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a la peinture de guerre, qui est rouge, et la peinture de chasse, qui est bleue. Ils portent des chaussures de peau de daim, nommées mocassins, et sont drapés dans une couverture de laine, souvent rouge; ils n’ont aucun vêtement par dessous, et ne se font aucun scrupule de se découvrir d’une façon peu modeste. Dans les grandes occasions, ils mettent des guêtres, et une espèce de robe de peau de daim, tandis qu’une bandelette de la même matière, ornée de plumes, leur entoure la tête. Dans le nombre, on rencontre de fort beaux hommes; mais ils sont en général petits, gros, disgracieux, et fort peu vigoureux. Les femmes sont souvent gentilles dans leur première jeunesse; leur peau cuivrée est très-douce, leurs yeux noirs très-vifs; mais passé vingt ans, elles sont déjà flétries, et ressemblent à de vieilles sorcières. Ces Indiens viennent quelquefois à La Pointe en grand nombre; ces jours-ci, il y en a beaucoup; car, outre que c’est la saison de la pêche, le moment du payement approche. IL est nécessaire d’expliquer ce que c’est que ce payement, qui a lieu à la Pointe cette année.
Les États-Unis avaient jadis assuré aux hormmes rouges la possession paisible d’un territoire trèsétendu dans les États de Michigan, d’Illinois, etc; peu à peu les colons empiétèrent, et en prirent possession : de là des indemnités aux Indiens; mais la principale cause de ces payemenis annuels, ce
sont les marchés que le gouvernement de l’Union a conclus depuis 1784 avec les chefs indigènes, pour obtenir d'eux la vente régulière du sol qu’ils occupaient (déjà des transactions du même genre avaient plus d’une fois terminé leurs luttes avec les premiers colons anglais). En 1784, l’Union acheta aux Iroquois le sol de là Pensylvanie; d’autres cessions suivirent, qui en 1840 avaient déjà coûté 460 millions de francs, tant en argent comptant qu’en goods , c’est-à-dire en vivres et provisions de toute espèce, bestiaux, outils et instruments d’agriculture. Il fut décidé, en 1826, que tous les Indiens des États de l'Est et du Sud seraient transportés à l’ouest du Mississipi; «au delà des États actuels, » disait le bill. On ne prévoyait pas avec quelle rapidité la race blanche allait s'étendre elle-même jusqu’au Pacifique, en cernant de tous côtés ces enclaves indiennes, qui la gènent. L'Union s'engagea à payer annuellement une certaine somme à chacun des Indiens transportés, les femmes et les enfants compris. Le secrétaire de la Trésorerie constatait, en 1856, qu’il restait à leur payer encore vingt et un millions soixante-six mille dollars. Ces annuités varient selon les tribus. Le payement s'opère au mois de septembre ; il est fait par un fonctionnaire, nommé agent indien. Il y en a vingt-cinq’ pour toute l'Union.
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les familles viennent au grand complet; malheureusement, au lieu de s'acheter alors des objets utiles, les sauvages jouent, s’enivrent, s’en retournent pauvres comme ils sont venus; et leur voyage, souvent long et pénible, est fatal aux vieillards et aux enfants. Des lois formelles (9 juillet 1832, 30 juin 1834, 3 mars 1847), citées par M. Benton dans sa réponse à M. de Tocqueville, défendent de leur vendre des liqueurs fortes, sous peine de confiscation et d'expulsion; elles ont été renforcées par celle du 12 juin de cette année, qui donne à l'agent le pouvoir d’éloigner des Réserves toute personne dont la présence peut nuire (may injure aux Indiens, et par conséquent ces bandes de marchands rapaces qui viennent s’abattre près du lieu: du payement. Mais je m'aperçois que l’on respecte bien peu les lois de ce genre aux États-Unis. Ce qui est grave aussi, c’est que les agents indiens, quoique bien payés, passent pour ne pas se contenter tous de leur salaire; souvent, en quatre ou cinq ans, leur fortune est faite.
