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femmes, et ne laissant derrière lui que des victimes de sa brutalité et de sa passion pour le meurtre.
Dans l’église en feu de Tepeji, on promettait la vie sauve à trente malheureux qui s’y étaient réfugiés, et une fois qu’ils s'étaient rendus, on les fusillait sur la grande place.
Porfirio Diaz, pour ne pas se laisser dépasser par ses collègues, mettait au pillage la ville de Tasco.
Plusieurs habitants furent assassinés en voulant préserver leurs maisons du pillage, et deux jeunes filles l’une de 17 ans, l’autre de 22, sur le point d’être violées, se coupèrent la gorge.
Le 5 août, une nombreuse guérilla se présentait devant San Antonio : furieux de voir une poignée d’indiens lui résister, elle met le feu aux quatre coins du village : tout est brûlé à l’exception de l’église, et plus de cinquante enfants, femmes et vieillards périssent dans les flammes. Près de la Vera-Cruz, Garcia attaquait à la tête de 200 hommes le commandant Stocklin qui n'avait que 25 Mexicains avec lui. Le commandant ne recule p: ,; il s’élance sur l’ennemi, le charge, et tant qu'ii n’est pas blessé le tient en respect. Tout-à-coup il est désarçonné et ces deux cents braves se précipitent sur cet homme à terre, et hachent à coup de achete ce malheureux officier qui trouve encore la force de mourir en criant :
— Vive la France !
Carbajal, ce même général, qui, le 17 septembre 1860, attaquait le général Cobos, le tuait, lui faisait
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trancher puis bouillir la tête pour l’envoyer à Mexico comme trophée, établissait en 1863 une vente à la criée, où il se débarrassait de tous les ustensiles, grains, mules et bestiaux volés par lui dans les haciendas. Une seule de ces enchères lui donnait un bénéfice de $49,000.
Juarez nommait gouverneur constitutionnel le général Leyva, le même qui avait présidé au massacre des Espagnols de San Vicente, et se trouvait être un
des trois généraux dont le cabinet de Madrid exigeait le supplice. Cette nomination valait presque celle
du brigand Rojas qui, promu général à son tour, n'avait pas rougi de venir s'installer à Mexico avec la fille de Buyes Pintos, arrachée à sa famille, violée par lui et gardée à vue, en pleine capitale par quatre soldats juaristes.
Le 2 avril 1864, le commerce de la ville de Monterey était forcé de payer une somme fabuleuse au Président qui fuyait devant le pas gymnastique de nos colonnes. D’après son ordre, dix-huit personnes, refusant de se laisser taxer, étaient emprisonnées ; on obligeait M. Patricio Milner, citoyen des Etats-Unis, a payer $#25,000, — malgré les réclamations de son consul — et Juarez, non content de cette extorsion, faisait fouetter publiquement cet étranger, puis le mettait au secret.
Vers cette même époque, Cortina commençait la série de ses épouvantables cruautés. Porfirio Diaz, sorti pendant quelques instants d'Oajaca, mais forcé d'y rentrer tout aussitôt par le général de Brincourt,
pillait et mettait à sac et à sang le bourg de Tepeji de la Seda, sans aucune provocation de la part des paisibles habitants ; Ortega abandonnait le Zacatécas pour se retirer dans le Durango, et signalait sa marche par toutes sortes d’exactions et de brigan. ages ; puis enfin, Uraga faisait passer par les armes, à Santa Anna, trois officiers, EI Chino, EI Mocho et Rudecindo Valdez, avec cinq cents de leurs hommes, sous le simple prétexte qu'ils s'étaient ralliés à l'intervention.
Vers la même date, Juan Alvarez, la panthère du Sud, écrivait à ses subordonnés :
— Vous userez de tout le tact possible pour capter le bon vouloir des populations et les amener à embrasser de nouveau la défense de notre cause ; mais, une fois ce but atteint, vous devrez, avec toutes les précautions nécessaires, faire arrêter les principaux habitants, ceux qui exercent quelque influence sur les masses, et enfin, les chefs militaires auxquels elles obéissent ; vous m’enverrez les prisogniers sous bonne escorte, et j'aurai soin qu’ils paient de leur tête l’infâme trahison dont ils se sont rendus coupables. —
Le doux vieillard qui écrivait ces lignes était âgé de quatre-vingt-cinq ans !
Pourtant comme il se glisse des âmes honnêtes un peu partout, ces gens-là étaient sévèrement jugés par quelques-uns des leurs. Parmi les lettres interceptées par nos troupes se trouvait celle-ci adressée à
l'une de ses amies par la fenime d’un général juariste :
— Tu sais si je déteste les Français ; eh ! bien, il n’est pas douteux que, s’ils tiennent leurs promesses notre pays sera heureux et prospère. Notre parti — le parti libéral — s’est deshonoré au dernier degré par les déprédations qu’il a commises dernièrement partout où il a passé. Les nuées de sauterelles et les ouragans causent moins de dommages ; ils ne détruisent que les maisons ; l’autre -fait plus : il vide les coffres des particuliers. Je suis humiliée de voir des libéraux honorables et de bonne foi, au milieu de ces bandits. ?”
