‹ De Québec à Mexico, souvenirs de voyage, de garnison, de combat et de bivouac [microforme]Chapitre 25 sur 34 · MAXIMILIEN · texte numérisé non relu

MAXIMILIEN

Toute la bonté, toute la grandeur d'âme de l’empereur se révèlent dans les deux lignes où il traite avec tant de courtoisie et de délicatesse celui qui devait l’assassiner vingt mois plus tard. Du reste, en se prêtant à la pénible exigence de la position où le mettait l'opinion publique surrexcitée par les cruautés et la barbarie des guérillas, il avait essayé, autant que possible, à en pallier les tristes résultats, et une porte de salut était ouverte à ceux .que l'amour du pillage et de la guerre civile n’avait pas encore rendus maniaques.

L'article du pardon était conçu en ces termes :

‘ Art. 14 Amnistie est accordée à tous ceux qui ont appartenu ou appartiennent à des bandes armées, s'ils se présentent à l'autorité avant le 15 novembre prochain, pourvu qu’ils n’aient commis aucun autre délit, à compter de la date de la présente loi...

‘ L'autorité recueillera les armes de ceux qui se présenteront pour jouir des bénéfices de l’amnistie.”?

Cet empereur que son extrême indulgence allait placer sous les balles de ses féroces ennemis ; cet empereur que la presse étrangère allait désormais insulter et calomnier à son aise; ce Hapsbourg auprès duquel Caligula, Néron, Commode n’auraient posé qu’en tourterelles, avait poussé la bonté jusqu'à battre un sentier de retour ‘à ceux qui incendient des villages, à ceux qui volent et qui assassinent des citoyens pacifiques, de malheureux vieillards et des femmes sans défense !”?

Qu'il y avait loin de cette magnanimité à l’implacable animosité que déployait dès les débuts de l'expédition — pendant que les correspondances s’échangeaient entre les plénipotentiaires français, espagnols et anglais — le gouvernement de Juarez.

‘__ Au lieu de répondre, disait au Sénat M. Billault, aux espérances que ces négociations pouvaient donner, Juarez prenait, avec l’énergie d’une tyrannie qui ne recule devant rien, les mesures les plus violentes

pour étouffer à l’intérieur toute manifestation de l’opinion qui pouvait lui créer des difficultés. Il rendait dans ce but un décret qui restera comme un monument de la tyrannie la plus sanguinaire. La peine de mort y était écrite dix-sept où dix-huit fois. Tout étranger détenteur d’une arme était puni de dix ans de galères, tout Mexicain entre les mains duquel une arme était trouvée, était condamné à mort ! ??

Juarez n’avait plus, comme ici l’empereur, à invoquer la révolte, la résistance et le pillage contre l'autorité établie. Le seul fait de ne pas avoir partagé les idées libérales, était puni de mort.

Ce document, qui date du 12 juillet 1867, c’est-àdire, quatre mois avant le départ d'Europe de l’intervention française, est trop précieux pour que je ne me permette pas de le citer aux admirateurs du républicanisme espagnol en Amérique.

Il est signé par un homme qui a occupé depuis, la position de juge à la Cour Suprême de Mexico !

‘€ Le citoyen Pedro Ogazon, gouverneur constitutionel de l'Etat libre et souverain de Jalisco, à ses habïtants fait savoir que :

‘€ En vertu des amples facultés dont je suis investi, j'ai décrété ce qui suit :

‘6 Art. 1. — Zous les individus qui, sous le titre de chefs, officiers et soldats volontaires, auront servi la réaction, et qui resteront sur le territoire de l'Etat,

sans une permission expresse de ce gouvernement, huit jours après la publication de cette loi, seront réputés conspirateurs récidivistes, et passés irrémissiblement par les armes, avec les seules formalités exigées par les articles 5 et 6 de la loi du 6 décembre

Art. 2. — Les employés civils qui, en raison de leur rang, auraient encouru quelque responsabilité en servant la réaction, et qui auraient continué à se mettre en hostilité, de quelque manière que ce soit, avec le gouvernement, sont compris dans l’article précédent.

‘€ Art. 3. — Les conspirateurs contre l’ordre constitutionnel seront jugés selon l’ordonnance générale de l’armée et punis conformément à la loi du 6

décembre 1856.

