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un monument a été élevé en l’honneur de la victoire remportée sur les Anglais, lors du siége de Boston. Le combat de Bunkers-hill (16 juin 1775) fut le premier où les milices américaines eurent l'avantage sur des troupes disciplinées. Le souvenir est glorieux, le monument est ridicule ; il ressemble à la grande cheminée d'une usine; on croirait presque voir le Wellington-Monument dans le Phénix-Park, à Dublin.
Je ne parle pas des arbres de la liberté. Notre génération a peu de respect pour eux. Elle se souvient trop des pantalonnades de 1848.
Je comptais visiter Plymouth, où les premiers puritains (ou plutôt brownistes) débarquèrent du May-Flower le 22 décembre 1620, et où se passe le nouveau poëme de Longfellow : the Courtship of Miles Standish ; l’île de Nantucket, connue de tous les lecteurs d'Edgar Poë, et le curieux promon-
1. Cet anniversaire se célèbre religieusement encore, dans cet État du moins, comme en témoignent ces vers que je trouve dans les Contributions to Literature, de Samuel Gilman, théologien, mathématicien et poëte, né en 1791, à Glocester, en Massachusets, et mort en février 1858, à Kingstown :
« Honoré soit le jour où il arriva, le May-Flower ; honorée soit la charge qu’il portait, ces hommes graves, religieux et illustres, qu’il déposa sur nos bords encore sauvages. Poursuis, Ô Nouvelle- Angleterre, ta noble destinée, malgré les orages de luttes éphémères, et ton esprit, qui ne meurt pas, ne cessera d’être un germe de vie pour tout un continent. »
Philadelphie célèbre de même l’anniversaire du débarquement de Guillaume Penn, le 24 octobre 1681.
toire du cap Cod, qui s'étend à une centaine de milles dans la mer; mais la saison est trop avancée ; je me contenterai donc d’avoir vu les montagnes Blanches et la métropole intellectuelle de l'Amérique.
À quelques milles de Boston, à l’ouest, s'élève l’université de Cambridge‘, nommée aussi le collége d'Harvard, en mémoire de son fondateur. Des cent vingt-quatre colléges actuels de l’Union (non compris les écoles de droit et de médecine), quatrevingt-dix-huit n'ont été créés qu’en ce siècle-ci; vingt-trois seulement entre 1700 et 1800; il est donc juste de mentionner, honoris causa, ceux qui remontent plus haut, et en première ligne l’établissement d’Harvard, qui date de l’année 1636. John Harvard, ministre de la ville voisine de Charlestown, avait, par son testament, légué une somme de huit cents livres sterling pour les premières dépenses. La ville elle-même ne faisait que de naître, fondée en mai 1631. |
Après ce doyen des colléges, viendrait celui de William et Mary, fondé en 1602, par Nicholson, lieutenant du gouverneur lord Effingham, à Williamsburg, capitale, à cette époque, de la Virginie (ce titre n’a passé à Richmond qu’en 1779).
Enfin, au troisième rang d’àge, se place le collége de Yale, fondé en 1700 à New-Haven, au-
1. Benjamin Peirce, mort en 1831 professeur de mathéwatiques, à Cambridge, a publié une histoire de cette université.
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jourd’hui l’une des deux capitales du Connecticut. C'est à Yale que prenait ses grades universitaires, en 1805, à peine âgé de seize ans, Fenimore Cooper, mort le 14 septembre 1851.
Mais revenons à Cambridge. Ne vous attendez pas ici aux magnifiques édifices et à la pompe des universités anglaises. Üne bibliothèque, une église simple, quelques salles d'étude, et tout autour, au milieu de beaux jardins, les modestes mai-. sons , la plupart en bois, des différents professeurs. Mais la gloire de l’université d’Harvard, gloire plus solide et plus réelle que celle des masses monumentales et des riches dotations, est tout entière dans le grand nombre d'écrivains illustres qui sont sortis de ses murs, et dont la plupart sont restés attachés à son enseignement ou demeurent dans les environs. Le septembre 1836, le collége à vu treize cents anciens Alumni célébrer le deuxième anniversaire séculaire de sa fondation; parmi les discours, dont un du président J. Quincy, parmi les poésies que cette solennité ne pouvait manquer d'inspirer, je demande à citer quelques vers d’une pièce du même Gilman, dont j'ai parlé plus haut, et qui avait été élève et professeur à Harvard, avant de devenir ministre unitairien à Charlestown (Caroline du Sud).
