BAUME GREC POUR LES CHEVEUX
ile Du bouffon et du grotesque à côté de douleurs
ju- | vraies et navrantes ! De la réclame sur le couvercle
on ; d’un cercueil ! Aussi, aux Etats-Unis, l’étranger a-t-il ; toujours peur d'admirer ou de pleurer, dans la crainte
at 4 d’être obligé cinq minutes plus tard de rire et
da d'oublier !
nais Ë Mais pendant que je m'amuse à faire ces réflexions,
aux 4 | mes compatriotes sont tous venus, les uns après les
autres, me souhaiter le bonheur et me dire adieu.
Le bonheur ! ils l’emportent avec eux, car ils retournent dans la patrie, et moi je reste seul avec l’adieu !
Avez-vous jamais réfléchi au long sanglot renfermé dans ce seul mot : adieu ? Adieu, on ne dit cela que quand on souffre ou que l’on meurt. Alors nos sensations les plus intimes, les pulsations fiévreuses du cœur prêt à se briser, se reportent vers l’Etre Suprême qui seul peut les comprendre, et toutes nos larmes, toutes nos angoisses se traduisent par le seul mot que peuvent balbutier nos pauvres lèvres — Son nom.
Bien des fois, plus tard, j'ai eu occasion de le prononcer dans de solennelles circonstances, mais
(1) Cette :eclame était accompagnée de la note suivante qui ne déparerait pas une édition Panckouke.
— Vide Expidiion Cyri at Historia Græca Xenophonii et Fragmenta Historiæ Medicæ Œconomiæ Hippocrates, Bas. 1550,
jamais je n’ai été aussi ému que le jour où je l’ai dit à mes compatriotes qui s’en allaient. C’est qu'avec eux disparaissait le dernier lambeau de la patrie absente.
Le vaisseau sur lequel je devais me renüre à la Vera-Cruz ne pouvait quitter le port que le 13 août, sa cargaison n'étant pas prête. Quant à moi, mon séjour à New-York commençait à me paraître monotone, aucune affaire ne m’y retenant plus.
Le baron Gauldrée-Boilleau, pour qui l’honorable ministre de l'instruction publique, M. Chauveau, m'avait donné une lettre de recommandation, me fit remettre dès les premiers jours de mon arrivée tout ce qu’il avait de dépêches pour le gouvernement mexicain, ainsi que pour le corps expéditionnaire français, en les faisant accompagner d’une lettre spéciale à l’adresse de Son Excellence M. le marquis de Montholon, alors ambassadeur de France auprès de Maximilien.
Plus tard, j’eus occasion d’en voir l'utilité, mais malheureusement, à mon retour je ne pus exprimer au baron toute ma reconnaissance pour ses bons procédés. Dieu qui lui a donné d’autres épreuves depuis, et de plus tristes encore, avait voulu-que dans ces salons où, à mon départ, je n’avais laissé que des lustres dorés et des tapis de Perse, il n’y eût maintenant qu’un cercueil ! A chacun de ses pas à l’étranger, aux Indes, au Canada, aux Etats-Unis, une fatalité inexplicable a voulu que le baron semât ses blondes
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tètes d'enfants. Pourquoi la patrie refuse-t-elle si souvent une tombe au berceau qu’elle a choyé !
A New-York, comme à Londres, comme à Paris, tout ce bruit, tout ce brouhaha qui dès les premiers jours entraîne et séduit celui qui n’est habitué qu’à
L la vie tranquille et réglée des petites villes, perd bien 74 vite de son prestige, et l’on se prend alors à 4 regretter la solitude et la paix de son chez soi.
En cinq jours on peut visiter tout ce que la cité renferme de curieux. J'en pris dix pour flâner plus à mon aise, et quand ces dix jours furent passés, il ne me resta plus qu'à garder ma chambre une partie de la journée, car la chaleur était étouffante, le thermomètre marquant 96 Farenheit, soit
35° 2 centigrade. Là, j'avais pour agréable passetemps le griffonnage de mon journal que j’interrom-
pais de temps à autre pour me réciter 77 petto les vers de l’auteur du ‘ MWie-Prigioni : ”
C’est une belle perspective, De grand matin,
Que des gens qui font la lessive ie Dans le lointain.
Pour se distraire, si l’on bâille On aperçoit
D’abord une longue muraille Puis un long toit.
Ceux à qui ce séjour tranquille Est inconnu
Ignorent l’effet d'une tuile, Sur un mur nu.
