‹ De Québec à Mexico, souvenirs de voyage, de garnison, de combat et de bivouac [microforme]Chapitre 19 sur 34 · D SR · texte numérisé non relu

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— La ville est grande et bien bâtie ; les rues suffisamment aérées ; ses habitants sont actifs et industrieux ; le commerce des cuirs y fleurit particulièrement.

Que voulez-vous ? j'étais malade, blessé, et aujourd’hui quand je veux revenir sur San Luis de Potosi, c’est la seule description que je retrouve au bout de ma plume.

Quelques jours avant d’y arriver, un de nos blessés était mort à Venado, bourg situé à quelque distance de San Luis. C'était un soldat du sème Hussard, qui avait eu les deux jambes emportées par un boulet de canon, à une légère escarmouche donnée le jour de ma capture, et les circonstances terribles qui entourèrent cette mort méritent la peine qu’on leur ouvre une parenthèse.

Bien que le colonel eût décrété la peine capitale contre tout militaire de la colonne, surpris en flagrant délit de maraudage, l’église d’un des petits villages de la route — las Animas — avait été forcée et un ciboire d’argent enlevé.

Malgré les recherches les plus actives le délinquant ne put être découvert, et ce sacrilége serait toujours resté un mystère sans le boulet de Negrete.

Au milieu des terreurs et des sueurs froides de l’agonie, le malheureux cavalier se roulait sur son étroite couche, brisant ses bandages, et demandant à grands cris qu’on lui otât le ciboire sur lequel on le forçait de chevaucher depuis son départ de Saltillo,

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ss de son ndant el on Itillo,

de se suicider.

physique et des angoisses morales.

que sur système philosophique,

ou tard.

tôt perdu pour les lettres, ajoutait :

hypothèses

en nous priant de vouloir bien aller le cacher à côté de celui qu’il avait enfoui, sous une grande pierre, près de l’église profanée. C'était à faire dresser les cheveux d’épouvante que de voir ce moribond se tordant sous le poids de son implasable vision, et quelques heures seulement avant que le râle suprême l’eût empoigné, un sergent d’hopital lui enleva un gros clou avec la pointe duquel, il essayait

Cette fin tragique nous rendit moroses jusqu’à San Luis, et maintenant encore, lorsque je reporte mes souvenirs vers cet épisode de ma vie militaire, je ne saurais m'y arrêter bien longtemps sans revoir l’effroyable cauchemar défiler devant moi avec sc: lèvres écumantes, sous les crispations de la douleur

Que les esprits forts entassent système philosophi-

sur

hypothèses, jamais ils ne réussiront à prouver avec leurs lois du hazard que le crime n’est pas puni tôt

Quelle différence entre mon hussard et le spahis du régiment de ce brave et charmant Paul de Molëènes, qui, l’épaule fracassée par une balle, chevauchait le regard rempli de douceur et de calme.

ce triste souvenir de sa vie militaire, cet écrivain, trop

En racontant

— ‘{ Dieu nous permet quelquefois d’acheter avec un peu de sang les instants d’une paix inconnue à ceux dont les veines ne se sont jamais ouvertes,

dde: :.

142 DE QUÉBEC A MEXICO, De] que la croix s’est levée sur le monde, tout être

qui souffre, s’il supporte avec résignation sa douleur, sent qu’il marche dans une voie bénie. Il éprouve dans toute son âme un apaisement subit, un bien-être secret et profond. Je crois qu’il reçoit la visite de celui qui n’a oublié aucune des angoisses de la chair.”

Lors de mon retour de la campagne d’Oajaca, j'avais adressé au maréchal Bazaine une demande de congé temporaire, fondée sur l'impossibilité dans laquelle me mettait la maladie de cœur contractée so ‘air raréfié des hauts plateaux, de bien remplir le ibles exigences du service.

Une réponse favorable m'’attendait à San Luis, et j'avais la permission de m’embarquer sur le transport de guerre français l’A//er, qui devait partir de la Vera-Cruz vers le commencement de juillet en destination de Brest, et relâcher à New-York pour y faire du charbon.

Je n'avais donc pas une heure à perdre, si je voulais arriver à temps au port d'embarquement, et malgré les douleurs que me causait encore ma blessure à peine cicatrisée, le 14 juin je disais adieu aux officiers du convoi, pour prendre la diligence de San Luis à Mexico.

Quatre jours après, j'étais de nouveau dans la cité impériale, et m’occupais activement à faire mes préparatifs de départ.

