‹ De Québec à Lima [microforme]Chapitre 28 sur 54 · Soi · texte numérisé non relu

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d'aujourd'hui. Telle a été surtout la marche suivie par feu Georges Morton, président de l'Académie des sciences de Philadelphie. Dès 1839, il publiait le résultat de ses recherches, dans les Cr'ania americana ; puis, dans l’Étude sur les Aborigènes !, il nia que la race caucasique fût pour rien dans le peuplement (peopling) du nouveau continent, et rejeta au conlraire, comme peu fondé, tout ce qui avait été allégué par divers savants, depuis Boturini jusqu’à G. Drake et Delafield, en faveur de l’origine asiatique des Indiens de l'Amérique. C'est une race, dit-il, essentiellement distincte de toutes les autres ; les crânes, anciens et modernes, des naturels du nouveau monde présentent une différence notable et tranchée avec ceux des habitants de l’ancien. G. Morton admet, comme les linguistes, l’unité de cette race américaine, persistant au milieu de la variété infinie de ses tribus ; toutefois, il signale un fait curieux , c’est que chez les tribus civilisées , Quichuas et Toltéques, l’espace occupé par le cerveau est plus petit que chez les tribus barbares?!

1. Inquiry into the distinctive characteristics of the aboriginal

> races of America (Philadelphie, 1844, 2° édit., p. 35 et 36). G, Mor-

ton est mort le 15 mai 1851; il venait de publier deux lettres,

> en réponse à celles de J. Bachmann, sur l’hybridité chez les

animaux, dans ses rapports avec la race humaine. 2. Soixante-dix-sept pouces cubes chez les Toltéques, quatre-

M \ingt-quatre chez les autres; quatre-vingt-douze dans la race ger- 2 manique, etc. Ces études ont été continuées d’après les papiers

La Pointe, lundi 27 septembre 1858.

Après de longues incertitudes, j'ai enfin résolu de gagner Saint-Paul, en partant du petit port de Bayfield, dont j'ai déjà parlé, et que je crois ainsi nommé du nom d’un capitaine américain, qui dressa une carte de cette contrée en 1825. Une espèce de route a été tracée à travers les bois qui forment une large frange verte autour du lac Supérieur; plus loin, sur les prairies, on rencontre le sentier indien (indian-trail ) que suivent les Chippewas, lorsqu'ils vont faire des expéditions dans le territoire des Sioux. Deux Américains se sont joints à moi pour louer un chariot, une tente, des peaux de buffles, etc. On nous conduira, en quatre ou cinq jours, sur les rives de la rivière Sainte - Croix, qui coule du nord-est at sud-ouest jusqu'au Mississipi, et dont la sourct (Upper Saint-Croix Lake) est située à sept cents pieds de Morton et sa collection d’enviror onze cents crânes, par J. C. Nott, médecin à Mobile, dans les Types des rates humaines, Type of mankind, 1854, qui ont eu sept éditions; puis, par Notttt Gliddon dans les Indigenous Races, où se trouve inséré un mt

moire de M. Aitken-Meigs, intitulé : The cranial caracteristics of the races of men. (Philad. 1857.)

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e 1858. | Montréal et de la baie de Chegomigon. Là nous 1 trouverons des canots indiens, pour descendre jus- À qu'à la bourgade nouvelle de Sainte-Croix-Falls, nfin résolu M d'où il est facile de gagner Saint-Paul, la sentinelle

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avancée des villes du nord-ouest. Nous partons à demain.

Avant dîner, je vais me promener sur la grève :sablonneuse, près du campement indien. La soirée est venteuse et sombre, et cette mélancolie de la Mature semble s'associer étroitement avec ma propre Hristesse. Avec combien de regrets je quitte ce toit Hospitalier de mes amis, et la petite Irlande que j'ai trouvée sur les côtes lointaines de cette île Maleleine, où je viens de passer les plus beaux jours le ma jeunesse, depuis ses malheurs et ses désappointements! |

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| LA PRAIRIE. LE LAC LONE. LES MILLE LACS. BORDS DE LA SAINTE=CROIX. GORDON. SAINTE-CROIX FALLS. SAINT-PAUL DU MINNESOTA.

Mardi, 28 septembre 1858.

| Après des adieux pénibles, nous quittons la Pointe À ct nous traversons le lac pour nous rendre au sud de | Bayfield, à la demeure du colon qui s’est engagé à à nous conduire avec son chariot jusqu'à Sainte-Croix. { Sa baraque en bois est sous un ravin profond, à près | de deux milles du lac : nous mettons assez longtemps à nettoyer, à examiner nos armes, à charger sur Île chariot la tente, nos effets et nos provisions; il est déjà plus de midi, lorsque nous nous mettons en {marche à travers la forêt.

Qu'il me soit permis de présenter au public les personnages de la caravane :

1° Le juge Mac-Leod. Originaire de Philadelphie, aimable, ayant lu. Il a une juridiction sur ces prairies; les Indiens ont très-peur de lui. Ne chique pas.

