‹ De Québec à Lima [microforme]Chapitre 47 sur 54 · SE SE · texte numérisé non relu

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lugubre. C’est le cimetière Magnolia, ainsi nommé à cause de ses allées, plantées de ce bel arbre tropical. Rien ne manque au charme mélancolique de ce lieu, ombrages, eaux vives, gazons, massifs de fleurs. L’on est frappé, en lisant les inscriptions tumulaires, de l’âge encore jeune d’un grand nombre de morts. En effet, la vigoureuse adolescence est plus souvent enlevée par la fièvre jaune que l'enfance ou la vieillesse.

C'est à Charlestown que Mlle Rachel joua pour la dernière fois. On a trop répété que cette admirable actrice fut mal reçue aux États-Unis. On lui témoigna partout des égards; elle fut vivement appréciée à New-York, et surtout à Boston, au sein de cette société littéraire, une des plus intelligentes du monde. Ce qui est vrai, c’est qu'elle ne pouvait pas entrainer une foule qui ne la comprenait pas, et qu’elle ne pouvait espérer, par conséquent, gagner des sommes aussi énormes que l'avait fait Jenny Lind. Le talent musical du rossignol suédois s'adressait à toutes les classes de la population; de plus, elle avait avec elle Barnuin, le plus habile des charlatans, tandis que M. Raphaël Félix, le frère de Rachel, ne commit le plus souvent que des maladresses. Enfin Rachel était déjà atteinte de cette maladie perfide qui l’a tuée avant que nous eussions eu le bonheur d’entendre encore une fois sa parole vibrante et inspirée.

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Je ne connais personne ici, Charlestown ne me plaît pas. Aussi je compte repartir dès demain pour la Nouvelle-Orléans.

Mobile, 21 décembre 1858.

Dans l’après-midi du 16 décembre, nous quittons Charlestown, pour faire d'une seule traite les quatre cent quatre-vingt-trois milles qui nous séparent de Montgomery. Deux chars sont remplis de nègres misérables, dont la puanteur infecte la gare; ces malheureux parlent une langue qui nous est inconnue. On se dit tout bas qu’ils forment une partie de là cargaison humaine débarquée il y a quelques jours par le yacht Wanderer. Depuis plusieurs années, la traite des nègres n’existait plus aux États- Unis, mais elle tend a renaître depuis que les planteurs sont décidés à soutenir l'institution sainte, même aux dépens de leurs bourses; en effet, la traite abaisse le prix de la marchandise, et les propriétaires de haras d'hommes avaient jadis soutenu les lois sévères portées contre elle.

Quand on avance vers Berlin ou Kænigsberg, à l'avers la marche de Brandebourg ou la Poméranie,

on rencontre des plaines sahlonneuses et désertes, coupées par des forêts de sapins. Ce genre de paysage, qui est associé dans notre esprit avec l’idée de Nord, nous le trouvons ici en descendant vers le Sud. Il commence peu après Charlestown, et nous suit jusqu’à l’Alabama, sauf pendant cette partie de la route où le chemin de fer s'approche de la Montagne de pierre dans l’État de la Géorgie. Cette montagne de pierre est une colonne isolée, entièrement inaccessible, sauf d'un seul côté, qui s’tlève à quelques centaines de pieds au-dessus du niveau de la plaine. On pense qu’elle doit son origine à une éruption volcanique. Au printemps, lorsque les fleurs et les lianes innombrables des pays méridionaux couvrent ses rochers et embellissent les bois d’alentour, la Montagne de pierre mérite une visite. À cette saison, on peut se contenter de l’apercevoir du chemin de fer.

Nous passons loute la nuit en voiture; et ce n’est que le lendemain soir que nous arrivons à Montgomery, brisés de fatigue, dans un hôtel dont le délabrement est encore plus méridional que celui de l’auberge de Weldon.