Le hazard m'avait logé dans le couvent délabré de Santa Clara, à côté de l'atelier G’un artiste, M. Beaucé, installé dans l’ancienne chapelle. M.

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labré tiste, M.

Beaucé s’occupait alors à créer de trés-beaux tableaux qu’un pur connaisseur, un écrivain charmant, M. Charles de Barrés a su louanger, et ils le méritaient.

— ‘ Quoique M. Beaucé, disait-il, se soit plus spécialement consacré à reproduire sur toile les épisodes militaires les plus intéressants de l’expédition française au Mexique, il s’est bien gardé de dédaigner le côté pittoresque et social des scènes qu’il traversait. La vie errante des guerilleros y est à plusieurs reprises dépeinte à grands traits ; quelquefois à peine rele ée à l’aquarelle, ou esquissée au passage; mais tout ce monde, hommes, chevaux et soldaderas, se meuvent, gravitent, viveut, s’agitent ou reposent dans une si grande variété d’attitudes, et avec une telle vérité d'expression que l’on sait tout d’abord ce qu'ils sont, où ils vont, quelle aventure ils méditent, et quelles ont été les vicissitudes de la journée. Ses petits tableaux de mœurs sont traités avec la même fidélité et d’un ton entraînant, Il y en a qui rappellent la verve de Callot, les coups de pouces de Goya et l’énergie de Salvator Rosa. Au milieu de ces souvenirs presque tous tumultueux ou sombres, on trouve çà et là des traits plaisants et gracieux. On notera dans les cartons cette idylle mélancolique, et pourtant pleine de fraîcheur, d’une pauvre famille expulsée de ses foyers et en quête d’une demeure.

‘ Le style des grandes toiles de M. Beaucé est remarquable de clarté, de chaleur et d’action.

Ces rares qualités sont mises en complète évidence dans son Assaut du pénitencier. Ranger deux mille homi'es en bataille, corps par corps, section par section, les représenter avec une telle netteté que le spectateur reconnaît sans effort tous les chefs de cette brillante journée, et avoir su cependant concentrer l'attention sur l’objectif de l’attaque, de telle façon que les mille détails de la scène, tous minutieusement rendus, ne peuvent distraire l’esprit de la préoccupation qu’inspire le sujet, voilà un sujet de maître. Ajouter à cela un incroyable entrain de tous ces soldats à la besogne, beaucoup d’air, un espace profond, de la poudre, et le redoutable aspect de la forteresse criblée de coups de canon, et vous avouerez que c’est là une des plus belles pages du style militaire de l’école moderne.

‘€ La dernière heure du Camerone, rappelle et et consacre l’épisode la plus héroïque de la campagne. Tout le monde sait cette histoire, et nous ne la répéterons pas ici. Quatre hommes de cette compagnie de la légion qui avait lutté toute la journée contre 2000 guérilleros, tenaient encore au Camerore, dans une grange délabrée. N'ayant plus de cartouche, ils résolurent de mourir en exécutant une dernière charge à la bayonnette. C’est cet effort suprême et ce dernier acte de dévouement que M. Beaucé a représenté dans un tableau saisissant, remarquable surtout par l’expression contrastée des assaillants et des assiégés. ??

Voila une longue citation qu’il faut clore, mais j'aurais cru ces souvenirs incomplets, si je n’avais

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mené mon lecteur, à la suite de M. de Barrès, dans l'atelier de M. Beaucé.

Puisque ce nom de Charles de Barrès revient une dernière fois se poser sous ma plume, arrêtonsnous un instant et causons de ce fin gaulois, de ce bon garçon, tête mérovingienne, cœur large, aux

Al

idées libres et grandes, à la verve étourdissante.

Autant qne je puis me le rappeler, Charles de Barrès était né à la Virginie ; venu au Mexique je ne sais trop comment, il y avait fondé le 1er septembre 1858, l’Æsfafette des deux mondes, journal qu’il a rédigé pendant de longues années avec un tact exquis, et un courage à tout épreuve. N'est pas journaliste qui veut, au Mexique, et le moindre mot, l’allusion la plus inoffensive, peut quelquefois châtouiller désagréablement tel personnage devenu aujourd’hui juge de la cour suprême, gouverneur ou président de république, qui hier était muletier, bedeau, aubergiste et à coup sûr bandit. Or, quand ces doux et suaves personnages se mettent en frais ils se montrent d’une prodigalité folle. Geôles, corde, échafauds, fusillade, rien ne leur coûte, et l’on n’a qu’à tendre la main ou le cou.

