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1°" octobre.
Nous avons eu une alerte dans la nuit. Les loups se sont approchés de nous, en hurlant d’une façon lugubre. Quoique ne craignant pas beaucoup leur attaque, j'ai pris ma carabine toujours placée près de moi, tandis que ma boîte à revolvers me sert d'oreiller; puis, me glissant jusqu’à la porte de la tente , j'ai tiré un de ces animaux, que j’apercevais | vaguement à la clarté d’une nuit étoilée : la bande | humide s’est éloignée ; maïs ses hurlements, quoique moins dique, proches, nous ont empêché de dormir jusqu’au | dance 1 jour. Des traces de sang, que nous voyons à l'endroit P endant où j'ai tiré le loup, prouvent que je l’ai touché; dernière nous ne parvenons pas à le retrouver. ni n'adr
Ce beau mois, où les couleurs de la terre et du ; plus les ciel sont si brillantes, s’annonce par un lever de JR de de soleil divin. La brume rampe sur le lac paisible de LR confianc l'Étoile du Soir, mais elle n’atteint pas le som- lons Les met des grands arbres de l’île. Le firmament est les on couvert de grands nuages ardoisés, sur lesquels se droits, à frisent des nuages roses plus petits. A l'Orient, on “ ss aperçoit une ligne d’or verdäire, tandis que la j ste, ca
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prairie elle-même est, pour ainsi dire, baignée dans une vapeur violette. On ne peut, ni avec la plume, ni mème avec le pinceau, rendre la beauté de cette scène.
Le mot prairie s'entend de tout endroit désert, qui n’est pas envahi par l’éternelle forêt américaine ; toutefois il y a plusieurs espèces de prairies. La prairie proprementdite, qu’on rencontre surtout dans l'Illinois et dans le Nebraska, c’est la plaine sans limite, sans arbres; un Sahara avec de l'herbe au lieu de sable; — la prairie ondulante (rolling prairie) déjà décrite ; — la prairie de pins (pineprairie) dont le sol est couvert de petits sapins qui n'ont que deux à trois pieds de haut; — la prairie humide (the wet prairie) qui, comme son nom l’indique, est marécageuse, et où croissent en abondance les roseaux, les sureaux, les cotonniers. Pendant cette journée , nous rencontrons ces trois dernières espèces de prairies. J'avoue que je n’aime ni n’admire les prairies humides. Rien n’effraye plus les chevaux, et, je peux ajouter, les hommes, que de sentir le sol s’enfoncer sous ses pas. La confiance dans la stabilité de la terre que nous foulons est un des sentiments les plus communs à tous les animaux. Pour ma part, dans de pareils endroits, à ce malaise vient se joindre la crainte des serpents à sonnette : crainte un peu chimérique du reste, car ce terrible reptile, et ses autres collègues
venimeux, n'ont presque jamais été vus plus au nord que le lac Pépin.
Nous avons à traverser à gué plusieurs cours d’eau, dont l’un a été nommé l’Eau-Claire par les chasseurs canadiens'. Partout s'offrent à nous des marques de la présence des chevreuils, mais nous n'en voyons pas; sans doute ils auront été chassés par la bande de loups d'hier soir. En revanche, nous trouvons une quantité énorme de perdrix et de pigeons ramiers. Nous insistons pour aller, malgré Je vieux Pike, jusqu’au petit lac Sablonneux’. Au moment où nous dressons la tente sous de vieux chênes, de grosses gouttes de pluie commencent à tomber. Pike est atterré : que vont devenir ses chevaux ? Il nous propose de les mettre sous la tente. Frémissant de rage à notre refus, il veut prendre tout notre thé pour hassiner l'épaule de Jim. Nous ne faisons pas attention à ce vieux maniaque, et on nous apprète un souper de roi, avec des perdrix rôties devant le feu, sur des baguettes d’un bois aromatique. Les Indiens sont vraiment de trèshabiles cuisiniers, mais c’est Quaquasi qui fait tout.
1. 11 y a une autre rivière, Clear-Water, qui se jette dans le Mississipi (rive droite), sous la même latitude, entre l’embouchure de l'Osakis et celle du Carishon ou Crow-River, rivière des Corbeaux.
2. Ne pas confondre avec le grand Sandy-Lake, qui se jette dans le Mississipi (rive gauche), un peu au-dessous des Petits- Rapides et de l'embouchure du Cygne, West-Swan-River.
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Le saint homme Michel, qui a commencé par se griser la première nuit, et qu’il aurait fallu laisser en route si je n’avais pas pris le grand moyen de casser ma jarre de whiskey, le saint homme donc fait semblant d’être malade, pour ne pas nous servir. Le juge lui administre une dose de poivre, de moutarde et d’eau chaude, et lui annonce qu'il avalera deux autres doses dans la nuit, s’il ne va pas mieux. Le remède semble produire un effet étonnant.
Samedi, 2 octobre 1858.
Il a plu presque toute la nuit, mais notre bonne tente nous a garantis de l’eau, el maître Pike, un peu honteux de ses fureurs de la veille, nous a laissé dormir jusqu’à une heure raisonnable.
