‹ De Québec à Jérusalem [microforme]Chapitre 81 sur 94 · FRS · texte numérisé non relu

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compagnons lui faisant cette question, au milieu d’une partie de quilles, dans une récréation : “si un ange venait l’avertir

que tu mourras dans un quart d’heure, que ferais.tu ? — Je PF continuerais ma partie, répondit le saint!

Le collège Romain, auquel est attenante l’église de &, :

Ignace, renferme les chambres qu'ont occupées les deux saints, On me permit de célébrer dans la chambre même de S. Louis de Gonzague. Sous l'autel se trouve une caisse qui a renfermé le corps du saint, et au dessus son véritable portrait, des

Dans la sacristie qui sépare cette chambre de celle du B. 4 Berchmans, on me montre des autographes de Ste Véronique M} lé d+ Juliani, de S. François de Hieronymo, et de 8. Louis de (1 Gonzague, ainsi que le crucifix devant lequel, il pria souvent. pa

es

Le Collège Romain est la plus importante institution d'é. Æ +, ducation de la Ville-Sainte. Toutes les branches de l'enseigne. Æ ; à ment, depuis les éléments de la grammaire, jus aux plus

À , À 3 , por hautes sciences abstraites, philosophie, théologie, droit-canon, sins astronomie etc. y sont enseignées par les professeurs les plus tem

habiles et les plus renommés. C'est là qu’est mort dernière Æ ir: ment, presque dans son abservatoire, le R. P. Sechi, le pins grand astronome de notre siècle. On compte parmi les professeurs anciens du Collège Romain : Grégoire XIII, Ciément XIV, Bellarmin, Suarez. de Lugo, a Lapide, Kircher, Tolomei et une foule d’autres. Neuf papes sont sortis de ses murs. Et ce qui peut à bon droit nous surprendre, c’est que l'instruction est donnée à tous gratuitement ; le riche et le pauvre, l’indigène et l'étranger, l'enfant du peuple et le noble Romain s’y font inscrire et y recoivent, sans distinction, le bienfait de linstruction. Notre clergé Canadien compte plusieurs de ses membres qui ont été compléter leurs études théologiques sous les sa. vants Jésuites du Collège Romain.

Les élèves sont ordinairement chaque année au nombre de 1200 à 1300 ; 700 pour les humanités, 300 pour la philoso Œ,cn phie et 240 pour la théologie. Le musée Kircher qui est atç.,;l taché à l'établissement est un des plus intéressants en fait37:, d'archéologie. Depuis les peintures religieuses du premier siècle de l’ère chrétienne, qu’on a relevées sur les murs des catacombes, jusqu'aux plus anciennes productions de l'art payen, le visiteur a sous les yeux les archives les plus pré: cieuses du progrès de l’art dans tous les siècles. Ce musée, ainsi que l’obvervatoire, est ouvert au public tous les dimanches de 10 h. à midi.

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En revenant à ma pension, je visite le Panthéon, situé à peu près à mi-distance entre le Corso et la place Navone.

Voici bien l’église la plus singulière qu’on puisse imaginer. Que penser d’une église toute ronde, qui n'a aucune fenêtre, et qui ne reçoit la lumière que par la voute qui reste à ciel ouvert ?

Le Panthéon est la plus précieuse relique qui nous reste des temps payens. Il fut érigé par Agrippa, 27 ans avant J, C., et dédié à Jupiter Vengeur et aux autres dieux. L'enfer a dû frémir, lorsqu'il vit, en 608, le Pape Boniface IV consacrer au culte du vrai Dieu, le temple le plus remarquable que l’idolatrie avait érigé à ses divinités. Ce temple, en effet, était des plus riches qu'on put voir, et malgré son état de vétusté et ses détériorations, il étale encore uu caractère de grandeur et de somptuosité qui étonne. Jusqu’aux poutres, au toit et à la

à porte, ce n'était-qu'ornements de bronze aux plus riches des.

sins; la porte est encore la même que celle de l'antique temple. Les colonnes sont toutes en marbres précieux, et l'entablement qu’elles portent est en partie en marbre blanc et en bronze.

