‹ De Québec à Mexico, souvenirs de voyage, de garnison, de combat et de bivouac [microforme]Chapitre 26 sur 34 · S À} ES · texte numérisé non relu

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‘ Faire dérailler un convoi, semer la mort parmi des voyageurs inoffensifs, c'était là un acte de guerre d’un nouveau genre. Et pourquoi cet atroce expédient ? Avait-on au moins l’excuse d’avoir voulu empêcher un grand mouvement stratégique ? Rien de pareil. Le convoi portait à peine une douzaine de soldats, qu’on s'était donné l’infâme plaisir de massacrer, Il est vrai que, par dessus le marché, on avait pillé et rançonné le plus possible. Voilà comment les prétendus défenseurs de la nationalité mexicaine entendaient le progrès et la guerre loyale !”?

Vraiment, après de semblables prouesses, les philanthropes étaient bien venus à réclamer les prérogatives de belligérants pour de pareils misérables. Et dire que c'était encore sous l’influence de l'horreur profonde que lui avait causée la nouvelle de cette tuerie, que l’empereur, oubliant sa proclamation, dépêchait au général Mendez l’ordre d’épargner les chefs de bandes Arteaga et Salazar qui n'auraient jamais été exécutés, sans un retard de l’estafette apportant l’ordre de faire grâce !,

La mo:t de ces deux généraux faisait écrire à un officier belge au service du Mexique les lignes suivantes :

‘__ Pour en finir une fois pour toutes avec le principal grief imputé à l’empereur Maximilien — je veux parler de l’exécution d’Arteaga, de Salazar, de Villagomez et de Diaz Paracho — je me permettrai de faire remarquer que six semaines avant d’être fait prisonnier à Santa-Anna-Amatlan par le général Mendez,

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le général Arteaga avait emporté la ville d’'Uruapam et en avait fait la garnison impériale prisonnière. Le commandant de la garnison, le colonel Lemus, vieillard de 63 ans, M. Paz, et le préfet politique, M. Gutierrez, furent fusillés, non-seulement says jugement, mais il ne leur fut pas accordé une demi-heure de répit pour écrire à leur famille.

Arteaga et ses principaux officiers furent conduits à Uruapam et fusillés au même endroit où six semaines auparavant étaient tombés le colonel Lemus, le sous-préfet M. Isidro Paz et M. Floncio Gutierrez. Ils ont donc été exécutés par vote de représailles, et non d’après les ordres de l’empereur.”

M. Walton, autre officier belge qui a assisté au combat de ‘Tacambaro ajoutait encore :

‘€ — À Tacambaro, dans la nuit du 11 avril 1865, les première paroles d’Arteaga, après avoir entendu du général Regules les détails du combat, furent celles-ci :

— Pues bien, que los fusillan manana por la siete.

C’est bien, qu’on les fusille — les officiers — demain à sept heures du matin.

C’est grâce à la géné,euse énergie de Regules que nous eûmes la vie sauve, à l'exception d’un pauvre diable de médecin qui fut passé par les armes sur les ordres de Villagomez. ”?

La justice de Dieu avait ici devancé la clémence de Maximilien, sans pourtant ralentir un seul instant l'inondation de lâchetés qui grondait de toutes parts,

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Quelque temps après ie coup de main de Passo del Macho, au mois de décembre 1865, le village de San Juan de Guadeloupe, dans l’état du Durango, était pillé par 300 guérilleros sous les ordres de Jésus Herrera qui, non content de cela, faisait massacrer une grande portion des habitants de ce bourg. A Mexico, le 18 du même mois, on découvrait un complot tramé dans le but d’attenter à la vie du ministre de la guerre. Dans le Sinaloa, Corona battait l’estrade dans les environs de Mazatlan et, arrivé à Noria, petite ville forte d’une population de 6,000 âmes, la rasait jusqu'à sa cathédrale, après avoir tout réduit en cendres.

Deux officiers d'avenir, MM. Jose Antonio Gonzalés et Matildo Murillo faits prisonniers par Rojas, à Guadalajara, avaient, sur son ordre, les yeux arrachés avec la pointe d’un poignard. Carbajal allait de ville en ville, de village en village, portant partout avec lui la terreur, le viol et la torche de l'incendie. Au village de Paredon, entrant dans l’église, au moment où l’on y baptisait le fils de l’alcade nommé par le gouvernement impérial, il demandait la permission de lui servir de parrain ; puis, une fois la cérémonie accomplie, brisait le front de son filleul sur le marbre des fonts baptismaux en disant :

— Pardon, M. le curé ; mais il y a bien assez d’impérialistes comme cela, sans que les petits anges — angelitos — s'en mêlent.

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Canalès, en compagnie de ce monstre, s'amusait à prélever à Monterey de l’argent et des impôts, au nom de Juarez, puis après eux passait Escobedo qui, au grand ébahissement des prêteurs, déclarait les emprunts nuls, au nom des pouvoirs discrétionnaires que lui conférait la république. La rage du mal était devenue si grande que ces misérables allaient jusqu’à se condamner entre eux, et, choisissant le moment où Canalès était occupé à faire fusiller les habitants de Camargo, son frère, le colonel Modesto Canalès, était pendu pour brigandage par le trop susceptible Escobedo.