Nous devons arriver aujourd’hui, sur les deux heures, à une maison construite au confluent des rivières Namacagon et Sainte-Croix. On nous a dit que nous y trouverions des canots. Nous longeons tantôt des lacs, tantôt des bois de sapins et de mélèzes, nommés ici hackmataks et tamaracs. Cette différence, entre les noms d'arbres en Amérique et ceux usités en Angleterre, m'a déjà frappé. Je
remarque aussi les locutions bizarres de l'Ouest, les mots mean (vif), I guess (je devine), employés à arrête tout propos. l'eau,
À mesure que nous approchons de Namacagon, Nous le pays devient aride, puis nous descendons dans nous des prairies marécageuses, encombrées d’alders le cha (sureaux); nous allons si lentement, que l’impatience à lea nous saisit. Nous nous consolons en pensant aux nage, plaisirs prochains de Namacagon. Nous nous figu- chaud rons une jolie maison, un campement indien bien condu pittoresque, des canots à choisir, des vaches et du Nou lait, etc. g Groix
Quel château en Espagne bien vite écroulé! Na- ee la macagon, le charmant Namacagon, est une affreuse priétai hutte dans un marais ; pas de canots ; en fait d’êtres en Es animés, un vieil Indien bien misérable, et deux en- sort de fants tout à fait nus; plus, quelques millions de sai ou moustiques. Nous sommes dans la partie nord du A LS comté de Burnett. Parf
Cependant le juge et le colonel se décident à at- reel tendre ici le retour du propriétaire, qu’on nous dit FaIssen parti en canot. S’il n’est pas arrivé demain matin, il somme est convenu qu'ils me rejoindront à Gordon, où je un end les attendrai jusqu’au soir. Gordon n’est qu’à qua- | Des os torze milles d'ici, sur la Sainte-Croix, maisil faut | (Peut-é traverser la Namacagon. | Siflle de
La rivière est large et a l’air assez proforide; Vne:sre
l’amour-propre du vieux colon ne veut pas se laisser a conf ésert,
arrêter par un pareil obstacle ; nous entrons dans l’eau, guidés par l'Indien, qui nous montre le gué. Nous nous sommes déshabillés, Robert et moi. Bien nous en prend; car, arrivés au milieu du courant, le chariot commence à enfoncer ; nous nous jetons à l'eau pour l’alléger et je gagne l’autre bord à la nage, assez satisfait de ce bain par une journée trèschaude. Robert et l’Indien aident les chevaux, Pike conduit bien, et le chariot arrive enfin aussi.
Nous gravissons les côtes qui bordent la Sainte- Croix et nous nous.acheminons, à travers un bois, vers la cité de Gordon. Pas de route tracée, le propriétaire de Namacagon, notre ci-devant château en Espagne, n’allant jamais qu’en canot quand il sort de chez lui; seulement, de temps en temps, ur arbre avec une entaille faite à la hache; c’est ce qu’on appelle, en Amérique, blazed road.
Parfois, nous avons de charmantes échappées de vue sur la rivière; mais ces quatorze milles nous paraissent sans fin, la nuit arrive rapidement, et nous sommes obligés de camper dès que nous trouvons un endroit avec un peu d’eau pour bêtes et gens. Des ossements que nous voyons près de la route (peut-être ceux d’un cheval) et une bise aigre qui siffle dans les branches, ne nous disposeraient pas à une grande sérénité. Mais il y a plus de danger sur les confins de la civilisation américaine qu’en plein désert.
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3 octobre.
Pendant qu’on charge le chariot, je marche en avant; au détour d’un petit bois, j’aperçois un magnifique chevreuil à quelques pas de moi ; malheureusement l'émotion me saisit, ce qu’on nomme en Angleterre la fièvre du cerf (buck-fever), et j'ai le chagrin de le manquer.
La splendide cité de Gordon, où nous atrivons bientôt, se compose d’une maison. Plusieurs Américains y sont réunis. Ils ont un grand canot, en bois très-léger, mais d'apparence un peu moins fragile que ceux d’écorce de hêtre. Mon Indien veut m'empêcher de le prendre; il m’assure qu’il y a des rapides dangereux, que les hommes blancs ne savent pas manœuvrer un canot, etc.; enfin il me conseille de ne pas attendre les deux messieurs américains, et d'aller à huit milles plus loin, chez un métis, du nom de Coveo, qui me conduira bien plus rapidement à la ville de Sainte-Croix. Säns me méfier de lui, je ne suis pas ses avis, et, sur les deux heures, le juge et le colonel arrivent comme on en était convenu la veille. Le propriétaire de Namacagon n’a toujours pas reparu.
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Nous partons immédiatement : un homme est à l'avant et fait avancer le canot avec une espèce .de pagaie; un autre est à l'arrière, et gouverne avec un engin analogue.
Nous sommes couchés sur nos bagages au milieu du canot, avec injonction de ne bouger que le
moins possible.
