‹ De Québec à Mexico, souvenirs de voyage, de garnison, de combat et de bivouac [microforme] (volume 2)Chapitre 13 sur 34 · DR 2 A 2 RP D EE PR SU · texte numérisé non relu

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est fort ennuyant pour des hommes habitués à ne marcher qu’au pas accéléré de leurs viles passions, et qu’à écouter la voix enrouée de leurs canons sexagénaïires.

Ce triste état d’engourdissement et de torpeur semble s'être appesanti sur toute la partie de notre continent qui renferme les données les plus précieuses pour l’avancement des sciences archéologiques.

Il règne en souverain depuis les confins du Texas jusqu’au fond de l’Amérique centrale, et preuve à peine croyable, en 1841, le célèbre voyageur américain, John L. Stephens, achetait pour la somme de cinquante piastres la ville entière de Copan, dans le Honduras, avec ses ruines grandioses, ses sculptures et ses magnifiques bas-reliefs !

Bien que depuis l’apparition de l’ouvrage de Lord Kingsborough, qui n’est réellement qu’une pâle copie des travaux du capitaine Dupaix, — ordonnés en 1805, 1806 et 1807, pour la recherche des antiquités, notamment celles de Mitla et de Palenqué, et publiés à Paris en 1834-35, — l'attention du monde savant, en France et en Angleterre, ait été attirée sur cette maladie chronique d’apathie, l'abandon et l'oubli n’en continuent pas moins à trôner sur tous ces débris d’un passé perdu. Pourtant, une expédition scientifique protégée par les autorités militaires et politiques du pays, et pourvue de tout le matériel requis en pareil cas, trouverait, depuis les frontières de la Sonora jusqu’à l'extrémité des solitudes du Guatemala, un

vaste champ ouvert devant elle pour réunir et collationner bien des pages éparpillées de l’histoire des populations primitives de ces contrées.

J'ai souvent entendu dire à mes confrères de la société de géographie et de statistiques de Mexico, que les bords du Rio Gila, en Sonora, fourmillaient de ruines curieuses et inexplorées.

On en rencontre disséminées çà et là sur les rives du Rio Chaco dans le nouveau Mexique, sur celles du Rio Moqui dans le Durango, dans le Chihuahua entre les villages de Llanos et de Galéana, et à la Quemada dans le Zacatécas.

Plus il se dirige vers le sud, plus le pied du voyageur se heurte contre ces témoins muets d’une antiqne civilisation.

| 4 Ils pullulent dans les départements du Michoacan, de Mexico, de Puebla, de la Vera-Cruz, d’'Oajaca, et seulement dans le Yucatan, Stephens a exploré quarante-quatre villes, dont les ruines sont encore debout et luttent silencieusement contre la végétation tropi- JL cale et contre les intempéries des saisons qui les HU rongent et les dissèquent lentement. (1)

Bien que toutes ces villes aient un cachet d’architecture qui les fait ressembler les unes aux autres,

(1) L'ouvrage de M. Stephens est très-minutieux dans ses nombreuses descriptions ; mais ses réflexions anti-catholiques le déparent. Je préfère aussi à ses planches, dessinées au crayon k ou prises au daguerréotype, les belles RTE sur les ‘fi mêmes sujets, que M. Charnay a éditées à Paris, il y a quelques | années.

chacune cache, au dire de ceux qui les ont vues, des énigmes inexplicables pour la science.

Quirigua, dans le Honduras, contient de hautes colonnes massives qui ont un faux air des dolmens et des menhirs de Bretagne : Palenqué, à part sa fameuse croix, est couverte (1) d’hiéroglyphes indéchiffrables ; Uxmal a de ravissantes mosaïques ; Maxcanù dérobe sous ses murs croulants un curieux labyrinthe.

Les ruines de Nohcacab renferment des sculptures mortuaires très-intéressantes : celles de Kobah avec leurs merveilleuses boiseries et les débris de leur arc de triomphe, ne seraient pas déplacées à côté des restes de l’Egypte et de la Grèce ; Zayi, vue de loin, peut être prise pour un pâté de manufactures anglaises : Sacbey est traversée par les fragments d’une ancienne route royale, en pierres blanches polies ; Chichen-Itza recèle, au milieu de ses murailles bien conservées, un ancien gymnase et des peintures à fresques très-curieuses : Aké semble avoir été construite par les descendants de la race cyclopéenne, et l’île de Cozumel, sur les côtes du Yucatan, berce, au bruit de ses flots, le cadavre refroidi de Tuloom, morte dans un site enchanteur, et dont les restes intacts offrent aux yeux du voyageur qui arrive par la voie de mer, l'aspect singulier d’une

(1) Cette croix, dont la révélation à fa't tant de bruit, se trouve

placée sur la tablette de l’arrière mur de la Casa de piedras, numéro deux,

Jul suite de châteaux forts, style moyen-âge, égarée sous LI ces lointains climats. (1)

Ces innombrables trésors d’antiquités, qu’un gouvernement énergique et éclairé pourrait arracher à leur muette léthargie, dorment tranquillement au fond de leurs forêts ou de leurs ravins, et ne sont entrevus que de dix ans en dix ans, par quelque touriste égaré et perdu, juste assez souvent pour faire mentir la fameuse phrase de M. Ernest Renan :

— ‘On n’a pas un seul exemple d’une peuplade sauvage qui se soit élevée à la civilisation. ?”

Si longue que ma digression puisse paraître au lecteur, je ne l'en détache pas moins de mon carnet de voyage pour l’insérer ici, parce que cette page pourrait bien toucher, par quelque côté ignoré, à certains feuillets obscurs de notre histoire.

ni Leibnitz n’écrivait-il pas au P. Verjus ‘‘ que rien ne | servait davantage à juger des connexions des peuples que les langues P ”?

Or, dans mon précédent chapitre, je faisais allusion à la découverte d’une tribu algonquine dans le Yucatan, et voilà qu’un linguiste distingué, M. Hervas, écrit que la langue waya, parlée encore aujourd’hui par les Indiens de cette péninsule, et jadis par les fondateurs d’une grande partie de ces villes, offre beaucoup d’analogie avec l’algonquin et certains mots de la langue finnoise. Par contre, un autre

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