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chez les poëtes de la décadence latine, dans l’Ane d'or d’Apulée, déjà Néron avait exilé saint Jean à Patmos; déjà saint Paul, dans Athènes, avait annoncé le Dieu inconnu.
Toute onde paraît belle sous un beau ciel bleu. Mais le lac Ontario, entouré de grèves marécageuses, sans promontoires, sans îles, n’a de poétique que son nom et les associations d'idées qui s’y rattachent.
De Lewiston au Niagara, le chemin de fer traverse une forêt primitive , dont les rayons ardents du soleil couchant illuminent étrangement les clairières.
Il fait nuit quand nous arrivons aux chutes; la lune n’est pas encore levée; la terre tremble, on entend le bruit formidable de la cataracte. Mais on ne disting''e dans l'obscurité qu'un grand fantôme blanc. J'ai a bonne chance de retrouver ici l'honorable Alfred S., mon compagnon de traversée sur l'Arabia.
Nous nous levons à la pointe du jour ; les premières lueurs du rmatin scintillent dans le nuage éternel de vapeur qui domine les chutes. L'hôtel que l’on nomme Clifton-House est situé sur la rive canadienne, et la meilleure vue d'ensemble du Niagara s'aperçoit de la piazza ou colonnade qui l'entoure. L'île de la Chèvre (Goat-Island) sépare la cataracte en deux parties inégales, à droite du
fleuve se trouve la cascade américaine ; à gauche, la chute anglaise ou canadienne, que l’on nomme aussi fer à cheval, à cause du demi-cercle qu’elle décrit. La sublimité inouïe de cette merveille défie toute description.
C'estun océan qui tombe, selon Ampère; c’est une colonne d’eau du déluge, d’après Chateaubriand ; ou plutôt, c'est le Niagara! La hauteur de la chute varie de 150 à 160 pieds; cette hauteur en elle-même n’est rien; ce qui en fait la splendeur, c’est la masse d’eau incroyable; plus on yréfléchit, plus on la contemple, et plus on s'étonne; et après plusieurs semaines, le Niagara doit paraître encore plus étonnant que le premier jour.
Après déjeuner, nous nous rendons sur la rive américaine ; nous traversons dans une petite barque le fleuve rapide, écumeux, encore agité, assez effrayant, s’il faut dire le met. De l’autre côté, nous trouvons le bateau à vapeur The Maid of the Mist (la fille du brouillard), qui dans son excursion de toutes les heures rase, pour ainsi dire, le bord de la chute. Pendant cette courte navigation, il faut s’envelopper
de toiles cirées; encore est-on bien mouillé; et pour
ma part, j'avoue qu’étourdi par le bruit et par l’eau, je n'ai pas vu grand chose. En débarquant, nous sommes hissés jusqu’au haut de la falaise sur un plan incliné; c’est une espèce de montagne russe : si la corde cassait, on serait perdu.
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Décidément le Niagara ne serait pas un lieu agréable pour un homme nerveux.
On a construit un pont suspendu entre la rive américaine et Goat-Island. Rien de plus beau que cette île. Des arbres gigantesques, des fleurs sauvages, des rochers, et à chaque pas quelque nouveau point de vue sur les chutes ou les rapides. Le fleuve, dans l’espace d’un mille, descend déjà une pente de cinquante pieds avant de se précipiter dans le gouffre.
L'aspect de ces rapides estpresque aussi merveilleux que celui de la cataracte. De l'extrémité de l’île opposée aux chutes, si l’on s'étend sur l'herbe sous les grands hêtres, on n’aperçoit plus les rives peu élevées ; et ces eaux qui bouillonnent, semblent, pour ainsi dire, sortir du ciel bleu.
C’est dans une petite baraque, située dans l’île, qu'ont à se déshabiller ceux qui veulent pénétrer sous la chute américaine, dans la grotte nommée la Caverne des Vents. Un guide est indispensable pour celle singulière promenade, où en tous cas on reçoit un bain de pluie, fort agréable par ces grandes chaleurs. Nous descendons d’abord des marches glissantes; nous pénétrons sous la cataracte, retenant notre haleine, et nous cramponnant de notre mieux à une corde placée le long des rochers; puis, nous arrivons sur une sorte d’esplanade entourée de tous côtés par les ondes inugissantes. Il n’y a aucun
danger réel pour quelqu’un qui ne perd pas la tête, et quant à moi, il me semble que l'esprit, maîtrisé par la sublimité de ce spectacle, ne peut pas y concevoir des craintes chimériques.
C’est une scène du chaos, sauf l'obscurité; car le soleil brille à travers ces ondes; et, par un effet de lumière bizarre, nos fronts sont ceints d’un arc-en-
ciel circulaire, comme les saints et les enchanteurs |
d'autrefois.
Beaucoup d’autres choses dignes d'attention se
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rencontrent dans le voisinage des chutes du Nia- M
gara : le monument élevé en l'honneur du général M
anglais sir Isaac Brock; le fameux pont suspendu,
sur lequel passent à la fois le chemin de fer etla M grande route; les sources d’une eau bitumineuse, M
qui s’enflamme quand on en approche une lumière.
Mais c'est à Goat-Island que nous revenons sans M
cesse, pour jouir de la vue des eaux courantes pen- À
dant les chaleurs du jour. Rien ne peut égaler la splendeur de cet automne : il n’a plu qu’une seule fois depuis notre arrivée en Amérique, et cette sérénité de la nature contribue à l'impression favorable que nous recevons. Pourquoi faut-il quitter si 1ôt ce lieu où nous venons de passer deux journées si heureuses ?
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