matière blanche que je crus être de la chaux. Allons, me dis-je, ne serait-ce pas là le parfumage mentionné ? Et eu effet, un autre employé vient répandre sur cette chaux un acide qui dégage une vapeur épaisse et tellement âcre, que pris de Ja toux et suffpqués, nous Lous précipitons tous dans la Rorte pour respirer au dehors.

Enfin, à 44 h. arrive le médecin; c’est un français. Ilest regu par une bordée d’injures de la part de français employés du Çanal de Suez qu se rendaient en France avec nous. Mais

hahitué probablement à de pareilles scènes, il ne s’en émeut en aucune façon, nous adresse un discours doucereux, ne cherche nullement à justifier les procédés qu’on emploie, tout au contaire, accuse notre capitaine d’avoir mal interprêté les règle. ments etc., puis, nous faisant ranger en cercle dans la cour, il s’enquiert si tous ont payé la note; et sur la réponse affirmative à l’appel de chaque nom, il proclame notre liherté.

Vous vous dites français ? lui dis-je en m’éloignant.—Je le suis en effet.—Mais non ; vous êtes turc et architurc pour vous livrer à des procédés aussi injustes et aussi ridicules que ceux que vous exécutez! Fallait donc venir à bord et nous rançonner chacun de 36 piastres, puisque c’est là tout ce que vous désirez A-t-on jamais vu une visite de médecin pour constater l'état sanitaire de voyageurs se réduire à demander si on a payé la rançon imposée ?..Un sourire dédaigneux fut la réponse à ces remarques.

[EI Mais enfin, me dis-je, nous en avons fini avec toutes ces j | tracasseries ; détalons promptement,.

jus J'allais franchir la porte de la cour, lorsqu'un autre officier pi me barre le passage en me demandant;d’exhiber mon passeport. | Je le tire de ma poche et le lui livre. Et ne voila-t:il pas qu'il se met en frais de le lire d'un bout à l’autre, et à prendre cer. taines notes ? Il fallait entendre alors les récriminations de ceux derrière moi qui voulaient aussi sortir. Pour le coup, dis-je à l'officier, il doit y avoir des bornes aux absurdes procédés qu'on emploie à notre égard ; c'en est assez ; que vous importe | nos passeports à nous qui passons seulement devant votre ville,

sans nous y arrêter ? Et sans attendre de réponse, je lui arrache

le papier des mains et franchis la porte, poussé que j'étais par ceux qui faisaient queue en arrière. Notre homme tout stu- | péfait ne proféra mot et nous laissa passer.

Nous voici donc enfin libres ; il faut maintenant retourner

à la ville. Des voitures sont là qui attendent ; on nous demande 7 francs par voiture, nous en affrons 4 et ils sont acceptés.

Nous passons près de la cour où sont retenus les passagers de seconde classe, parmi lesquels se trouve le Père Léon qui, dans l'espoir de pouvoir célébrer, s'était conservé à jeûn. Aves vous pu manger au moins quelque chose, lui demandai.je? | —Je suis encore à jeûn.—Mais c’est révoltant! quand serez-vous Il libérés ?—Lorsqu'ils en auront fini avec les passagers de 1ère.

—Prenez encore patience, je crois que ce’ne sera pas long.

s'en émeut en ax, ne cherche >, tout au Conrêté les règle.

lans la cour, il nse affirmative r'té.

oignant.—Je le turc pour vous icules que ceux nous rançonner 1e vous désirez, constater l'état si on a payé la la réponse à ces

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un autre officier mon passeport.

ila-til pas qu'il + à prendre cerinations de ceux le coup, dis-je à urdes procédés ue vous importe svant votre ville, se, je lui arrache é que j'étais par pomme tout siu-

enant retourner nous demande nt acceptés.

nus les passagers Père Léon qui, vé à jeûn. Averii demandai.je ?

uand serez-vous ssagers de 1ère.

ra pas long.

DE QUÉBEO A JÉRUSALEM 577

Nous montons trois dans la même voiture, MM. Baron et Van Moer avec moi. Vingt minutes après nous sommes sur le quai. Il nous faut maintenant une chaloupe pour retourner au vaisseau. Les conducteurs ne manquent pas.

—Combien pour aller à ce vaisseau, dis-je au premier venu, en lui montrant l’Alphée.— Vous payerez le tarif du bord. Mais quel est ce tarif ?—On vous le dira là.

Nous descendons dans la chalouppe.—Combien demandezvous, dis-je à l'arabe durant le trajet.—Deux francs.

Je tire deux francs de ma poche, et les lui présente. Mais c'est deux francs par tête, fit l’arabe.—Deux francs par tête ? répétai-je en remettant l'argent dans ma poche; nous règle rons l'affaire à bord.

Arrivés au vaisseau, nous montons sur le pont suivis de notre arabe. Quel est le tarif des chalouppes pour aller au quai, demandai.je au second, que je renrontrai le premier ?— Cinquante centimes.—Cinquante centimes, dis-je à l'arabe, et tu voulais avoir deux francs par tête. Tiens, voici un franc cinquante pour nous trois, et détale.—Vous avez offert deux francs, dit-il ; donnez-moi deux francs.—Non, tu n'auras que le prix du tarif. Il fait mine de refuser ; je remets l'argent dans ma poche en m'’éloignant,—Contentez-donc cet honnête garçon, dis-je à M. Van Moer en lui remettant l’argent.—Tiens, dit notre peintre belge, en lui rettant l'argent dans la main, et prends ceci par dessus le marché, ajoute:til, en lui administrant un coup de pied des mieux conditionnés dans le postérieur.

Notre Arabe, en craignant encore davantage, enfile l’escalier de la passerelle sans presque tenir compte des marches, saute dans sa chaloupe et s'éloigne, sans témoigner aucune mauvaise humeur.

Partis à 9h., nous étions de retour à 5kh., sans avoir rien pris et en étant quitte chacun pour 12 à 13 francs ; imaginez si nous avions à nous applaudir des ménités turques.

Dans le port d'Alexandrie, lundi 9 mai.—Il nous est maintenant loisible d'aller à terre sans être inquiétés; mais nous avons été tellement rassasiés des procédés turcs de la veille, que nous préférons jouir du repos à notre bord.