«Bel Harvard, voici tes enfants qui accourent à ton jubilé.…. Lorsoue dans la fleur de la jeunesse, quittant l'asile
où nos premiers ans s'étaient paisiblement dissipés, nous fûmes amenés sous tes ombrages, après les conseils de nos pères, les prières, les bénédictions, les larmes de nos mères et de nos sœurs, c'est toi qui es devenu notre père, le nourricier de notre âme, c’est toi qui nous a façonnés pour l’âge viril, jusqu’au jour où riches de pensées, d’amitiés et d'espérances, nous nous sommes élancés sur l’océan de la vie...
Adieu! que'tes destinées soient toujours glorieuses; enseigne toujours à tes enfants à penser en hommes libres, ‘à souffrir en hommes forts, à vivre résolüment pour le droit; sois toujours un héraut de lumière, fais porter aux âmes le fruit de l'amour, jusqu’à ce que meure la race des puritains. »
Fair Harvard! thy sons to thy Jubilee throng.…..
To thy bowers we were led, in the bloom of our youth, From the home of our free-roving years,
When our fathers had warned, and our mothers had prayed, And our sisters had blest, through their tears :
Thou, then! wast our parent, the nurse of our souls, We were moulded to manhood by thee ;
Till, freighted with treasure thougths, friendships and Thou didst launch us on destiny’s sea... [hopes; Farewell ! be thy destinies onward and bright;
To thy children the lesson still give
With freedom to think, and with patience to bear,
And for Right ever bravely to live ; |
Be the herald of light, and the bearer of love,
Till the stock ofthe Puritans die!
Que l'on compare ces accents mäles, et sévères dans leur attendrissement même, avec l'élégie
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Cambridge, où fonctionna, dès 1638, la première imprimerie de l’Amérique, qui n’en comptait que quatre en 1700, Cambridge est assurément encore le premier centre intellectuel du nouveau monde, et personne ne pourra le contester, lorsque je citerai Longfellow, Prescott, Bancroft, Ticknor, Lovell, Agassiz, Channing (mort en 1842), Henri Dana, Nathaniel Hawthorne, Emerson, Edouard Everett, et enfin, quoique j'eusse dû le nommer un des premiers, le professeur Felton, à qui je dois une reconnaissance dont il me sera impossible de m'acquitter jamais. Sans parler de son accueil si cordial et si bienveillant, ainsi que de celui de son aimable femme, sœur de Mme Agassiz; c’est grâce à lui que j'ai fait connaissance avec plusieurs de ces penseurs dont je garderai toujours le souvenir, et qui honorent l’Union bien plus que ses hommes politiques. J'ai été partout reçu avec cette bonne grâce que les esprits vraiment distingués accordent toujours à la jeunesse, quand elle vient chercher auprès d'eux et dans leurs entretiens une instruction plus pénétrante, et plus efficace Pour eux, que tous les préceptes des livres.
Les manières des homimes de lettres des États- Unis (qui sont aussi celles de la haute société de Boston) tiennent de la politesse française et de
l'hospitalité anglaise. Ce sont en général des hommes de bonne famille et d’une certaine fortune, Dégoûtés de la démocratie insensée où le pays se lance, car rien ne révolte plus toute âme haute que le despotisme du zéro stupide sur la minor'té intelligente, ils se sont retirés des affaires pubiiques sans ostentation, sansrécriminations inutiies contre leur patrie; ils ont cherché dans le domaine de l'idéal une occupation et un asile. Etrangers au fanatisme étroit des puritains, sous lequel la Nouvelle-Angleterre a longtemps gémi; mais malheureusement (quoique sans arrière-pensées hostiles contre nous), conservant trop de préjugés d’eï:fance contre le catholicisme pour l’embrasser, ils se sont la plupart rattachés à la secte des unitairiens, dont la tolérance et les idées larges conviennent à leurs esprits philosophiques. Vivant dans l’aisance, et fort souvent hors des villes, on conçoit que l’on ne rencontre chez eux rien de ce que nous appelons « la bohème. » Edgar Allan Poë est le seu! qui rappelle tant so't peu cette physionomie; c'est peut-être en je pour cela qu’il est tant admiré par l’auteur des Fleurs du Mal et par d’autres adeptes de l’école satanique.
