‹ De Québec à Mexico, souvenirs de voyage, de garnison, de combat et de bivouac [microforme]Chapitre 24 sur 34 · TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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Patientez ! patientez toujours ! et le vendredi saint de 1864, don Maria Chavez, gouverneur d’Aguascalientes attaquait l’hacienda de Molposo et assassinait les femmes, les vieillards, les enfants et les malades, pour qui la fuite était impossible. Le 17 mai, Estanislas Aguirre mettait le feu à l’une des maisons du village de Cerro Colorado envahi par sa bande, et fermait toutes les issues pour empêcher les malheureuses victimes-de s'échapper. Le; propriétaire, un citoyen paisible, don Félipe Duran, périssait dans les flammes avec toute sa famille, et la position dans laquelle les cadavres furent retrouvés, montrait que le malheureux père avait dû faire des efforts désespérés pour arracher ses quatre enfants à la mort, car il les tenait encore embrassés. Le 15 décembre 1863, le capitaine de Varennes du grème de ligne et le sous-lieutenant Ornacez du même régiment étaient trouvés assassinés auprès de l’hacienda de San Antonio el Rico.

Patientez ! patientez toujours! et Juarez confiait le gouvernement du Tamaulipas à Cortina, ‘‘ cet homme

saint AsCAinait ades, aislas Ilage mait s ViCoyen mmes Ile Les ureux acher ncore ne de enant Assinés

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roux, grossier, ne sachant ni lire ni écrire, rusé, féroce, parjure, qui pendant dix ans assassina les vogageurs fourvoyés sur les bords du Rio Bravo, brûla les fermes isolées, et enleva le bétail sur une rive, pour aller le maquignonner sur l’autre.” Pendant le cours du mois de Juin 1865, ce valeureux chef assassinait à Jui seul plus de 60 personnes entre San Antonio Bejar et Piedras Negras.

Patientez ! patientez toujours ! et le 25 juillet 1864, Forfirio Diaz faisait fusiller à sept heures du matin le commandant des rwrales de Tehuacan, fait prisonnier quelque temps auparavant. L’exécution de cet officier avait lieu sur le bord de la fosse qui avait été creusée pour l’enterrer. A la première décharge le corps roulait dans ce trou, maïs quoiqu'il eût reçu cinq balles, le malheureux vivait encore, et on le relevait de sa tombe pour lui tirer deux nouveaux coups du fusil à la tête et au cœur. Peu de jours auparavant, le même général avait fait passer par les-armes trois officiers, MM. Avella, Valverde et un autre ; on vo-'ait les fusiller par derrière, mais ils s’y opposérent énérgiquement, et l’un d’eux, le jeune Avella, arracha courageusement le bandeau qui lui couvrait les yeux, pour voir le lieu du supplice et les figures avachies de ses bourreaux.

Patientez ! patientez toujours ! et le: 2 septembre 1864, un citoyen de Zacatlan, M. Palacios, vieillard de 86 ans était assailli par huit soldats juaristes, qui ne trouvant rien à lui voler, le. couchaient sur des charbons .ardents et le: laissaient: mourir là: : Le:9)

novembre, M. Gumesindo Gonzalès, gérant de l’hacienda de San José, était massacré avec 14 hommes d’escorte par un régiment ennemi. A la même date, le colonel Trespena faisait tuer à Zitacuaro un courrier envoyé par le colonel Lamadrid au colonel Guiraud, M. Antonio Vega. Le colonel Dacquin donnait l’ordre à quelques-uns de ses soldats de se masquer et d’aller assassiner dans son razcho de Ténespam le nommé Pedro Lara. A Guadalajara, on enfonçait les portes d’un pharmacien : un flacon d’arsénic disparaissait, et à quelque temps de là, un fabricant de bière qui avait vingt barils de ce liquide à mettre en bouteilles, était frappc de !’étrange couleur de sa marchandise. Une expert constatait la présence de l’arsenic dans les barils, et ce jour-là le conducteur de la brasserie disparaissait et commandait quelques jours après un des régiments de Juarez.