Parmi les chaloupes qui viennent s'offrir pour nous conduire à terre, je reconnais notre Arabe de la veille. — Venir à

578 DE QUÉBAG A JÉRUSALEM

terre, ditil? moi, bon gargon.—QOui, sans doute, bon garçon, car tu reçois les coups de pieds sans t'en émouvoir.

Mais nous refusons ses offres.

Nous avons pour nous distraire à bord, plusieurs mar. chands à paniers qui viennent nous obséder de leurs offres. Si nous offrons la moitié ou souvent même le tiers de ce qu'ils demandent, nous sommes sûrs d’être pris au mot. Ce sont surtout des cannes en palmier, des couteaux à papier en olivier, des chibouques, des fez, des colliers et bracelets en co: quillages, très jolis, des plumes d'autruche, etc., qu'ils nous offrent. Depuis quelques années, on s’est mis en Egypte à faire des élevages d’autruches sur une grande échelle, uniquement pour les plumes qu'on en retire, qui sout aujourd’hui d’un si grand usage dans la toilette des dames.

Dans l'après midi, un prestidigitateur Arabe est venu nous amuser de ses tours. Il avait vivants un lapin, un serpent etun scorpion, qu'il mettait tous trois dans sa chemise, les manipu. lait de toute façon, et voulait de même nous les mettre dans les mains. Mais personne n’y conseutit. Il ne me fut pas difficile de reconnaître que le serpent était des plus innocents, ne pouvant nuire en aucune façon. Quant au scorpion, je ne pus m'expliquer comment on avait pu l’amener ainsi à se laisser manipuler sans qu’il cherchât à se servir de son arme.

Cet Arabe, avec des gobelets, des baguettes, ses animaux etc. faisait réellement des prodiges d'adresse dans ses différents tours.

Indignés de la manière dont on nousavait traités au lazaret, je me joins au commandant de notre vaisseau, pour dresser une protestation aux autorités d'Alexandrie contre les règlements de leur quarantaine, dont l’exécution encore plus que la teneur n’était rien moins que révoltante pour les étrangers. Le commandat va la porter lui-même à terre en l’accompagnant de ses commentaires; mais il est bien probable que ce langage de la raison n’aura pas eu chance de se faire écouter là. D'ailleurs, pour qui connait le gouvernement turc, la chose est des plus simples. Ce n’est nullement dans le but de se protéger contre la peste ou autre maladie contagieuse qu’on fait de tels règlements, mais uniquement pour rançonner les étrangers, leur arracher quelques piastres. Si nous eussions offert une compensation dès le début, nous nous serions évité toutes ces tracasseries. Un voyageur de notre vaisseau ayant mis pied à terre

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ompagnant de ie ce langage de br là. D'ailleurs, ose est des plus protéger contre ait de tels règleétrangers, leur offert une combutes ces tracasmis pied à Lerre

Dk QUÉBEO À JÉRUSALEM 579

à Port -Saïd, on voulut le süumettre à de telles exactions ; mais comme il connaissait soi monde, il offrit 10 francs, et on lui perrnit säns plus dé cérémonies de revenir à bord. Ainsi procèdent les Turcs !

S'il y avait danger réél de la péste et qu'on voulôt s’en mettre à l'abri, pourquoi obligérait-on les passagers d’un vaisseau à descendre à terre pour subir des purifications, sans exiger la même chose de l'équipage ? Pourquoi nous oblige: rait-on à soumettre aux fumigations une s»artie seulement de notre bagage, éh laïssait le reste à bord? Mais allez donc rai. sonner avec dés Turcs ? et encore plus avec des françiis qui se sont faits Turcs ?

Port d’Alegandrie, mardi 10 maï.—-Dès les 6 h. ce matin, on s’est mis à appareiller pour le départ,

Il est vraiment étonnant de voir le nombre de lourds chalands qui sont venus verser leur contenu dans notre vaisseau : céréales, laine, coton, gomme arabique, oranges, etc. ont rempli là calle de manière à n’y pouvoir rien ajouter.

A 9 h,, nous nous mettons en marche, et moins d’une henré après, je salüais de mes adieux la terre des Pharaons qui disparaissaït à nos regards. Le temps est magnifique, une légère brise de l’ouest fait à peine onduler l'onde bleue que fend notre bateau à unéfvitesse de quinze nœuds àll’heure ; mais voici que däns l'après midi la mer s’agite, le soleil se c..che, des nuagès méñaçants nous environnent de toutes parts, des éclairs immensés sillonnent l’atmosphère, le tonnerre fait en tendre s4 voix, ét tout nous fait présager une tempête. Mais la petite lampe que l’on a allumée devant l’image de l'Etoile. de-la-Mer avant le départ, n'est pas encore éteinte ? et Marie intéressée par les prières des amis au pays, jointes à celles dos pauvres orphelines de Nazareth, veille sur nous, et va écarter tout danger ! Aussi la mer se trouble à peine, èt après quelques grains de pluie, les nuages se dissipent et le calme se rétablit.

Mercredi 11 mai.—Temps magnifique, mer assez calme, bien que quelques uns se sentent cependant incommodé:;quant à moi,

je n’en éprouve aucun effet ; je me porte à merveille ; ai bon ap-

pétit, et sens tous les jours revenir ma vigueur d'autrefois, que la maladie et les fatigues avaient en partie fait disparaître Les gens de bon appétit ônt toutes les facilités de le satisfaire à bord des vaisseaux français, Car on n’y mange pas moïns de cinq fois par jour, savoir: à 6h. c'est Le café; à 9 h. le dé-

580 DE QUÉBEO A JÉRUSALUM

jeûner; à 12h. la collation ; à 5h. le diner, et à 8h. le thé, Je profite de ma bonne disposition du moment, surtout pour manger des fruits que je m'’interdis presque totalement en tout autre temps. Tours les jours on nous donne des oranges, des abricots, des nèfles que je ne connaissais pas auparavant et que je trouve excellentes. C'est un fruit se rapprochant un peu de nos senelles, mais beaucoup plus gros, d'un pouce à un pouce et demi de diamètre, à chair très juteuse, et avec deux gros noyaux pierreux. Leur digestion est des plus faciles. On ne regrette qu’une chose en mangeant des nèfles, c’est que les noyaux soient si volumineux pour laisser trop peu d'espace à la chair.