En parlant de Cambridge, je suis naturellement amené à dire quelques mots de la littérature américaine, littérature qui augmente de puissance chaque jour, qui compte déjà plusieurs noms illustres, el
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qui, quand on songe à l’immensité du pays, à Pénergie de la race, mérite de fixer l'attention sérieuse de tous ceux qui portent des regards inquiets sur l'avenir.
La littérature américaine dérive assurément des grands écrivainsanglais, et surtout de Shakespeare, dont l'influence sur les descendants innombrables de la race anglo-saxonne est une preuve de la puissance étertielle du génie de l’homme. Mais de même que dans la race américaine, quoique l’élément anglais y domine, on rencontre des traits du caractère de plusieurs autres nations, de même dans sa littérature l’on peut découvrir des traces de l'Allemagne et de la Castille. Quant à la littérature française, chose bizarre! elle est généralement peu connue et peu goûtée. Cela m'étonnerait moins s’il né s'agissait que de nos vieilles œuvres classiques, que les imaginations du Nord trouvent un peu froides, un peu trop vêtues à la Louis XIV; mais même Victor Hugo, Alfred de Musset, Georges Sand, Balzac, ne me paraissent pas appréciés ici à leur juste valeur.
On peut caractériser en quelques mots la littérature américaine, en disant que c’est une petite phalange de généraux; ce qui manque, ce sont les soldats, c'est l’armée. On ne trouve dans aucune de littératures actuelles des noms plus brillants qu'Irving où Longfellow, que Presscott ou Bancroft,
mais au-dessous d’eux on ne rencontre pas cette foule d'écrivains élégants et agréables, qui fourmillent à Paris et à Londres, et dont les essais rendent nos revues si intéressantes. Rien de plus déplorable que la littérature’ de second ordre qui remplit les feuilles périodiques; des contes informes y tiennent une grande place, imitation ou plutôt caricature de Charles Dickens, ou de tel autre romancier anglais. Les titres sont ce qu’il y a de plus amusant : les Mystères de la cour de Londres, les Secrets des Tuileries; car un roman n'a pas le moindre espoir de succès parmi ces démocrates, s'ils n’y trouvent pas une tête couronnée, une princesse, et au moins une demi-douzaine de ducs et de marquis. |
Longfellow est non-seulement le premier poëte de l'Amérique, mais il est supérieur "à tous les autres poëles anglais aujourd’hui vivants. On peut assurément trouver quelques points de ressemblance entre lui et Alfred Tennyson, l’auteur de Maud et de Locksley-Hall; mais aussi élégant et aussi harmonieux que lui, aussi rempli de mots anciens et d'images gracieuses, il est plus mâle, moins artisan de paroles et d’allégories symboliques ; ses vers énergiques, ses sentiments simples affermissent l’âme et atteignent plus directement, plus sûrement les hauts sommets de l'idéal.
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Les œuvres de Longfellow sont connues et appréciées en France : la chanson d’'Hiawatha, légende des Indiens Chippewas, qu'il faut lire comme moi sur les plages boisées du lac Supérieur ; la Légende dorée, drame fantastique, tiré du moyen âge allemand, qui semble avoir pour Longfellow un attrait mystérieux! C’est l’histoire d’une jeune paysanne offrant volontairement sa vie pour son seigneur, qui ne peut guérir qu'à cette condition. Au dernier moment il s'oppose à ce sacrifice, et guérit néanmoins; l'amour l’a régénéré ; et Elsie devient princesse. Cette œuvre est peut-être inférieure, à un certain point de vue, à d’autres créations du poële, car la puissance dramatique lui manque: mais elle est semée des fleurs les plus ravissantes de la poésie. Comment ne pas remarquer des comparaisons pareilles à celle-ci : Elsie et Henry de Hoheneck viennent de passer le pont couvert de Lucerne; Elsie s’écrie : « La tombe elle-même n'est qu'un pont couvert qui conduit du jour au jour, en passant par une courte obscurité. »
Mais l'œuvre la plus séduisante de Longfellow, celle où rayonnent toute la grâce et toute l’élévation de son génie, est Evangéline, histoire de deux amants acadiens qui, séparés violemment la veille de leur mariage (lorsque le gouvernement anglais, par une mesure infâme, indigne d’un pays libre, enleva de leurs villages et dispersa dans l'Amérique les Fran
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