Patientez, patientez toujours! et le 21 décembre 1864, un officier corse de la légion étrangère, M. Giovanetti disparaissait dans les environs de Vittoria. À quelque jours de là, un de ses camarades de ja contreguerille, M. le comte de Kératry, envoyé en reconnaissance par le colonel Dupin, faisait rapport : ‘6 __— Audessus de ma tête à quinze mètres du sol, au bout d’une branche décharnée d’un cèdre majestueux, était perdue par une jambe le cadavre de de Giovanetti, nu, criblé de balles et de coups de couteau, le cœur arraché hors de la poitrine; au dessous de son visage était attaché son chien.”’

À quelque temps de là, un autre français, M. de Gouzens, sous-officier au 12e chasseurs ‘pris par l’ennemi était aussi pendu par une jambe, comme un animal de boucherie, et on l’avait laissé mourir ainsi, après lui avoir ouvert le ventre d’un coup de couteau.”?

Patientez, patientez toujours ! et, après sa défaite de Chilapa, le général Vicario se rendait à Mexico, faisait sa soumission à l’empereur qui le nommait commandant de Mtamoros, puis passait au ministère de la guer': où il émargeait rn mois de solde, et le lendemain reprenait la montagne, Un français, a Hippolyte Motard, tombé entre les mains d’une bande, était fusillé, puis pendu à l’un des arbres du village ae Cacolatlan. Le 30 aÿril 1865, un convoi de marchandises sortait d’Iguala : à peine avait-il fait une lieue que Figueron et sa bande tombaient dessus, et l’enlevaient après avoir massacré les arrieros et violé les femmes de ces pauvres gens. Vers le milieu du même mois, le général Ugalde s'emparait de Chapetongo. On volait les vases sacrés, et un bandit à épaulettes s’amusait à distribuer à ses compagnons les saintes hosties, en marmottant par dérision les paroles sacramentelles. Deux filles de dix ans étaient violées sur les marches de l’autel, puis, en se rendant à Tezonlepec, à quelques kilomètres en avant, la terrible | cé bande faisait rencontre d’un couple qui venait de recevoir la bénédiction nuptiale. L’épousée était soumise aux derniers outrages, et le marié cloué au sol d’un coup de lance. Le 13 août, Figueroa envahissait l’hacienda de Jila et faisait tuer sous ses yeux, le

gérant, M. Vicente Ortiz. A San Felipe, Ugalde attaquait en nombre une pêétite troupe commandée par Moneada. Ecrasé par le nombre, et blessé à la jambe, celui-ci ne se rendait qu’en recevant la promesse d’avoir la vie sauve. (Cinq minutes après, il était passé au fil de l’épée.

Patientez ! patientez toujours ! et pendant ce temps yne guérilla, sous les ordres de Herrera, s’'emparait de Metepec, dans le Sinaloa, et en massacrait tous les habitants. Juarez traversait le Chihuahua en y levant un impôt forcé de $r00,000. Dans le Yucatan, 900 personnes étaient assassinées par les deux chefs indiens Crescentio Poot et Barnabo Cen ; Rojas et Romero parcouraient avec leurs bandes l’état de Michoacan, garnissant les arbres de la route de grappes de pendus, volant les égises, dévalisant les voyageurs, violant les jeunes filles, éventrant les femmes enceintes et tuant les vieillards et les enfants. (x)

(1) Atteint par la compagnie franche du capitaine Berthelin, près de San Clemente, dans le sud du Jalisco, Antonio Rojas était cerné et taillé en pièces avec toute sa bande,

‘“ Rojas, qui à une certaine intelligence joignait les instincts les plus pervers, avait contribué plus qu'aucun autre, p:x l’exemple de ses vols, de ses violences et de sa brutale cruauté, à réveiller dans les bas-fonds des populations les plus ignobles pas$ions. Sur toute l'étendue du vaste territoire du Jalisco, il n’y.avait peut-être pas un seul endroit où ne fût empreinte.la trace sanglante de ses crimes. C'était un de ces êtres que la nature sembie avoir privés des salutaires avertissements de la conscience : il. volait, rançonnait les gens, tuait, pendait aux arbres de la route des femmes enceintes événtrées par son ordre, et quelquefois de sa main, sans aw’il lui en coutât un remords.