On nous sert aussi, tous les midis, une excellente petite huître, que j'avais rencontrée pour la première fois à Cette, mais dont je n’avais pas alors voulu goûter. (C’est la clovisse du midi de la France, Venus verrucosa,

Jeudi, 12 mai.—La journée se passe sans incidents remarquables. Nous voyons dans la mâture de notre vaisseau un petit passereau qui s’est laissé prendre à notre départ d'Egypte; il lui faut maintenant faire la traversée pour prendre terre en Italie, car il n’est pas à vol assez soutenu pour faire une centaine de lieues sans se reposer. Pressé sans doute par la faim, il est venu plusieurs fois sur le pont y dérober quelques graines, et a failli tomber sous la griffe d’une petite chatte qui a été assez prompte à l’observer. Plusieurs fois Minette a faii des excursions dans les cordages à sa poursuite, mais le léger volatil, toujours sur ses gardes, savait d’un coup d’aile se sous: traire à ses poursuites.

Vers le soir, nous avons encore un orage avec éclairs et tonnerre, cependant la mer demeure encore peu agitée.

Vendredi, 13 mai—Gros vent ce matin; mer passablement houleuse ; le mal de mer fait de nouvelles victimes, cependant je tiens toujours bon. Vers 9 h., beau soleil et le vent tombe.

A 10h. nous commençons à voir l’Etna, ainsi que les montagnes de la Calabre.

A 3 h., nous avons une vue distincte des montagnes de la Calabre ; nous voyons les habitations et les masses basaltiques de ses montagnes exhibant les échelons qui les distinguent. de pense qu’on ne pourrait trouver nulle part de montagnes plus pittoresques. Leur forme carrée, simulant souvent des tours;

t à 8h. le thé.

surtout pour lement en tout es oranges, des auparavant et rapprochant un , d'un pouce à nteuse, et avec des plus faciles.

des nèfles, c’est laisser trop peu

excellente petite re fois à Cette, C'est la clovisse

ncidents remarotre vaisseau un jépart d'Egypte; prendre terre en r faire une cenoute par la faim, érober quelques petite chatte qui ois Minette a fai te, mais le léger up d’aile se sous

re avec éclairs et peu agitée.

er passablement times, cependant et le vent tombe.

insi que les mon:

montagnes de la nasses basaltiques s distinguent. de b montagnes plus ouvent des tours;

les pointes anguleuses, la verdure de leurs plateaux tranchant sur le brun rougeâtre de leurs flancs escarpés, leur impriment un cachet tout particulier d'originale sauvagerie, pouvant.les faire prendre pour de gigantesques constructions titaniquies. Mais ce qui m'étonne surtout, c’est de voir par-ci, par-là, des édifices sur ces blocs à parois perpendiculaires paraissant inaccessibles. Je ne suis plus si surpris maintenant que les brigands des Calabres soient si redoutables et si difficiles à dé. nicher, Cachés dans leurs repaires, ils peuvent, avec la connaissance parfaite qu'ils ont des lieux, tenir tête à toute une armée de gendarmes. |

Nous approchons davantage de la côte, et nous voyons un train de chemin de ‘er dcssinant sa silhouette sur le flanc des montagnes, en serpentant à travers les habitations et certaines pointes de rochers qu'il coupe par des tunnels.

A 5h. nous passons devant Messine, sur la côte de Sicile. Presque en face, de l’autre côte du détroit, nous voyons Reggio, qui présente aussi une jolie apparence.

La largeur du détroit varie entre 4 à 6 milles. Les steamers le traversent en tout temps, à toute vapeur, sans rien craindre ; mais il est lacile de comprendre, qu'avec les anciennes galères qui n'avaient que les rames et les voiles pour se mouvoir, ce passage pouvait être très dangereux par certains temps. Deux pointes se projetant assez loin au large, l’une de chaque côté, et à peu de distance l’une de l’autre, rendaient le passage presque impossible avec certains vents, car en évitant l’une on se jtait sur l’autre. C’étaient là Charhybde et Scylla, dont la mythologie avait su s'emparer pour faire des remous qu'elles produisent, des monstres dévorant les vaisseaux s'aventurant dans leur voisinage.

Vers les 8h., nous voyons poindre à notre gauche, au dessus des collines de la côte Sicilienne, le grand fanal de la Méditerrannée, comme l’appellent les marins, le Stromboli. Le Stromboli est un volcan des îles Lipari, situées au N. des côtes de Sicile. Il est continuellement en éruptions, qui se répèteni deux fois par quart d'heure. Comme nous passons assez près, nous pouvons l’examiner tout à notre aise. La montagne qui est très élevée, a la forme la plus gracieuse ; on dirait un immense cône émergeant de la mer. Le volcan semble occuper toute l’île à lui seul. cependant, en l’abordan de plus près, on voit un village reposant à ses pieds. Nous

ze EF RS) so es ae omenie rd

592 DE QUÉBFO A JÉRUSALEM

persévérons jusqu'à 10 h. sur le pont, dans l’espoir de voir le grand-fanal briller dans l'obscurité, mais il fait un clair de lune décourageant, c’est à peine si le jet de fumée s’'échappant du sommet du cône se colore en roussâtre.

Naples, samedi 14 mai. — Peu après 7h. ce matin, nous voyons lé Vésuve dominant de sa pointe fumante, les cimes élevées qui bordent la côte occidentale de cette partie de la presqu'île [talique. Nous passons devant le golfe de Salerne, laissons à notre gauche l’île de Capri, célèbre par la retraite du fameux brigand moderne, Garibaldi, etentronsdans le golfe de Naples. Laissant à notre droite la baie de Castellamare, et à notre gauche l’île d’Ischia, qui cette année encore a été si épouvantablement ravagée par un tremblementde terre, nous saluons en passant le Vésuve, et allons jeter l'ancre vers 11 h. à quelques arp'nts des quais de la ville.