Outre que les chemins de fer marchent avec une lenteur désespérante dans le Sud, l’on est obligé de traverser en omnibus plusieurs villes de peu d'importance. Ces transbordements sont très-désagréables, la nuit surtout. Puisqu’il existe une

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ligne entre New-York et Montgomery, pourquoi ne pas combler ces petites lacunes? On pourrait alors avoir des chars de sommeil, et la route se ferait plus confortablement.

Cependant nous n'avons pas à nous plaindre du chemin de fer deCharlestownà Montgomery, puisque nous nous sommes tirés sans contusions d’un accident assez grave : au milieu de la nuit, comme nous traversions une tranchée, l’'éboulement d’une grande masse de terre a déterminé le déraillement des deux derniers chars. Heureusement, en Amérique, on peut prévenir à l'instant le mécanicien, à l’aide l'un cordon. La locomotive s’est arrêtée, et il n’y a eu qu’un choc peu violent, et un retard d’une ou deux heures. Vers le matin, un autre accident plus trieux a failli nous exterminer tous. Nos chaufleurs ont aperçu un train qui arrivait sur nous à bute vitesse. Ils n’ont eu que le temps de renverser k vapeur, et les deux convois se sont arrêtés à une lzaine de pas l’un de l’autre. Je cite ceci pour hire honte à l’insouciance des employés. Le sysème en lui-même n’est pas mauvais, mais le service se fait avec une négligence et une irrégularité qui ne seraient pas tolérées en Europe, ( ou même dans la Nouvelle-Angleterre.

Montgomery est la capitale de l’État del’Alabama, t l'endroit où l’on prend les bateaux à vapeur de h rivière du mème nom. C’est une ville complé-

PA balle plus ; À manière di grande pré c'est à eux ne change Nous not on a brüle d'avoir tué et qui le ba nité n’est p lois du pays traitement immédiate :

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tement insignifiante; mais il nous en restera un bon souvenir, à cause du temps divin dont nous Yÿ jouissons. Plus au midi, nous trouverons la chaleur humide, les moustiques, toutes les misères des tropiques ; mais sous cette latitude, le climat esten- | chanté; et voyager à la fin de décembre sous un beau ciel élevé, par une température d'Italie au mois d'août, c’est là certainement un des vifs plaisirs de la vice. Au moment où nous quittons le débarcadère de Montgomery, les matelots noirs entonnent une chanson sauvage et pleine de l’accent M du désert.

L'Alabama est un fleuve qui n’a plus aucun M aspect anglais. Les nuits sont étincelantes, l’on À sent que le tropique approche, que le golfe du ET Mexique n’est pas loin. Quoique lente, la naviga- À se à l'er tion n’est dépourvue ni de charme, ni d'intérêt. Le 8 lorinée par bateau à vapeur s'arrête souvent, pour prendre des Gironde pa balles de coton. Tantôt elles glissent sur des pian- À dogne. ‘ches inclinées, établies pour cet usage; tantôt elles M La nuit roulent le long des dunes et arrivent ainsi sur les f peuplé d'Ir bords de la rivière. Rien de plus curieux que de Qi ‘"‘1S entass voir l’habileté avec laquelle les nègres dirigent ces À de moustiq masses, assez lourdes pour écraser un homme. Bien dépens. Le leur en prend : car une fois une balle est tombée à | Peenr l'eau, et aussitôt des coups de fouet ont retenti dans @ ils sont l'obscurité. Je dois dire cependant que les nègres dirait qu'ell paraissent gais, presqu’à chaque plantation une Du reste,

balle plus grosse que les autres, et marquée d’une

un . 0 ?, e « manière différente, est mise à bord avec la plus nous er , de grande précaution : c'est la balle des esclaves, et ] es e. Q . , . 4 d c'est à eux que le prix en sera distribué, si le maître J es Q pee NS ne change pas d'avis d'ici là.