Les murs ont 25 pieds d'épaisseur, et dans leur inté. rieur sont ménagés huit édicules, consacrés aujourd'hui en chapelles richement ornées, De forme circulaire, ce mur est couronné par une rotonde de 45 pieds de diamètre sur autant de hauteur. Et comme il n'y a point de fenêtres, la lumière vient à l'édifice par une ouverture de 32 pieds de diamètre au centre de la rotonde, qui reste toujours ouverte. Le pavé, qui est en porphyre, est un peu abaissé au milieu, pour permettre l'écoulement des eaux venant par cette ou ver ture. Les 15 chapelles que porte l'édifice sont toutes rangées autour, dans les édicuies anciens et d’autres que l’on a creusés depuis dans l'épaisseur du mur. C’est dans la 4e chapelle à gauche, que reposent les restes du fameux peiutre Raphaël Sauzio d'Urbin, qui mourut en 1520, à l'âge peu avancé de 37 ans.

Les environs de ce temple qui, comme je l’ai dit, date de

37 ans avant J. C., étaient bien différents de ce qu'ils sont au-

jburd'hui. Un escalier de 7 march:s, dont on n’en voit plus

que deux, conduisait au péristyle. C’est que là, comme dans

butes les villes anciennes, plusieurs fois ravagées et détruites,

TE. 2 na Re mo OT ESS De fie Re ae SP PU

le sol a été exhaussé, et de nouvelles constructions se sont élevées sur les débris des anciennes.

Vers les 11h., je prends l’omnibus, avec M. Bolduc, pour nous rendre au Vatican, afin de m’assurer de mon admission à l'audience. Plusieurs dames sont avec nous s’y rendant dans le même but. Nous les reconnaissons à leur costume noir et au grand voile leur couvrant la tête à la place du cha. peau. Tel est le costume de riguenr pour les dames. Les messieurs doivent aussi être en noir. Quant aux ecclésiastiques, ils doivent porter leur costume ordinaire, avec en outre le manteau romain sur les épaules,

Nous arrivons au palais bien décidés à forcer la consigne, s’il était nécessaire, pour ne pas courir les risques de rester encore dans les autichambres, lorsque l'heure de l'audience, 12h. serait arrivée. Marchant donc grand pas, nous enfilons toutes les chambres sans que les officiers aient le temps de nous arrêter, et parvenons dans le cabinet de mon secrétaire de la veille, Il était alors occupé à régler l'affaire d’un monsieur et d’une dame se tenant debout près de son bureau.—Et bien, dit-il en me regardant, avez-vous votre feuille ?—La voici.— Ce Monsieur, ajouta-til en s'adressant à M. Bolduc tout en écrivant, a voulu hier, nous faire des menaces.—Pardonner, repliquai-je, je vous ai seulement averti que je dirais la vérité. Hier l’aduission, disiez-vous, était impossible; j'aurais dit qu’elle était telle. Aujourd’hui elle me semble très facile; je dirai qu’il en est ainsi.

Mon nom inscrit sur la marge de la feuille de M. Bolduc, avec.le sceau qu’il appose au dessous, il nous remet la feuille en riant. Nous saluons en le remerciant et nous retirons pour faire place à d’autres.

Des officiers, en habits de cour en soie violette moirée, nous conduisent de là dans une salle, ou plutôt nne longue galerie, car sa largeur n’avait pas de proportion avec sa longueur, où nous allons prendre place à côté d'autres déjà rendus, sur des sièges rangés des deux côtés. C'est là que devra avoir lieu l'audience, Nous nous amusons en attendant, à examiner la riche décoration de cette gal2rie, et surtout les superbes fresques de la voute et des murs. On échange bien aussi quelques mots avec les voisins, mais l'émotion est sur toutes les figures, et l'esprit ne semble pas assez libre paur se livrer aux conversations suivies. Il n’est pis donné à tous, en elfe,

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M. Bolduc, pour mou admission ous s’y rendant à leur costume la place du cha.

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de s'approcher des rois; et celui que nous allons voir, joint encore à cette dignité, la plus grande somme d'autorité qu'il soit donné à nn homme d'exercer sur la terre ; ce n'est rien moins que le Vicaire du Christ sur la terre, le dépositaire même de son autorité ! Aussi, quand les officiers, annonçant son arrivée, écartent les deux battants de la porte par laquelle nous étions entrés, c’est comme un courant électrique qui parcourt les deux files des assistants, et tous, instinctivement, Lombent à genoux.

Le Saint Père n’était accompagné que de Mgr Macchi, le Maestro di Camera, et d'un jeune ecclésiastique. Il portait un manteau écarlate sur sa soutane blanche, et était coiffé du chapeau rouge à large bord avec glands d’or. Un officier reçoit le manteau des mains de Mgr Macchi, et l’ecclésiastique le chapeau qu’il tient constamment dans ses mains en suivant le Saint-Père.