‘ Cette nature féruce avait pourtant le sens des affaires ; il ressemblait à ces bandits grecs qui font construire des routes

Patientez ! patientez toujours ! .et le 18 janvier 1865, Corona faisait boucherie des maiheureux chasseurs à pied qui s'étaient constitués ses prisonniers de guerre, à Veranos. Avant de quitter cette position, il avait déjà fait achever les blessés : en route on tuait à coups de lance, après s’en être servi comme de jouets, ceux qui étaient invalides et que l’on avait forcés de suivre la colonne ; puis, après avoir traîné les survivants, de bourg en bourg et d'étape en étape, le propriétaire ennuyé s’en débarrassait à Jacobo au moyen du wmachete de ses bandits.

Patientez toujours ! et Negrete, pendant son séjour à Monterey, plantait la hampe de son drapeau au

pour faciliter la circulation des voyageurs et faire naître les occasions de coups de main. Personne n’ignore l’origine de sa fortune ; ses vols de terrains, de bestiaux ; l’habileté avec laquelle il avait créé des haciendas que l’on citait comme des fermes modèles, les plus importantes du pays; le zèle qu’il apporta à discréditer la route de Tépic, où par ses soins l’assassinat attendait le voyageur à chaque carrefour, pour accaparer la situation et le transport des marchandises sur une route construite à ses frais à travers ses propriétés — et improvisée de haute main, dans la direction de Colima.

‘ L'absence de tout sens moral dans les excès qui ont signalé depuis quelques années les incursions des bandes armées du Jalisco, doit être attribuée en grande partie à la démoralisation dont il donna l’exemple. L'un des traits les plus saillants de sa vie fut son impitoyable haine contre le général Lozada et les crimes auxquels il eut recours pour triompher d’un ascendant qui contrariait ses projets d'homme politique et de profond industriel.

“ Le Mexique tout entier, accueillit avec joie, la nouvelle de la mort de ce bantit fameux. Il est mort général de l’armée républicaine et riche propriétaire, heureux dans le cours de son existence criminelle, à la manière de la bête féroce, heureux jusque devant la mott qui l’a frappé sur le champ de bataille, au lieu de l’attendre au pied de la potence.” — CHARLES DE BARRES,

milieu du sang, du vol et de la terreur : dans cette ; malheureuse ville déjà si éprouvée, il prélevait #500,000, à Patos $20,000, et à Saltillo #60,000.

A Chalco, un brave négociant français, M, Audifret,

était pris, menacé des plus affreuses tortures et finale-

ment relâché moyennant une rançon de $10,000. Quelques centaines de prisonniers mis en liberté sur

parole, après le siége d’Oajaca, s’enfuyaient et

allaient grossir de nouvelles bandes dans la Sierra. (1) Cinquante-cinq Autrichiens surpris à Ahuacatlan,

par des forces dix fois supérieures, se voyaient forcés

de capituler. Immédiatement après cette reddition,

ieur chef, le capitaine Kurzcok, était tué de sang-

froid par le commandant juariste, un nommé Perrez,

et un officier et 17 soldats partageaient son sort

quelques heures après.

Patientez toujours ! et à mesure que le soldat, la rage au cœur, la main tremblante d’indignation retenait la gâchette de sa carabine prête à fusiller elle aussi, sans pitié et sans relâche, le flot du meurtre et de la plus épouvantable barbarie montait sans cesse autour de lui. On tuait sans repos, on volait partout, et jamais l’histoire n’enregistrera des scènes plus navrantes et plus désolantes que celles qu’on trouve consignées dans les documents officiels de cette guerre.

Ne dirait-on pas, par exemple, qu’on lit un roman travaillé à

à plaisir, en parcourant le rappôrt suivant,

(1) Après le siége d'Oajaca, l'empereur faisait mettre en liberté 22 généraux et 214 officiers,

fait au maréchal Bazaine, par le préfet supérieur politique du département d’Oajaca, M. Franco? (x) Je cite textuellement.