Le 2 décembre 1864, le général Quintanilla, comme quelque temps auparavant le général La Llave, était assassiné par ses propres troupes qui lui enlevaient $30,000. Pour arriver à un pareil résultat, Armenta faisait tuer deux de ses supérieurs et trois de ses officiers subalternes. Cortina, ne s’entendant plus avec ses deux colonels les Palacios, les tuait de sa propre main ; puis, comme il restait un fils de cette malheureuse famille, qui aurait pu se souvenir plus tard, il le faisait venir et fusiller en sa présence, après avoir fait mettre le feu à l’hacienda paternelle. A Guaymas, MM. Robert d’Aumail et Ortiz Rodriguez, étaient attaqués par une bande, piqués de coups de poignards, puis, pour en finir, avaient la tête écrasée sous une meule. Regules s’emparait de Temascaltepec, et emmenait avec lui toutes les jeunes filles du village. Corona mettait la main sur M. Henri Camus, négociant français, exigeait

$10,000 de rançon, et passait quatre heures par jour à le faire torturer, jusqu’à ce que l’argent fût payé.

Juarez lui-même, ce président modèle qui, dans sa soif de lucre, n'avait pas eu honte de penser à démembrer son pays, et à offrir en vente aux États-Unis deux de ses plus belles provinces, ne voulait guère rester en arrière pendant cette course au clocher de banditisme ; il passait les vingt premiers jours de janvier 1866 à lever impôts sur impôts dans le Chihuahua. Le 4 mars 1866, un brave officier de la légion étrangère, M. le baron de Briand, attiré au milieu d’uñe embuscade de 300 hommes, se faisait tuer, au moment où soixante-trois de ses soidats étaient faits prisonniers. On les épargna, il est vrai; mais ils n’avaient que la plus vile des nourrritures ; leurs uniformes n’étaient plus que des haïllons ; ils allaient pieds nus, et leurs gardiens les menaicnt à coups de crosse de fusil comme un vil troupeau.—Un jour Cortina, fatigué de les tourmenter, les fit former en ligne de bataille et leur annonça qu’ils seraient nourris, habillés et soldés libéralement, s'ils voulaient servir la république, sinon, qu’ils allaient être fusillés dans les vingtquatre heures. Tous refusaient d’une seule voix, et ce courage faisait une telle impression sur le bourreau, que pour la première fois de sa vie, 1l devenait clément et donnait l’ordre d’épargner.

Au mois de mai, la ville d'Hermosillo, assiégée par Pesquiera, Martinez et Morales, était mise à sac et à sang. Quarante français tenaient encore ; la rue d’où

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ils tiraient était jonchée de cadavres d'hommes et de chevaux. Le corps d'armée juariste s’élance à travers cet amas de blessés et de mourants, massacre sans pitié tout ce qui respirait encore, ami ou ennemi, et, se répandant dans les maisons, tue, vole, viole et pille tout. Cette orgie de sang et de brigandage dura de 11 heures à trois heures de l'après-midi. M. Gonzalés, qui s'était réfugié dans un champ de blé, est livré et immédiatement haché à coups de sabre. M. le colonel Rosinski est fusillé, ainsi que M. Almado. Des 40 Français, 37 périssent les armes à la main ; les trois autres, M. l’abbé Delleveau, et MM. Mosieck père et fils sont pendus sur la place, après avoir été bâtonnés et sabrés.

Le 18 du même mois, Simon Gutierrez et Zepedo s'emparent de plusieurs notables de Colima, les forceni à les précéder et à frapper eux-mêmes aux portes de leurs amis et connaissances. Ceux-ci ne se doutant de rien, priaient le visiteur d’entrer ét tombaient sous les coups des assassins qui les tuaient sans pitié ou les pendaient aux arbres de la promenade. L’un de ces derniers, M. le juge Maximo Escalera, s'étant accroché d’une main au nœud coulant, ne voulait pas lâcher prise, malgré les coups de sabre.

— Mettez-lui la ose, dit alors Zepedo, en humant une tasse de chocolat.

Quelqu'un de la bande s’approcha du supplicié, lui tira en pleine poitrine un coup de #abuco chargé d’une douzaine de chevrotines, et tout fut fini.

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Les dignitaires étrangers n'étaient plus même à l'abri du poignard. Le quatre mars 1866, la légation belge se voyait attaquée dans la montagne du Rio Frio, et l’un de ses attachés, M. le baron d’Huart, tombait frappé d’une balle au front. Quelques mois auparavant, un officier suédois de grandes espérances, M. Berehnsralle, qui venait de terminer son stage dans l'armée française, avait eu le même sort sur la route de la Soledad.

Canales dirigeait ce coup de main et, quand tout fut terminé, dit M. Zorn — qui reçut dix blessures dans ce guet-à-pens — il se fit une torche d’un morceau de bois résineux, — ocofe — et se prit à examiner les morts et les mourants. Lorsque ce brave géréral, approcha la lumière du visage de M. Zorn, il le crut mort en voyant le sang ruisseler de son front. Toutefois s’étant aperçu qu’il respirait encore, le guerillero le poussa du pied en disant :

— Voilà encore un de ces français avec une balle dans la tête! caramba bien tiré. Il respire ; tant mieux ! il aura encore quelques heures à souffrir.

De la Sonora au Michoacan, le Mexique était devenu une vaste mare de sang.

La tranquillité n’était plus trouvée que dans les rares endroits que protégeaient encore les plis du drapeau de la France, de ce drapeau qui venait de recevoir l’ordre de s’en retourner flotter sur le sol de la patrie. A mesure qu'il se retirait, on voyait des familles entières s’asseoir auprès des ruines fumantes de leurs

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