Je n'aurais jamais cru, moi-même, Sans l'avoir vu,
Ce que ce spectacle suprême
A d’imprévu,
On le voit, j'avais à ma disposition toute cette variété d’amusements qui peuvent faire assassiner les heures à un homme s’ennuyant bien, et n’osant sortir de son fromage de Hollande, de crainte de
ne —
s'ennuyer mieux.
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M. Soupras partageait ma chambre d'hôtel. Quelais quefois, le soir, M. Charles Drolet, un compatriote, LA, venait nous voir et nous causions du pays. Quand nous étions seuls, nous passions une grande partie de nos soirées à notre croisée, et là, silencieux (l: tous les deux, le menton appuyé sur la paume {fl de la main, nous regardions l’immense cité s’en- (h dormir lentement, ou nous prêtions l'oreille aux chants tristes et mélancoliques d’une de ces pauvres { femmes perdues qui, la mort dans l’âme, passent leurs il nuits à vendre, dans un café chantant, des notes suaves et brillantes qui n’ont jamais été faites pour être exprimées par la honte et par le vice.
Régulièrement tous les soirs, vers onze heures, la même voix se faisait entendre, et il y avait tellement de larmes dans ses trilles, de sombre mélancolie dans l’expression de son jeu et de son chant que je ne pus résister à la tentation de voir moi-même cette femme que je soupçonnais avoir
dû souffrir,
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Elle n’était pas jolie, mais un grand air de distinction laissait penser qu’elle était tombée d’une hauteur d’où ne glissent pas ordinairement ces délaissées. Par ses quelques rides et de rares cheveux blancs, on voyait qu’elle dépassait la trentaine.
Voici ce que j’appris du capitaine de police du quartier.
Cette femme était une noble Russe, qui avait voulu braver ce qu’elle appelait les préjugés du siècle, et lutter contre les lois immuables de la morale en se laissant aller à son fatal penchant pour le théâtre. Elle s'était faite chanteuse à l’Opéra ; mais abandonnée par sa famille, et jalousée par ses propres camarades de coulisses, elle avait dû quitter le théâtre impérial de Saint-Petersburg, et venir aux Etats-Unis, où sans argent et sans amis, elle s'était vue dans l'obligation de mettre son talent à l’enchère dans un café chantant.
Lors de mon retour à New-York, je n’entendis plus cette cantatrice qui m’avait fait rêver plus d’une fois, et le même capitaine m’'apprit que pendant l'hiver de 1865, elle s'était sentie prise de la poitrine. Quelque temps, de sa voix de fauvette, elle continua à disputer à la mort une bouchée de pain, mais un beau jour les notes harmonieuses se changèrent en râle, et fatiguée et brisée, elle se coucha pour mourir.
Aujourd’hui la comtesse Russe dort dans la fosse des pauvres, au cimetière d’Evergreen.
Combien d’existences q: auraient été nobles et pures, combien de femmes qui se sentaient quelque
chose de grand et de saint caché dans un des plis de leur âme, n’ont-elle pas été étiolées et fanées par l’atmosphère imprégnée de bière et de tabac de ces cafés chantants ?
Trop souvent, hélas ! une grande ville fait taire sous son joyeux bourdonnement le cri du vieux proverbe : — Pauvreté n’est pas vice.
Du reste, comment résister à la tentation, pour un être faible et frêle, lorsqu’à côté de la vertu, avec le travail sans relâche et du pain noir — quand il y en a — on fait chatoyer à ses yeux éblouis les boudoirs parfumés, l’éclat des glaces de Venise, les moëlleux Turquie, les épais Bruxelles, où viennent s’étouffer les pas lourds et chancelants du vice et du crime? Devant ces luxes inouïs qu’il lui est facile avoir et de posséder, la vertu trop souvent agonise, pour voir le vice et l’abrutissement assister à ses funérailles, et bien vite les sons joyeux d’une valse bondissante, échevelée, les grandes lumières des candélabres d’or lui font oublier que ce chemin de fleurs et de parfums mêne sans pitié à la fosse commune et à la salle de dissection.
New-York renferme plus de 7,500 de ces âmes brisées et déchues, le même chiffre que présent: la population d’une de nos petites villes.
A côté de la prostitution, ce chancre de la civilisation, se dresse ici, fier et arrogant, avec les airs dégagés d’un véritable principicule allemand, le jeu suivi du joli cortège de péchés mignons qu’il traîne derrière lui. |