‹ De Québec à Jérusalem [microforme]Chapitre 80 sur 94 · LO · texte numérisé non relu

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sur le sommet du cône mème, dont l’intérieurest plus on moins évidé, m'inspirait autant de crainte qu'elle me promettait de jouissance pour me déterminer à me soumettre à cette nou velle fatigue. Nous remontons par une autre issue sur le bord du cratère pour nous reposer un peu, y prendre un verre de vin avec un gâteau que nos conducteurs avaient apportés, et re. prendre ensuite la descente.

Nous voyons à quelques arpents au dessous de nous, du côté de l'O. la station du chemiu de fer à chaîne qui :rtà transporter là les voyageurs qui veulent prendre cette voie, Mais eu outre du tarif pour ce traiet (25 francs), on se trouve privé du plaisir de faire une connaissance plus intime avec la montagne en en gravissant le flanc, de pouvoir jouir du point de vue à divers degrés d’élévation, et on nous laisse encore à faire à pied 5 à 6 arpents de la rampe, là ou elle est le plus raide et le plus pénible.

Malheureusement des petits nuages interposés entre le sol et la hauteur où nous nous trouvons, 3600 pieds, nous privent du magnifique coup d'œil que nous offrirait le panorama des environs.

Sur la cendre où nous nous asseyons, se trouvent épars çà et là de nombreux fragments de roches, portant des traces de la chaleur plus on moins intense à laquelle ils ont été soumis, Autant que je pus en juger malgré leur altération, je crus re connaître des roches stratifiées, ce qui serait la preuve qu'elles auraient été violemment détachées des parois de l'ouverture du cratère sous la violence des éruptions. Quelques uns de ces fragments paraissent mème avoir peu souffert de la chaleur, et confirment la théorie que la formation de la montagne est due au redressement des couches par une force agissant de l’intérieur, et dont les lèvres plus ou moins déchirées luisseraient se détacher de leur masse ces fragments sous la violence des courants de lave,

Nous reprenons la descente sans tenir compte pour ainsi dire du sentier que nous avions suivi, faisant des pas de géant dan:la déchivité, mais toujours en enfonçant dans la cendre jusqu'à mi-jambe. “ Mattez Gonc la main dans les trous que forment vos pieds,” me dit le guide. Et je lu retirai aussitôt, craignant de me brûler, tant reitte cendre mouvante était échanffée. Aussi fallait.il voir ke cuir de nos bottes tout mousseux, ayaut toute l'apparence d'une fourrure à poil ras.

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Nous voyons des champs de lave qui s'étendent sur le flanc Sud de la montagne, couvrant des espaces immenses, et parvenant, à un certain endroit, jusqu'à des maisons de la plaine. La lave, non encore assez altérée par l’action de l’atmosphère, n’a pu permettre qu’en de rares endroits, à de misérables broussailles de prendre racine. Vers l'O. nous voyons cinq à six monticules, en forme de pains de sucre, qui ont surgi du sol lors d’une éruption toute récente.

En moins d’un quart d'heure, nous rejoignons la station où nous attendent nos chevaux, montons de suite en selle et opérons notre retraite sans tarder.

Je vois en plusieurs endroits des touffes de genets d'Espagne, aux branches effilées, aux feuilles rares et peu appa-

rentes, toutes couvertes de leurs belles fleurs jaunes du plus bel aspect.

Revenus à Résina, nous reprenons notre voiture, et nous nous dirigeons vers la ville,

Eu repassant à Portici, nous admirons encore les préparatifs de l’illumination qui doit avoir lieu le soir mème, ainsi que les pièces d'artifice, en grand nombre, qu’on y a déjà montées. Mon conducteur s'offre de m’y ramener le soir ; mais je trouve la place et la rue trop étroites pour m'aventurer seul, sans pou voir comprendre le langage du peuple, dans uue foule considérable en une telle circonstance. Le moindre accident pourrait avoir les conséquences les plus graves.

Je rentre à mon hôtel peu après cinq heures, enchanté de mon excursion, Muis j'oubliais que j'avais affaire à d'hounètes ilaliens qui se moutreraient en tout fort aimables.

Voici que le cocher commence le premier à réclamer son salaire, 10 francs.—Ce n’est pas mon affaire, lui répondis-je, j'ai payé au conduc'eur. Ne vous ai je pas donné 10 francs, demandai je à celui-ci ?— Oui, mais c'était pour payer les chevaux pour faire l’ascension.— Comment ? n'êtes vous pas convenu de me faire visiter Pompéi et le Vésuve pour 10 francs ? et je vous les ai donnés, que m'importe à moi ce que vous en avez fait ?— Vous avez donné les 10 francs po ir les deux chevaux de Résina, mais le cocher reste encore à payer, et c'est votre affaire.—Peut-on voir malñonnèteté plus révoltante | Vous êtes employé de la maison, vous m'offrez de me conduire à Pompéï et au Vésuve pour 10 francs. Ge n’est pas assez que, pendant que court ma pension ici, j'aie encore à payer mon

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diner ailleurs et deplus le vôtre, il faut encore que pour le plaisir de vos beaux yeux, je suppose, je vous paye un cheval pour vous faire faire l'ascension du Vésuve en bourgeois, lorsque vous vous étiez engagé à couvrir loutes ces dépenses ? Je n'en ferai rien.