‘€ Art 4. — Ce décret sera appliqué dans cette capitale par l'état-major général de la division, et dans les chefs-lieux de canton, par les commandants militaires.

‘ Art. 5. — Les autorités auront à répondre de la non-exécution de cette loi, dont l’application leur est confiée.

‘ Et pour que tous les habitants de l'Etat n’en ignorent, et que cette loi reçoive son plus ponctuel accomplissement, j'ordonne qu’elle soit imprimée et expédiée à qui de droit. ”?

Donné à Guadalajara, le 12 juillet 18617.

Signé : PEDRO OGaAZON.

Comme on le voit, dès les commencements de son avènement au fauteuil présidentiel, Juarez avait fait inaugurer par ses satellites l’ère du meurtre que devait clore si consciencieusement son ami Escobedo. Néanmoins, jusqu’au 3 octobre on ne s'était étudié, paraît-il, qu’à se façonner la main, car l’apparition du décret de l’empereur fut le signal d’une recrudescence de cruautés jusqu'alors inconnues dans les annales des révolutions mexicaines.

On se cachait autrefois derrière un semblant d’autorité quelconque, pour mieux piller et assassiner.

Maintenant on faisait tout simplement le mal pour avoir le plaisir de faire le mal.

Ces hideux visages de guerilleros s'étaient remis à promener leur métier au grand air, et partout où leurs figures démasquées passaient, elles suaient le sang et semaient le long de leur route des crimes sans nom.

Le jaur même où ce décret était promulgué, Canela faisait passer par les armes D. Juan Antonio Sola, alcade de Misantla, D. Manuel Martinez, D. Antonio Mesa, commandant de la garnison, D. Andrès Dorantes, l'officier Galvan, D. Santiago Fernandez, D. Manuel Fuentes et Martin Léon, beau-frère de Sola. Le massacre eut lieu dans la maison de D. Antonio Trouvelles au bruit du carillon des cloches. Les cadavres des victimes furent étendus devant la maison habitée par la femme Julio, et la musique militaire jouait des fanfares et des airs de danses autour de ces corps suppliciés soumis à tous les outrages. Le dernier de cette liste funèbre, Antonio Sola, tout criblé de balles allait être enterré lorsqu'un indien, s’approchant du malheureux, lui coupa la tête, puis en arracha l’oreille qu’il donna à manger à son chien.

Le 7 octobre 1865, quatre jours après la promulgation de l’édit de l’empereur, un convoi de chemin de fer allant de la Vera Cruz à Passo del Macho était jeté hors des lisses par une troupe de 100 cavaliers et de 300 fantassins. Quarante coups de feu allaient cribler

le mécanicien, le chauffeur et un passager ; puis, après cette prouesse, écrivait M. Masseras au Courrier des Etats-Unis, la bande fit descendre tout le monde des wagons, et s’achemina vers les montagnes en compagnie de sa capture.

‘ Après une marche d’une demi-heure, le chef ordonna la mise en liberté des femmes et des enfants, puis continua avec le reste des passagers. Au bout de trois heures d’une course pénible, la bande fit encore halte, et là on procéda au #age par nationalité. Les hommes furent placés sur un rang, et selon qu’ils appartenaient à telle ou telle nation, classés de telle ou telle façon. Le dépouillement terminé, tous furent renvoyés, à l'exception des Français, qui furent retenus prisonniers.

‘ Ils étaient au nombre de quatorze ; cinq officiers, sept sergents et deux particuliers. Pendant deux heures, on ne s’occupa plus que d’inventer toutes sortes de tortures pour lasser le courage de ces malheureux. La plume se refuse à décrire les horreurs barbares commises sur ces militaires désarmés. La décence même impose le silence, et ce ne fut qu'après avoir subi le sort d’Abélard, et être restés dans cette situation quelques heures, qu’ils furent achevés à coups de hachette et mis en pièces. Leurs cadavres honteusement mutilés étaient retrouvés à quelques jours de là au fond d’un ravin, à demi dévorés par les vautours et les chacals.”?

Voilà, continue M. Masseras, les brigands pour lesquels la presse étrangère réclamait la pitié,

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