Commençant par le côté droit, le Saint-Père écoute le nom d'un chacun, avec ses titres et qualités, que Mgr Macchi lit sur la feuille qu’on lui remet, prête l'oreille à ce qu’on peut avoir à lui dire, et adresse à chacun quelques paroles be bienveillance et de bonté. Quelques uns baisent sa mule, mais la plupart ne baisent que son anneau qu’il présente,

Comme nous nous trouvions vers le milieu de la salle sur le côté gauche, nous avons tout le temps d'examiner le Saint. Père et d'écouter ce qu’il dit à chacun, car il ne doit venir a nous que lorsqu'il aura épuisé la flie de droite et repris celle de gauche.

Sur le signal qui nous en est donné, nous nous asseyons, les personnes s’agenouillant seulement à mesure que le Saint- Père s'approche d'elles.

Nous étions à peu près une centaine, les dames un peu moins nombreuses que les messieurs, et sur le nombre total, environ une vingtaine d’ecclésiastiques de divers pays.

Il y avait visà-vis nous, sur la file de droite, cinq prêtres allemands, nous dit-on, dont l’un fit une demande, en mauvais français, à laquelle le Saint-Père donna son assentiment, mais qu'il ne comprit pas sans doute; car elle etait tout à fait inadmissible.

Vis-à-vis de nous se trouvait aussi une dame avec une petite fille de 4 à 5 ans. La petite s’agenouilla avec sa mère, mais lorsqu'elle vit que le Pape s’eutrenait avec celle-ci, elle se leva, fit Le tour du Saint-Père, et s'en vint jouer avec les glands

de sa ceinture, Malheureusement le Pape ne s’en aperçut pas, car sans doute il lui aurait adressé quelques mots.

Mon voisin de gauche était un prêtre du diocèse d: Cleve. land, Ohio qui avait écrit une longne liste des faveurs qu'il désirait obtenir du Suaint-Père. (C'était une bénédiction spé. ciale pour son vieux père et sa vieille mère, pour un nouveau converti qu’il devait marier à son retour etc. etc. Comme le Pape ne parle pas l'anglais, Mgr Macchi était obligé de traduire chaque demande en italien, et aussitôt sa première demande accordée, le Pape pensant saus doute que c'était tout, passa à moi en me livrant sa main droite, en même temps qu’il offrait sa gauche à M. Bolduc, pour prendre moins de temps. Le Pape nous écouta avec bonté,et nous accorda ce que nous lui demandâmes, Il voulut bien nous autoriser à porter un anneau à sou effigie,en souvenir du pèlerinage que nous faisions. Dire ce que l'on éprouve lorsqu'on tient la main du Vicaire de Jésus-Christ qui veut bien se prêter à nous accorder les amples bénédictions que nous lui demandons, est plus facile à comprendre qu'à exprimer.

Léon XIIT est de bonne taille, assez fluet, extrêmement maigre, d’un teint très pâle, et me parut très nerveux. Sa fi gure n’est pas ce qu'on peut appeler un beau type, cependant elle reflète un caractère de grandeur qui fascine. Il a le front large et noble, les yeux très vifs, et lorsqu'il parle, sa figure perd ce reflet de rigide ascétisme qu’on serait porté à lui prêter, pour prendre un air souriant et plein de bonté, qui subjugue et entraine ; ses lèvres fines s’écartant avec un sourire, accentuent davantage les grosses rides qui sillonnent ses joues, pour nous faire saisir un grand foud de doucenr uni à une énergique fermeté. Il paraissait fatigué lorsqu'il vint à nous, des sueurs perlaient même sur son front, aussi s'empressai'-il de terminer sa tâche laborieuse, car il y avait plus d’une heure, qu'il était ainsi debout à écouter ce que chacun voulait lui dire.

Arrivé à l'extrémité de la salle, il se tourna vers nous pour nous donner sa bénédiction et bénir en même temps tous les objets de piété que nous avions apportés ; puis se retira.

Mon voisin Américain avait à côté de lui deux dames, dont l’une encore assez jeune. Lorsque le Pape vint à celleci: Saint-Père, dit-elle, priez pour moi; moi, je suis protestante, — Et conïment vous êtes protestante ? dit le Pape avec surprise ; et

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ocèse d: Cleve.

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bien, il faut prier le Bon Dieu de vous éclairer. Puis il passa. La jeune femme s'asseya aussitôt fondant en larmes. Il yavait là sans doute quelque mystère caché qu'elle ne se sentait pas le courage d'exposer, mais dont elle attendait peutêtre La solution des questions qui lui seraient faites. Qui sait ? peutêtre une apostasie ?une contrainte de famille qui l'empêchait de correspondre à l'inspiration de la grâce ?...... Car pourquoi, elle protestante, serait-elle venue demander la bénédiction dun Saint-Père en se recommandant spécialement à ses prières... ?