‘ Relation des excès commis dans la Misteca par La force régulière de cavalerie sertie d’'Oajaca, sous les ordres de Félix Diaz, frère de Porfirio Diaz, général en chef de L'armée &d Oajara.

‘{ PARTIDO DE NOCHISTLAN.

‘€ Tamasula. Le 9 du courant, ce village fut saccagé, l’église dépouillée du Saint-Sacrement, des vases sacrés ainsi que de tout ce qui existait en argent. Le commissaire de l’endroit, qui priait qu’on lui rendiît ces objets sacrés, offrant de l’argent pour les racheter, fut fusillé à une lieue et demie du village, sur ordre de Félix Diaz qui avait accepté t'offre et reçu un ‘ ne somme d'argent sans néanmoins rendre ce qu’il a ait volé, sous le prétexte que le chemin par lequel les conduisait le commissaire, n’était pas le meilleur qu'ils devaient suivre.

‘ Pour se sauver de la mort, ce commissaire fit observer que le village avait toujours obéi aux ordres de Félipe Silva, chef politique de Toxacoalco, nommé par les libéraux. Ce commandant avait reçu beaucoup d’argent pour satisfaire aux contributions qu'il

(1) Ce rapport publié par le Moniteur, était transmis au maréchal Bazaïne. qui ajoutait dans la note qui l’accompagnait :

‘ Jai pu m’assurer par moi-même que ce rapport n’est. point exagéré. Il donne des détails qui déshonorent non-seulement les chefs qui commandent, mais encore le parti qui les avoue et les emploie.

avait imposées, lesquelles bien souvent, il fallait payer deux fois par mois ; on lui avait aussi fourni des chevaux et donné deux cents piastres en remplacement de l'impôt d'armes qu’il exigeait. Mais rien ne put apaiser leur soif de sang, et cette victime innocente fut tuée et son cadavre jeté dans un précipice.

‘€ Saltepec. — Ce village fut envahi le ro vers sept heures du soir, et le commissaire fait prisonnier avec vingt-six individus du village qui conduisaient les fourrages demandés par les envahisseurs. Après trois heures de prison, les particuliers furent mis en liberté, mais le commissaire fut conduit sur une hauteur qui est près de l’église, où il resta toute la nuit, les pieds et les mains liés, et surveillé par une garde. Pour se sauver de ce supplice, il offrit 20 piastres et deux chevaux, qui furent remis le 11 au matin ; néanmoins, Félix Diaz ordonna de le conduire derrière l’église du Calvaire, où il fut fusilic.

Le pillage fut si grand dans ce village que la majeure partie des habitants restèrent nus. On prit le Saint-Sacrement, le calice, les chandeliers, la croix et d’autres vases sacrés, le tout en argent, ainsi que les ornements du culte. Quelques tableaux furent réduits en cendres et le presbytère brûlé.

Tecomatlan. — Sachant que les forces ennemies s’approchaient, le commissaire et tous les habitants s’enfuirent dans la montagne, en emportant ce qu’ils purent ; l’ennemi vola seulement ce que renfermait le presbytère, et deux chevaux.

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Jaltepetongo. — Le même.jour, 11, le commissaire Elijio Ximenes, pour épargner à son village les maux qu’il savait avoir été infligés aux précédents, vint recevoir Félix Diaz hors du village. Il lui offrit deux moutons cuits, une grande quantité de tortillas, un baril de pulque, deux bouteilles de mescal et 40 piastres qu’il dit être le produit de la capitation, et qu’il avait conservées pour le gouvernement libéral. Diaz reçut le tout, et en récompense, lui fit tirer un coup de fusil, déclarant que c’était le sort réservé à toute autorité nommée par l'intervention. Il passa, laissant sa victime mourante et baignée dans son sang.