Comme lors de nôtre dévart, à peine sommes-nous monil. lés, que les chaloupés viennent de tous côtés s'accrocher aux flancs de notr: vaisseau, dans l'espoir d’avoir quelques passa. gers à transporter. Je n’en ai pas compté moins de 64 qui sont venues ainsi faire le guet, lorsque nous n'étions que 8 à 10 passagers devant prendre terre'ÿci. Mais personne ne peut descendre et nul étranger ne peut monter à bord, tant que le médecin du port n'est pas venu faire sa visite. Et ce médecin se fait longtemps attendre. Nous avons pour nous amuser en l'attendant nos chanteurs et chanteuses ordinaires, avec leurs guitares et tambourines, et nos plongeurs à la chasse des sous qu'on leur otte, Nous pouvons aussi tout à notre aise jouir du coup d'œil sans pareil que nous offre ce port de Na. pies, l’un des plus beaux du moude. La ville s'élève en face de nous en amphithéâtre sur le flanc de la montagne qui l'abrite au N. Ses constructions ainsi étagées les unes sur les autres, toutes aux toits en terrasses, sont doininées ça et là par les clochers des églises aux tuiles fayencées, dont le poli ajoute encore au brillant des couleurs qu'elles portent. Quelques pointes, comme San-Martino, plus saillantes sur le reste, nous

pin!

moutrént des constructions isolées et des escarpements que un voilent des arbres fruitiers ou d'ornement, Au bas, sur la Donc rive, cerrière les quais que des grillages richement ornementés D a d séparent de la rue, on voit s'étaler le palais royal, avec ses DE bour vastes galeries et ses allées d'arbres. A notre droite, c’est À conti

Portici qui se continue jusqu'au Vésuve simulautun pilier épun

spoir de voir le fait un clair de née s’échappant

ce malin, nous ante, les cimes te partie de la olfe de Salerne, par la retraite nsdans le golfe Dastellamare, et encore a été si tde terre, nous l'ancre vers 1l

mes-nous mouil.

s'accrocher aux quelques passa.

noins de 54 qui étions que 8 à ersonne ne peut ord, tant que le Et ce médecin nous amuser el aires, avec leurs la chasse des ut à notre aise e ce port de Na e s'élève en face moiitagne qui les unes sur les 1ées ça et là par nt le poli ajoute tent: Quelques ir le reste, nous carpemerts que Au bas, sur la ent ornementés oyal, avec ses re droite, c’est ulautun pilier

auquel serait attachée la portion de cercle que forme .cette bauliene.

Naples nous offre tout à la fois l’aspect d’une ville occidentale et d’une ville orientale. La couleur nette de la pierre taillée de ses constructions, s4s rues larges at macadémisées, en certains quartiers, ses clochers coniques et non en flutes comme les minarets musulmans, ia verdure des nombreux arbres d'orrement qu'on voit presque partout, nous montrent uue véritable ville Européenne. Et d'un autre côté, sa basseville où les constructions laissent à prine entrevoir les couloirs servant de rues, ces toits en terrasses donnant une forme cubique à tous les bâtiments, cette armée de faquins déguenillés encombrant les rues du port, et obsédant les voyageurs de leurs importunités, ce spectacle de fainéants affamés, couverts des haillons de la misère, qui dorment sur les trottoirs ou le long des palissades, nous reportent en plein Orient,

Tous les voyageurs se sont plus à vanter Naples, comme sans pareille au monde pour la beauté de son port : ‘ voir Naples et mourir”, ai-on dit. Mais ce port l’emporte-t il réellement sur Québec en beauté ?

Pour le port, je le concède. L’'étendue est plus en:sidérable à Naples, la vue plus grandiose, l'aspect plus gracieux. Mais pour le panorama des environs, je n’hésiterais pas à donner là préférence à Québec. Transportez-vous donc sur la terrasse Froutenac, par exemple, et voyez s’il peut être panorama plus étendu et plus varié. A vos pieds, c’est la basse-ville qui semble être resserrée entre !a cap et cette forêt de mats couvrant notre fleuve dans la belle saison. De l’autre côté, sur la rive, ce sont ls voies ferrées avec leurs gares, et, couronnant les collines, ks riches et coquettes constructions de Lévis. En amont, c'est $ Romuald avec les hautes cheminées de ses usines et ses riches dépots de bois d'exportation. En aval, c'est St-Jéseph, favançant sur le courant comme menaçant de l’intercepter, et lerefonulant au N. pour le forcer à aller se fendre en deux sur la pointe de l’Ile.d'Orléans,qui nous étale ses coquets villages et ses champs fertiles, A gruche c'est la rivière St-Charles, offrant son contingent pour baigner le promontoire de trois côtés ; et au delà, c'est la Zanardière avec ses riches cultures, Charles. bourg, Beauport avec sa longue file de constructions qui se tontinue jusqu'à Montmorency, dont on voit bondir les eaux ftumantes, etc, Et tout ce paysage se dessine sur une zône de

verdure que n’interrompt nulle part des cimes dénndées que nous en voyons tout autour de Naples, et que couronne encore, du côté du Nord, la chaîne des Laurentides, dont les découpures aux teintes bleuâtres se confondent à l'horizon avec les nuages, Sans contredit l'immense cône du Vésuve est d’un majestueux sans pareil; mais notre Montmorency, précipitant une masse masse d’eau considérable d’une hauteur de 160 pieds, n’est pas non plus un phénomène ordinaire. Je dirais donc que Naples l’importe pour la beauté du port, mais que Québec lui est supérieure pour le panorama général.

11 est midi, les officiers ont fait leur visite, et nous des cendons dans les chalonpes. On nous dépose sur le quai de la douane, par l’intérieur de laquelle il nous faut passer et sou mettre nos mailes à l'inspection. Je dépose mes deux malles sur le comptoir sans les ouvrir, à côté des deux Frères francis. cains qui n'avaient qu'un petit sac de coton pour tout bagage. La question habituelle est posée : avez-vous de l’eau-de-vie ? du tabac ?—J’at du tabac dit l’un des frères. — Montrez.