2° Le colonel M... (tout le monde est colonel ou major, dans le far-west). M. M... du moins a fai la guerre du Mexique, sous les ordres du général Zacharie Taylor. Vous savez, sans doute, que la victoire de Buenavista (23 février 1847) l'emporte sur Austerlitz? Fort poli et excellent garçon. Brave comme un pionnier. Ne chique pas, mais marche mal.

3° L'auteur : tire sur tous les gibiers et manque

tout, jusqu’à l’avant-dernier jour. Paresseux le ma: M

tin, mais impatient le soir, quand les chevaux de M. Pike n’avancent pas.

4° M. Pike, le colon automédon:. Très-actif le ma-

1. Ce nom me rappelle celui du major Pike (depuis général), chargé par le congrès, en 1805, d'explorer la région du haut Mississipi. Son ouvrage, encore estimé, fut publié à Philade. phie en 1810, à Londres en 1811, et traduit à Paris en 1812 On sait qu’il ne put s’élever plus haut que le lac Cass (1400 pieds), déversoir du lac Pemidji (1456 pieds), qui reçoit du sud les eat du lac Itasca, ou de La Biche (1532 pieds); les vraies sourcti du grand fleuve sont cinq petits ruisseaux (1680 pieds) qui de cendent dans ce dernier lac, et qui ont été découverts et visités tant en 1804 qu’en 1811-1812, par William Morrisson. Il restei fixer la hauteur des sources du lac Turtle, affluent du lac Cas venant du nord-ouest.

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blic les tin, mais voulant camper de bonne heure. Amoureux-fou de ses chevaux, dont l’un se nomme Lelphie, Jim et l’autre Dick, leur donne à boire dix fois es prai- par jour, et leur bassine les épaules avec notre que pas. thé. Chique et digère bruyamment. Tous les soirs onel ou M se promène dans les vignes du Seigneur ; du reste, safat BB méthodiste zélé : il fait nombre dans les huit milgénéral M lions d’adeptes que cette secte compte aux Étatse la vic- Unis.

orte sur 5° Robert Pike, fils du précédent; réveillé chaque . Brave D nuit pour aller donner à boire aux chevaux. Pas marche M méthodiste du tout, mais ni ivrogne ni chiqueur. | Brave jeune homme, plein d’entrain et de vie; mamanque niant la hache avec une adresse incroyable. 6° Michel, ou Chichigoyon, métis très-recommandé par le missionnaire de la Pointe. Très-assidu aux . offices, très-ivrogne, très-paresseux, très-voleur, un i peu assassin. Tire médiocrement, parle un peu À français, et tâche de corrompre notre cuisinier. 1 7 Michel II, ou Quaquasi, Indien pur sang, aime ; son nom chrétien, mais ne parle que chippewa. ! Quand on l'appelle Quaquasi, il répond : Vaiwin + (non) Quaquasi : Michel ! D'abord laborieux, puis . endoctriné pay son religieux compagnon.

{ Nous voilà donc partis pour l'inconnu, à travers N une forêt rendue éblouissante par les teintes si À riches de l'automne. Il y a une grande variété dans

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beau, ce sont quelques plènes gigantesques!, aux branches énormes; leur écorce rugueuse , couverte d'une longue mousse blanche, leur donne une physionomie étrange, druidique. Nous passons deux ou trois maisons de hois à moitié bâties. C’est ce qui se nommc ici une clearance. Le mot demande une explication. Une loi, ayant pour but de favoriser l'émigration, donne au premier occupant du sol le droit d'acheter de préférence 20 arpents, à un dollar et demi (7 fr. 50 c. l’arpent), lorsque les terres sont mises en vente par le gouvernement.

“Pour se procurer des droits, les enfants des colons vont élever des huttes dans les bois, c’est ce qui s'appelle faire une clearance; mais comme le plus souvent ils n’y restent pas, d’autres viennent à leur place; et cette loi, sage en elle-même, donne lieu à des contestations sans fin.

La route, si tant est qu’il y ait une roule, est montueuse et difficile : Robert Pike et Michel marchent en avant, la hache à la main, pour couper les arbres qui obstruent fréquemment le passage. En fait de gibier, nous ne voyons que l’oiseau nommé ic grouse , mais qui diffère beaucoup des grouses des

Iles Britanniques ; elles sont plus petites, et ont le L

plumage noir; elles se perchent sur les branches comme des grives. Ces oiseaux sont si faciles à tuer

1. Hemlock Larix microearpa. Plène est le mot des Canadiens français. |

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et si peu farouches, qu’un voyageur pour la compagnie de la baie d'Hudson, parent sans doute d’un trop célèbre baron, assure que si une compagnie se met sur un arbre, on peut les tuer un à un; mais, a-t-il soin d'ajouter, pourvu qu'on choisisse d'abord ceux qui sont sur les branches inférieures; car ceux qui sont perchés plus haut, en tombant à travers les feuilles, effrayeraient les autres. — II lait une chaleur extrême sous ces ombrages touffus, où J’air circule à peine. Nous n’avançons presque pas, et ce n’est qu'un peu avant le coucher du soleil que nous arrivons sur les confins de la première prairie.