Yucandichi. — Le même jour, 11, l’ennemi entra dans ce village ; le commissaire se présenta pour saluer Félix Diaz qui, pour réponse, lui fit tirer un coup de fusil dans le cœur, en présence de son père dont la douleur était un sujet de risée pour les bandits. Le village fut saccagé, sans excepter la demeure de l’épouse de M. Gomez, propriétaire de l’hacienda du Rosaire, à laquelle ils volèrent ses bagues et tout l'argent qu’elle possédait, L’ennemi se saisit aussi lu régisseur de l’hacienda, exigeant qu’il donnât de l'argent, ce qu’il ne fut pas obligé de faire, car il s'enfuit en chemin.

Nochistlan. — Y'ennemi se dirigea ensuite sur cet endroit ; mais, apprenant qu'il y avait une force française qui, y gardait un convoi, il s’en retourna.

PARTIDO DE YANHUITLAN.

Wochistlan. — Ye même jour à midi ils entrèrent dans ce village ; ils volèrent dans l’église le Saint-

Sacrement, trois couronnes d’argent et d’autres objets de même métal, les chapes, les étoles et tous les ornements en soie qn’'il y avait, valeurs qu’on estime à 136 piastres : plus 230 piastres 2 réaux, pour la valeur des objets volés dans les maisons Au sortir du village, ils tuèrent le commissaire Marcial Hernandez d’un coup de feu, au front.

Tillo. — Une autre bande de la même force, se présenta le même jcii et à la même heure, dans ce village ; elle y vola, tant en argent qu’en objets, pour une somme évaluée à 951 piastres.

À midi et demi, le même jour, elle prit dans le rancho de la Luna quatre chevaux, une selle garnie en argent et 350 piastres. La selle appartenait à don Manuel Gomez, le reste aux MM. Lunas. «

PARTIDO DE TEPOSCOLULA.

Sieneguilla. — Ce rancho, où ils arrivèrent vers trois heures et demie du soir, le 11 du courant, fut volé complètement. Son propriétaire fut maltraité ; il reçut d’un nommé Monterinos un coup de sabre qui \ lui fit une blessure grave, parce qu’il se refusa à lui donner un zarape.

Ranchos de los Marteles. — Le rancho de M.

Montenos et celui de las Ferias furent volés dans la même soirée ; outre les objets et l’argent, ils prirent le bétail qu’ils rencontrèrent.

San Francisco Teposcolula.— À quatre heures du soir, ce village fut envahi; on y vola argent, objets,

du

vêtements et animaux. On prit dans l’église ce qu'il y avait en or et en argent, et jusqu'aux vêtements des saints.

Le commissaire Nueles Garcia fut fusillé, et le représentant du président dut, pour éviter la mort, donner 30 piastres provenant de la capitation, et 30 autres qui lui appartenaient.

Cabezera de Teposcolula. — Cet endroit fut pillé le même jour depuis sept heures du soir jusqu’à onze heures ; les portes des maisons qui étaient fermées furent brisées ; beaucoup d'hommes et de femmes qui se refusaient à donner leurs vêtements, reçurent des blessures légères ; quelques-uns restèrent entièrement nus ; beaucoup de femmes et de filles furent violées, entr’autres une très-konorable et vertueuse femme, qui, après avoir été outragée, fut frappée de coups d’épée et jetée dans une mare d’où elle s’échappa miraculeusement.

Les objets des tiendas et ce qu'ils ne purent enlever furent brisés, et le butin chargé sur des animaux qu'ils prirent également ; ils rompirent le tabernacle, prirent les vases sacrés et les étoles et donnèrent quatre coups de fusil au régidor, Miguel Reventeria, parceque, avec quelques habitants, il faisait feu sur les envahisseurs.

San Andres de la Laguna. — Le 12, à trois heures du matin, l'ennemi entra dans le village ; l’église et la population furent volées ; il exigea la capitation du commissaire.

Magaalena Canadalteque. — Là, les bandes volèrent également le saint-sacrement de l’église et tous les objets d'argent ; elles exigèrent du commissaire la capitation depuis le mois d’août jusqu’au mois de décembre, et comme il ne pouvait se procurer cet argent sur le champ, l’emmenèrent prisonnier à Chilapilla, où elles lui rendirent la liberté parce que les habitants de son village apportèrent ia capitation exigée.