À La Pointe, les habitants parlent entre eux le. chippewa ; avec les étrangers, un mélange francoanglo-indien, où le français domine; ainsi, à mon grand étonnement, c’est ma langue maternelle qui me sert à me faire comprendre des sauvages de l'île Madeleine ; leurs noms, quand ils ne sont pas barbares, sont de vieux noms qui sentent leur gar-
des-françaises, L'autre jour, je rencontre un gamin de jolie figure, très-éveillé, qui, un arc et des flèches à la main, tue des oiseaux avec une étonnante adresse ; je lui demande son nom. « Hilaire Généreux, » me répond-il. Les oiseaux que les enfants de la Pointe abattent ainsi avec des flèches, sont nommés Robins (rouges-gorges), mais ils ne ressemblent pas aux rouges-gorges d'Europe. Ce sont des oiseaux de la grosseur des grives, excellents à manger.
Presque tous les soirs, nous allons nous promener du côté de l’ouest, vers une langue de terre sablonneuse, où sont établies plusieurs familles Chippewas.
Les enfants s’enfuient à notre approche, comme si nous étions des croquemitaines; les femmes se retirent, en nous jetant furtivement des regards beaucoup plus gracieux; les grands chiens indiens, qui ressemblent à des loups, aboiïent, et nous montrent leurs crocs, mais sans nous attaquer jamais; je l'ai déjà remarqué, les chiens ont meilleur caractère en Amérique qu’en Europe. Quant aux hommes, ilsnous contemplent silencieusement : il n’y & que nos armes à feu qui semblent les intéresser, et qui les fassent sortir un peu de leur orpeur. Nous entrons quelquefois dans leurs wigwams d’écorce de hètre ou de bouleau. Que cette écorce est utile à l’Indien! c'est avec elle qu’il couvre sa cabane, qu’il construit son canot, et qu’il fabrique presque tous ses ustensiles
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de ménage ; elle sert enfin de linceuil à ses morts... Au centre du wigwam se trouve le foyer; la fumée s'échappe par une ouverture pratiquée au sommet ; le sol est couvert de fourrures et de nattes épaisses ; et sans la malpropreté des gens qui l’habitent, ce serait une demeure assez agréable. Les Indiens nous laissent asseoir, el ne nous adressent pas la parole; mais si nous faisons minede vouloir leuracheter quelque chose, alors ils deviennent aussi bavards qu’une marchande à la halle; en réalité, leur silence tant vanté ne provient que de leur stupidité. Comme tous les gens qui mènent la vie aventureuse des bois, ils ont un certain stoïcisme, mais rien de plus. Ils ont été dépeints d’une manière peu véridique dans les romans de Cooper, qui, par parenthèse, sont infiniment plus connus en France qu'aux États-Unis. Cooper n'avait jamais voyagé parmi eux, et n'avait en vue que les tribus du Sud, qui sont supérieures, dit-on, à celles-ci : une chose me le ferait croire: lorsque des Sioux ou des Chippewas prennent des femmes à la gucrre, ils les torturent et les massa- 1. C’est aussi le papier des Indiens. En janvier 1849, des tribus du lac Supérieur adressèrent une pétition au président, tracée en dessins au poinçon sur cinq carrés d’écorce de bouleau; on y voyait les armoiries (totems) de quarante-quatre chefs de tribus, puis la configuration des terres qu’ils occupaient aux sources du Wisconsin, et de celles qu’ils voulaient qu’on leur assignât, avec l'indication des lacs et des cours d’eau; un petit groupe de mai-
sons exprimait symboliquement leur résolution de quitter la vie nomade.