Et le £'rère délie son sc assez lentement, en tire ne petite boîte de fer blanc enveloppée dans une gazette, pouvant contenir environ uue livre de tabac en poudre. Bon, me dis-je à moi-mêine, c’est du tabac du mont Thabor, si l'officier peut s’aviser d’y goûter, il va être bien puni de ses inutiles perqui. sitions.. Deux pauvres Frères dont tout le bagage est renfer. mé dans un sac de coton ne pesant pas dix livres, peuventils portier des effets de commerce intéressant le fisc ?--Ouvrez la boîte, fait l'officier. Le Frère l’ouvre avec difficulté ; l'odeur qui s’en échappe embaume l’appartement.—Oh! c’est du tabac en poudre, dit le douanier, il n’y a pas de conséquence; mais je vais toujours bien prendre une prise. Et plongeant le pouce et l'index dans la boîte, il se porte la poudre au nez, Mais aussitôt commence les éternuements, et c’est à n’en plus finir.— Je n'ai ni tabac, ni eau de-vie, dis-je à l'officier, pendant que les Frères refaisaient leur paquet, veuillez me laisser passer. Arrêtez ..pst...quelle diable...pst...de poudre ont ils là...pst, ce n’est pas fait.,..pst....pour être mis dans le nez!

Les yeux tout pleureurs, et voyant à peine clair, il fait la marque oflicielle sur mes malles et me laisse aller, Je suis bien sûr que s’il a trouvé du tabac eu poudre dans quelque autre malle, il ne s’est pas avisé d'en prendre une prise,

* À peine avais-je franchi la porte de la douane, que je suis

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s dénudées que ourotie encore, it les découpures avec les nuages, d'un majestueux itant une masse D pieds, n'est pas donc que Naples Juébec lui est su-

te, et nous des e sur le quai de 8 faut passer et mes deux malles

ix Frères francis.

pour tout bagage.

Le l’eau-de-vie ? du pntrez.

ent, en dire ‘ne gazette, pouvant e. Bon, me dis-je , si l'officier peut es inutiles perquibagage est renferlivres, peuvent ils fisc ?—Ouvrez la difficulté ; l'odeur Oh! c’est du tabac pnséquence ; mais plongeant le pouce re au nez, Mais à n’en plus finir.— er, pendant que les » laisser passer.— ont ils là...pst, Ce le nez!

ine clair, il fait la sse aller, Je suis dre dans quelque b une prise.

ouane, que je suis

assailli par une foule de voyous désœuvrés qui n'arrachent mes malles en se les disputant, pour avoir l’occasion de gagner quelques sous. Mais je voulais prendre une voiture, et mou homme voulait à tout prix aller à pied. C'est à peine si je puis le suivre dans la foule pour le ramener à la voiture que j'avais retenue. Cependant il s’obstine encore et vent porter ma malle quand même, la porter probrblement Ià où il lui plaira, c’est-à dire m'en débarrasser, Le cocher et lui en sont à se tirailler ma malle en se disant de gros mats, lorsque j'appelle un homme de police qui vient régler le différent,en s’emparant de ma malle et en la mettant lui-même dans la voiture. —Rien pour ce faquin, dit le policier.

—Donnez à ce malheureux, dis-je au cocher, en lui re. mettant une petite pièce de quatre sous.

—Au faquin ? mais vous ne lui devez rien.

—Dounez toujours.

Je fus un peu surpris de ce nom €e faquin qu’on donne ici aux porte-faix ; j'aurais cru leur faire injure en le leur appliquant, mais ils ne s’en offensent nullement et le reclament aux mêmes.

Je me rends à un hôtel de la via Santa-Lucia, dont un ami m'avait donné l'adresse, et aussitôt mon diner pris, je me mets à la visite de la ville.

Et tout d'abord, je prends une voiture pour me rendre à San-Martino, dout je n'avais pu faire la visite en allant, La montée est longue et raide, et les chevaux de Naples sont loin de valoir ceux de Québec.

San-Martino est un monastère de Bénédictins situé sur un plateau doininant toute la ville de Naples, ayant vue sur le port, le Vésuve et tous les environs. Mais ces vastes édifices, dont les murs ont retenti tant de fois des chants religieux des bons moines, dont les cellules ont été si souvent témoins des actes de mortification de saintes âmes que les dangers du monde avaient portées à venir chercher là la retraite et la paix du cœur, sont aujourd’hui déserts . C’est à peine si le costume de cinq à six frères qui en ont la garde peut nous donner une idée de ses anciens habitants,

On admire la richesse de décoration des sanctuaires, cor. ridors, sacristies, etc., les œuvres d'art, ouvrages des moines que recèlent ces murs solitaires ; mais ce ne sont plus que des reliques du passé: les cloitres sont silencieux, la poussière

aid cie rarectesisertsatl

586 DE QUÉBEO A JÉRUSALEM

siège en permanence sur les riches boiseries et les sculptures des stalles, les pupitres sont veufs de leurs in-folios, les autels sont sans lumières, et seuls les pas des visiteurs sur les dalles, avec les remarques que leur suggèrent les souvenirs attachés à ces lieux, viennent rompre de temps en temps le silence de ces retraites abandonnées. C'est que la révolution est venue ici faire son œuvre. Ceux qui font la guerre à Dieu, ont craint sans doute la puissance d'âmes séparées du monde et rapprochées en quelque sorte du Ciel, pour le suecès de leurs desseins pervers, et n’ont rien vu de mieux à faire que de les faire disparaitre.

On nous fait payer une entrée, et un des soldats qui tien. nent ici garnison, nous fait parcourir les différentes pièces du couvent. Nous admirons dans le cloître, en arrière de l’autel principal, des sculptures que seuls des moines pouvaient exécuter, tant elles ont nécessité de temps, de patience et d’habi. leté. C'est une richesse de détails et de bon goût à défier toute imagination. La balustrade devant le maître-autel, est peut. être la pièce la plus riche de toute cette église. Les marbres les plus rares, d'un travail exquis, découpés en coquilles, cornes d’abondance, arabesques, fruits, etc., présentent le plus agréable coup d'œil qu’on puisse imaginer. Les fresques des murs et de la voute ont des pièces que les artistes les plus habiles viennent étudier et admirer. Oh! qu'ils devaient vivre heureux ces moines qui, débarrassés de tous les soucis de la vie, s'en venaient ici, couler dans la paix, au milieu de ces mer veilles du génie de l’homme, des jours que le monde peut: être avait déjà semés d’amertume, et prendre au milieu de ces richesses et de ces beautés de l’art, un avant-goût des félicités de l’autre vie. Etil a suffi du soufie d’un impie pour faire disparaître tout cela! Mais attendons; on ne se moque pas impunément de Dieu, et tôt ou tard sa vengeance aura son tour!