Tamasulapa. — Les cavaliers répandus dans le village depuis trois heures de l’après-midi, le même jour, volèrent avec tant d’acharnement que la maison où était logé Diaz ne fut pas respectée, malgré ses efforts. Outre les animaux de la population, ils prirent Ges bêtes que des commerçants avaient menées sur la place, et qu’ils emmenaient chargées à Huajuapam ; ils blessèrent quelques personnes qui refusaient de les suivre, après leur avoir ôté jusqu'aux vêtements qui les couvraient. Ils fusillèrent le commandant du détachement de la troupe de Trujeaue, et emmenèrent prisonniers les quatorze hommes qui le composaient.

Chilapila. — Bien qu'ils eussent été logés dans ce village, ils le volèrent et violèrent des femmes mariées et des filles. De là, on envoya 100 cavaliers, sous le commandement de Avalos, au village de Jacusaca.

Jacusaca. — X]s y pénétrèrent dans la nuit du r3, et commirent quelques vols ; de là ils allèrent à Tlajiaca.

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Tlajiaca. — Dans cet endroit où ils sont encore, ils furent reçus par les habitants avec enthousiasme, et retrouvèrent beaucoup d'effets de leur troupe.

Huajuapam. — Le gros de la force attaqua cette ville le 15, à sept heures du soir ; il incendia 230 maisons, après les avoir saccagées ; mais repoussée le 16, à deux heures du matin, après avoir souffert une légère déroute, la plus grande partie de la force ennemie se dirigea sur Silacayopan passant par Jucatan où elle vola comme d’habitude.

Yanhuitlan, 22 janvier 1865.

Le préfet du district, ANTONIO HERRERA.

Vu et transmis.

Le préfet supérieur politique du département. J. P. Franco.

Les rapports qui affluaient au ministère de la guerre étaient presque tous également pleins de sombres détails. Quelques honnêtes gens en témoignaient leur profonde horreur, entre autres, le général Juariste de Léon, qui le 14 août 1864, dans une conversation avec le correspondant de la 77#ôune de New-York, après avoir énuméré les forces dont disposait son parti, et en avoir nommé les principaux chefs, lui avouait candidement :

— Tous les généraux de ces bandes, Negrete, Garcia, Escobedo, Riva Palacio, Hijinzoa, devraient être pendus |! ?”?

Mais à part ces quelques nobles exceptions, personne ne s'étonnait, et quand, le 12 août 1865, la nouvelle se répandit que ce même Félix Diaz — cité plus haut — s'était emparé par surprise de la ville de Téhuacan, avec l’aide de son collègue en banditisme, Figueroa, et qu’il avait fait passer par les armes une partie de ses prisonniers, après avoir prélevé $100,000 sur la malheureuse cité, tout le monde trouva que cette singulière manière de mettre en pratique les notions qu’un militaire doit avoir sur le droit des gens, était la chose la plus naturelle du monde.

Seule, l’armée française rongeait son frein en silence et tâchait de se faire illusion et d’oublier ce qui se passait autour d’elle, en accomplissant des faits d’armes incroyables.

Le 28 mai 1865, 70 chasseurs d'Afrique traversaient à deux reprises les champs de Pesquiera et de Morales, mettant en déroute 2500 hommes; plus tard le 8rème de ligne dévorait une marche de 59 lieues en quatre jours, et le colonel d’Ornano, allant au secours de la ville de Tehtüacan soudainement envahie, franchissait en deux jours trente-deux lieues au pas de course. Mais tous ces miracles de stratégie et de courage n’égalaient pas encore l’énergie qu’il fallait au soldat pour se ployer à la terrible exigence de la äiscipline, car la consigne se dressait encore là, sévère et implacable :

— Patientez, patientez toujours |

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Pourtant elle devait sonner l’heure où ce vase trop plein allait déborder. Depuis trois ans le sang de la France était là qui coulait inutilement pour la régénération de cette race maudite. Bien de nobles intelligences, bien des officiers pleins de jeunesse et d'avenir étaient tombés le long de ces étapes sans haltes, qui se faisaient à la poursuite d’un ennemi insaisissable. Les croix de bois du chemin commençaient à se grouper trop nombreuses, et autour du feu de chaque bivouac, dans la chambrée de chaque caserne s’élevaient des murmures contre la politique de l’empereur Maximilien, toujours inclinant vers la douceur et la clémence, et faisant avec ce système philanthropique des amnistiés de la veille les bandits du lendemain.

