‹ De Québec à Lima [microforme]Chapitre 23 sur 54 · LA · texte numérisé non relu

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enfants, en ce qui concerne l'éducation et la connaissance de la religion chrétienne; le fidèle et désintéressé missionnaire ! Je demande donc respectueusement au secrétaire d’État que les allocations qui seraient accordées plus tard, on en confie le dépôt sacré aux missionnaires, qui sauront bien en faire l’usage le plus judicieux pour améliorer la condition des Indiens de l’État de New-York. »

Samedi, 25 septembre 1858.

Je profite de mon long séjour à La Pointe pour réfléchir sur le gouvernement des États-Unis et sur le caractère des Américains. En examinant les inslitulions d’un pays, il faut se garder d'idées politiques trop arrêtées, et apprécier les différences de position, de temps et de race.

Assurément le gouvernement démocratique, dont les États-Unis nous offrent l'expression la plus exacte et la plus complète, ne manque ni de grandeur, ni d'attrait, surtout quand il fonctionne dans toute sa force, sans être entravé par des institutions contraires, qui en font un système hybride, et qui altèrent alors ses qualités, sans lui ôter ses défauts. On ne peut trop y admirer cette liberté de l'individu, de la mu-

nicipalité, de la commune (qui se nomme ici Township); elle me paraît un des droits les plus nécessaires et les plus sacrés de l’homme, et il serait de la plus grande injustice de nier les avantages qu’elle procure à ce grand pays. Pas de bureaucratie; pas de rouages savants, mais incommodes pour les particuliers ; pas de grands centres privilégiés, qui s’enrichissent aux dépens des petites villes et des campagnes ; partout une activité mâle ; partout des LE entreprises ; : quelquefois elles sont désordonnées : ; mais ne doit-on pas préférer l'agitation avec la vie : et le grand jour, à la quiétude dans les ténèbres, dans la torpeur et la mort?

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La faute de ce gouvernement est de trop s'en MM tenir à des notions de justice et d'égalité abstrai- : len tes, et de ne pas assez se rendre compte de la per- î #7 versité humaine. Il suppose tous les citoyens, ou | leu du moins l'immense majorité d’entre eux, égale-: l'in ment vertueux, instruits et modérés ; ce qui est une E véritable utopie. En adoptant le suffrage universel, FEU cet enfant des philosophes matérialistes du dix-hui- hor tième siècle, il ne le retient par aucune barrière ; il a lui confie même la nomination des juges, qui ne Bal sont pas révocables, il est vrai, mais dont les fonc- mL tions cessent au bout de quelques années. Qu'en L'éle est-il résulté ? Dans les États de l'Ouest, où la popula- Par tion ‘est peu agglomérée, où la naturalisation s’ob- fr | e

tient plus difficilement, où la plupart des électeurs,

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de la préserver, l’on nomme juges des fermiers, des

marchands, des cochers, etc. Il y a là plutôt du ridicule qu’un danger sérieux; ces magistrats improvisés sont parfois un peü burlesques, un peu ivrognes; mais ils s’acquittent généralement ‘assez bien de leurs devoirs, en s’aidant plus de leur bon sens que de textes de lois compliquées. Mais il n’en est pas de même dans l'Est et dans le Sud. Là l’état des choses est déplorable, dans les grandes villes surtout. Les magistrats, nommés par la partie la plus vicieuse de la population, sont souvent des cabaretiers ou des maîtres de mauvais lieux. Ils font une excellente affaire, cat on s'enrichit promptement dans un tribunal; en revanche, les vauriens (rowdies) leurs amis, qui les ont nommés, s’assurent par là l'impunité. Ne faut-il pas leur passer bien des choses? ce sont des électeurs précieux, et tellement amoureux de la liberté, qu'ils chassent les gens honnêtes de l’endroit où l’on vote. Aussi les crimes se multiplient d’une façon effrayante. New-York, Baltimore, la Nouvelle-Orléans sont sous la domination d'associations de malfaiteurs. Le 1° juin 1857, l'élection municipale à Washington est ensanglantée par la Société des Plug-Uglies. Le 1° et le 2 septembre 1858, à Staten-Island, près de New-York, une foule incendiaire, sous prétexte d’insalubrité, et

pour couper court à tout danger d'infection ou de contagion, brûle les bâtiments de la quarantaine, dont on prend à peine le temps de faire sortir les malades. Les pouvoirs organisés restent sans vigueur ; au lieu de pendre ces coquins, on leur donne raison. Le New-York Herald, journal habile et importänt cependant, assure que l'esprit de la constitution est de se soumettre au vœu du plus grand nombre. Etsile vœu du plus grand nombre était de piller les marchands de New-York, et de détruire les ateliers de son journal, que dirait-il, M. James Gordon Bennett? . :

À la Nouvelle-Orléans, la classe aisée et honorable, fatiguée du désordre continuel, des crimes impunis, de l’indolence et de la corruption d’un maire rowdy nommé par d’autres rowdies, a dû constituer un comité de vigilance, et une vraie guerre civile a eu lieu. Les comités de vigilance sont fréquents; ils prouvent deux choses, que la justice est déplorable et impuissante, mais qu'il ya de l'énergie et de la vitalité dansla population. Il faut de la vertu et du courage pour les organiser, ils commettent parfois des excès quirépugnent à nos idées européennes; mais ils sont tropsouvent d’une nécessité absolue, etsouvent aussi ils obtiennent de grands résultats. Ce sont des comités de vigilance qui ont chassé de la Californie des bandes de voleurs et d'assassins ; c’est à eux que Sun- Francisco doit sa prospérité et sa sécurité actuelles.

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