Je redescends dans la ville et congédie mon cocher pour avoir le temps de parcourir les rues nlus à mon aise. Je suis tout étonné de voir comme partout, dans les magazins, on me répond en français, lorsque je leur adresse la parole.

En passant près du port, en revenant à mon hôtel, je remarque sur le quai un étalage de coquilles. Je les examine; il y avait plusieurs belles pièces, des Toupies, des Fuseaux, des Buccins, des Porcelaines etc. mais malheureusement toutes d'espèces que je possédais déjà, J'en choisis cependant un

dé

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cocher pour aise. Je suis gazins, on me role,

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certain lot, des Rostellaires, des Cônes, des Olives etc. que je

me fais céder pour cinq francs, lorsqu'on m'en demandait dixhuit,

Comme je voulais visiter le Vésuve le lendemain, je prends mes mesures avec un conducteur de voiture pour tout le trajet, Il s'offre de me faire visiter Herculanum, Pompéi et le Vésuve pour 15 francs. Je lui dis que je ne pourrais donner de réponse définitive que le lendemain, vers les sept heures, sil venait à mon hôtel.

Les gens de mon hôtel, dont le propriétaire était allemand, s'étaient montrés affables et complaisants. Je dis à l’un des employés qu’on m'avait offert de me conduire au Vésuve el de m'y servir de cicerone pour 15 francs.—Et moi je vous y conduirai pour 10, et vous servirai tout de même de cicerone.— Très bien ; nous partirons à 7 h., et vous direz au cocher qui viendra me demander que je n’ai pas besoin de ses services.

Je demeure tranquille en m’applaudissant de mon marché. L’ascension seule du Vésuve, en chemin de fer, coûte 25 francs, et je vais tout voir pour 10. J'aurais dû cependant ne pas oublier que l’Italie n’est pas fort éloignée de la Grèce, et que les Italiens se montrent Grecs assez souvent, surtout auprès des étrangers.

Naples, dimanche 25 mai.—dJe fus tristement affecté, en sortant ce matin pour aller dire la messe, de voir des ouvriers déjà à l’œuvre, sur une maison eu construction de l’autre côté de la rue. Qu'un malheureux s’oublie et reste en arrière, tonten en rougissant, dans l’accomplissement de ses devoirs religieux, la chose se comprend assez, si l’on tient compte de notre nature viciée et de notre faiblesse; mais qu'on affiche publiquement sa violation des lois divines, que l'on fasse ainsi abstraction de la Providence dans le gouvernement des choses de ce monde, voila ce qui révolte tout sentiment chrétien et ce que Dieu ne peut laisser impuni. ‘Tôt au tard il aura son tour.

Je vais dire la messe à l’église Ste Lucie, sur le port même. Je suis très courtoisement accueilli par les prêtres de cette église, qui sans être considérable, est cependant propre et bien ornée.

Peu après 7h. je pars en compagnie de man employé de l'autel, dans une bonne voiture, pour Pompéi. Le temps est serein, la fraîchenr du matin des plus agréables, et la promenade des plus attrayantes.

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Nous longeons toujours le port, en suivant la courbe qui le termine au N. Sr la ligne qui divise la ville de Portici, nous voyons une magnifique statue colossale de S. Janvier, en marbre blanc, levant un bras menaçant vers le Vésuve, et semblant lui dire: “tu n'iras pus plus loin.” (C'est un ex. voto commémoratif du saint protecteur de la ville lors d’une éruption extraordinaire du volcan.

Portici n’est pour ainsi dire que la continuation de la rue de Naples la plus rapprochée du bord de l’eau, qui 5e prolonge jusqu’au pied du Vésuve, et même jusqu'à Pompéi. L'indus: trie de la pâte, macaroni, vermicelle, etc., parait être l’occupation principale des habitants de Portici. A toutes les poriss ou voit des élalages de pâte séchant au soleil. Ds:s espèces de cadres portant des baguettes sur lesquelles des lanières de pâte sont suspendues, se voient partout. Il va sans dire que les mouches trouvent là une table toute dressée pour elles. Aussi y abondentelles par milliers ; ajoutez à cela les nuages de poussière que soulèvent les voitures en passant dans le chemin, et les chiens qui de temps à autres viennent y lever la patte, et vous aurez là une idée de la propreté qu'on apporte à la préparation de ces pâtes.

Nous passons devant une église dont on devait le lende. main célébrer la fête patronale. Tout était disposé pour uvre illumination qu’on devait donner le soir même. Lesppréparatifs que l’on faisait, non seulement l’église, mais encore dans toute la paroisse, étaient vraiment extraordinaires. La façade de l’église ne portait moins de 500 lumières, et pärtout la rue était traversée de cordons supportant des lampes, des lanternes chinoises et des inscriptions.

Mais nous voici au pied du Vésuve même, qui de ce côté est tout rapproché de la mer. Notre cocher nous arrète à une certaine maison faisant suite à la file de la rue, et n'ayant rien de bien reu.arquable, C'est l'entrée d'Herculanum. Nous payons un franc d'entrée, et nous pénétrons à l’intérieur. Ou nous muuit de bougies, et nous descendons dans les profondeurs par un très long escalier, Nous suivons certains corridors et arrivous à une grande place, ou plutôt à une grande construction, qui était le théatre même qui a été englouti sous la lave du volcan. Le parterre, l'orchestre les salles des acteurs, les cor loirsetc., tout est dans une conservation parfaite. Herculanum, aujourd'hui Résina, fut d’abord détruite l'in 63 de J.C. par

courbe qui le Portici, nous Janvier, en le Vésuve, et C'est un exlle lors d’une

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un tremhlement de terre, puis en 79 couverte par la lave de la fameuse éruption du volcan.