Peu à peu les clairières se multiplient, les bois s'éclaircissent et s’abaissent, et tout d’un coup, au haut d’une colline, la prairie s'étend devant nous.

La prairie! mot merveilleux, qui fait battre bien des cœurs, même à Paris; mot qui donne l’idée de

k jeunesse, de la liberté, de l’entreprise, de la | chasse, du désert; qui charme également le chas- : seur, l’agriculteur, l’homme positif et le poëte; la + voilà!

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Un cspace immense ; non pas plat comme le Sa-

| hara, mais un terrain ondulant, des ravins et des | collines ; quelque chose comme la campagne de Rome

aux € aquæ acetosæ, » sauf l'horizon divin des monlagnes de la Sabine. Pas de grands arbres, mais parlout des chènes nains et des sumacks; leurs

feuilles, rougies par les premières gelées d'automne, donnent à l'horizon une teinte bizarre, qui semble se réfléter dans le ciel envahi par un de ces couchers de soleil sanglants, si communs à cette saison dans l'Amérique du Nord.

Tout est étrange et nouveau pour moi; nous campons sous quelques sapins, près d’un ruisseau. Après souper, je monte sur une éminence qui domine le camp. L'Occident s’est éteint, le vent seul siffle dans la solitude et agite les grandes herbes. La comète, que nous voyons depuis quelque temps, brille cette nuit d’un admirable éclat. Il m'est impossible de ne pas songer à une certaine scène du commencement de la Prairie, le meilleur des romans de Cooper. Mais, ainsi que le chasseur de miel et sa fiancée furent troubiés par l’arrivée des Sioux, je le suis soudain par les hurlements des loups, qui m'avertissent que, même étant armé, il vaut mieux ne pas s'éloigner des feux.

29 septembre.

Nous quittons le camp de bonne heure: le soleil se lève dans un ciel sans nuages. Une brise fraiche souffle sur la prairie, et me repose de ma nuit blan-

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Au bout de deux heures, nous rentrons dans les bois. Ce ne sont plus les feuillages étincelants d'hier, mais de sombres forêts de sapins. Le sol sans herbe est couvert d’un épais tapis d’aiguilles desséchées. Plus loin, il n’y a plus que des peupliers et des érables ; la nature semble dorée, et je comprends mieux les vers de Longfellow, dans sa belle pièce adressée à un chef indien :

In autumn, the leave of the maple Pave the floors of thy palace-halls with gold.

En automne, les feuilles de l’érable pavent d’or le seuil de ton palais, et en été, les pins y envoient l’haleine parfamée de leurs branches.

C’est dans ces solitudes qu’il faut relire le dernier poëme de Longfellow, la Chanson d’'Hiawatha, qu’un Européen apprécie difficilement. Mais quand on le lit à l'ombre des grands chênes de ces forêts, avec des Indiens pour compagnons, l'impression est toute différente. Les termes indiens immédiatement suivis des mots anglais ne me paraissent plus étranges ni désagréables ; ces vers, d’un rhythme inusité qui rappelle les chants de guerre et les danses des hommes rouges, semblent alors pleins d'originalité, sinon harmonieux. Toutes les traditions chippewas

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y sont fidèlement racontécs. Ce sont ces forèts que le jeune Hiawatha, fils de Wenonah ct de Mudjekeewis, traversa, portant un daim frais-tué sur les épaules, quand il alla demander la main de Minnehaha, la plus aimable entre les filles dés Dacotah (Sioux), pour sceller la paix entre eux et les Ojibbeways'. Et Longfellow, qui n’a jamais visité ces contrées, semble posséder une véritable intuition

poétique, tant il est exact dans ses descriptions,

tant on y trouve le sentiment de cette nature septentrionale, de ce climat si rude, mais si beau. Nous campons ce soir près du lac Solitaire (Lone) : il mérite bien son nom, loin de toute demeure humaine, et comme perdu dans l’immense forêt. Quand nous y arrivons, les derniers rayons du soleil éclairent les arbres élevés de la rive occidentale ; des nuages roses flottent dans l’air, et se reflètent dans l’onde calme; tout est silence : mais bientôt le bruit de la hache retentit, la tente se dresse sur le gazon moussu, le feu s'allume; un bon souper nous repose des fatigues de la journée,

1. M. Schoolcraît, l’auteur de la grande Histoire des tribus indiennes, dont le Veet dernier volume avait paru en 1855, s’est réposé en publiant, cn 1856, The myth. of Hiavatha, in-8°. — Il a paru, en 1860, un volume intitulé The Dacotah Indian Tribes, par M. James Lind, de Henderson, en Minnesota; un autre sur les Assinibonies, par M, Henry Youle Hind, M. A. (Master of Arts). Lond.

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