Des bandits, ces libéraux ! c'était pis que cela! et comme je fais ici de l’histoire et non pas des effets de style, je donne sans transition l’impression qu’ils avaient laissée au général Douay, pendant sa campagne de Tépic à Sajula.
— Nous voici de retour, à Guadalajara, disait ce brave officier supérieur. J’y suis revenu le cœur plein de dégoût et d’indignation. Ce n’est pas une expédition militaire que nous venons de jaire ; c’est une promenade au milieu de ruines et de charniers. L’ennemi pille, saccage, brûle et ne veut pas se battre. Partout où il passe, il vole ou détruit ce qu’il ne peut emporter. Il force les habitants à s’enrôler dans les bandes, et quand les malheureux refusent ou hésitent, il les égorge. Nous avons trouvé, le long de la route, des groupes d'hommes pendus ou brûlés : en certains endroits j'ai compté jusqu'à trente suppliciés ; les femmes et les enfants ne sont pas épargnés. En arrivant à une hacienda près de Cuisillo un spectacie
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atroce nous attendait. Au mur extérieur de la chapelle était pendue une femme jeune encore, entièrement nue, éventrée jusqu’à la gorge ; quelque chose d'irforme et d’ensanglanté se balançait à ses pieds — ces tigres avaient fait sortir l’enfant du sein de la mére pour lui faire partager son supplice ; il était pendu par le cordon.
‘Quant à leurs exploits militaires, je n’ai qu’un mot à en dire ; jusqu'ici nous n'avons réussi qu’à voir le dos des guérilleros, et dans les engagements que nous avons eus, tous leurs blessés ont été frappés par derrière.
‘€ Ces scélérats sont commandés par Simon Guttierez et Rojas. Ce qui indigne, c’est que de pareils brigands prennent le nom de libéraux ! ”?
Au milieu de ces scènes de meurtre et d’abomination, l’armée française, calme, intrépide, l’arme au bras, accomplissait noblement la mission que lui avait donnée sa consigne : rendre ce pays déchu à la civilisation. A J’assassinat elle ne répondait que par la douceur et les bons traitements envers les prisonniers qui lui tombaient sous la main ; aux vols et au pillage elle opposait la mlus stricte honnèteté dans ses transactions avec la population ; à la duplicité et à la couardise elle offrait en spectacle son sang et son incroyable dévouement.
Mais à quoi pouvait servir tout cet esprit d’abnégation et de sublime sacrifice, en face de gens habitués à ne faire la guerre que comme but d’existence, à ne Lagner leur pain quotidien qu’au moyen de pronunciamentos ?
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Au Mexique, faire un prononciamento, c’est s’accrocher un sabre au côté, se mettre un pistolet au poing, un bandeau sur la figure pour ne pas être reconnu, puis aller attendre au coin d’un bois, au fond d’un ravin, le voyageur et la diligence qui vont passer, et là, voler au premier tout ce qu’il possède, après l’avoir assassiné. Faire un pronunciamento, c’est se donner un brevet de colonel ou de général, et profiter de l'obscurité de la nuit pour massacrer, jusqu’à ce que les bras tombent de lassitude, ses concitoyens, ses parents, ses amis, sous prétexte que le salut de l’Etat l’exige. (1) Faire un pronunciamento, c’est voler son pays, sa mère, sa femme, son église ; c’est de vice-royauté espagnole devenir successivement indépendant, empire, gouvernement provisoire, république fédérative, république centrale, dictature absolue, république centrale de nouveau, république simple, gouvernement provisoire, empire une seconde fois, puis anarchie ; c’est, pendant cinquante-quatre ans, marcher jusqu'aux genoux dans le sang de la guerre civile, et regarder passer avec ce petit air de nonchalance créole qui sent la pointe d’un stylet, treize dictateurs, trente-un présidents, et les cadavres de deux empereurs assassinés ! Faire un pronunciamento, c’est se rendre à l’histoire par le sentier du bagne.
(1) En 1860, un partisan de Juarez s'étant querellé avec le commandant de Durango, parvenait à l’aide d’un pronunciamento à le déloger de cette ville, et pour le taquiner, faisait fusiller une partie des notables de la cité. Trois jours après, son rival É remet le pied dans son ancien commandement, et à son tour he pour chagriner son adversaire, fait pendre un homme an balcon à de chaque maison dans les rues principales !
C'était en face de cette vile crapule que le devoir avait placé le soldat français, accoutumé à ne lutter que contre un ennemi loyal et courageux, et qui, après douze mois de pareille guerre, ne pouvait encore s’habituer à se convaincre que la nature eût fait du peuple mexicain une monstruosité morale. L’écorce était gangrenée, disait-il, mais le cœur devait être encore bon ; le principal était d'engager ces gens à suivre les exemples de ;randeur d'âme qu’on leur montrait, et le troupier, avec cette sainte idée, allait toujours, courbant le dos sous l’exigence de la consigne que lui criaient ses supérieurs :
— Patientez ! patientez toujours !
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