La Résina d'aujourd'hui, bâtie sur l'Herculanum d'autrefois, est encore un joli village, aux maisons proprettes et bien entretenues.

Nous tombons à sa suite dans une campagne des mieux cultivées, se prolongeant jusqu'au bord dé la mer. On aurait peine à croire qu’on marche là sur une immense couche de lave et sur des constructions, si les fouilles avoisinantes ne venaient nous en démontrer l'évidence.

Vers les 10 h., nous sommes à Pomp’i. Nous laissons notre cocher avec sa voiture à l'hôtel, et pénétrons de suite dans la ville d'autrefois. L'endroit où est construit l'hôtel, semble se trouver en dehors du champ qu'a recouvert la lave, car pour parvenir à la ville déblayée, il faut mouter une colline assez élevée, Il est probable que ia ville était bâtie sur ce plateau, et qu’en cet end oit la lave s+ serait arrêtée au bord, car ailleurs ce n’est que l’eau mème de la mer qui a arrèié le courant.

Nous franc'iissans une lourde porte en maçonnerie, montons ja colline, et nous trouvons de suite dans ta ville fossile. Toutes les constructions sont allignées le long de: rues et semblent ne manquer que de leurs toits. Les rues numérotées, soui pourvues de trottoirs en pierre de même que leur pavé. Ces trot. toirs sont élevés d’au moins 12 pouces, et à l'intersection des rues, nous voyons de gros blocs de pierre, sur iesquels les piétons mettaient les pieds pour les traverser, sans être torcés de descendre sur le pavé même. Nous voyons la pierre du pavé usée à ces endroits par le sillage des roues des voitures, que les blocs soulevés forçaient à passer toutes au mûme endroit,

Nous trouvons des places publiques, des temples, des théatres etc. avec colonnes, statnes ete, des fontaines plus on moins ornées etc., etc. Nous pénétrons dins un grand nombre de maisons, dont plusieurs portemt gneore le nom de leur pros priétaire. Nous admirons la parfaite conservation des mo. siiques de l’atrium en marbres plus où moins riches, et ce qui est encore plus étonnant, les fresques des appartements encore si fraîches, si distinctes qu'on à peine à croire qu'elles datent de plus de dix-huit cents ans,

En effet, c’est en l’année 79 de notre ère qu'eut lien cette fimeuse éruption du Visuve, qui ensevelit sous les lives el les

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cendres Pompéi, Herculanum et Stabbies, et dans laquelle périt Pline l’ancien. L’éruption dura trois jours, et répandit dans l'air une si grande abondance de cendres, que la lumière du soleil en fut obscurcie, et que les habitants, pour fuir plus aisément devant la lave qui s’avançait sur leur ville, étaient obligés de se servir de fanaux. Nul doute que cette épaisse couche de cendre n’a pas peu contribué à la conservation de tont ce qu'on retrouve aujourd’hui dans les fouilles, en s’interposant entre les objets et le flot de lave qui vint les recou. vrir. Cette durée de trois jours avant l'écoulement de la lave expiique aussi comment il se fait qu’on a trouvé «si peu de cadavres (7 à 8) dans les décombres ; les habitants ayant eu le temps de passer de l'autre côté de la baie de Castellamare avant la destruction de leurs demeures.

Les résidences d’alors étaient comme celles d'aujourd'hui, toutes à toits en terrasses. Ces terrasses se sont effondrées sans doute à l’intérieur, mais en déblayant les démeures avec pré: caution, on retrouve toute leur distribution parfaite, avec en outre l’ameublement que chaque pièce portait alors : peintures sur les murs, tables, baucs, lampes, ustensiles de cuisine etc.

La partie déblayée forme déjà une ville assez considérable, et les fouilles se poursuivent toujours.

On voit un bon nombre de maisons dans la partie déblayée, dont l'intérieur est encore rempli de décombres, lorsque les voisines sont découvertes jusqu’au pavé. On en agit ainsi pour offrir aux riches visiteurs, et surtout aux têtes couronnées, l’occasion d'acquérir des reliques de ces temps reculés, en fai. sant déblayer ces demeures à leurs frais. Plusieurs princes se sont déjà rendus acquéreurs de telles propriétés.

Avant de nous retirer, nous visitons aussi le musée où les objets retirés des fouilles sont étalés et gardés. Nous y voyons des cadavres, des meubles, des lampes, des ustensiles de diffé. rents genres etc.

Revenus à l'hôtel, il est près de midi, c’est le temps de prendie notre repas avant de revenir sur nos pas pour faire l'ascension du volcan, Je paye la note, non seulement pour moi, mais encore pour mou conducteur et pour le cocher qui réclame quelque chose pour son cheval, en tout 7 francs. Sans doute, me dis-je eu noi tuème, qu'on me tiendra compte de ces depenses.

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tevenus près de la montagne, nous laissons la route principale pour suivre une rue à droite nous conduisant au village de Torre del-Annunziata, situé à l'endroit même où commence l'ascension, C’est de ce village que sort ce fameux vin connu sous le nom de lacryma-Christi.

Ici, il faut laisser la voiture pour prendre la selle, car la route n'est plus carossable au delà. On nous amène donc deux chevaux conduits chacun par un homme, l’un de ces chevaux pour moi et l’autre pour mon conducteur, Puisque je prenais ici un guide spécial, je n'avais plus besoin de mon cicerone de la ville, Cependant, pensais-je, s’il veut venir, c’est son affaire. Mais avant de partir, voici qu’on réclame des arrhes pour la voyage qu’ou va entreprendre. Tenez, dis je à mon conducteur, voici les dix francs convenus, et laissez moi tranquille pour tout le reste. Nous voici partis.

Nous passons dans des petites rues sales, mal entretenues, étroites, à travers des maisons et des vergers, et commençons à monter. Bientôt nous sommes au delà des maisons et poursuivons la route à travers des champs cultivés, pour ne trouver plus loin que la terre nue ou couverte de broussailles. Nos deux conducteurs, le père et le fils, suivaient à pied, à côté de chacun de nous, excitant nos bêtes de temps en temps. Après bien des montées plus où moins raides et plus on moins pénibles pour nos bêtes, entremêlées de quelques petites descentes, nous atteignons un plateau où nous trouvons une petite caane avec quatre hommes là qui attendent les voyageurs, pour les conduire à pied jusqu’au sommet même, car au delà, les chevaux ne peuvent plus servir pour l'ascension.

