‹ De Québec à Lima [microforme]Chapitre 48 sur 54 · EC · texte numérisé non relu

EC

Là

NS

Photographic ciences

feinte et des raisons pratiques, dont mon séjour dans le Sud m’a prouvé la fausseté. |

Les nègres esclaves, disent-ils, sont plus heureux que les nègres libres, mieux soignés, plus intelligents. Or, tandis qu’à New-York, à Philadelphie, au Canada surtout, j'avais remarqué l'air dégagé, l'activité, la bonne instruction de ia race noire libre, je suis frappé ici du caractère dégradé de la physionomie, de la stupidité, de la misère des esclaves. Leur quartier ressemble le plus souvent à une porcherie mal tenue : lorsqu'ils sont malades, ils ont assurément un hôpital, mais les soins qu’on leur prodigue sont ceux qu’un cultivateur sensé donne à ses vaches ou à ses chevaux.

Le maître pourvoit, ajoutent-ils, à ce que les esclaves reçoivent une meilleure éducation religieuse, et l'esclavage doit être béni par eux comme étant la route qui les conduit au ciel. Si l'esclavage leur ouvre les portes du ciel, c’est comme martyrs qu'ils y entrent! Ces déclamations hypocrites soulèvent le cœur. En réalité, l'immense majorité des nègres n’est élevée dans aucune religion; il est défendu, sous des peines sévères, de leur apprendre à lire; les mariages se font selon la volonté du maître; les planteurs encouragent le libertinage entre leurs domestiques blancs et les négresses, pour avoir des mulâtres robustes, ou de ces belles quarteronnes qui, quand elles ne servent pas à leurs

. plaisirs,

quelque ques jo acheté 1 mille do (son ma été oblig que des jours; fois l’an

Les p cohabite pères de galeme l'avis de difficile, l'état de pagent € juger de de l’abs Jeffersoi claves r père. V

Quan l'ai trou à une £g l'hôtel S spectacl

. plaisirs, sont vendues à des prix considérables à quelques commerçants de la Nouvelle-Orléans. Quelques jours avant mon arrivée, un vieillard avait acheté une jeune fille, aussi blanche que lui, neuf mille dollars (quarante-cinq mille francs). Son père (son maître!) ayant fait de mauvaises affaires, avait été obligé de s’en défaire. Je suis prêt à concéder que des choses de ce genre n'arrivent pas tous les jours; mais, quand mème elles n’arriveraient qu’une fois l’an!

Les propriétaires ne se font aucun scrupule de cohabiter avec leurs femmes esclaves, et d’être les pères de créatures qui, à leur tour, deviennent légalement leurs esclaves * car tous ces sages sont de l'avis de Télémaque; la certitude de la paternité est difficile, et c’est l’état de la mère qui décide ici l'état de l’enfant. Ces enfants, vivant ensemble, propagent ensemble leur espèce, more canino. On peut juger de la démoralisation, des unions incestueuses, de l'absence générale de moralité! Le patriarche Jefferson vivait entouré de quelques douzaines d’esclaves reconnaissants, qui le nommaient tous leur père. Voilà pour là pudeur et la religion.

Quant à la prétendue indifférence des nègres, je l'ai trouvée tout aussi fausse que le reste. J'ai assisté à une grande vente d'esclaves dans la rotonde de l'hôtel Saint-Louis, à la Nouvelle-Orléans, ct jamais spectacle ne m'a autant irrité. J'ai vu bien des op-

pressions et bien des douleurs, mais rien ne peut se comparer à cette scène abominable; je n'ai pas de paroles assez fortes pour la flétrir! IL y avait là une soixantaine de nègres, maris et femmes, enfants et mères. Ils n'étaient pas insensibles, mais bien pétrifiés, absorbés par la crainte et par la douleur. Il fallait voir les regards tremblants qu'ils attachaient sur leurs acheteurs, tâchant de deviner leur sort sur cette physionomie. Si on les interrogeait, ils répondaïent, tout blèmes, qu'ils étaient contents. Ces réponses paraissent concluantes et char- Mantes à de certaines personnes, comme l’honorable miss Murray; je leur en fais mon compliment.

Le noir était en hausse. Chaque tête de ce bétail rapportail en moyenne cinq mille francs. Les jeunes femmes pas trop laides étaient fort recher-hées. Avant la vente, les chalands avaient été exar :rla marchandise, à leur aise, dans une chambre particulière. Quand on veut acheter un esclave, le premier endroit qu’on examine est la partie charnue; d’après le plus ou moins de marques (scars) qu’on y trouve, on peut juger du caractère et de la docilité de l'individu. Avis aux acquéreurs.