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Nous nous arrètons à Canton; dans les environs, s un ee À #1 on a brülé hier, à petit feu, un noir coupable e au PA , . ; ete tai + 1 d'avoir tué son maître qui lui avait pris sa femme, ai- à à | ; 21 ct qui le battait cruellement tous les jours. L’humaedé- MA ., | 24 nité n’est pas le fait des hommes de l’Alabama. Les s en- À

lois du pays permettent au planteur n'importe quel traitement envers son esclave, pourvu que la mort immédiate n’en résulte pas.

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ucun M “ me: . ; , À Dans la soirée du troisième jour depuis notre dél'on * : À , Æ part de Montgomery, nous arrivons à Mobile, ville e du : = 2

CR située à l'embouchure de la rivière du même nom tu Æ formée par le Tombighée et l’Alabama, comme la Gironde par la réunion de la Garonne et de la Dor-

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elles À La nuit est lourde et désagréable. L'hôtel est mes MR Peuplé d'Irlandais dégénérés et malpropres. L'on e de MR "ous entasse plusieurs dans une chambre remplie el de moustiques affamés, qui s’engraissent à nos hier | dépens. Le lendemain matin, nous trouvons nos bi persécuteurs engourdis par la bonne chère, et lors-

dans | qu'ils sont écrasés sur les murailles blanches, l'on à dirait qu'elles ont été aspergées de sang.

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d'hui, n'a de gracieux que son nom. Nous avons Bi hâte d’être à la Nouvelle-Orléans, et nous partons : ce soir même pour le lac Pontchartrain, en Louisiane, sur le beau steamer Cuba.

La Nouvelle-Orléans, 27 décembre 1858.

Les voici devant nous, les ondes de la mer!

L’ancre est déjà levée, et le vapeur agile Fend les vagues d'azur du golfe de Mobile ; Et les matelots noirs, qui vinrent du désert, Chantent leurs chants aigus qui grincent dans les airs # Pélicans et vautours planent au loin; sur l’île 4 Le héron sérieux pose son pied fragile, 4 Et guette le poisson qui trouble les flots clairs...

Je ne puis mieux rendre notre départ de Mobile et notre entrée dans le golfe du Mexique. Que de A rivages, depuis que nous nous embarquâmes sur | le lac Huron! Mais ici c’est la mer, la patrie er- @ rante, qui baigne les genûts des Orcades comme 4 les palmiers de Cuba. Pendant la nuit, la pleine | lune se lève, Jupiter brille, le chasseur Orion sc promène dans les hauteurs du ciel. | A la pointe du jour, nous entrons dans le lac ;

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Pontchartrain. Ses côtes marécageuses, ses palmiers, ses grandes cigognes qui se détachent sur le ciel, rappellent le delta du Nil,

Et l'Égypte où l’aurore a d'immenses rougeurs.

Le petit chemin de fer qui conduit du lac Pontchartrain à la Nouvelle-Orléans, traverse des marais qui donnent une triste idée de la salubrité des environs de la cité du Croissant. Son embarcadère est au milieu du quartier Français. Toutes les enseignes sont dans ma langue maternelle; les figures sont non-seulement françaises, mais parisiennes. La première impression est très-gaie; puis, à travers un mouvement qui rivalise avec celui de New- York, nous arrivons dans le quartier Américain. L'hôtel Saint-Charles est ::a palais, tout un monde. Les prix y sont exorbitants. Un feu, le soir, dans la chambre à coucher, coûte cinq francs ; le reste est en proportion.

La Nouvelle-Orléansse distingue detôutesles autres villes des États-Unis nar son ancienne population française ; mais celle-ci n’est peut-être pas la plus nombreuse. En effet, une nouvelle émigration française, considérable pour une nation aussi casanière que la nôtre, s’est dirigée vers ce point, comme vers deux ou trois autres endroits du globe, Buenos- Ayres, Lima, Valparaiso. De mème qu’à Buenos- Ayres et Monte-Video, ce sont en général des Bas-

ques; à Lima, des Bordelais ou des Normands; à là Nouvelle-Orléans, ce sont surtout des Parisiens que l'on rencontre. La ville s’en ressent, ce n’est plus cette population mâle, énergique et religieuse que j'ai tant admirée au Canada ; population qui est si peu sympathique aux Français modernes, qu’il n° a, pour ainsi dire, pas d’émigration vers le Saint- Laurent. C'est ici une race étourdie, amusante, corrompue, avide de bruit et de plaisirs. Les bals publics sont nombreux. Au lieu d’être déserte comme la plupart des parcs aux États-Unis, la place d'Armes, au centre de laquelle s’élève la statue du général Jackson, est remplie de promeneurs joyeux jusqu'à une heure avancée de la nuit.