Là dessus le maître de l'établissement intervient ; nous lui expliquons toute l'affaire. — Voyons donc, dit celui-ci fort gravement : comhien vous coûte l’excursion ? Vous avez payé pour le cocher ?......—Et que m'importent les détails ? nous sommes convenus de 10 francs pour toute l'ex: cursion.—Vous avez payé pour Herculanum | — Un franc.— C'est 2 francs ; pour Pompéi ?—Trois francs pour mon dîner et quatre pour celui de votre homme et le cocher.—Sept francs et 2 font 9; pour l'ascension ?—Cinq francs pour mon cheval et autant pour celui de votre homme.—Dix francs; 10 et9 donnent 19; maintenant le cocher 10 fräcs ; c'est 29; le con. ducteur aussi 10 francs ; c’est 39 francs en tout.—Trente-neuf francs, lorsqu'on est convenu de 10 ?—Mais, mon cher monsieur, vous avez fait là un excellent marché ; il n’est pas rare que des voyageurs payent jusqu'à 60 francs pour cette excursion !—De ce que des voyageurs se sont fait voler 60 francs, il ne faut conclure que je dois être content qu’on m'en extorque seulement 39. Vous m'apprenez à vous connaître! Tenez, pour couper court, voici la balance de trente francs, et si vous exigez davantage, nous irons demain nous expliquer devant le consul anglais, et vous apprendrez là à êtres honnêtes.

On empocha les douze francs d’un air fort satisfait et on ne reclama rien davantage,

Allons, me dis-je à moi même, voilà encore une déception dont il me faudra tenir compte.

Je ne manque pas, dans la soirée, de m’avancer de quel: ques pas seulement dans la rue du côté du port, pour jouir du spectacle qu'offrait alors le Vésuve dans son éruption partieile, Toute la coloune de fumée blanchâtre qu'on voyait dans le jour s'échapper du cône, paraissait alors lumineuse, suriout à sa base, bien que le courant d'air échauffé ne fût pas assez fort pour la faire résister aux ondulations des courants atmosphériques. Allons, me dis-je, le Stromboli a paru me bouder en me refusant son spectacle, et voici que le Vésuve semble dé. roger à ses habitudes uniquement pour m'offrir une compensauou, L'un vaut bien l’autre, je pense,

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Rome, lundi 16 mai.— Dès les 64 h. ce matin, j'étais à la gare de Naples me dirigeant sur Rome.

La journée est magnifique, et le trajet promet devoir être des plus agréables,

Nous traversons des campagnes très riches et des mieux cultivées. Nous sommes ici dans cette riche Terre-de-Labour si renommée pour sa fertilité. Nous voyons des champs entiers de céréales tout plantés d'arbres en lignes, portant des vignes pendant en festons entre chacun, et offrant le coup d'œil le plus gracieux.

Avant de franchir les limites de l’ancien royaume de Naples, nous passons au pied du Mont-Cassin, où S. Benoit, en 629, jeta les fondements de son ordre célèbre.

Puis nôus passons Frosinone, dans l’ancien pays des Volsques ; Velletri, patrie d’Auguste ; Albano où se trouve le tombeau des Horaces, etc.

Peu après 1 h., nous voyons se dessiner à notre gauche les édifices de Rome. Celui qui se présente avant tous les autres, est la basilique de StJean de Latran qui nous montre les statues qui la décorent.

Enfin à 13 nous entrons dans la gare de la Ville-Eternelle, à l'endroit même des Thermes de Dioclétien,

De la gare, je me rends au Séminaire français, pour savoir là où je pourrais retrouver M. Bolduc, mon compagnon de vôyage. C'est au No. 42, via Cestari, me dit-on, tout près d'ici, que vous le trouverez. Je m'y dirige aussitôt, et deux minutes après nous étions dans les bras l’un de l’autre. IL n'y avait que quinze jours que nous nous étions séparés, et il me semblait que des mois s’éta'ent écoulés depuis cette époque, tant il est vrai que notre affection se concentre d'autant plus sur ceux que l'on aime, que le nombre en est plus restreint, et les attachements qui pourraient diviser notre cœur moins nombreux !

Je ne tronuvai pas moins de huit lettres du Canada qui m'attendaient à Rome. J'oubliai un moment, à la lecture de ces lettres, que plus de quinze cents lieux me séparaient de ceux avec qui je m'entretenais ainsi, tant les nouvelles qu'on m'y donnait avaient d'intérêt pour moi et captivaient mon attention. Ma pensée était toute entière au Canada, c’est à peine si je pus aller faire une petite excursion dans les rues avec M. Bolduc, sur les cinq heures.

Rome et Jéruealem.— Eglise S. Marc: Nouvelles du pays.—Le Quirinal. — Basilique Eudoxienne.— Kglise du Gésu; reliques de S. Ignace. — Le Cardinal Hassouu.—Les Catacombes; Domine-quo-vadis ; la voie Appienne.— Demande d'audience. — Eglise S. Ignace; reliques de S. Louis de Gonzague; le collège Romain.—Le Panthéon.— Atdience du Saint-Pêre; Léon X111.—La Prison Mamertine, — Le OCurdinal Siméoni.—8t-Pierre ; la basilique, la Confession, la place.

Rome, mardi 17 avril. On va chercher en Orient de bien douces émotions dans la visite des Saints-Lienx; mais Rome a aussi une voix qui sait se faire entendre et qui ne manque pas d'émouvoir.

J'ai été à Jérusalem chercher le Christ dans la poussière du tornbeau; j+ viens le voir ici glorieux et régnant.

Mou éœtir s'est attendri en voyant des infidèles maîtres du Goigothas; mais les musulmans de l’impiété qui règnent ici sout euvore plus redoutables. Les francs-maçons et les libres. penseurs peuvent rendre des points au Sanhédrin d’Hérode et aux bourreaux de Pilate.

Du Cénacle au Calvaire, du Sion au Mont des Olives, j'ai cru voir toute l'atmosphère sillonnée de canaux multiples qui avaient servi aux communications du Ciel avec la terre; ces canaux ne sont pas en moindre nombre ici; du Latran au Vatican, du Quirinal à St Paul, un réseau de téléphones célestes a mis la terre en communications constantes avec le Ciel.

