DU
rti Il faisait un temps de loup, une vraie nuit de no-
S, vembre au Canada, et de grosses rafales venant s’en-
d. gouffrer dans les plis de nos cabans, nous empê-
Le chaient de percevoir le moindre son à quinze pas de
tér distance. Déjà j'avais réussi à embusquer cinquante
is de mes tirailleurs, par groupes de dix, lorsqu’au dé-
mé tour subit que traçait un des coudes du ravin, mon dernier peloton tomba parmi deux cents s/erranos
és ennemis.
lont Jl était trop tard pour se replier et au cri: ‘Zos cabrones de Francès 1.7 que poussa le factionnaire ui le juariste, je répondis par le commandement : ‘ À la bayonnette ! les cartouches au dernier moe de ment ! ”?
EUTES | Adossés contre les parois du ravin, nous essuyâmes ment sans broncher leur feu de peloton, et alors une mêlée affreuse s’en suivit.
el. Il Cachés par les anfractuosités du rocher, et plus dou- habitués à l’obscurité que nos antagonistes qui venes naient de quitter les clartés mourantes de leurs biuchaït | vouacs, mes hommes ne tiraient qu’à bout portant,
puis une fois leur cartouche brûlée, se servaient de que je leurs carabines comme d’une massue. TL/ennemi, de son côté, poussait des hurlements de joie et de triomphe, en se doutant de notre petit nombre, par nos rares coups de feu.
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A chaque homme qui tombait, dix démons venaient prendre sa place, et il me serait impossible de bien rendre sur cette page sans vie tout le sang-froid et l’intrépidité que ces quelques hommes déployèrent pendant les quinze longues minutes que dura ce drame encore tout palpitant sous mes yeux.
Sept de mes hommes étaient déja blessés, et voyant que la résistance était inutile, j'allais donner l’ordre de mettre bas les armes, lorsqu’en piquant des deux pour prendre le front de mon peloton, un coup de feu partit dans le fond du ravin, et la balle me traversant la jambe droite, transperça d’outre en outre l’abdomen de mon cheval. Fou de terreur et de douleur, mon pauvre animal m’emporta d’un bond au milieu d’un groupe ennemi, et là se reversant sur ma jambe meurtrie, me livra à la merci de ces brigands.
Je tenais mon revolver à la main, et en me sentant enlacer par la tête et les épaules, je tirai quatre balles au hazard. Uu vigoureux coup de crosse appliqué sur mon képi me fit perdre connaissance, et lorsque je repris mes sens, j'étais couché sur une botte de paille, au fond d’une infecte masure. Là, un aidede-camp tout galonné, m’apprit que j'étais installé au quartier général de Son Excellence M. le général] de division Negrete.
Il pouvait être alors sept heures et demie du matin ; je n’avais pas mangé depuis la veille, et affaibli par la perte de mon sang, je demandai un morceau de pain et un peu d’eau fraîche, pour panser ma blessure qui commençait à me tirailler et à me faire souffrir.
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Mon interlocuteur me dit qu’il avait reçu ordre de ne me rien donner avant que j’eusse vu le général. Force me fut donc de passer trois longues heures à attendre le bon plaisir de mon vainqueur, et lorsqu’enfin il se fut décidé à venir me voir et qu’il se fut aperçu que je n'étais nullement disposé à lui donner les informations requises sur nos opérations projetées, il me quitta brusquement en me donnant pour fiche de consolation la nouvelle que des négociatious avaient été entamées pour m’échanger avec mes dix hommes, entre le colonel Beceril et onze officiers juaristes condamnés à mort pour brigandage par le conseil de guerre de notre colonne, et que si l’échange n’avait pas lieu le lendemain matin même, nous serions tous fusillés ‘ comme des chiens que nous étions. ‘? (1)
En face de cette riante perspective je passai tristement la journée, grelottant de fièvre, et n’ayant pour toute nourriture qu’un plat de fèves et deux gâteaux de maïs.
Le lendemain, dès la pointe du jour, un caporal avec une escouade vint me chercher sur un brancard ; le sous-lieutenant Glacier était à un demi-kilomètre de là avec les prisonniers juaristes, et l'échange devait avoir lieu.
En route nous primes mes dix compagnons de combat ; tous avaient été plus ou moins grièvement,
(1) Textuel. Ce général était pourtant un de ceux dont la réputation de militaire et de gentilhomme est restée la plus intacte, 46 uno disce omnes.
138 DE QUEBEG A MEXICO.
et le caporal Bourgogne était mourant, un coup de lance lui ayant traversé le poumon droit.
Chemin faisant, l'officier qui nous conduisait me raconta que notre capture leur avait coûté 13 morts et 7 blessés. Cela prouvait que nous avions fait notre devoir, et qu’il n’y avait rien de notre faute, si nous n’étions pas morts à notre poste.
Arrivés au lieu de l’échange, une difficulté imprévue s’éleva entre les deux plénipotentiaires.
Notre commandant avait exigé des officiers juaristes leur parole de ne pas porter les armes contre Maximilien pendant un an et un jour. Le chargé de pouvoirs de Negrete exigeait de nous la même chose, et les négociations étaient sur le point de se rompre, lorsque le colonel prévenu fit transmettre aux prisonniers la permission d'accéder au désir du général ennemi.
Mes armes me furent alors rendues, nous échangeâmes un coup de képi en signe d’adieu, et quelques heures après j'étais couché comfortablement dans un des lits de notre ambulance, après avoir été douillettement pansé par une sœur de charité.
Le soir même, le colonel vint demander de mes nouvelles et m’annoncer qu’aussitôt que ‘e serais capable de supporter la route, il mettrait à ma disposition une escorte et un service de voitures Masson, pour ramener à Mexico mes blessés et les quelques malades de la colonne. Je m’endormis aux sons joyeux de la retraite, prisant à. délices mon changement de garnison, et réfléchissant nonchalamment aux
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DERNIERS BIVOUACS. — AU PAYS. 139 inconvénients qu’ils pouvaient occasionner, ce caprice de vie militaire, m'’ayant coûté une montre en or que je tenais de ma mère, mon portemanteau de selle, 227 piastres qu'il renfermait, et mon pauvre ‘Coco”’”’ portant le tout, et qui était mort bravement au champ d'honneur.
En apprenant par des espions les marches forcées que les généraux de Brincourt et Méjia faisaient pour envelopper son corps d'armée, Negrete se sentit pris d’une terreur subite, et pendant la nuit qui suivit mon échange, il délogea sans tambours ni trompettes, se repliant sur Monterey, enclouant les grosses pièces qu’il était forcé de laisser derrière lui, et abandonnant la ville de Saltillo que le colonel fit occuper immédiatement.
Cette fuite précipitée laissait la route libre, et il fut résolu que notre sonvoi de malades partirait le 4 juin au matin, sous les ordres d’un officier supérieur d’artillerie, M. le commandant Bonnet.
Les chemins étaient magnifiques, et neuf jours après notre départ de la Vacqueria, nous arrivions à San Luis de Potosi, capitale du département de ce nom, jolie petite ville, très propre, et qui fait un commerce considérable d’argent. En voilà un paysage qui ferait bondir ce pauvre Gérard de Nerval, lui qui détestait ces voyageurs spéciaux qui, en passant par un pays, notaient sur leur carnet des curiosités de ce genre-Ci :
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