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un système de culture sans engrais suffisants épuise tôt ou tard le sol. Les terres les plus riches de la Pensylvanie et de la Virginie sont maintenant incultes ;, il en est de même dans les Carolines ; et si l'on n’avise bientôt, la génération actuelle pourra voir les plus belles prairies de l'Illinois réduites au même étai. Heureusement, les hommes de l'Ouest commencent à s'occuper sérieusement d'agriculture, et en outre, des centres importants comme Chicago, Cincinnati, Saint-Louis, pourront leur fournir une masse suffisante d'engrais.
Il y a eu cet été vingt ans, que la célèbre voyageuse anglaise, Mile Harriet Martineau , arrivait à Chicago, dans un chariot, et trouvait là une petite bourgade à maisons de bois; ni routes, ni quais, ni port; il y à dix ans, ce n’était encore qu'une ville de 10 000 âmes; maintenant, Chicago a dix chemins de fer, plusieurs lignes de bateaux à vapeur, d’immenses maisons en pierres de taille, de belles églises gothiques qui me donnent une haute idée du talent de ses architectes, et plus de 120 000 habitants. Tels sont les merveilleux progrès des villes de l'Ouest.
Le principal hôtel de Chicago, Tremont-House, est un des meilleurs des États-Unis. Une cuisine excellente, une abondance inouïe de gibier, de pâtisserie, de fruits, etc. C'est là que je mange de la langue de bison, mets délicieux, que je recom-
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mande à tout gourmet qui traversera l’Atlantique. Tous les domestiques sont Irlandais; du reste Chicago est pour ainsi dire une ville irlandaise.
Le lendemain de notre arrivée, par un ciel sombre et brumeux, nous visitons le cimetière catholique , situé sur la plage sablonneuse du lac Michigan. Que d’espérances évanouies! que de tombes creusées là, pour ceux qui espéraient dormir avec leurs ancêtres, sous la terre bénie de l'Irlande! Je retrouve sur ces sables toute une douce histoire écoulée! Le passé a des voiles, l’esprit a de ces chambres sépulcrales dont parle le romancier Thackeray ; il vaut micux ne pas lever ces voiles, il vaut mieux ne pas ouvrir les portes de ces sépulcres inconnus et désolés ! Que les morts yreposent donc, pendant que le monde, comme dit le poëte Bryant, continue de vieillir :
To slumber there, while world grows old.
Le chemin de fer qui conduit de Chicago à Cleveland , et de là à New-York, longe pendant une partie de son parcours les côtes méridionales du Michigan et du lac Érié; le pays est peu intéressant; en entrant dans l’État de Michigan, je rencontre de nouveau l’éternelle forêt américaine, que j'avais perdue de vue un moment, dans les prairies de l'Illinois. Cleveland, chef-lieu du comté de Cuyahoya, dans l’État d'Ohio, a un port sur le
lac Érié ; c'est une ville de 40 000 âmes, et qui n’en comptait que 6000 en 1840, régulière et bien bàtie. Je mets presque une journée à gagner Médine; car il n’y a presque pas de routes aux États-Unis: et quand on quitte les chemins de fer, les difficultés et ia lenteur de la locomotion deviennent extrèmes.
A Juana la grenadine Sulian Achmet dit un jour :
Je donnerais sans retour
Mais la Médine sainte, qui profile toute blanche sur le ciel éblouissant de l'Orient, ressemble peu à la petite bourgade où je viens visiter une famille de paysans irlandais, établie depuis quelques années dans cette partie reculée de l'Ohio. |
Comme à New-York, comme sur le lac Supérieur, je retrouve des amis d'outre-mer; et je regrelte d'autant moins cette excursion, qu’elle me donne l’occasion de voir, ce qui est rare, une population rurale aux États-Unis. Certainement, ce ne sont pas des paysans, ce sont des laboureurs plus ou moins en habit noir; mais ils sont intelligents, infiniment plus instruits que nos campagnards en France, et paraissent dignes de leurs droits poiitiques. Ils sont généralement de la secte protestante des méthodistes, mais vivent en bonne intelligence
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avec leurs voisins catholiques. Ceux-ci se plaignent beaucoup du grand manque de prêtres. Les hommes irlandais, flattés d'obtenir des votes, de faire des discours, de s'entendre nommer « hommes libres, » sacommodent assez bien de l'Amérique; il n’en est pas de même des femmes; comme partout ailkurs, je leur entends dire qu’elles voudraient s’en retourner, et qu'elles préféreraient la pauvreté en ilande, à la richesse aux États-Unis. — En fait,
A lémigration est une loterie : pour un qui réussit, l yen a dix qui meurent, ou qui se traînent dans
h misère.
Près de Médine se trouve une nappe d’eau, couverte d'oiseaux sauvages, qu'on nomme le lac des
{Ültawas. Ainsi, quand les sept Nations ne les atta-
quaient pas encore, les Ottawas erraient dans ces bois, au lieu de fouler les grèves septentrionales de h Grande-Manitoulin !
Cincinnati, 3 novembre 1858.
Le soir de la Toussaint, nous allons prendre 3 la Slation de Grafton le chemin de fer de Cleveland à Cincinnati.