Je rejoignis, dans une chambre qu’il nous fallait traverser, mon prètre allemand de vis-à-vis, qui s'exclamait sur la faveur extraordinaire qu’il avait obtenue.

—Qu'avez-vous Couc demandé au Saint-Père ?

—Voici, ditil, exhibant un crucifix; je lui ai demaudé une indulgence plénière pour toutes les personnes qui baiseraient ce crucifix avec dévolion ; et il me l’a accordée.

—Désabusez-vous, mon ami ; vous n’avez certainement pas obtenu telle faveur ; j'ai cru remarquer en effet que vous aviez fait votre demande dans ce sens, mais le Pape ne vous a pas compris certainement, car de telles faveurs ne s'accordent jamais. Vous avez pu obtenir, comme nous, que toute personne ppssédant tel crucifix béni par le Pape, étant d’ailleurs bien disposée, pourra, à l’article de la mort, gagner une indulgence plenière en le baisant avec dévotion, mais non une telle :ndulgence pour tout le monde et en tout temps ; ce serait alors faire un vérivable abus des indulgences. Les Papes ne peuventen agir ainsi, soyez en certain.

Il ne fallut rien moins que le concours de ses propres com pagnons approuvant mon chjection, pour persuader ce trop confiant ecclésiastique qu’il s'était trompé.

Rome, jeudi 20 mai.—C'est à la prison Mamertine que je porte mes pas ce matin pour célébrer. Mais avant de m'y rendre, je dois faire mes adieux à M. Bolduc, qui prend les devants pour vlsiter le nord de l'Italie, la Suisse etc. avant de nous réunir de nouveau à Paris. Passant près du Gésu, je gravis l'escalier du Capitole qui conduit à l’Ara-Cœli. traverse l'église des Pères franciscains, et vers le bas de la montagne de l'autre côté, m’arrête à lafporte qui donne entrée sur la prison où fut renfermé le chef des apôtres,

Il y a ici trois églises superposées, celle du milieu par où l'on péuètre d'ordinaire est la Prison de S. Pierre ; au dessous

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le cachot même où le chef des apôtres fut renferrhé ; et an D Y dessus l’église de S. Joseph, qui appartient à la confrérie des Æ € menuisiers, la

C'est dans la sacristie, à giuche de l’église du milieu, qu'on obtient la permission de célébrer. C'est par là aussi qu'on , descend dans le cachot inférieur. Ge cachot, taillé dans le ÿ roc, n'avait ni portes ni fenêtres ; la seule ouverture pour y D M pénétrer était un trou circulaire dans le plafond, si étroit que ki

le corps seul d'un homme pouvait y pénétrer. Mgr de Forbin. Janson, que nous avons vu en Canada en 1840, a fait construire er à ses frais l'escalier actuel qui y conduit, et ériger l'autel en JS P° marbre sur lequel on y célèbre. M

Rien de plus horrible et de plus affreux que ce cachot, où ps suinte une humidité énervente, et où l’air ne peut se renouveler, d'el Il mesure 18 pieds sur 9, et n’a que 6 pieds et quelques pouces été de hauteur. Il est tout revètn en dedans de murs qui se rap. prochent par le haut pour foriner une voute à peine ceintrée qui en constitue le plafond. de

Que d’horreurs, de tortures, de plaintes et de gémisse. M} 121 ments les murs de cet obscur cachot mont-ils pas été témoins! de |

Car c'est là que les rois vaincus par les potentats de Rome, après avoir servi au triomphe du vainqueur se rendant au M peti temple de Jupiter Capitolin, étaient traînés et étranglés. Le M met triomphateur même ne descendait du Capitole que lorsqu'on à itali venait lui annoncer que tout était terminé, que l'exécution jen avait eu lieu : actum est; tout est fini. C’est là que Jugurtha, D ton roi de Numidie, y mourut de faim; que les complices de Ca. Æ moi tilina y furent étranglés, par ordre de Cicéron ; qu’Aristobule roi de Judée, et Tigrane roi d'Arménie, y furent tués après Æ mor avoir servi au triomphe de Pompée, etc. tait On attribue la construction de cette prison à Ancus Mar. duit tius, 640 ans avant J. C. Le cachot porta le nom de Tullianum, RE ECC de Servius Tullius qui l'aurait fait creuser. de s