crent, sans être touchés de leurs charmes; les Comanches et les Choctaws, au contraire, les soignent, les consolent et en font leurs maîtresses. En somme, sauf quelques exceptions, cette race est peu sympa- ‘ thique. C'est une erreur que de croire qu'elle soit sur le point de disparaître. Quoiqu'il y ait rarement plus de deux ou trois enfants dans une famille, les hordes sauvages sont les seules qui diminuent, parce que le gibier leur fait de plus en plus défaut; les tribus agricoles prospèrent et multiplient, surtout quand la propriété y devient individuelle, comme les Indiens Stockbridges en ont les premiers donné l'exemple, en Wisconsin. (Loi du 6 août 1846 !.) Il faut se rappeler, néanmoins, que les unes et les autres, mais les premières surtout, sont à peu près sans défense contre les ravages terribles de la petite vérole, et, en général, contre l’invasion de toute maladie épidémique; comme, par exemple, celle qui enleva en 1801 la plus grande partie des Omahaws, avec son chef l'Oiseau-Noir; ou comme celle qui avait fait disparaître les Pawkumakutts, voisins des Massachussets, dans l’État de ce nom, en 1612, dix ans avant que les non-conformistes, réfugiés d’abord en Hollande, vinssent de là, en 1621, fonder le Nouveau-Plymouth. « La divine Providence, dit
1. « The lands in the Indian district are to be held in common; those in the citizen-district shall be divided, and each citizen shall receive his ratable proportion thereof, »
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un historien puritain de ce temps-là, se servit de cette maladie peslilentielle pour faciliter notre établissement dans le pays'. » Il est donc probable que plus d’une tribu finira encore de la même manière; et partout où la fumée des wigwams s’éteindra, le territoire, en déshérence de par la mort, fera retour, comme tout fief vacant sous le régime féodal, au domaine public de l’Union, propriétaire suzerain, par droit de découverte.
Les anciens recensements n'avaient donné que des résultats assez vagues (Guess-work), à cause de la défiance des Indiens; celui de 1853 en accuse 400 764.
Dans l’État de New-York, où sont fixés les débris des Six-Nations, le dénombrement de l’une des Réserves a été fait par un Indien Seneca civilisé, sir Nathaniel Strong. Je citerai quelques lignes de ce rapport?, qui confirment ce que je disais plus haut des fonds indiens, et empruntent d’ailleurs un surcroit d'intérêt de la personne et de la position de l'auteur :
1. Daniel Gookin, Historical collections of the Indians of New- England. Gookin fut nommé en 1656 magistrat ou directeur des Indiens, que le célèbre John Elliot avait convertis au christianisme depuis dix ans; et, en 1662, censeur des publications de cette imprimerie de Cambridge, la première établie en Amérique par le gouverneur Winthrop. Ce livre de Gookin est oublié dans le Bibliographical guide, si complet pourtant, de Trübner, 1859.
2. Daté du 10 novembre 1855, et inséré parmi les pièces du Census de New-York, in-4, Albany, 1857.
«Il y a quatre mille enfants des Cinq-Nations dans l'État de New-York. La nécessité les a forcés de quitter la flèche et l'épieu pour la charrue. L'orgueil héréditaire, peut-être le souvenir d’anciennes injustices, avaient empêché jusqu'ici le guerrier de se dessaisir des coutumes et des traditions de ses ancêtres (from relaxing his grasp on the customs, ele.) et de s'initier à une vie meilleure; .mais un changement s’est opéré... Puisqu'il y a un rayon de lumière dans le sentier de l’homme rouge, l'État voudra-t-il bien faire plus qu’il n’a jamais fait pour sauver les restes de cette noble race? Dans la révolution, quand quatre des Cinq-Nations prirent le tomahawk en faveur du roi anglais, les Oneidas seuls restèrent fidèles à la colonie de New- York ! leurs os sont mèlés à ceux de vos pères sur plus d'un champ de bataille...
« L'État de New-Ycrk a dépensé de grandes sommes pour aider les Indiens à se civiliser; mais cet argent a été confié à des hommes qui connaissent à peine notre race, et qui ne sont jamais entrés dans une école d'enfants indiens; ils ont été choisis pour surveiller ces écoles et l'emploi des fonds, sans qu’on se soit demandé s’ils étaient propres à cette tâche, et s'ils y prenaient intérêt autrement qu’à cause du salaire attaché à la fonction.
«C’est au missionnaire que l’homme rouge est redevable de tout le bien qui a été fait à lui et à ses
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