Nous mettons pied à-terre, pour nous reposer un peu el admirer la beauté du coup d'œil que nous avons de ce point, V’Annunziata, Résina, Ponpeï, plusieurs villages au delà de ia baie de Castellamare, le beau golfe de Naples avec ses îles, etc., lecoup d'œil est vraiment enchanteur !

On m'offre de me passer une corde sous les bras, dont deux hommes tiendraient chacun une extrémité, pour m'aider à gravir la rampe ; mais ce mode ne me convient pas. Je préfère marcher à la suite d’un homme qui me donnera simplement la main, Nous avons bien encore 400 à 500 pieds à gravir, et lh pente est des plus raides. Ajoutez que nous enfonçons à chaque pas dans la cendre, à tel point que le sentier de la route est à peine visible, Mon conducteur ôte son habit, se le

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met sur l'épaule, et j'en saisis l'extrémité. J'ai soin de mettre mes pivds dans ses pistes, afin de moins enfoncer dans la cendre, Quelquefois un caillou ou des blocs de lave nous servent comme de marches, mais il arrive souvent que ces échelons, pour être trop élevés, nous sont plus nuisibles qu'avantageux. Mon compagnon de l'hôtel, avec l’autre con: ducteur, marchent séparément à notre suite ; nos deux homme aux chevaux sont restés à la cabane du plateau.

Je ne fus pas longtemps sans reconnaitre que mon guide avait des poumons plus jeunes et plus vigoureux que les miens, aussi à toutes les huit ou dix minutes, je l’arrêtais pour m’essoufller un peu,

Le sentier, qui n’a d'autre avantage que d'avoir la cendre un peu plus foniée et moins mobile, se dirigeait à LE, pour faire une espèce de zigzag atin d’adoucir la rampe; il nous amène droit en face de la déchirure de la lèvre du cratère, par où s’«chappe la lave, C'est que dans le cratère mème, qui offre un circuit de plus d’un mille de parcours, s'élève un cône, d’une soixantaine de pieds, au dessus mème de la matière en ébullition. Ce cône est beaucoup plus rapproché du bord du cratère du côté de l’Est que partout ailleurs, et laisse échapper la fumée et la lave, non par son sommet, mais par une fissure de sou flanc. Nous voyons la lave, semblable à un métal en fusion, s'échapper de cette ouverture et couler sur la pente de la montagne. De temps en temps nous entendons des détonations à l’intérieur et nous sentons le sol vibrer sous nos pieds. La lave, plus ou moins refroidie au dessus de l'ouverture, se dégige parfois en masses semi-liquides qui roulent souvent à une grande distance sur les cendres de la montagne,

Mais voici que le sentier que nous suivons se trouve intercepté par le courant de lave qui s’est échappé du cratère pendant la nuit. La couch: de nouvelle lave peut avoir une couple de cents pieds de long sur une cinquantaine de large, Brillante comme la flumme près de l’orifice, elle passe au violet, au bleuâtre, et au noir suivant qu'elle est plus où moius re: froidie. Notre guide n'ayant pas prèté assez d'attention, nous nous trouvons obiigés de descendre pour contourner une pointe de la nouvelle couverture qu'a reçue la cendre, ou de travers r cette pointe en marchant dessus. ‘Elle est assez dure pour nous porter dit le guide, avançons.” Nous nous a*enturons sur cette surface, Mais quelle chaleur assitôt nous monte à la figure ! Je la touche de La nain, et c’est à peine si je puis eu-

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durer son contact: Nous avons une trentaine de pieds à traverser ainsi, et a chaque instant je crains toujours d’enfoncer dans la matière en fusion ;je crains d'autant plus que nous avons souvent à écraser sous nos pieds des portions de lave qui se sont soulevées en se refroidissant, Nous reprenons à la fin notre sentier et parvenons en peu de temps sur le bord mème du cratère, L'ascension depuis l'endroit où nous avions laissé nos chevaux avait duré 40 minutes.

Lorsqu'on voit la montagne du bas, on ne s'imaginerait guères que son sommet puisse présenter une telle dépression, C'est que les lèvres du cratère se confondent alors avec le cône mème qui s'élève au sein de celui ci.

Le cratère forme une immense chaudière, d'environ un mille de tour, portant, à une profondeur de 10 à 20 pieds du bord, une croute solide sur laquelle nous marchons sans aucune craiute, bien qu’elle soit fendillée en plusieurs endroits, et qu'on voie des vapeurs s'échapper de ces fissures. La descente sur cette croute est plus au moins facile, suivant les escarpements et la hauteur des lèvres qui sont très in‘gales dans tout le pourtour; en certains endroits elle est des plus faciles, et en d'autres tout-à-fait impossible. Toute la surface de cette croute, qui présente des inégalités plus où moins considérables, bien que son aspect dénote au premier coup d'œil, qu’elle n’est que la solidification d’une matière liquide, est couverte d’une couche de soufre du plus beau jaune, faisant un contraste frappant avec le brun foncé du cône qui s'éléve au milieu.

Cette croute, dont on ne peut juger de la solidité au simple coup d'œil, ces fissures émettant des jets de vapeur, la lave que nous voyous sortir liquide et enflammée du réservoir à quelques pas plus loin, la haute température du sol que nous foulons à nos pieds, tout nous détournerait de nous aventurer à l'intérieur sur cette surface solidifiée du liquide en ébul. lition ; inais nous apercevons, en arrivant sur les bords, des groupes de messieurs et de dames par-ci par-là, qui ne pa- 'aissent rien redouter ; aussi, à leur exemple, y descendons-nous sans aucune app éhension.

Les conducteurs m'offrent.de me faire faire l'ascension du cône même, qui s'élève d’une soixantaine de pieds et d'avantage au dessus de cette croute, un peu en dehors du centre, et qui lisse échapper la fumée et la lave par une fissure de son flanc du côté de l’E.; mais la rampe me parait très raide, et une station

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