La veille de Noël, nous allions entendre l’Ambassadrice au théâtre d'Orléans. La salle est comble; les loges sont pleines de jolies créoles. On n'entend pas parler anglais; le parterre est gai et bruyant, les calembours ne font pas défaut. Enfin, l’on se croirait dans un des petits spectacles de Paris.

Il n'y a rien de tel que l'habitude. La position de la Nouvelle-Orléans suffirait pour effrayer une personne peureuse... et cependant, nul ne songe ici au danger. Le fait est que le Mississipi domine la ville de plus de trente pieds. Une digue immense préserve seule la contrée environnante. Quand une rupture (crevasse) s'opère dans cette digue, comme en mai et décembre 1849, et au printemps der-

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nier, tout le monde se met au travail. En effet, le grand fleuve a déjà plusieurs fois changé de lit, et rien ne prouve qu'il ne lui prendra pas fantaisie un jour de balayer la ville, et d'aller se jeter dans le ac Pontchartrain. Un pareil désastre surpasse toute imagination; plus de cent mille personnes périraient.

Malgré ces causes d'insécurité, la population de la Nouvelle-Orléans augmenterait rapidement, n’était la fièvre jaune ; mais ce fléau, qui, s’il semble diminuer d'intensité une année, reparaît la saison suivante avec une fureur nouvelle, empêche un grand nombre de commerçants aisés de venir s’y établir. Depuis le 1°" juillet jusqu’à ce jour, la maladie a emporté, dans la ville seulement, 4852 victimes.

Pendant une partie de l’automne, la ville est complétement morte et abandonnée; il n’y a pas de navires de commerce; plusieurs des bateaux à vapeur du Mississipi s'arrêtent prudemment dans des latitudes plus élevées. Puis, les premières gelées se font sentir, la fièvre jaune cesse; les bâtiments anglais arrivent, pour chercher le coton qui alimente les manufactures de Manchester et de Stockport; les bateaux à vapeur, chargés de balles, descendent le père des eaux, le Yazoo, la Wachita, la Rivière- Rouge ; une animation immense règne dans la ville, toutes les physionomies semblent affairécs : com-

merçants, planteurs, armateurs, capitaines, imatclots de toute nation se croisent en tout sens, et la levée, où les vaisseaux chargent et déchargent, d'où un bateau à vapeur part à chaque instant, où se presse une foule de nègres, d'Irlandais, de mulàtres avec leurs charreties traînées par des mulets, présente un des aspects les plus extraordinaires que je connaisse. Fa

Le temps s'est gâté ic surlendemain de notre arrivée à la Nouvelle-Orléans, et il a fait, le jour de Noël, un vrai temps de Londres au mois de novembre. Cependant, les bananes, les ananas, les mandarines vendus à bas prix, les palmiers qui s'élèvent sur la place publique, les fleurs qu’on voit dans les jardins, annoncent bien le Midi; mais il faut être encore plus près de l'équateur, pour ne passentir quelques légères atteintes de l'hiver; et lorsqu'on est parvenu dans ces régions, que les poëtes nomment à grand tort bénies, un peu de freid semble- “rait délicieux!