L'auteur de notre foi 4 succombé à Jérusalem sous la malice des Juifs; son représentant, son vicaire règne et com. mande ivi, |

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pays.—Le Quirinal.

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Roi sans couronne ! potentat san itoi i s territoire ! il règne ce- Le Il parle, et 200,000,000 d'hommes obéis rs à sa

En vain le vent de l'hérésie, les vagnes des mauvaises passions excitées par l'enfer, l’écume de l’impiété, les notes k de l'apostasie fondent à la fois sur la birque qui le porte ; ie tonier sans crainte, il demeure caime et plein de prend ren * eee ? Ke ce que celui qui lui a confié le it. Le ht arque, lui a dit : Et portæ inferi non prævalebunt ad-

Sous le coup du châtiment, dans l’expiation de son forfait dirusalom n’est plus que la ville des pleurs, de la tristes Fat de l'abandon ; pleine de confiance en la promesse d'én hu : rassurée par le calme de celui qui la commande, R gr avant tout la ville de l’espérance et de la consolation À PE

On va rer à Jé ; i pleurer à Jérusalem; on vient se consoler à Rome !

Que de contrastes ces deux villes ne peuvent-elles pas core présenter au cœur du chrétien qui sait sentir et réfléchir! Je me dirige ce matin, pour célébrer, à l’église du Gés

que j avais entrevue hier en passant. Je présente mou cel ñ & au sacrislain ; mais voila qu'on me répoud par de longu us plicatious en italien, dans lesquelles je comprends . pis que la permission m'est refusée. J'ullais me retirer. pig disant que je ne les comprenais pas, lorsqu'arrive un | ra parlant le français.— Votre celebret, me dit ce prêtre, n' dns visé par le Cardinal Vicaire ?— Non; par ce que je To. arrivé à Rome qu'hier l'après midi.-—Alors nous . re vs pas vous permettre de célébrer ici; veillez vous 2 leurs.—Muis pensez-vous que je vais parcourir les sacri ss pour tâcher d'en trouver qui seraient moins difficiles que Hh Si je ne suis pas dans l’ordre ici, est ce que je 42 À A ailleurs ?—Certainement; par ce que ce n'est pas une é ie paroissiale ici Nousne pouvons, nous, autoriser un ai leDrer une seule fois dans notre église, si ses H 4 mont êté visés par le Cardinal-Vicaire ; mais dans Mi Lotus daroissiale, on vous permettra de le faire pendant oi à as

avant cette formalité.—Je comprends maintenant, mais étrane

get comme je le suis, je ne sais où m'adre

edf 8 sser,—Alies à l'égli » Marc qui est tout près d'ici, Puis, me faisant passer à sur OU vent (Jésuites), il m'ouvrit uue porte et me m + l'église S. Mure à 20 pas de là. id

Je fus accueilli là fort courtoisement, par le vice-curé, qni parlait passablement le françois. L'église St Marc est une des plus anciennes de Rome, puisque sa fondation remonte en 836, sous le Pape St Marc qui la fit construire. On me permit de célébrer au principal autel qui renferme, dans un riche sarcophage eu marbre gris, couvert de bronzes du plus beau dessin, les restes de l’Evangiliste St Marc, auquel l’église est dédiée, de St Marc Pape, et des martyrs Persans Abdon et Sennen. Cette église appartenait autrefois à la république de Vénise, aussi y trouve ton les tombeaux de plusieurs nobles Véuitiens, entre autres celui du peintre Leonardo Pesaro, un des premiers ouvrages de Canova.

Ce récit de voyage ayant pour but principal de faire connaître plus particulièrement l'Orient aux lecteurs Cana. diens. je m'’abstiendrai de longues descriptions des villes et monuments qu’il m'a été donné de pouvoir visiter en Europe, les livres qui en traitent au long étant nombreux et à la portée de tout le monde. Je me contenterai, comme je l'ai fait d'ail. leurs pour tout le reste de mon voyage, de faire suivre au lecteur l'itinéraire que j'ai suivi moi-même, me bornant à uarrer les incidences qui m'ont été particulières et qui poure raient plus spécialement intéresser ou amuser.

Je fais la connaissance, après la messe, du secrétaire italien du Cardinal Hassoun,ci-devant Patriarche Arménien à Constantinople, dont l'abbé Asgian, que j'avais rencontré à Jérusalem, m'avait longuement entretenu, ayant été lui-même son secré. taire au patriarcat de Constantinople. Il me donne l'adresse du Cardinal et m'engage fortement à lui faire visite, m'assurant que Son Eminence sera fort aise de s’entretenir avec moi de l'Orient dont Elle s'occupe tout spécialement.

Je vais avec M. Bolduc dans l'avant midi faire quelques tours dans la ville, notamment dans le Corso, pour avoir une idée de sa physionomie générale. Mais passant trop rapide. ment, je me désoriente aussitôt et ne puis que très imparfaitement juger de l’ensemble. Je me convaincs une fois de plus que je ne serai satisfait que lorsque j'aurai assezétudié le plan, à tête reposée, pour pouvoir m'orienter moi-même dans le dédale des rues tortueuses, étroites, irrégulières, qui carac: térisent la Ville Eternelle.

