‹ De Québec à Lima [microforme]Chapitre 52 sur 54 · LA · texte numérisé non relu

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à la merci des Américains, et se préoccupent de la crise terrible qui éclaterait, le jour où une guerre avec les États-Unis et le manque de matière première les obligeraient à fermer les immenses fabriques du Lancashire, et du West-Riüing de York.

C’est peut-être le cas de dire quelques mots d’un autre produit qui forme une branche importante du commerce du Pérou avec l’Angleterre : je veux parler de la laine des animaux du genre lhamas. On en compte quatre espèces, le Ihama et le guanaco, l’alpaca et la vicuna. En apparence, elles se ressemblent toutes. La plus grande est le Ihama. Les Indiens l'emploient comme bête de somme. Il n’a pas de laine, mais un poil assez dur. C'est un animal domestique. La couleur des lhamas varie : il y en a de blancs, de bruns, et de noirs.

Le guanaco est toujours d’un brun rouge, le ventre et le cou seuls sont blancs. Il est plus petit que le Hhama et entièrement sauvage. Sa chair est sèche, mais très-recherchée par les Indiens. On le trouve dans les déserts de la côte, depuis les sables brûlants de l'équateur, jusqu'aux steppes glacées de l’Araucanie.

L’alpaca est le plus important de tous ces animaux. Il existe seulement dans le Pérou et la Bolivie. 11 était apprécié dès le temps des Incas, les étoffes soyeuses, faites avec sa laine, étonnèrent

Pizzarre, et furent admirées par Charles -Quint quand on les envoya en Espagne. Comme les Ihamas, ils sont apprivoisés; comme eux, ils sont de couleurs différentes : bruns, gris, noirs, ou ventre de biche, comme la livrée des Condé. Les Indiens ont de grands troupeaux d’alpacas, qui paissent l'herbe courte des grands plateaux de la Cordillère. Leur laine n’est tondue que tous les deux ou trois ans, afin de lui laisser acquérir une longueur suffisante. Elle a cela de particulier, qu'elle ne s’'enchevêtre jamais sur le dos de l'animal, mais reste constamment unie, chaque poil distinct de l'autre.

Il y a environ vingt ans qu’un négociant anglais envoya des spécimens de cette laine à Londres. Elle n'eut d’abord aucune vogue; mais bientôt elle fut recherchée, et maintenant on la paye plus cher que la meilleure laine de mérinos. Le gouvernement péruvien, pour conserver un monopole, à défendu d’exporter les alpacas. Il paraît cependant qe quelques-uns ont été transportés en Australie, mais ils n’y réussissent pas bien.

Quant à la vicuna, c’est un animal sauvage, qui ressemble au plus petit guanaco, dont il a la couleur. Il erre parmi les solitudes des Andes, et comme on le chasse constamment, il diminue chaque année. Sa laine est d’une finesse admirable ; elle atteint des prix si élevés, qu’un manteau en vicuna vaut

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de trois cents à quatre cents francs, et quelquefois plus.

Je dois ces renseignements à M. Patrick Gibson, qui a beaucoup contribué, par son inépuisable complaisance, à me rendre agréable mon passage à Lima. Il m'a mené dans plusieurs families péruviennes. Malheureusement mon ignorance de la langue espagnole m'a empèché de jouir pleinement de ces relations. Ce que j'ai surtout remarqué, c’est la grande beauté des femmes. Mais les endroits où j'ai vu des types encore plus éblouissants que dans les salons, ce sont les bals publics. Rien de plus voluptueux que de voir danser la zamaqueqa, sorte de tarentelle du Pérou, par des couples vêtus comme on est vètu sous les tropiques.

Les Limainiennes ont le regard calme et provoquant, deux expressions qui sembleraient devoir s’exclure. Leurs pieds et leurs mains sont petits, leurs corps sent pleins de souplesse et de noncha- . loir. Cependant, ce ne sont pas là ces douces ct belles créatures qui éveillent le véritable amour dans le cœur des enfants du Nord; ce ne sont pas là ces femmes pour qui l’on donnerait sa vie, ces blondes célestes, qui portent le doux mot de mère sur leurs fronts bénis!

J'ai aussi assisté à un combat de taureaux, donné dans l'arène de l’Alameda. Mais j'avoue que ce spectacle horrible, bien digne des goûts sanguinaires

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des anciens Espagnols, m'a profondément dégoûté; plus d’une fois mes yeux se sont tournés vers les pentes calcinées du cerro de San-Christobal qui dominent le cirque, ct s’enfoncent avec majesté dans un ciel d’un bleu noir.

Somme toute, néanmoins, je suis bien aise d'avoir visité celte ville si curieuse, qu’elle vaut à elle seule le voyage, et les quelques jours que je viens de passer à Lima, compteront parmi les plus intéressants de ma jeunesse.

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