. Pendant les six mois que ces réclamations durèrent, l’empereur, pressé et entouré par les clameurs de l’armée, résista toujours, et essaya d’éluder par tous les moyens possibles la terrible mesure de rigueur que les circonstances exigeaient de sa fermeté. Son

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bon cœur se révoltait rien qu’à l’idée de la promulgation d’une mise hors de la loi, et pourtant il fallait obéir. C'était la voix.de la France qui parlait, et comment refuser cette France qui, elle, n'avait pas marchandé son sang, lorsqu'il s’était agi de le faire jaillir au fond des ravins arides et des gorges sauvages de cet empire fondé par elle? Comment refuser la France, lorsque chaque crète des Andes gardait encore le souvenir des ondulations de son drapeau, lorsque 20,000 de ses soldats avaient suffi pour chasser de leurs repaires les bandits de Juarez, qui fuyaient sans cesse de cime en cime, de défilé en défilé, sous les coups de plats de sabre et la cravache de nos chasseurs d'Afrique ? N'était-ce pas à la France qu’appartenaient toutes ces croix perdues au milieu des broussailles, ces humbles croix de la route qui arrachaient un jour à Lamoricière cette sublime pensée :

— ‘ Un pauvre enfant du peuple, un frère est mort là en combattant pour son devoir : il s’est sacrifié tout entier, pour que vous puissiez un jour, sans même savoir son nom, cueillir le fruit de son courage et de son dévouement.’

Il fallait donc se décider à frapper un coup suprême, et le décret du deux octobre 1865, mettant hors la loi les brigands et les voleurs qui entouraient Juarez, fut promulgué, à la demande de toute la presse mexicaine et à la satisfaction de tout le monde qui voyait dans cette mesure sévère le seul remède aux atrocités que commettait l'ennemi.

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D'ailleurs, les temps ne pouvaient être mieux choisis pour la publication de c2t édit. L'époque légale de la présidence de Juarez venait d’expirer, et la nouvelle s’accréditait à Mexico que l’ex-président se préparait à quitter le territoire de l'empire. La proclamation suivante, dans laquelle la situation était parfaitement définie, précédait le décret :

Mexico, 2 octobre 1865.

Mexicains,

La cause qu’a soutenue avec tant de courage et de constance don Benito Juarez avait déjà succombé, non-seulement devant la volonté nationale, mais aussi devant la loi même que ce chef invoquait à l’appui de sestitres. Cette cause avait dégénéré en guerre de bandes. Aujourd’hui cette guerre même est abandonnée par le fait que son chef est sorti du territoire de la patrie.

Le gouvernement national a été longtemps iudulgent ; il a prodigué sa clémence pour laisser aux égarés, à ceux qui ne connaissent pas les faits, la possibilité de s’unir à la majorité de la nation et de rentrer dans le chemin du devoir. Il a atteint son but : les honnêtes gens se sont groupés sous sa bannière et ont accepté les principes justes et libéraux qui guident sa politique. Le désordre n’est maintenu que par quelques chefs s'inspirant de passions qui n’ont rien de patriotique, et, avec eux, par des hommes démoralisés qui ne sont pas à la hauteur des

principes politiques, ainsi que par la soldatesque sans frein qui reste toujours comme dernier et triste vestige des guerres civiles,

Désormais, la lutte ne sera plus qu'entre les hommes honorables de la nation et les bandes de criminels et d’aventuriers. L’indulgence cesse dès aujourd’hui, car elle ne profiterait qu’au despotisme des bandes, à ceux qui incendient les villages, à ceux qui volent et qui assassinent des citoyens pacifiques, de malheureux vieillards et des femmes sans défense.

Le gouvernement, fort dans sa puissance, sera désormais inflexible pour le châtiment, ainsi que le réclament les droits de la civilisation, ceux de l'humanité et de la morale.

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