Entre autres choses parisiennes, on trouve à la Nouvelle-Orléans d'excellents restaurateurs, et je défie qui que ce soit de manger riem de meilleur qu'un poisson du Mississipi, nommé em français tête de mouton et en anglais casse-burgot, à cause de sa grande bouche et de ses grosses dents, avec lesquelles il casse les coquillages dont il se nourrit. J'ai trouvé à la Nouvelle-Orléans et dans ses en-

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ale- virons cette réception cordiale et cette obligeance la MT qui m'ont suivi partout en Amérique. Je dois ajoul'où MA ter, pour être sincère, et à cause de la singularité use PM du fait, que les créoles, sauf quelques familles dis-

tinguées et plus éclairées que les autres, détestent les Français. Rien de cette affection, de cet élan des braves et dignes Canadiens ; au contraire, une jalousie, une hostilité sourde! Il est vrai que les Canadiens descendent de ces rudes cultivateurs normands et bretons, les meilleurs de nos paysans français, tandis que la masse des Louisianais sont les petits-fils des aventuriers parisiens, des escrocs et des filles de joie, déportés par le régent Philippe. Et quand on voit chaque jour les ressemblances physiques et morales se perpétuer dans les familles, comment peut-on contester qu’il en soit autrement . dans les races ?

bm- M Plusieurs familles nobles sont venues s'établir le- M dans ces contrées, après les désastres de Saint-Domingue; mais elles ne forment que l'exception : le

à la M plus grand nombre a une origine peu relevée. Ils le je ( prouvent, en étant des maîtres impitoyables. J'ai eur Æ honte de le dire, mais on m'assure que les esclaves ais M ne craignent rien plus que d’être achetés par des de % planteurs français. Néanmoins, cela ne m'étonne es pas. Avec notre légèreté habituelle, nous déclarons

que les esclaves sont faits pour leur sort, parce qu'ils ressemblent à des singes et qu'ils sentent

mauvais, puis, quoique naturellement humains, notre passion pour le pouvoir et la discipline nous entraîne à des excès envers les noirs; tout comme dans le vieux monde, la manie du règlement et de l'autorité changent en tyrans lilliputiens un tas de fonctionnaires subalternes, fort respectables et fort utiles du reste.

Je viens de prononcer le mot esclavage. Tant d’autres écrivains, plus habiles et plus instruits que moi, ont traité cette question, que je n’aurai pas la présomption de donner une histoire de cette institution funeste, ou de me mettre à réfuter les erreurs de ceux qui la défendent. Mais, la servitude est tellement mêlée à la politique présente, à la moralité, à l'avenir des États-Unis, que je ne peux pas la passer sous silence.

Les personnes du Sud reprochent aux étrangers .

de venir les visiter avec le « parti-pris » de dénigrer une institution qu’ils regardent comme leur palladium, parce qu’elle remplit leurs bourses pour le moment actuel, sauf à les ruiner plus tard. Ils les traitent d’abolitionistes, terme qui, dans l’idiome des Carolines, est infiniment plus affreux que celui d’assassin. Mais comment en pourrait-il être autrement ? L’esclavage indigne les peuples chrétiens ct civilisés, il répugne à toutes nos idées de justice, de philosophie et de religion. S’il est une chose sur laquelle les savants les plus éminents sont d'accord,

c'est l’un cette un âme au: nous et € role, mè qu'un êt vient-il des char ment à ne peut « vaudrait crer les hérétiqu que l’esc l’Europe Tibère, « servitude du paysa même lo ginie, av Louisian remonte gias for!

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c'est l’unité de la race humaine. Mais quand mème cette unité n’existerait pas, qui peut contester une âme aux nègres, une ressemblance étroite entre nous et eux, par la formation du corps, par la parole, mème par les facultés intellectuelles? Or, dès qu'un être a une âme, de quel droit un autre être vient-il le posséder et le vendre, comme une bète des champs ? Soutenir la servitude, l'Ancien Testament à la main, me paraît une farce infâme, qui ne peut servir qu'à déconsidérer la religion. Autant vaudrait prétendre que notre devoir est de massacrer les prisonniers de guerre, et d’assassiner les hérétiques qui entrent dans nos églises. Je sais bien que l'esclavage a jadis existé dans presque toute l’Europe; mais l’on ne peut justifier Domitien par Tibère, ou Robespierre par Cromwell. D'ailleurs, la servitude qu’exerçaient nos ancêtres, la condition du paysan attaché à la glèbe n'avait pas d’analogie, même lointaine, avec les haras d'hommes de la Virginie, avec les ventes de femmes et d'enfants de la Louisiane ; et pour retrouver ces horreurs, il faut remonter à l'empire romain, à cette étable d’Augias formée par le despotisme militaire, que balayèrent les libres barbares du Nord.