Il est consolant toutefois que le plus ancien monument de 1 l’histoire Romaine soit aussi le plus ancien monument de là dit tradition chrétienne à Rome. S. Pierre, après avoir été ren- tepe fermé avec S. Paul dans la prison de Ste Marie in-via-Lata, au dis Corso, aurait été amené à la prison Tullienne où il aurait de- D

meuré 8 à 9 mois. C’est la qu'il a converti ses geoliers Processus et Martinien, ainsi que 47 autres prisonniers, et que pour les baptiser, il aurait fait jaillir du roc la source que l'on

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y voit encore aujourd'hui. Cette source est tout auprès de la colonne à laquelle était attaché l’apôtre, de sorte qu’il put, sans laisser ses liens, faire couler .sur la tête de ces prémices de l'évangile l’eau régénératrice,

Lorsque je me présentai à la sacristie, on me montra d'abord de la mauvaise humeur, de ce que je n'avais pas demandé la veille cette permission; mais comme personne d'autre ne célébrait alors, on me permit à la fin de le faire, non sans un long sermon italien qu’on me débita d’un ton fort mécontent, mais qu'heureusement je ne pouvais comprendre. Deux personnes étrangères, en outre du servant, assistèrent à ma messe. Je re manquai pas, avant de remonter, malgré le malaise que je rouvais dans ce lieu humide et privé d'air, de faire une inspection minutieuse de la pièce, et de boire un verre d'eau de la source miraculeuse où d’ailleurs la burette avait été remplie.

Après avoir déposé les ornements, j'allai faire mon action de grâces à l’église de la prison où se célébrait une messe à laquelle une trentaine de personnes assistaient avec beaucoup de recueillement et de piété.

Avant de me retirer, je fus dans la sacristie glisser une petite pièce dans la main du servant, et offrir mes remerciments au sacristain qui me régala encore d’un long discours italien, mais cette fois d’un ton tout riant, sans que cependant je ne pusse pas plus Le comprendre que la première fois. Si le ton fait la chanson, il faisait encore plus ici, car il était pour moi toute l'expression de l’harmonieuse harangue.

Je me rends vers les 5h, à la Propagande pour reprendre mon audience au Cardinal Siméoni. Comme le Cardinal n'était pas encore à sou bureau, je fus le premier à y être introduit dès qu’il fut arrivé. Son Eminence me dit avoir lu la recommandation que j'avais l’avant-veille laissée entre les mains de son jeune secrétaire, qui, on se le rappelle—sans ma réclamation, me retranchait des unités du monde. Elle ne me dit pas avoir appuyé ma demande d'audience au Vatican : pendant Elle s’informa si j'avais vu le Saint-Père. Je lui dis que les recommandations me manquant, j'avais éprouvé quelques difficultés, mais qu’à la fin j'avais réussi à me faire admettre.

Son Eminence me parut prendre un vif intérêt aux diff. tultés de l’Université-Laval, et me fit maintes questions à ce

sujet. Malhenreusement, ou plutôt heureusement pour moi, j'ignorais complètement ce dont il s'agissait dans le moment; parti de Québec depuis plus de trois mois, je n'avais eu aucune connaissance de ces nouvelles questions avant mon départ.

Comme je désirais obtenir quelques reliques du Cardinal Vicaire, je priai Son Eminence de vouloir bien appuyer ma demande. Elle s’y rendit de bonne grâce, me faisant observer cependant que pour les reliques de la vraie Croix, la chose devenait très difficile, par ce que la matièretoucherait bientôt à son épuisement, si l’on ne s'en montrait pas très parcimonieux,

Le Cardinal est de forte stature, au teint brun, et parait toucher à peine à la cinquantaine. Affable, simple dans ses manières, sa figure respire un air de bonté qui exclut toute contrainte quand on se trouve en sa présence,

Rome, samedi 21 mai.—C'est dans la prison de S. Pierre que j'ai été célébrer hier, c'est sur son corps même que je veux célébrer aujourd’hui. Je me rends donc à la Basilique Vaticane peu après six heures.

Il faut d'ordinaire faire sa demande à l'avance pour être sûr d’avoir son tour. Je n'avais pas observé cette formalité, mais j'avais espoir que peut-être il se trouverait peu de prêtres dans ce but ce jour là, et après tout, jeu serais quitte pour y retourner un autre jour.

