PRES
Pallsei DT
J'ai vu sous le soleil tomber bien d’autres choses
Que les feuilles des bois et l’écume des eaux,
Bien d’autres s’en aller que le parfum des roses Et le chant des oiseaux.
Mes yeux. ont contemplé des objets plus funèbres
Que Juliette morte au fond de son tombeau,
Plus affreux que le toast à l’ange des ténèbres Porté par Roméo.
A côté de ces sombres souvenirs tombés à travers les déchirures de la robe du temps, la tristesse que pourraient me causer les paroles amères de ceux qui croient n’avoir rien à apprendre de la bouche des autres, me paraîtra bien légère. Je trouve excessivement logique que l’on puisse ne pas s'amuser à me lire, et mieux encore, ne pas m’aimer une fois que l’on m’a lu, puisque je ne puis placer en tête-à-tête avec mon lecteur que le triste moi, mon seul et unique compagnon de dangers et de voyages.
Il n’est pas très-gai, je vous l’assure avec connaissance de cause, et bien au£ je ne tienne guère à la réputation de poser en Réné — qui, à ses heures de chagrins et de découragements, n’a pas aimé, au moins une fois, à se mirer dans cette mélançolique création de Châteaubriand ? — je ne puis m’empêcher de retrouver à son cœur une ressemblance frappante avec la funèbre route que nous parcourons depuis ce matin. (Çà et là, de petites croix de bois
indiquent le lieu où une de ses affections a été mise à mort, une de ses croyances assassinée. Seulement, la coutume espagnole n’a pas encore prévalu sur ceux qui les ont connues, car personne jusqu’à présent n’est venue y jeter une picrre en témoignage de deuil, y murmurer un &e profundis en signe de souve- (LE nir.
Que j’en ai vues mourir de ces malheureuses illusions, effrayées par les éclats de rire de ceux qui doutent de tout ! Combien de fois, à travers le bourdonnement et les lazzis de la caserne, dans le silence de ma tente
FS è ; PE L ou de mon cabinet de travail, au milieu d’une paui trouille de nuit, même au front d’un joyeux quadrille, Fe n’ai-je pas étouffé un long sanglot en contemplant l ei furtivement toutes ces cendres blanchies, toutes ces | a feuilles jaunies qui jonchent mon pauvre moi ? Alors 3 on m’accusait d’avoir une figure de saule pleureur, et de de me donner des faux airs de poète dans un siècle où sé . ceux qui le sont, passent pour hypocondres, parceque je laissais entrevoir le peu de foi que donnaient les joies factices du monde, et que je trouvais à ses bons is- mots, à ses sourires artificiels, à ses phrases apprises à par cœur, la mélancolie d’une ballade d’Ossian, la es tristesse d’un amour perdu.
au que Pourtant, s’il m'était permis d'exprimer un vœu, à pê- l'avenir le moi oublieux croirait encore peut-être ce en l’ombre du bonheur, si tout ce défilé de spectres pns glissant silencieusement sur la poussière de son cœur,
s’évanouissait avec la réputation de ce livre,
Mais trève de confidences. Elles sont comme ces locomotives qui ont perdu leur conducteur et courent à toute vapeur, sans savoir où elles vont, ni où elles s’arrêteront.
Il vaut mieux causer des choses du dehors que Es de s’amuser ainsi à déchiffrer les épitaphes du dedans, et puisque le Popocatepetl se montre curieusement par le store de la voiture, je laisse le moi dormir tranquillement sur le rude oreiller de ses souvenirs, pour vous parler un peu de ce roi des Andes qui regarde depuis le commencement du monde sa royale épouse — la Dame blanche — agenouillée à ses pieds en signe de vassalité.
‘. Schiller planait un peu trop haut, lorsqu'il griffon-« LE nait rapidement la strophe célèbre qui commence ( par ces mots : ‘ Sur la montagne est la liberté. ”? LIBEl Ces beaux vers devaient plus tard mériter l’approba- Lil tion d’un grand savant, joignant à son titre incontestable de Prussien celui un peu plus vaporeux de poëte — Alexandre de Humbolt — qui se les répétait souvent, comme il l’avoue lui-même dans son Cosmos, en gravissant les pentes escarpées des Andes.
De même que tous ces fiers géants de la Cordillière, le Popocatepetl a dû se les entendre adresser lorsque l’illustre explorateur arriva tout essoufflé sur cette cime sauvage, dont le givre et le frimas n'avaient gardé jusqu’à ce jour que l’empreinte de la serre d’acier du condor, du pied craintif et prudent du chercheur de soufre.
Pourtant le sceptique n’a rien cru aux rimes vibrantes du barde Allemagd. Il avait vu passer un si grand nombre de rêves morts en naissant, tant de fleuves et de torrents charriant des morceaux de cadavres et des débris d’empires sous son granit immobile ! Sa longue chevelure de pin a‘ait eu le temps de grisonner bien des fois sous l’éternel baiser de son éternel hiver, sans que l’homme en fût devenu pour cela moins ambitieux, moins égoïste, moins orgueilleux, moins jaloux, et sa bise froide et glacée emporta comme tout le reste la pensée de Schiller. Son crâne chauve et blanchi continua à se pencher tout rêveur, du haut de ses 5,400 mètres — soit 16,200 pieds — sur le gigantesque torabeau, oû #6 dort depuis la naissance des siècles la dame blanche à (x), ne laissant au touriste tombé en arrêt devant ces deux colosses du règne minéral que la conscience de i son immense petitesse, et le forçant de se dire ## x petto, que si un jour la liberté avait dû chercher he refuge aussi haut, il n’est guère possible qu’elle veuille t | bien se risquer à se tordre les reins, en redescendant parmi nous.
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