En réalité, on ne peut citer en faveur de l’esclavage que deux choses : les intérêts présents, et les difficultés qui suivraient l'émancipation des nègres.

Il est sûr que, quoique le système soit mauvais el

appauvrissant à la longue, les propriétés d'esclaves donnent un beau revenu, qui diminuerait et disparaîtrait même, pour un certain aombre d'années, si l'émancipation était décrétée. L'expérience des îles anglaises paraît prouver ce que j'avance. Et puis, que ferait-on de cette énorme population noire, que le dernier recensement fait monter à trois millions deux cent cinq mille? Lui donnerait-on des droits politiques? Mais elle serait trop ignorante, trop mauvaise peut-être, pour les bien exercer. Et, si on les lui refusait, n’y aurait-il pas bientôt à craindre un mécontentement général, des associations, des révoltes? Pourrait-elle se mêler à la population blanche, et disparaître ainsi peu à peu ? J'en doute ; nonseulement elle est trop nombreuse, mais encore le préjugé contre la couleur, tout absurde qu’il soit, existe avec fureur dans toutes les parties de l'Union, au Nord comme au Sud. Allez demander à une fentme du Nord d’épouser un mulâtre, même jeune, beau, intelligent, et presque blanc!

Il y à donc là de grandes difficultés, que de longues années, qu'une abolition graduelle et lente, qu'un système d'éducation peuvent seuls surmonter peut-être. Les personnes qui portent leurs mcditations et leurs arguments sur ce terrain méritent une sérieuse attention, et nous ne sommes pas de ceux qui voudraient supprimer l'esclavage tout d’un coup, et n'importe à quel prix.

Mais, quelque loin de tache de la Répul à l’éter sont bo corrupti sas. Ma une fois écrits, s de goud plumes, encore s'ilene populac on le tu abolitior lantropis 1836, et le 28 aot du $ac 0 ma sixiè ne fut-e est la lil

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DE QUÉBEC A LIMA. 267 Mais, ce qui m'indigne, c'est que, loin de faire quelques cfforts pour le supprimer dans l'avenir, loin de se tourner avec plaisir vers le temps où cette tache de boue ne souillera plus l’étendard étoilé de la République, ! : cherche à glorifier l'esclavage, à l’éterniser, : sa sphère. Tous les moyens sont bons pour à ce but : meurtres, terreur, corruption, etc. Nous l'avons vu à l’œuvre au Kansas. Malheur à l’homme qui, l'Ohio et le Potomac une fois passés, ose exprimer, en paroles ou en écrits, ses opinions défavorables; il sera couvert de goudron, et après l'avoir roulé dans un sac de plunies, on le promènera ainsi à travers les rues; encore pourra-t-il se considérer comme heureux, s’il en est quitte à si bon marché. Quelquefois, la populace n’est pas dans une humeur joviale : alors on le tuera. N'est-ce pas sous prétexte de doctrines abolitionistes que les presses du journal The Philantropist ont été brisées à Cincinnati, le 30 juillet 1836, et celles de l’Observer, à Alton dans l'Illinois, le 28 août 1837, par une furieuse multitude? Et lors du Sac de la ville de Lawrence, dont j'ai parlé dans masixièmelcttre, l'imprimerie du Herald of Freedom ne fut-elle pas détruite de fond en comble? Telle est la liberté de la pensée chez les démocrates ! Après les personnes qui veulent soutenir l’esclavage par des principes, il y en a d’autres qui mettent en avant, pour le défendre, une philanthropie

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