Il me reste à examiner les effets que l'esclavage produit sur les populations blanches : j'ai déjà parlé de l’immoralité, j'ai aussi dit qu’il pouvait être à la longue ruineux pour les propriétaires. La situation des États du Sud, comparée à ceux du Nord, semble

es

le prou passe la immédi

vie; de

délabrei est flori:

et fertil rence e Mais grave, S tique co de la ju cet ouv directen L’habitu homme:

doué pa despotis Octave, d’un pa garçon où un rière, € et lui b (que je qu'il es du par la Caro

le prouver. N’est-il pas singulier que dès qu'on passe la frontière, l’on s'aperçoit d’une différence immédiate? D'un côté la propreté, le progrès, la : vie; de l’autre, la routine, la torpeur, la saleté, le délabrement. Le Maine, sol pauvre, âpre climat, est florissant et prospère; la Virginie, contrée riche et fertile, s'appauvrit chaque jour. Voyez la diflérence entre l’Indiana et le Missouri!

Mais ce point de vuc n'est pas encore le plus grave, selon moi. Ce laisser-aller général, en politique comme en morale, cette brutalité, ce dédain de la justice, toutes choses déjà remarquées dans cet ouvrage, me paraissent se rattacher, les unes directement, les autres indirectement, à l'esclavage. L’habitude d’un pouvoir sans contrôle sur d’autres hommes tend à faire d’un individu, même bien doué par la nature, un être capricieux et cruel. Le despotisme seul put créer des hommes comme Octave, comme Tibère, comme Néron. Que dire d’un pays où un député tue d’un coup de pistolet un garçon qui ne lui apporte pas assez vite son bifteck ; où un autre député attaque un sénateur par derrière, dans la salle même du sénat (22 mai 1856), et lui brise sa canne sur la tête; où ce même homme (que je ne qualifierai pas selon son mérite, parce qu'il est mort) est traité de héros par les journaux du parti et réélu d'emblée, le 28 juillet suivant, par la Caroline du Sud; où des élèves de l’université de

Virginie, jeunes hommes instruits et bien élevés cependant, se cotisent pour lui acheter un stick ou rotin d'honneur, en remplacement de celui qu’il a cassé sur le crâne de M. Sumner; où deux membres du congrès se jettent des pierres dans les rues: où (dans le Kentucky) les membres opposés d’une législature provinciale se tirent une volée de coups de pistolets au milieu d’une séance; où une petite fille esclave est tuée, parce qu'elle a volé un pot de confiture ; enfin, où tous ces crimes, où tous ces attentats restent impunis! |

Eh bien! toutes ces infamies sont commises par des propriétaires d'esclaves, par des hommes dont le sens moral a été émoussé par la pratique continuelle de l'oppression et de l'injustice. Les messicurs du Sud sont nommés les « chevaliers de l’Union. » On ignore qui à pu leur donner ce nom, si ce n’est eux-mêmes. Je ne vois pas en quoi ils le méritent. Peut-être, rouer de coups quelques nègres, avoir une demi-douzaine d'enfants mulâtres, vendre ses filles, jouer gros jeu, chiquer, tuer des hommes comme des mouches, etc., sont des actes de chevalerie; mais je ne le savais pas.

Comme partout ailleurs, j'ai trouvé dans le Sud des personnes distinguées, humaines, qui acceptaient l'esclavage sans l'aimer, et cherchuient à le rendre tolérable ; je suis mème tout disposé à dire que certains planteurs, d'origine anglaise et aristo-

craliqu dement colons mais ce trouvé lation i cette à que j'ai ton et i

Quan quence raîit gro doit fi par l’a ne se ré remède car, qu de gou j'aie pu déplora nières ( grande pitalier sant de c'est en je quitt

cralique, accoutumés à la richesse et au commandement, ont des manières plus élégantes que les colons de l'Ouest ou les commerçants du Nord: mais ce que je puis affirmer, c’est que je n’ai pas trouvé dans les États à esclaves, parmi une population ignorante, corrompue par le contact du mal, celte activité, cette sympathie, cette intelligence, que j'ai tant appréciées pendant mes séjours à Boston et à Philadelphie.

Quand on songe à l'esclavage et à ses conséquences funestes, l'avenir des États-Unis vous paraît gros de tempête. On se demande comment cela doit finir, par la disunion, par la guerre sociale, par l'anarchie? J'espère que ces tristes prévisions ne se réaliseront pas ; que Dieu indiquera quelque remède, ou suscitera quelque Washington nouveau; car, quoique j'aie pu ne pas trouver cette forme de gouvernement la meilleure possible, quoique j'aie pu protester contre une institution que je crois déplorable, quoique j'aie pu critiquer enfin des manières qui sont certainement ridicules, j'aime cette grande nation, j'aime ces hommes braves et hospitaliers, les pionniers du monde ; et c’est en faisant des vœux pour son bonheur et pour sa gloire, c'est en espérant les revoir avant la vieillesse, que je quitte les rivages de l’Union américaine.

Le Caha Orléans le le 30, dar château de

De la N Mississipi » vironnante à sucre, © À tation épai rien que € là porte d

Page 1