La ville de Romulus, d’Auguste et des Papes, qui reporte dviugt-six siècles la date de sa fondation, prend son cachet de

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grandeur, sans doute, dans les fastes de son histoire, dans les grands hommes qu’elle a produits, dans les événements mémorables dont elle a été le théatre, dans les monuments qu’elle renferme, plus que dans son aspèct général extérieur, la régu

larité de ses rues et la richesse de ses demeures; cependant, j'en avais entendu parler souvent si désavantageusement, que je fus tout surpris de la trouver encore telle qu’elle est. Quaud on a vu les rues de Jérusalem et de Bethléem, les bazars de Naplouse et de Nazareth, les rues de Rome n'ont rien qui doivent surprendre sous le rapport de la réguiarité et de la propreté. D'ailleurs, Rome, mème pour l'écolier encore tout neuf en histoire, c'est la ville des souvenirs, la ville des glorieuses réminiscences, la ville où les héros de tous les siècles ont tracé l'empreinte de leurs pas, doit-on s'attendre à ce qu'elle nous éblouisse par la somptuosité de ses décorations modernes ? Non ; les rides que la durée des siècles ont creusées sur son frout ne lui permettent pas cet anachronisme, qui blesserait nos sentiments des couvenances. Ce serait la sexagéaire aux cheveux de neige s’afublant des colifichets de la

fillette, pour se rendre ridicule lorsqu'elle croirait plaire. Non, c'est dans ses monuments qu'il faut étudier Rome. Ses ruines

anciennes nous diront sa gloire d'autrefois; ses arènes désertes,

tintes autrefois du sang des martyrs, nous rappellerout le

triomphe de la croix sur le paganisme; et ses temples nom-

breux, remplis des plus merveilleuses conceptions du génie

humain, et dont ja fondation dépasse même pour un grand

nombre l’époque de la renaissance, nous montreront l'esprit

chrétien de ses habitants, nous feront admirer le sublime de

l'art faisant ressortir les plus hautes expressions du sentiment

religieux.

Rome n’est rien autre chose qu'un immense musée chrétien. ‘Tout ce que le génie de l’homme à su inventer de grand et de sublime se trouve étalé là, pour exalter le sentiment. religieux. C'est sous le couvert de ses 360 églises qu'il faut aller étudier chaque pièce de ce musée immense, La perfectiou de chacune de ces pièces nous émerveille autant que leur multitude nous étoune. On sent qu'il est passé là, non pas un génie supérieur qui a fait sa marque parmi ceux de sa famille qui ont occupé le trône; mais une succession de rois qui tous, les uns plus que les autres, ont su multiplier les chefs. d'œuvres, en fournissant au talent l’appoint indispensable à la production du sublime, le sentiment religieux.

M'étant rendu, avec M. Bolduc, au bureau du Cardinal. Vicaire, nous visitons l’église St-Augustin, qui se trouve tout auprès, et qui est desservie par les moines du même nom.

La façade est construite de blocs de travertin qu'on a arrachés au Colisée. L'intérieur est à trois nefs, divisées par des piliers cantonnés de colonnes. Sa fondation remonte à la fin du XVe siècle.

En entrant par la porte de la nef latérale de droite, on rencontre immédiatement à sa gauche une statue de la Ste Vierge tenue en grande vénération ; à chaque visite que je lui ai faite, je l'ai toujours trouvée couverte de lumières et d’ex voto, avec un grand nombre de personnes priant à ses pieds. Le chapitre de St-Pierre a couronné cette statue en 1851; en action de grâces de la délivrance de Rome en 1849.

La 6e chapelle à droite contient un crucifix devant lequel S. Philippe de Néri se plaisait particulièrement à prier.

La chapelle qui termine la nef de gauche renferme le corps de Ste Monique, mère de S. Augustin ; et celle quilacommence, une toile de Michel-Ange, Notre-Dame de Lorette.

On voit sur le 3e pilier à gauche une fresque de Raphaël représentant Isaïe; cette fresque est malheureusement fort détériorée. On dit que le personnage qui l'avait commandée en trouvant le prix trop élevé, alla trouver Michel-Ange pour le consulter. Celui-ci, après avoir examiné l’œuvre, répondit: “le genou seul d’Isaïe vaut le prix demandé; c’est un chef d'œuvre ”.

C'est dans le couvent annexé à cette église que se trouve la bibliothèque Ange!ica, la 3e de Rome, qui renferme 90,000 volumes et 3,000 manuscrits. La fondation de cette bibliothèque est due au Cardinal Angelo Rocca, en 1605.

Continuant notre route de ce point, nous traversons le pont St-Ange et allons faire une première visite à St-Pierre.

Je vais, dans l'après-midi, faire visite au Séminaire français aux élèves Canadiens qui font là leur théologie. Ils sont actuellement au nombre de quatre, savoir : M. Laroque, du diocèse de St- Hyacinthe, ancien missionhaire de la Floride, et MM. Labrèque, Feuilteau et Dupuis, tous trois de l’archidiocèse de Québec.

Mais quelles nouvelles ne nous apprennent-ils pas du pays! Lorsque nous l'avons laissé en février dernier, nous étions loin de soupçouner que le calme qui y régnait alors n'était que le

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précurseur d’une tempête ; qu’il se couvait sous la cendre un feu qui dans quelques semaines, allait éclater et mettre en émoi la Province tout entière. C’est encore la question de l'Université Laval et de l'Ecole de Médecine de Montréal qui a excité les esprits, à tel point que les archevèques Taschereau et’'Bourget en sont à s’'échanger des lettres fort piquantes dans les journaux. On nous dit encore que la législature de Québec, actuellement en session, était saisie d’une demande de monopole pour l'éducation supérieure, par l'Université-Laval, pour toute la Province. On nous passe des jeurnaux du pays, dont aucun ne nous était parvenu depuis quatre mois, qui achèvent de nous édifier sur le tapage qui se faisait alors à Québec au sujet de l'Université. D'après la lecture de ces journaux, la question de sérieuse et grave qu'elle était, était dégénérée en véritable chicane où les mauvaises passions se donnaient libre cours. On s’acusait réciproquement en termes fort peu réservés, on criait à la mauvaise foi, au manque de franchise, à l'hypochrisie, à l'influence indue auprès de Rome, à un indigne tirage de ficelles etc. etc. ; et tout cela sous prétexte de zèle pour servir plus utilement la cause de la religion. Espérons, nous dimes nous, que Rome, suffisamment renseignée, parlera bientôt et mettra fin à toutes ces difficultés qui viennent faire ombre dans le tableau du bonheur dont nous pouvous jouir et que tant d’autres peuples pourraient nous envier.

