LE COLONEL DU PIN
Mes lecteurs seront enchantés, sans doute, de lire ici le portrait suivant du colonel des demonios colorados, que M. Wolff a peint d'une manière saisissante.
C'était à Mabille l'été dernier ... Je flânais avec un ami autour de l'orchestre. Un homme petit, trapu, au buste large et puissant, campé sur de petites jambes solides, vint à nous ; il y avait dans les traits
de cet inconnu une expression d'énergie féroce ; un nez qui ressemblait à un bec de perroquet, deux petits yeux d'aigle, ronds, brillajits, une moustache grise coupée en brosse, une petite barbiche ; il était coiffé d'un chapeau à larges bords, portait la rosette rouge à sa boutonnière et une grosse canne sous le bras. Il n'y avait pas à s'y tromper, c'était un officier en bourgeois.
Présentez-moi donc à M. Wolff, dit-il à rnon ami.
Quand celui-ci me nomma l'inconnu, un frisson parcourut mes veines . . . c'était le colonel d'étatmajor Du Pin, l'homme de la Chine et du Mexique, qui vient de mourir à Montpellier.
Le colonel s'était sans doute aperçu du sentimient de répulsion que sa réputation de fusilleur m'inspirait, car il me dit :
— Oui, monsieur, c'est moi qui suis cette canaille de Du Pin dont vous avez dû entendre parler ; on vous a dit sans doute que je tuais les femmes et que je mangeais les enfants, et vous l'avez cru. Votre ami est un de mes anciens officiers, et il peut vous dire la vérité. On prétend que j'ai exterminé tout sur mon passage . . . c'est une erreur, je n'ai pas fait fusiller ou pendre plus de cinquante gredins ! n'est-ce pas là une affaire ?
Il débitait ce boniment du ton tranquille d'un homme qui m'eût dit sur le boulevard :
— Mon cher, figui'ez-vous que je n'ai mangé à mon déjeûner qu'une demi-douzaine d'ostendes.
Après mon premier étonnement :