M. de Barrès a su se tirer d’affaire, tout en disant la vérité à ces gens là, et aujourd’ui la collection entière de l’Æsfafette, que je suis heureux de posséder, (1) reste ce qu’il y a de mieux et de plus

(1) Exemplaire appartenant à Sa Majesté l’empereur Maximilien, acheté à Leipzic, lors de la vente Andrade,

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impartial à consulter pour celui qui veut écrire | l’histoire de l'intervention et de l’empire au Mexi- #pt que. Dans ce journal, Charles de Barrès s’est amusé à éparpiller de ci, de là, des causeries charmantes, des chroniques exquises et des études ravissantes sur les mœurs, les coutumes, la vie du peuple mexicain, qui, réunies aujourd’hui en volumes, feraient la fortune de celui qui les éditerait.

Pendant mon absence, sur la proposition du colonel d’artillerie, M. le comte Lecarron de Fleury, et de MM. Fonséca et Duran — celui-ci plus tard ambassadeur de Maximilien à la cour de Windsor—j’avais été fi élu membre correspondant de la Société mexicaine

de géographie et de statistiques.

Deux ans plus tard, vieilli, fatigué et désillusionné, le comte LeCarron de Fleury venait, le 18 septembre 1867, mourir à l'hôtel St-Julien de New-York.

Ancien capitaine d’état major dans l’armée française, M. de Fleury avait assisté à la prise d’Alger où, pour acte de bravoure extraordinaire, il avait été fait chevalier de la Légion d'Honneur. Des raisons politiques l’engagèrent à devenir démissionnaire, et bientôt des revers de fortune le firent passer

en Amérique. Il parcourut une grande partie des Etats-Unis, alla au Mexique et séjourna longtemps en Californie et en Sonora, où il s’occupa de tr1vaux géographiques, et publia à ses frais des cartes fort rares aujourd’hui et très-estimées. Lors de

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l’arrivée du maréchal Forey au Mexique, il était parvenu au grade de colonel du génie dans l’armée mexicaine et d'ingénieur en chef de l’état de Sonora. Il donna de nouveau sa démission, pour ne pas servir contre la France, se rallia à l’empire, mais compromis, après la chute de Maximilien, il allait rentrer dans sa patrie, lorsque le jour même où il devait s’embarquer, il mourait à quatre heures du matin, entre les bras d’un ami qui avait tenu à l'accompagner.

Le colonel de Fleury possédait à merveille le français, l’allemand, l'anglais, l’espagnol, l'arabe, deux dialectes indiens parlés au Mexique, et avait été attaché à l’état-màjor du maréchal Bazaine comme interprète en che’ du corps expéditionnaire français.

Ce fut à l’une des réunions de la société mexicaine de géographie et de statistiques que je fis la connaissance du célèbre commodore Maury, créé membre correspondant en même temps que moi. Lorsqu'il me fut présenté, il était entouré de MM. Newton, Williamson et du capitaine Lane, tous officiers à bord du croiseur confédéré le Sionewall Jackson livré par eux, un mois auparavant, aux autorités militaires de l’île de Cuba.

Le commodore était l’incarnation parfaite du vieux loup de mer pur-sang. Petit de stature, carré d’épaules, légèrement boîteux par suite d’une chute de voiture, un agent de la police secrète l’aurait reconnu de suite, pour un ‘‘ jack tar,’’ rien qu’à la maniére

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dont il marchait dans la rue. Pour nous autres #erriens, cela aurait été rouler tout simplement, mais les marins sont plus expressifs, et en l’apercevant ils auraient à peine retenu ce cri du cœur :

— Tiens ! un matelot qui bouline !

Pendant que j'écris ces lignes, le brave babordais vient aussi de descendre son dernier quart. M. Maury était un des hommes les plus savants et les plus modestes de son époque, et je ne saurais mieux faire que de rappeler ici les principaux traits de cette vie si bien remplie.

Né en Virginie, dans le comté de Spottsylvania, le 14 Janvier 1806, Mathieu Fontaine Maury aurait été été l’une des gloires de la France, sans la révocation de l’édit de Nantes, qui força sa famille qui était huguenotte à chercher un refuge aux Etats-Unis. En 1825, il servait comme aspirant de marine, à bord du ‘‘ Brandywine’' qui avait reçu la mission de ramener en France le général de Lafayette, et quelques mois après, il faisait le tour du globe, sur le sloop de guerre le Vincennes, s'occupant des lors à écrire son fameux ‘* 7Yrazté sur la Navication.”