Nous passons ensuite sur la place du Quirinal, où réside, comme le lecteur ne l’ignore pas, l’usurpateur Humbert. Les armes papales, en relief sur le marbre au dessus de l'entrée principale, sont encore là pour attester à tous les yeux l’usurpation sacrilège du roi impie, usurpation qui devrait lui faire craindre le châtiment que n’a pu éviter aucun de ceux qui ont porté la main sur les oints du Seigneur.

Le 6 juitlet 1809, par l’ordre de Napoléon I, le général Radet pénétrait dans le palais du Quirinal pour enlever le pape Pie VII. Six ans plus tard, le saint Pape rentrait triomhalement dans Rome, et Napoléon prenait le chemin de l'exil, pour aller expirer sur uu rocher au milieu de l'océan,

Le 24 novembre 1848, le duc d'Harcourt, ambassadeur de France, et le comte de Spaur, ambassadeur de Bavière, s’enwidaient ensemble pour soustraire la personne de Pie IX aux sbires révolutionnaires dominant dans Rome au nom de Victor Emmanuel ; le Saint-Père, après deux ans d'exil, revenait

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à Rome, mais l'usurpateur occupait son palais. Jeune en. core, il rentrait dans la tombe peu de temps après, pour faire place à son fils dans son occupation sacrilège ; attendons ; nous verrons encore une fois que la parole de Dieu ne faillit jamais à son accomplissement. “Qui vous touche, me touche à la prunelle de l'œil,” a dit le Seigneur!

La place Monte-Cavallo qui s'étend devant le Quirinal, porte au milieu un obélisque flanqué à la base des statues de Castor et de Pollux.

Nous admirons en passant les ruines gigantesques du Colisée, et entrons plus loin dans l’église de S. Pierre-aux-liens, ou basilique Eudoxienne, desservie par les chanoines réguliers de S. Jean de Latrau.

La fondation de cette hasilique remonte au Ve siècle; c'est le Pape S. Léon qui en jeta les fondements pour conserver les chaînes qui avaient ser vi à lier l’Apôtre 8. Pierre. Arrêté par Hérode à Jérusalem, le S. Apôtre fut délivré par un ange et laissa ses chaînes dans sa prison. Ces chaînes, rapportées plus tard à Rome par l’impératrice Eudoxie, et rapprochées de celles qui avaient servi au même apôtre sous Néron, se soudèrent

d’elles-mêimnes pour n’en former qu’une seule, et ce sont ces À

mêmes chaînes que nous vénérons encore là aujourd'hui.

La façade présente un portique à 5 arcades, et l’intérieur a trois nefs séparées par 22 colonnes antiques d'ordre dotique.

On voit dans la 7e chapelle à droite, immédiatement avant la porte de la sacristie, une statue en marbre de Moïse par Michel-Ange. Cette statue a été vertement critiquée ; la figure en effet est plutôt celle d’un brigand que celle d’un législateur inspiré du Ciel. Mais si la composition est défectueuse, l’exé. cution n’en dénote pas moins un maître du ciséau ; les bras et les mains sont irréprochables.

C'est dans la sacristie que sont conservées les chaines dans une chasse fermant à trois clefs, dont l’une est entre les mains du Suint-Père, l’autre chez le Cardinal protecteur de cette église, et la 8e appartient à l’abbé de Saint-Pierre in- Vincoli. Il faut avoir une permission, du Cardinal protecteur de cette basilique pour être admis à vénérer les chaînes.

On voit encore dans la même sacristie : ane Espérance de Guido Reni ; une Délivrance de S. Pierre, du Dominiquin; wue-effigie du Sauveur du Guerchin, etc.

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je ne vous prends pas pour un chien.

Dans la chapelle de S. Sébastien, la 8e à ganche, on voit une mosaïque datant du VIle siècle. Le saint est représenté debout ayant sur sa main gauche, recouverte de sa chlamyde, sa couronne de martyr qu'il soutient de la droite.

Comme il devait y avoir une audience papale le jeudi, et que M. Bolduc avait déjà son billet d'admission, je me rends le soir, vers les 7h., à la Propagande, pour présenter mes lettres de recommandation au Cardinal Préfet, dans le but d'obtenir par son entremise la même faveur. Je m'adresse à un jeune secrétaire dans l’antichambre, et lui demande si ie ne pourrais pas avoir une audience du Cardinal ?—Oh! pas pour ce soir; ily en a trop d’autres.—Demain, alors?—Oh! demain, il y aura encore bien du monde.—Mais que voulez vous donc dire ily a bien du monde? Faut-il que j'atten : que le made soit passé nour avoir mon tour ? Ne suis-je pas moi- :êne une unité du ronde ? .... Me prendriez-vous pour nn chien ?....

Là dessus mon jeune abbé s'éclate de rire ; oh! non, dit il Venez demain si vous voulez, il y aura beaucoup de monde, mais vous courrez votre chance.—Mais c'est ce que j'entends ; si j'arrive assez tôt. je passerai avant ceux qui viendront après moi.—Très bien. Mais si c'était une affaire par écrit que je pourrais faire moi-mêine ? —C'est dans le but d’avoir la recommandation du Cardinal pour l’audience du Saint-Père après demain.—Dans ce cas, donnez-moi votre lettre, et vous êtes sûr qu’en vous présentant demain au Vatican, la recommandation du Cardinal y sera déjà rendue.