Pike, son fils, et nos deux Indiens, sont restés à Gordon. Il m’en a coûté de me séparer de Robert qui m'avait inspiré une grande amitié. L'un et l'autre nous faisons des vœux réciproques pour notre bonheur, dans les pays et les situations différentes où le sort nous à placés.
La nature me paraît triste : un courant rapide est en notre faveur, mais un vent violent s'élève en sens contraire, et nous avançons si lentement que nous nous décidons à camper, dès que les rives éle-
vées s’abaisseront.
Un peu avant d'arriver à cet endroit, quelle n’est pas notre horreur, en voyant un cadavre humain en décomposition, suspendu à un arbre qui domine la rivière! On nous dit que c’est le cadavre d'un Sioux, tué par les Chippewas. La Sainte- Croix forme la limite, non-seulement entre les deux États du Minnesota et du Wisconsin, mais encore entre les territoires de chasse de ces deux puissantes tribus, qui augmentent au lieu de diminuer comme tant d’autres; aussi ses ondes sont-
elles souvent ensanglantées; cet été il y a eu plusieurs rencontres, où les Sioux ont eu le dessous, Deux jeunes Sioux sont restés cachés deux jours entiers dans les épais roseaux d’une petite île, guettés par une troupe de Chippewas qui n'osaient pas affronter leurs coups de fusil; car chez les Indiens, la guerre est une affaire d'adresse et de surprise, bien plutôt que de courage. Dans la seconde nuit, ces jeunes hommes sont parvenus à s'échapper à la nage, malgré la vigilance de leurs ennemis.
Cette journée sombre est terminée par un admirable coucher de soleil; trois lignes horizontales, orange, cerise, et lilas, remplissent l'occident; mais cela ne dure qu’un instant ; et la nuit descend, avec une rapidité étonnante pour un pays du Nord.
Nous campons sous les grands cotonniers d’un rivage marécageux. Nous sentons vivement la privation de notre tente, laissée à Gordon. Sur les collines prochaines, les loups font entendre leur charivari infernal.
4 octobre.
Les loups nous empèchent de dormir la plus grande partie de la nuit. À deux heures du matin, nous sommes debout ; et pendant que nos bateliers
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préparent un déjeuner composé d’une soupe de riz sauvage, au lard, le juge nous entretient de l’assassinat de M. Mac-Iwen, à cette mème saison, l’an dernier. Il était parti à pied de Bayfield, avec le métis Coveo. On n'a plus eu de ses nouvelles, jusqu’au moment où son cadavre a été découvert, lors de la fonte des neiges. Deux Indiens étaient venus à Namacagon avec sa montre et ses boutons de manches en or, On devait les arrèter, mais ils sont morts subitement, empoisonnés, à ce que l’on dit. Les soupçons se sont portés alors sur Coveo, qui aurait fait commettre ce crime par les Inidiens, et les aurait empoisonnés ensuite, de peur d’être dénoncé par eux. Malheureusement on n’a pas de preuves positives contre lui. Je commence à comprendre pourquoi le saint homme Michel voulait à toute force me conduire chez ce Coveo.
L'atmosphère est si calme, que nous voulons en profiter. Nous partons longtemps avant le jour; le croissant de la lune brille encore à l’horizon ; une brume blanche rampe le long des arbres de la rive, qui semblent flotter dans l'air. Aux premières lueurs de l’aube nous entendons un galop dans les bois, nous restons immobiles et silencieux : bientôt une troupe de chevreuils paraît, et plus heureux que ces derniers jours, j'ai le bonheur d'en tuer un.
| Peu de temps après, nous arrivons aux rapides de la Chaudière (Kettle). Ils s'étendent sur un espace de six
milles ; et ce n’est pas sans quelque danger que nous les passons, car l’un de nos bateliers n'entend rien à son affaire et ne pense qu'à chiquer, tandis que l’autre, brave jeune bûcheron, est bien un homme de l’Ouest pour l’insouciance dans le danger et pour la témérité.
Les bords de la Sainte-Croix, très-accidentés et couverts à cette saison d’un éblouissant feuillage, seraient un paradis pour un bon chasseur. Les chevreuils pullulent dans ses forêts, les loups y Sont communs; on ÿ rencontre même des ours bruns; au-dessus de ses. ondes planent les faucons d’eau, es aigles, les martins-pècheurs ; dans ses roseaux habitent des myriades de canards “et d’oies sauvages ; enfin, les rats musqués et les loutres sont communs dans ses rochers. Il y avait autrefois des castors, mais ils sont presque tous détruits.
Vers le soir, nous apercevons une chevrette qui descend rapidement le rivage escarpé, et se jette dans la rivière; probablement elle cst poursuivie par des loups : nous faisons feu ensemble; et
voilà une seconde bête dans le canot. Mais nous
sommes surchargés; de plis, un vent contraire s’éève de nouveau, et ce n’est qu'à dix heures du soir ue nous arrivons à une cabane de büûücherons,
éreintés, comme on peut le croire, ettransis de froid.
Il y a un lit ! le maître de la maison, grand gaillard
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