Une malheureuse chute vint interrompre cette brillante carrière et le forcer à demander sa retraite en 1839. Il fut mis à la tête du ‘‘ Dépôt of Charts and Instruments, ”” et la manière dont il s’acquitta de cette charge lui valut l'appréciation suivante d’un de ses biographes :

‘Travailleur infatigable et doué du génie de l’organisation, il révéla promptement à l'Amérique et

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au monde entier les immenses ressources qu’il était permis de tirer du poste jusque-là insignifiant qui lui avait été confié. Tout en jetant les bases du Naval Observatory et du Hydrographic Office, il publia cette magnifique série de cartes coloriées indiquant les vents et les courants océaniques, cartes qui, révélant des lois physiques jusques-là inconnues, ont sauvé du naufrage des milliers de personnes et économisé au commerce maritime une somme estimée au plus bas mot à cinq millions de dollars par an.

‘ C’est M. Maury qui fut l’instigateur de cette conférence internationale de Bruxelles'en 1853, à laquelle on doit d'immenses progrès en météréologie, La création du ‘* Signal Office ?” à Washington, qui rend aujourd’hui des services incontestés, est aussi un résultat des lois physiques qu’il a êté le premier à déterminer. En 1856, il publia la Géographie physique de la mer, œuvre qui a été traduite dans presque toutes les langues. ?”

Lorsque la guerre du Sud éclata, M. Maury qui n’avait jamais caché ses sympathies, embrassa la cause de la confédération et fut nommé chef des défenses de la côte. Il se livra alors à des études spéciales sur les torpilles et perfectionna ce terrible engin de destruction. Mais, le cœur déjà ulcéré par la lutte fratricide que se faisait un même peuple, le commodore Maury devait sentir son âme se courber sous un coup plus terrible encore : un de ses fils fut tué, et triste, désespéré, le père quitta sa malheureuse patrie pour se réfugier au Mexique, où Maximilien le

PUPUAETES

nomma commissaire de l’émigration, poste qu'il occupa jusqu’à la chute de l’Empire.

Lorsque tout fut fini de ce côté, M. Maury s’en revint mourir en Virginie — léguant à sa patrie le souvenir de son dévouement, de son honnêteté et de ses vertus civiques, —au monde entier sa double gloire de savant et de philanthrope.

A l’époque où je fis sa connaissance, M. Maury M était depuis assez longtemps éloigné de son pays.

En apprenant mon prochain voyage aux Etats- Unis, il me demanda si je voudrais me charger de quelques missives pour sa famille restée sans nouvelles depuis son départ d'Angleterre.

J'y consentis avec plaisir, et le lendemain, il me remettait sa correspondance, ainsi que celle de ses officiers, à un diner que M. Chaudoin, consul belge, donnait pour chômer la fête nationale de son pays, fête qui fait battre bien des cœurs dans le nôtre — ja Saint Jean-Baptiste.

A cette réunion de famille, je serrai une dernière

fois la main à bien des amis, bien des camarades que je ne devais plus revoir — beaucoup sont morts

depuis — et le 26 juin à trois heures du matin, une

voiture spéciale mise à notre disposition par le service des messageries mexicaines, m’emportait du côté de la terre chaude, en compagnie des capitaines Boyé,

Gauthier et de Beauquesne, du lieutenant Braïün, et du sous-lieutenant Bonningue. (1)

(1) Mon vieil ami Auguste Braün, qui s’est distingué pendant la guerre franco-prussienne, est aujourd’hui chevalier de la légion

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S'il est un genre de volupté qui n’a pas été bien analysé et bien défini par les penseurs, c’est certainement cette sensation intime qu’éprouve toute personne séparée depuis longtemps des lieux et des cœurs chers à son souvenir, et qui tout-à-coup voit se dresser devant elle la certitude de les revoir.

Alors fatigues, ravages physiques et moraux, contrariétés, tout cela disparaît pour ne laisser place qu’à un contentement indéfinissable, dont les symptômes sont à peu près ceux de la mélancolie.

L'âme se replie sur elle-même et devient peu expansive.

On savoure avec énergie cette idée du retour au pays : la maison paternelle avec ses bois, ses allées sablées, ses fleurs et ses habitants, repasse sous les yeux de votre cœur : le tableau de la vie de famille

se déroule magnifiquement sur vos genoux, et la voix de votre mère, de votre sœur, de votre fiancée, vous jette des paroles d'amour et d'affection.