Je lui laisse donc ma lettre, non très rassuré, car je doutais un peu de la sincérité de sa promesse, et je me retire.

Revenu à ma pension chez la Marguerita, j'y trouve M. l'abbé Huberdeau, du diocèse d’Albany, qui s’y entrenait avec M. Bolduc. M. Huberdeau appartenait autrefois au diocèse de Montréal, et j'ai été heureux de pouvoir renouveler une vielle connaissance remontant à plus de trente aus.

Rome, mercredi 18 avril.—Comme j'avais fait hier viser mon clebret au bureau du Cardinal-Vicaire, Monacco La Valetta, je me présente de nouveau, ce matin, à l'église du Gésu, où mon admission ne souffre aucune difficulté.

On me permet de célébrer sur le corps même de S. Ignace,

dont la chapelle se trouve à gauche du transept. On y voit Quatre grandes colonnes revêtues de lapis-lazuli " rayées de (]

bronze doré. Un groupe de marbre dans le fronton représente la Sainte-Trinité, Le globe que le: Père-Eternel tient dans sa main est Le, plus beau morceau de lapis-lazuli qu'on puisse voir, Le tombeau de l'autel, où repose le corps de S, Ignace, est de bronze doré orné de pierres précieuses et de bas reliefs représentant div:rs miracles obtenus par l'intercession du saint, Au dessus est un tableau du P, Pozzi, fermant complètement une niche. Dans.les grandes solennités, au moyen d’un mécanisme ingénieux, le tasleau disparait pour laisser voir l’admirable statue de S, Ignace, mesurant plus de huit pieds de hauteur. La tête et la chasuble sont en argent, le rest de bronze argenté,

Faisant face. à la chapelle S. Ignace, de l’autre: côté du transept, est: la chapelle S. François-Xavier. On voit sur l’au. tel.un médaillon de bronze doré orné d’un bus-relief. Ce médaillon renferme le bras droit:et la main de l'apôtre du Japon, Ce bras est desséché, mais encore intacte; les cinq doigts sont ornés de pierres prévieuses.

L'église du Gésu, dont la fondation remonte à 1575, est une des plus beiles et des plus riches de Rome. On sait que c'est adossée à cette église que se trouve la maison professe des Jésuites, là où réside le Général de la Compagnie. On nous fait voir là l'appartement qu'occupait le fondateur de la Com. paguie de Jésus, maintenant converti eu Chapelle, C'est là aussi qu'est mort S. François de Borgia. C'est sur cet autel que S, Charles Borromée a dit sa première messe et qu'a aussi plusieurs fois célebré S François de Sales. C'est encore dans le môme lieu que S.Philippe de Néri, l'apôtre de Rome,le fondateur

de l'Oratoire, a conversé tant de fois avec S. Ignace. On nous |

y moutre son portrait ainsi que celui de S: Ignace, et de S. Charies Borromée. On,y voit encore des autographes de tous ces saints, de mème que du Bienheureux Alphonse Rodriguez, de S. Erançois de Hiéronymo.ete, Une foule d'autres reliques, comme les habits sacerdotaux du Cardinal Bellarmin, le parasol porté par S. François Xavier lors de sou audience chez l’empereur, du Japon etc.

Comme son secrétaire nous y. avait invités, nousallons, dans l’av nt midi, solliciter ane audience du Cardinal Hassoun qui nvus accueille avec bieuveillauce et s'intéresse, à tout ce que nous peuvons lui rapporter de l'Orient. IL nous parut surtout garder un excellent souvenir de son ancien secrétaire

uton représente el tient dans sa li qu'on puisse ps de S, [gnace, et de bas reliefs intercession du ji, fermant coinunités, au moyen rait pour laisser nt plus de huit nt en argent, le

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S, Ignace, et de S.

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vités, nous allons, ardinal Hassoun, utéresse, à tout Ce it. IL nous parut ancien secrétaire

On nous |

l'abbé Aagian, dont nous avions fait la connaissance à Jérusalem, Le Cardinal Arménien est un vieillard à figure toute orientale, parle très bien le français, et se moutre d’un abord des plus faciles,

Bien que le temps ne fût pas des plus rassurants, nous allons dans l'après-midi visiter les Catacombes de S, Callixte, les plus considérables de Rome.

Nous nous rendons d'abord sur la place de Vénise pour prendre une voiture, puis, contournant le mont Capitolin par la rue Marforio (1), nous traversons les ruines du Forum Romanum, passons près de l'arc de Titus, tournant ensuite à droite en arrivant au Colisée, nous passons sous l'arc de Constantin, pour suivre la rue S. Grégoire, qui divise le mont Palatin qui portait les palais des Césars, du Célius où se trouvaient les Thermes de Claudius. Arrivés à l'extrémité de cette rue, nous touchons à droite au Cirque de Maxime, et tournant un peu à gauche nous prenons la rue de la porte S. Sébastien qui nous donne-entrée sur la voie Appienne, conduisant dans la campagne,

Nous ‘n'avions pas encore passé la porte, que l'orage qui nous menaçait fondit sur nous; tonnerre, éclairs et pluie abondante ; mais nous sommes à l’abri sous le couvert de la voiture et poursuivons notre route. C’est au milieu de cet orage que ons laissons la voiture pour pénétrer dans la loge du gardien des catacombes, qui s'élève ‘ans un champ près de la route, afin d'y prendre les billets d'autorisation pour la visite.

Armés de bougies et précédés de notre guide, nous descendons un long escalier, et nous dirigeons de suite vers la crypte des Papes, qui n’a été découverte qu’en 1851 par le chevallier de Rossi.