Je m'adressai donc au sacristain, M. l'abbé Suarez, qui me dit que je pourrais célébrer sans difficulté dans la crypte, vu qu'il n’y avait encore qu’un seul étranger qui avait retenu son tour, Puis il me donua un servant qui, muni de torches allumées, me conduisit dans le souterrain. Le prêtre étranger était sur le point de terminer sa messe, et j'allais me disposer à prendre les ornements, lorsqu'un monsieur, en habits gris, agenouillé sur un prie-dieu, et que je croyais bien être un laïc, vint me dévancer et commença à s'habiller. Ce doit étre sans doute un Américain, me dis.je en moi même, car il n'ya qu'un yankee pour mettre ainsi de côté tonte convenance et tout décorum, sans compter les rubriques. Sans donc s'occuper de soulane, il prend l’amict et l'aube sur son surtout gris ordi. naire et se rend à l'autel, Et je ne pense pas m'être trompé sur sa nationalité, car il prononçait le latin tout-à-fait à l'an: glaise.

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immédiatement au dessous de la Confession, où célèbre le Souverain Pontife dans les granücs solennités. KElls forme une petite chapelle avec une petite sacristie à côté. Nul lieu porte plus au recueillement et à la dévotion que ce potit sance. tuaire souterrain, érigé sur le tombeau du premier des Papes et à l'endroit même où il souffrit le martyre; car il est bien constaté que c’est sur le Janicule, au cirque de Néron, à l'endroit duquel s'élève aujourd’hui la Basilique Vaticane, que le prince des Apôtres souffrit le supplice de la Croix, en ordonnant toutefois qu’on le mît la tête en bas, par respect pour son divin maître, dont il se considérait indigne de partager le supplice sans en changer la forme.

Revenu à la sacristie, M. l’abhé Suarez m'invite à prendre le café avec lui dans une salle attenante, et me dit que je pourrais célébrer à la Chaire de S. Pierre, lorsque je voudrais y revenir. Ce dont je ne manquai pas de lui donner l'assurance.

Que dire de la basilique St-Pierre? L'ensemble est une merveille ; les détails sont des chefs-d'œuvre de l’art ei du bon goût! Tout est ici grand, riche, sublime : matériaux, plan exécution, harmonie des différentes parties. On ne sait ceque l'on doit admirer davantage, de la conception de l’œuvre, ou de la perfection des différentes parties qui la composent. Les princes de l’art sont yenus appliquer ici leur cachet dans l’architecture, les statues, les fresques, les mosaïques du monument. Les Raphaël, les Michel-Ange, les Bramante les Vignole, les Maderue, les Bernin etc. ont laissé ici des preuves de l’inspiration qui les guidait, sur des œuvres que n’a pu surpasser aucun des grands génies qui leur ont succédé,

Cependant on s'accorde à reconnaître un grand défaut à St-Pierre, c'est que le coup d'œil ne répond pas à la grandeur de l'édifice. Tous ceux qui entrent dans la basilique pour la première fois, éprouvent la même illusion. On trouve tout d'abord que la réalité ne répond pas à l’idée que l'on en aviit conçue d'après les descriptions. On proclame que si on s’en fut tenu au plan préalablement conçu par Bramante, et confirmé plus tard par Michel-Ange, de faire simplement une croïx grecque, le coup d'œil eut été tout autre ; les lignes de projection partant du pavé pour se perdre dans le dôme, sans inter. ruption, auraient permis à l'œil de saisir l’ensemble du premier coup, et la pensée retenue par nul obstacle, se serait perdue nécessairement dang l'immensité, Mais mc bg A Raphaël

eñ ramenant la croix grecqne à une croix latine, ont considé. rablement fait perdre à la vue de l’ensemble. Le coup d'œil arrêté pir la voute et les coruiches de cette longue nef qui précède la coupole, ne peut donner une juste, idée. de l’im. mense édifice qu'après réflexion. Soit; mais alors le temple aurait-il pu revêtir le caractère religieux qui le distingue au. jourd’hui ? Ce premier coup d'œil faisant voir tout l’ensemble aurait sans doute émerveillé le spectateur ; mais ne l’aurait-il

pas en même temps découragé en le frappant subitement d’une graudeur dont il n’aurait pu se rendre compte ? Tandis que la construction actuelle, sur le modèle des beautés de ce monde, EE qui nous donnent une idée de celles du Ciel, nous offre dans la Æ nef qui précède la coupole, des termes de comparaison pour Æ : juger de l’immensité de ce couronnement de l’œuvre.

Quoiqu'il en puisse être, St-Pierre est bien la plus é' f nante merveille d'architecture que rien n’a pu encore surpasser, Il convenait que le temple à l'usage du représentant sur la ÆT terre de Jésus-Christ, l'emportât sur tous les autres en gran. Æ © deur, en somptuosité, en richesse; et sous tous ces rapports, St. Æ ! Pierre ne connait pas de rivaux. Voyons ses proportions. Æ ? Longueur 560 pieds, largeur de la nef 75 pieds, hauteur 135 l pieds ; hauteur des piliers 72 pieds, largeur 12 pieds. ; largeur Æ 1 du transept 411 pieds ; hauteur totale de la coupole 425 pieds, hauteur à intérieur 351 pieds, diamètre 130 pieds, largeur des piliers de la coupole dans leur plus grande face 57 pieds.