Certainement si un étranger s'était mis en tête de venir chercher chez nous la gaîté et l'insouciance qu’on se plaît à donner aux militaires, il n'aurait trouvé au fond du coupé de notre diligence, que des figures se livrant silencierisement à ce sentiment ineffable de volupté. Pour nous, les mules

d'honneur et chef d’escadron au premier régiment de Chasseurs d'Afrique, en garnison à Blidah, Algérie.

Mon autre compagnon de voyage, M. Bonningue est décoré et major au 8° cuirassiers, et M. Colpaert, officier du même escadron, qui nous rejoignit à bord de l’A/%er, est aussi décoré et capitaine au 15° dragons.

étaient trop lentes, les relais trop longs, et la végétation tropicale tristement fade et monotone devant ce rêve ravissant de la patrie, que chaque tour de roue entraînait vers la réalité.

A Cordova, nous rencontrâmes le convoi de troupes que l’A/Zer devait repatrier; cela ne nous empêcha pas de prendre les devants, et nous passâmes toute la journée du 3o juin à Paso del Macho, à l'endroit où plus tard eut lieu l’horrible massacre d’un peloton de neuf soldats désarmés, par une centaine de lâches guerilleros.

C'était la saison du vomito dans la terre chaude, et comme nos hommes étaient pour la plupart des convalescents qu’on envoyait en France humer un peu de l’air natal, un ordre exprès nous enjoignait de ne quitter ce point que pour traverser à toute vapeur les 20 lieues de chemin de fer qui nous séparaient encore de la Vera-Cruz, et de nous embarquer immédiatement.

Cette dernière soirée passée sous la vérandah du capitaine Berge, de l’infanterie de marine, me donna occasion d'admirer la fidèle description que Humbolt fait d’une nuit passée dans la Æerra caliente.

‘ — A cette heure, les grands animaux se cachent dans les profondeurs de la forêt, les oiseaux sous le feuillage des arbres ou dans les crevasses des rochers ; mais si durant ce calme apparent de la nature, on prête l'oreille à des sons presque imperceptibles, on saisit à la surface du sol et dans les couches inférieures de l’air un bruissement confus produit par le murmure

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et le bourdonnement des insectes. Tout annonce un monde de forces organiques en mouvement. Dans chaque broussaille, dans l’écorce fendue des arbres, dans la terre que fouillent les hyménoptères, la vie s'agite et se fait entendre: c’est comme une de ces mille voix que la nature adresse à l’âme pieuse et sensible de l’homme.”

Le rer juillet, à 3 heures de l’après-midi, le transbordement de nos troupes était terminé sur l'Allier ; tous les officiers consignés à bord, et le commandant Cuisinier de l'Isle, n’attendait plus

qu’une dépêche télégraphique pour lever l'ancre et voguer. I

(1) La liste suivante, contenant les noms des officiers qui se trouvaient à bord du transport l'A//ier, fut communiquée, lors de notré arrivée en rade à New-Vork, par M. le Commissaire de la Marine, Préaubert, au Couxrier des Etats-Unis; je l’extrais des colonnes de ce journal,

ETAT-MAJOR DE L'ALLIER : Commandant, le capitaine de frégate, Cuisinier de l’Isle.—Lieutenant de vaisseau, Vernet — Enseignes de vaisseau, Rumigny, Longueville, Laisné.—Chirur-

giens, Pichot, Martiningue.—Commissaire, Préaubert.—Aspirant de Marine, Brault.

OFFICIERS PASSAGERS : Capitaines ; de Merles, 81e de Ligne.—Boyé, 81e de ligne.—Genarolli, 95e de ligne.—Saugé, 7e de ligne.—Dirat, 7e de ligne.—Gauthier, 1er Chasseurs d’Afrique.—Faucher de Saint-Maurice, (stagiaire), 2e Bataillon d'Infanterie légère d’Afrique.—de Beauquesne, Artillerie.— Thuilier, Légion étrangère.—Espinet, Lieutenant de vaisseau sur la frégate le Magellan.—Laulhé, Lieutenant de vaisseau sur le transport lé Var.—Régnault, Chirurgien de vaisseau sur la corvette l’Adonis.—Faron, aumonier de 2e classe,

LIEUTENANTS : Braun, 1er Chasseurs d’Afrique.—de Trésac,

95e de ligne.—Guionic, 7e de ligne.—Jalabert, 99e de ligne.— Luquet, officier d’administration,—Croc, vétérinaire au 10e