Les catacomhes ont été creusées pour servir de retraites aux chrétiens dans la célébration de leurs offices religieux, l'est là, sous la terre, que, pendant les trois premiers siècles de l'ère chrétienne, les prêtres recevaient l’ordination, que les souverains-Pontifes étaient couronnés, et que les fidèles par.

(1) Marforio était le compagnou de Pasquino qui se sont distingués tous deux par leurs railleries à l'égard des passants, Tous deux sont passés À ln postérité; la statue de Matforio, en outre dela rue portant son wm, ée trouve encore au Capitole, et le seconi a donné son nom à Lx place fisant face au palais Braschi, près de la place Nuvone,

608 DE QUÉBEO À JÉRUSALUM

ticipaient aux sacrements de l'Eglise. C'est là aussi qu'on en sevelissait les corps des fidèles qui laissaient cette vie, et les nombreux martyrs que les persécutions incessantes multi. pliaient si prodigieusement. Cette crypte forme une chapelle irrégulière, ayant un autel au fond. C'est là que reposent les restes de S. Eutychianus, mort en 276, de S. Anthère m. en 235, de S. Fabien m. en 236, de S. Lucinus m. en 232. Le Pape Da. mase, qui avait restauré cètte chapelle, avait placé au dessus de l'autel une touchante inscription latine que M. De Rossi a aussi rétablie ...‘ C'est ici qu'est la foule des ministres saints qui gardent les autels du Christ ; c’est ici que repose le Pontife qui vécut jouissant de la longue paix ; ici sont les saints confesseurs que li Grèce a envoyés à Rome; ici reposent des enfants, des jeunes gens, des vieillards et des vierges. Ici, je l'avoue, moi Damase, j'aurais voulu ensevelir ma dépouille ; mäis j'ai craint d’insulter aux cendres des saints.”

A gauche de cette crypte, est un couloir conduisant à la chapelle de Ste Cécile. Des fresques sur les parois nous montrent l’image de trois saints dont les noms sont inscrits à côté de chacun d'eux. Ce sont: SS. Polycamus, Sébastianus et Cyriuus ; et de l’autre côté, l’image de Ste Cécile, ainsi que celle de S. Urbain en habits pontificaux. La sainte est représentée richement parée, chargée de bracelets et de colliers, comme eu portaient les nobles dames de son temps. Ces fresques doivent dater du VIe ou VII siècle,

Nous parcourons de longs corridors sur les parois desquels nous voyons grand nombre de sépultures, et en quelques endroits des élargissements formant des chapelles. Nul doute que les fouilles que l’on continue toujours n’amènent encore d'intéressantes découvertes. Les milliers de martyrs qu’une persécutiou de trois siècles a fournis à l'Eglise, ont nécessité des excavations considérables pour leur sépulture, et comme

on tenait à cacher aux payens et les lieux de prières des chré. tiens et les endroits de leurs sépultures, on remplissait souvent les excavations déjà faites des débris qu'on retirait en en pra tiquant de nouvelles. Les conduits en général sont assez étroits pour n'avoir rien à redouter des effondrements, et en plusieurs endroits les parois sont recouvertes de murs en briques.

Mais les catacombes de S, Callixte ne sont pas les seules qui ont servi aux sépuitures el aux assemblées des chrétiens. Qu compte encare celle de S. Sébastien, sous la’ basilique de

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DE QUÉBEO A JÉRUSALEM 609

même nom, où furent conservés pendant plusieurs années les corps de S. Pierre et S. Paul; celle de S. Prétextat, de l’autre côté de la voie Appienne ; celle de Ste Lucine, à l'endroit où est bâti S. Paul hors des murs ; celle de S, Hermès, sur la voie Salaria Vecchia ; celle de Ste Agnès en dehors de la porte Pia, etc.

Lorsque nous remontons à la lumière, l'orage n'est pas encore entièrement terminé, cependant la pluie semble tirer à la fin.

Nous nous arrètons en revenant pour visiter sur notre droite une petite chapelle au motif très touchant de Dominequo-vadis; malheureusement elle était fermée, et le temps ne nous permettait pas de faire les perquisitions nécessaires pour la faire ouvrir. S. Pierre qui avait fui la croix à Jérusalem, était bien éloigné de vouloir la fuir à Rome, mais cédant aux sollicitations des fidèles, il avait cru devoir s'éloigner devant la persécution de Néron. Il sortit donc la nuit de la ville, en se dirigeant par la voie Appienne, et arrivé à cet endroit, il rencontra le Sauveur sur la route, Seigneur, lui dit Pierre, où allez vous ? Domine quo vadis?—Je vais à Rome, lui répondit le Sauveur, pour être crucifié de nouveau. Pierre n’hésita pas ; il rentra à Rome, dit Mgr Gerbet, pour sortir de ce monde, Cette chapelle est tenue en grande vénération par toutes les âmes aflligées qui se sentent prises de découragement. Et qui de nous n’a jamais éprouvé de défaillances ! On donne encore à cette chapelle le nom de Ste Marie des-pieds, par ce qu’on y vénère une pierre sur le modèle de celle que le Sauveur foula de ses pieds, lorsqu'il parla à Pierre, et que l’on conserve dans la basilique de S. Sébastien.

J'ai eu occasion, au sujet de l’aqueduc de Salomon, de faire remarquer que les modernes, tout en se vantant de leur science et de leurs hauts faits, peuvent trouver des défis à leur savoir-faire dans plusieurs monuments des anciens. La voie Appienne sur laquelle nous roulons, est une de ces conceptions que seules les voies ferrées ont surpassée, si toutefois elle ne leur a pas servi de modèle, Partant de Rome, elle allait à Capoue, et de là coupant la péninsule Italique, elle allait aboutir à Brindes, port de mer des Calabres ; comprenant un parcours de 140 lieues, son nivellement nécessitait ici des exe

Gavations dans des montagnes, là des remblais dans des

dépressions, des ponts sur des ravines et des rivières, etc.

hais at lenauces

610 DE QUÉBRO A JÉRUBALEN

Et après 2000 ans, «on niveau est encore à peu près le même.