Comparons maintenant ces mesures avec les plus grands monuments que l’on connaisse :

St-Pierre de Rome, longueur 560 pieds, hauteur 425 pieds,

St-Paul de Londres, LL 470 000) Dôme de Florence s 448 # D F Dôme de Milan, L 406 ‘ 4 835 St-Paul, horsdes-murs, 383 “ w

Ste Sophie de Constantinople ‘329 ‘ LR Er! Sn

Commencé en 1460, ce n’est qu'en 1626 que le monument a été terminé, c’est-à-dire que son érection a duré 176 ans, & a coûté l'énorme somme de 250 millions de francs,

Presque tous les tableaux de la basilique sont des copies des chefs-d'œuvre des grands maîtres, en mosaïques (1). Une

“ (1) On sait que les mosuïques sont des marqueteries en marbre et le plus souvent en verre que tieut unies un mustic spécial, pour représeutet

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pieds, hauteur 135 12 pieds. ; largeur coupole 425 pieds, vieds, largeur des face 57 pieds.

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des plus belles pièces de ce genre est la Ste Pétronille du Guerchin, qui se trouve dans l’abside de la nef latérale droite. On voit dans la partie inférieure l’'exhumation de la sainte en présence de Flaccus, jeune noble, qui l'avait recherchée en mariage ; dans la partie supérieure la sainte est reçue par N.S. J. C., de qui elle avait obtenu la grâce de mourir vierge.

Les nefs latérales sont toutes remplies des tombeaux des Papes, formant autant de monuments plus ou moins riches et plus ou moins remarquables comme œuvres d'art. L'un des plus beaux est celui de Paul TIL, au fond de l’absile, à gauche de la Chaire de $. Pierre. On sait que Paul IIL est celui-là même qui excommunia Henri VIII pour son hérésie,

Presque tous ces tombeaux sont accompagnés de statues allégoriques représentant diverses vertus, comme la Justice, la Vérité, la Clémence etc. sous des figures de femmes. Il arrive malheureusement souvent que les artistes qui vivent trop d'idéal parfois, ne s’inspirent pas assez du véritible sentiment religieux qui doit diriger leur pinceau ou leur ciseau, et nous met:ent sous les yeux, dans ces allégorirs. des pe:sonn iges de l'Olympe dans une absence de vêtements que des regards de mortels ne pourraient pas toujours considérer sans courir les risques de ternir la pureté de leur âme. Il faut sans doute tenir compte des coutumes et des habitudes des peuples (1),

des arabesques, des animaux, des fleurs, des personnages, etc. L'artiste en mosaïque qui veut reproduire un tableau quelconque, a devant luille modèle, et à sa disposition, disposés dans des cases, comme les caractères des typographes, des milliers de petits morceaux de verre coloriés des divèrses nuances de chaque couleur. Son cadre étant préparé et enduii de mustic, il procède alors de la même manière que le font les dames brodant sur canevas, c’est-d-dire, qu’il choisit les nuances nécessaires pour reproduire son sujet, et au moyen d’un petit maillet en bois, enfonce dans le mastic les morceaux à la suite les uns des autres suivant la nuance nêcessaire. Les morceaux de verreayant êté coloriés en les fondant même, gardent inaltérablement leurs coulenrs. Et c’est là le principal mérite des mosaïques. La plupart des tableaux de St-Pierre datent de deux à trois cents ans, et ils sont encore aussi frais de coloris que s'ils sortaient de l'atelier de l'artiste. Les mosaïques coûtent très cher, par ce que c'est un travail long et qui requiert une grande habileté. Ja reproduction d’un tableau de grandeur ordinaire prend de 12 à 20 ans aux artistes. Les artistes du Vatican n’ont pas moins de 10,000 morceaux de verre de diverses nuances à leur disposition.

(1) Grand nombre des statues des églises de Rome seraient condamnées

dans notre pays comme pouvant scandaliser le peuple.