Sur cette ligne, il y a des chars de nuit (sleeping cars), invention très-agréable, qu’on devrait bien établir sur nos grandes lignes, comme celle de Paris à Marseille. Le long de la voiture, des deux côtés, sont rangés trois étages de cajutes, comme sur un vaisseau; dans chacune d'elles, il y a un sommier élastique, un oreiller couvert de cuir, et un grand couvre-pied. Aux deux extrémités de la voiture, sont des poêles en fonte; un rideau la partage en deux parties, dont une est réservée aux dames. On montre son billet en entrant, et l'on n’est plus dérangé qu'un peu avant d'arriver au lieu de sa destination. Pour jouir de tous ces avantages, on n'à qu'à payer un supplément de 2 fr. 50 cent. Si on daignait avoir de pareilles voitures dans nos trains de nuit express, ce serait une bénédiction pour les voyageurs. Mais nous sommes ou arriérés, Ou possédés d’un fanatisme d'ordre, qui finit par produire le désordre, comme quand on entasse des centaines de voyageurs dans des salles d'attente, au lieu de leur laisser prendre tranquillement leurs places. Vraiment, lorsque nous parlons contre les chemins de fer américains, que nous ne connaissons pas, nous rappelons la parabole de la paille et de la poutre.
2ertainement, dans l’Ouest il y a bien çà et là des chemins de fer mal construits, des ponts en bois qui ne sont pas très-solides , etc., mais je peux aftirmer qu’en général on y voyage d’une manière plus
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agréable que sur les chemins de fer du continent en Europe, Quoi de plus simple, de plus expéditif et de plussür, que le système des chèques pour lesbagages ? Les chèques sont deux petits jetons de cuivre numérotés, et suspendus à une lanière en cuir; on en attache un sur votre colis, et l’on vous remet l’autre, dont le numéro est le même. Arrivés à votre destination, on vous remet votre bagage, sur la seule présentation de votre jeton. En trois minutes on attache des chèques à plus de cent colis. Avant d'arriver dans toutes les grandes villes, un homme vient vous demander vos chèques, et s’informe de la maison où vous comptez descendre. Si vous les lui remettez, comme je le conseille à tout voyageur, vous n'avez plus à vous occuper de vos malles, qui arriveront à hôtel presque en même temps que vous, et pour une somme très-modique. Ces hommes sont les agents d’une grande compagnie ‘( l’American-Express); non-seulement on peut se fier à eux, mais encore il faut le faire; car c’est l'usage, et l’on Sépargne ainsi un grand ennui.
Si la compagnie de chemin de fer ne remet pas vos bagages à la présentation de vos chèques, elle vous doit, sans autre forme de procès, une cerlaine somme , fixée selon les différents États.
Puisque je suis sur le sujet des chemins de fer Américains, je signalerai un défaut qui ne regarde pas les voyageurs, mais les propriétaires. Les billets
sont rarement pris avant de monter en voiture, et c'est le conducteur qui se promène dans les chars qui recueille l'argent. Il n’y a que peu ou pas de contrôle ; aussi ces conducteurs sont-ils presque toujours fort riches. L'un d’eux, employé sur un chemin de fer près de New-York, a une belle maison de campagne, une maison de ville, quatre chevaux, etc. Mais les principaux actionnaires étant Anglais, les directeurs américains ne se font pas scrupule de voler les Britishers, ou bien c’est de leur part indifférence; car, chose bizarre, en dépit de toute son habileté, l'Américain se laisse voler facilement.
J’entre à Cincinrati le jour le plus triste de l’année, le jour des Morts. Le cicl est triste. La ville me paraît bien au-dessou, de sa réputation. Je ne remarque qu’un beau monument, la cathédrale ca-
tholique. Elle est construite en pierres blanches.
occupe une position élevée, et me paraît un des plus beaux édifices de l’Union.
Le débarcadère ou levée, qui longe l'Ohio, présente un spectacle extraordinaire par le mouvement el le grand nombre de bateaux à vapeur qui partent et qui arrivent; mais les rives de la Belle-Rivière me désappointent. C’est sur ces rives qu'est située la charmante villa de M. Longworth, le propriétaire des principales vignes de Catawba, homme riche, éclairé et protecteur des beaux-arts. Le ca-
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hwba est un excellent vin, qui tient du champagne et du moselle mousseux; son prix élevé (de 8à 10 fr. la bouteille) le met hors de la portée de boutes les bourses. Mais l'Union produit une quantité si considérable de raisin, que, surtout dans le Missouri, dans un prochain avenir ce sera un pays tinicole. À M. Longworth appartiendra l’honneur des premiers efforts, et à M. Ch. Haven, créateur du tignoble de Woodlawn, comté de Saint-Louis.
Le nombre de cochons qu’on tue et qu’on salc à Cincinnati tient du prodige. Aussi, sont-ils fort communs dans les rues de Cincinnati. Ils me gâent la ville. J'y rencontre beaucoup d’Allemands. Rien de plus antipathique et de plus malpropre que la plupart des émigrants allemands dans «es villes de l'Ouest; à tous les défauts américains, ils joignent une âpreté extrème au gain, (tune avarice des plus sordides.
Philadelphie, ce 8 novembre 1858. Gerard-Hou:e.
Trois lignes partent de Cincinnati, et vont rejoindre le grand chemin de fer de Baltimore à l'Ohio. Je ne conseille à personne de prendre la plus