Revenus à notre pension, je me rends aussitôt au Vatican pour m’assurer de mon admission à l’audience du lendemain, C'est au Maestro di Camera, Mgr Macchi, qu'il faut s'adresser pour cette fin. Conduit par les serviteurs du palais, je pénètre dans l’anti-chambre où je trouve une vingtaine de personnes déjà rendues et attendant leur tour pour l'admission. Comme j'avais prévu la chose, je m'étais pourvu de mon bréviaire pour utiliser ce temps d'attente. Je me retire donc dans rembrasure d'une fenêtre, et récite mon office.

Lorsque mon tour fut ariivé, je passe dans la chambre voisine où je trouve un jeune prêtre à son bureau, attendant les visiteurs. Je m'enquiers de lui s’il n’a pas reçu une note du Cardinal Siméoni me recommandant pour l’audience du lendemain ?— Nous n’avons reçu aucune telle note.—Me serat-il possible tout de même d’avoir mon admission à l'audience ? —oh1 non; la chose n'est pas possible ; le Saint-Père, que les audiences fatiguent toujours beaucoup, fixe lui-même le nombre de ceux qui devront être admis, et ce nombre est déjà rempli. —Ainsi, impossible d'être admis demain ? Je le regrette beaucoup; j'ai d'excellentes recommandations, je suis un ancien membre du clergé avec de bons états de service, j'aurai fait 1500 lieues pour venir à Rome, et je m'en retournerai sans avoir pu voir le Pape ? c'est loin d’être satisfesant.—Quinze-cents lieux ? mais d’où êtes-vous donc ?—De l’Amérique, du Canada, de l’archidiocèse de Québec.-—Eh vous le verrez, le Pape, mais pas demain; à une autre audience, dans deux ou trois se: maines.—C'est-à-dire lorsque je serai parti, car je dois partir dans quelques jours. D'ailleurs, si j'insiste à cet égard, ce n’est pas taut pour ma satisfaction persc nelle, que pour ce qu'on en pourra penser au pays. Etant écrivain public, je serai obligé de dire ce qui en a été, et quand on saura qu’un ancien curé, avec d’exceilentes recommandations n’a pu voir le Pape, lorsque tant d’autres sans caractère ni position, commerçants, artisans, hérétiques mêmes etc. obtiennent cette faveur, la chose sera vue de fort mauvais œil—Oh!oh! oh! fitil en riant, ui qu'est-ce que cela nous fera à nous autres ?—Oui ! à vous autres, je pense bien que ça ne fera pas grand'chose; mais on en jugera tout atrement de l’autre côté de l'Atlantique; les évêques en seront attristés, le clergé froissé, et les fidèles scandalisés. L'église du Canada n'a encore rien fait, je pense,

près le mème.

itôt au Vatican du lendemain.

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pour être deshéritée du chef commun ? Lorsque ses recettes

du denier de S. Pierre vous arrivent, vous savez fort bien les accepter.—Mais qui vous tient un langage contraire ?..—C'est assez, lui dis je en l’interrompant ; je ne veux pas vous amuser plus longtemps. Vous m'avez dit que la chose était impossible, j'aurais dû me retirer de suiie. Veuillez me pardonner mon importunité et Je me retire, dis-je en le saluant.— Attendez donc encore un peu, fit-il. Il y a un autre prêtre du Canada qui a obtenu son admission à l'audience ?— Oui, M. Bolduc, mon compagnon de voyage.—Mais pourquoi n’avez-vous. pas fait applicatian en même temp: que lui ?—Comment aurais je pu le faire, n’étant pas encore arrivé ? je ne suis à Rome que depuis trois jours.—Et bien, ajonta-til, venez demain avec ce: monsieur, avant l'audience, et j'ajonterai votre nom sur sa feuille.—La chose peut se faire ainsi ?— On la fait quelquefois —C'est bien, nous y serons.

Puis je saluai et me retirai en me disant à part moi : voici une impossibilité qui se résout très facilement, si toutefois la chose se fait comme il le dit.

Rome, jeudi 19 mai.—C'est encore dans une église des Jésuites que je vais célébrer ce matin. Hier, j'ai dit la messe sur le corps du fondateur de la Compagnie de Jésus, aujourd'hui c'est dans l’église érigée à son nom que je me reuds, L'église de S. Ignace, qui est située tout près du Corso, fut érigée par le Cardinal Ludovisi, neveu de Grégoire XV, lors de la canonisation du saint en 1626. Elle est à trois nefs divises par d'énormes piliers.

La 4e chapelle à droite possède le corps de S. Louis de Gonzague, renfermé dans un urne de lapislazuli, ornée de bas-reliefs de Legros. Dans la chapelle vis-à-vis, à gauche, se trouve le corps du Bienheureux Berchmans, dans une tombe provisoire en stuc, toute couverte de dorures, Les deux jeunes aints (1) qui furent presqne contemporains, qui habitèrent la même maison, faisant partie de la même compagnie. reposent aussi dans la même église, en face l’un de l’autre, Tous deux & sanctifièrent par la mème voie : la stricte obser vance de la règle de leur saint institut; et tous deux sont offerts comme modèles à la jeunesse, particulièrement à la jeunesse des collèges, C'est S. Louis de Gonzague qui répondit à un de ses LE wear .

(1) S. Louis de Gonzague mourut à l’âge de 24 ans en 1591; le B Berchmans, belge de nation, mourut à l'âge de 22 ans, en 1631,

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