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mais il est des excès qui ne peuvent être admis nulle part, Aussi a-t-on dû couvrir de draperies la statue de la Justice au tombeau de Paul III, de même que celle de la Vérité à celui d'Alexandre VIL La rareté des œuvres d’art dans notre pays, de même que la sévérité de notre climai qui oblige tout le monde à se couvrir si soigneusement durant sept mc'; de l’année, nous ont rendus peut être excessifs, exagérés, sous ce rapport ; mais si les excès doivent être évités partout, il vaut encore mieux que le défaut vienne du côté de la réserve, que du côté du laisser-aller,

La nef centrale nous montre sur ses piliers, les statues de tous les fondateurs des grands ordres religieux. C’est d’abord, en commençant par le bas :

Ste Thérèse à droite, faisant face à S-Pierre d’Alcantara, à gau.

S-Vincent de Paul s ‘ 4$, Camille de Lellis *

S-Philippe de Néri 4 $, Ignace de Loyola #

S. Pierre, en bronze “ ‘“ %&, François de Paule Au delà du transept :

S. Elie, à droite, 6 4 $. Benoit de Montauii ‘

S. François de Sales ‘ “ “ Ste Françoise Romaine “ Dans l’abside :

S. François Caracciolo ‘ “48, Alphonse de Ligori ‘

S. Dominique “4 &$, François d'Assise # Dans le transept à droite :

S. Gaétan en face de S. Bruno S, Jérome Emilien 4“ $S, Joseph Calasanctio à gauche :

S. Jean de Dieu #4 Ste Julienne de Falconieri S, Pierre Nolasque 7" # $8, Norbert,

C'est dans cette même aile gauche du transept que se trouvent les confessionnaux des pénitenciers de différentes langues : italien, français, anglais, polonais, espagnol, grec etc, La pénitencerie de St-Pierre est dévolue aux Mineurs-Conventuels, celle de S. Jean de Latran aux Observants, et celle de Ste Marie Majeure aux Dominicains. Les confesseurs tiennent à la main une longne baguette avec laquelle ils frappent lé. gèrement la tête de ceux qui viennent s'agenouiller devant eux. Il y a 40 jours d'indulgence pour les personnes bien disposées qui s’astreignent à cet acte d’humilité,.

Sur les énormes piliers qui supportent la coupole, on voit les statues de S. Longin, tenant la lance avec laquelle il perça

imis nulle part.

de la Justice au la Vérité à celui dans notre pays, i oblige tout le nt sept mc'; de xagérés, SOUS Ce partout, il vaut e la réserve, que

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Miueurs-Convenrvants, et celle de nfesseurs tiennent le ils frappent lé.

uiller devant eux.

1es bien disposées

coupole, on voit Jaquelle il perça

côté du Sauveur ; en face à gauche, S. André. De l’autre côté, Ste Hélène tenant la croix et les clous de la Passion ; en face Ste Véronique montrant le S. Suaire, C’est dans les niches en arrière de ces statues qu’on garde les grandes reliques de la Passion, la Croix, le voile de Ste Véronique etc. On montre ces précieuses reliques au peuple le jeudi et le vendredi de la semaine Sainte,

L’autel du milieu de la rotonde est exclusivement à l’uage du Pape. Le baldaquin en bronze qui le surmonte est un des plus beaux morceaux qu’on puisse voir, IL est supporté par 4 colonnes torses en bronze avec guirlandes de feuilles dorées dans lesquelles jouent des enfants. Les colonnes mesurent 87 pieds de hauteur, elles sont appuyées sur des piliers de marbre.

C'est au-dessous de ce bildaquin, en face de l'autel papal, que se trouve la statue de Pie VI, en marbre blanc, représenté en oraison, agenouillé sur un prie-dieu.

Le portique mesure 46 pieds de profondeur, sur 428 de largeur ; on y pénètre par 5 entrées différentes, correspondant à autant de portes s’ouvrant dans le temple. La porte de l’extrémité droite est murée ; c’est la porte sainte, qui ne s'ouvre que tous les 25 ans, aux années jubilaires,

La place en face de la basilique est de forme elliptique et mesure 688 pieds de largeur sur 719 de longueur. Cette place est bordée de chaque côté par une colonnade de 4 par rangée, formant trois allées, et surmontée de 192 statues de 12 pieds de hauteur. De chaque côté de l’obélisque qui s'élève au milieu, est une fontaine faisant jaillir une magnifique gerbe d'eau venant du lac Braccioni, le même qui alimente les autres fontaines de la ville,

L’obélisque est un monolithe de granit siénitique qui fut taillé à Héliopolis en Egypte, et apporté à Rome par Caligula. Il mesure 83 pieds de hauteur et il est surmonté d’une croix. Il y a indulgence de 10 ans pour ceux qui récitent un Pater et un Ave en passant devant l’obélisque.

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