La trompette du dîner venait de sonner, et nous étions attablés dans notre carré, lorsque tout-àcoup l'ancre se mit à crier sous les efforts du cabestan ; les tuiles se déferlèrent et le vaisseau se penchant légèrement sur la crète d’une vagve, salua une dernière fois cette terre mexicaine où tous nous avions souffert, où dormaient bien de nos souvenirs, plus d’une de nos affections, et commençant lentement le voyage du retour, nous emporta vers la haute mer. ‘

Un hosannah solennel retentit alors de la corne d’artimon au mât de misaine ; nos soldats venaient d’entonner en chœur, ce chant dont le thème est si beau et si mélancolique :

Vers les rives de France,

Des profondeurs de l’hélice aux vergues de la grande hune, le refraifñ touchant se faisait entendre, et dans le carré plus d’une larme silencieuse se cacha derrière le cliquetis des verres qui s’entrechoquaient.

Un seul mct magique avait ramené l’enthousiasme et le bonheur sur toutes ces figures hâlées par l’âpre vent des Cordilières, bistrées par les fièvres et les fatigues du métier, celui de la patrie, mot saint,

dragons.—Devaux, Enseigne de vaisseau sur la frégate la 7%52phone.

SOUS-LIEUTENANTS : Devaux, Autillerie—Bonningue, Ier Chasseurs d’Afrique. — Colpaërt, rer Chasseurs d’Afrique, — Freund, 7e de ligne.—Bouchard, train militaire.—Henry, aspirant de marine.—Hubert, aspirant de marine.—Pacherotte, contreguérillas.— Olivier, contreguérillas.— Giudicelli, 2e bataillon d'Infanterie légère d'Afrique.

Yyne ent t Si

e la dre, acha jent.

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Le, Ier que. A

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mot sacré, que Dieu a donné à l’homme comme une première bénédiction, comme une dernière croyance, lorsque toutes les autres se sont étiolées et sont venues mourir sous le frisson glacial de l’égoïsme et de la méchanceté.

Le transport sur lequel nous étions ramenait trenteneuf officiers de 1150 hommes de troupes.

Malgré cet encombrement, le plus grand ordre régnait à bord, et le silence n’était guère troublé que par l'énorme quantité de perroquets, de perruches, d’écureuils noirs, de gazelles et de mille autres bêtes indigènes, que chaque militaire emportait en souvenir, qui, à une vieille tante, qui, à une sœur, qui à une mère.

Le pont ressemblait à une véritable arche de Noé où chacun avait un favori, un préféré.

Les uns se querellaient à propos de leurs aras, de leurs catatoës, les autres sur le compte d’un tamanoir, ou d’un de ces microscopiques caniches du Chihuahua ; mais presque tous tombaïent d’accord pour admirer la gracieuse souplesse, la robe isabelle et les jarrets d’acier de ma gazelle ‘‘ Presta, ?” cadeau que m'avait donné le capitaine de frégate, de l’Isle.

Pauvre Presta ! comme bien d’autres amitiés que j'ai semées derrière moi, je fus obligé de la léguer au Parc Central de New-York, faute de moyens de transport, la compagnie du Central Vermont ne voulant pas s’en charger.

Ah ! ce fut là une bien triste séparation.

Presta était l’amie intime de Michko, grand fourmillier fauve, propriétaire d’un nez taillé sur le modèle du brave cochon de Saint Antoine, et voleur et rusé comme ce diable, qui hantait jadis les sables brûlants de la Thébaïde.

Michko nous était tombé dessus, d’une façon assez singulière.

Au beau milieu de la terre chaude, notre diligence avait été arrêtée par un baron hongrois, M. de Stillwasser qui, le lo:gnon à l'œil, la canne de l’élégant à la main, flânait de la manière la plus imperturbable, faisant des études géologiques au milieu des Andes, de la solitude et des voleurs.

La nuit était lourde, la route longue, et notre diligence courait si rapide, que le baron nous demanda la permission de prendre place à côté de nous, ce que Braïün, le trucheman de la bande, lui accorda gracieusement.

Mais à peine notre nouvel hôte était-il installé qu’un formidable juron retentit.

C'était le grand et paisible Bonningue, véritable nature de cuirassier, caché sous l’élégant spencer du chasseur d’Afrique, qui était sorti de sa tranquillité pour nous crier :

—- Trente-trois millions de tierces, de pointes et de quarte au milieu de toutes les sabretaches du monde ! je veux être coupé en deux, s’il n’y a pas du neuf ici!

En effet, une bête noire et grossie par l’obscurité venait de passer devant nous, et s’installait tranquil-

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