‹ De Québec à Mexico, souvenirs de voyage, de garnison, de combat et de bivouac [microforme]Chapitre 28 sur 34 · D NE PT PR · texte numérisé non relu

D NE PT PR

go

idées de progrès et de morale chrétienne commençaient à se propager parmi les masses, il a jugé le moment favorable.

Alors, il s’est trouvé dans la patrie mexicaine un Lopez, pour soupeser ce que le poids de cet empereur — son ami et son protecteur — valait en onces d’or. Un ex-muletier devenu le général Escobedo était debout à la porte de cette tente désertée pour recevoir l’épée trahie, et quand on n’eut plus rien à craindre de l’empereur, quand tout le monde fut persuadé qu’il avait été désarmé, quand il eut été jugé par les membres d’un soi-disant conseil de guerre, dont le plus âgé avait vingt trois ans, Juarez se leva, au nom du libéralisme démocratique, et ne pouvant encore se décider à regarder bien en face le roi martyr, de crainte de voir une parcelle de la noirceur de son âme se réfléchir dans la sérénité de cet œil bleu qui allait s'étendre, il dépêcha froidement un peloton de bourreaux sur le Cerro de las Campanas ; puis là, le fit lentement assassiner.

Ainsi, de mon temps, s’est fait la guerre au Mexique.

Dans une étude sur les ‘‘ Souven rs de ma vie — Mémoires de l'Empereur Maximauen, *’ M. Paul Boutet rend au malheureux prince l’éclatant témoignage suivant :

‘€ Ce qui a survécu de ses fragments suffit et au-delà pour nous mettre à même d'apprécier à sa valeur celui qui fut l’empereur du Mexique, et de juger si l'homme, le prince, le philosophe, qui, quelques

Le ne Re sam EE È RÉ als da ts ai

ra

années avant d’être appelé sur le trône, alors que sa candidature n’était pas même en question, jetait sur le papier, au jour le jour, ses idées, ses vues, ses pensées de chaque instant, était vraiment à la hauteur de la tâche qu’il osa plus tard entreprer. ire ; la régénération d’une race abâtardie par près d’un demi-siècle d’oppression, de guerres civiles et d’anarchie, et, pour nous servir de ses propres expressions, (c’est l’aphorisme qui clôt le livre,) ‘d’une nation vieillie qui avait la maladie des souvenirs. ?’

‘ C’est surtout ce jugement que nous avons pour objet de faciliter à nos lecteurs ; aussi, croyons-nous devoir reproduire ici les pensées du malheureux souverain .qui dévoilent ses vues politiques et le sentiment profond qu'il avait des devoirs, des obligations que contractent les princes, en prenant charge de peuples. Il n’est que trop évident aujourd’hui, après la tragédie lugubre de Queretaro, que Maximilien est tombé victime de ses convictions, de sa bonté native, de sa générosité, de son esprit d'équité et de justice. ?”

N'a-t-il pas, en effet, suivi à la lettre son programme ?

Qu'on en ;uge par les pensées suivantes :

2 mars 1852.

Chaque peuple, à son heure, est dirigé par une idée qu'il réalise souvent d’une façon inconsciente : elle se manifeste en tout et partout ; l’art et l’utilité lui servent de ministres. Si cette idée porte en elle

pro-

une te :

ilité elle

une religion, elle enfantera de grandes choses, des choses pénétrées du souffle divin. Suivre et étudier dans leurs œuvres ces idées créatrices est, à mon sens, la plus agréable des philosophies. Les pyramides et les sphinx d'Egypte, le Parthénon des Grecs et le temple du Soleil à Balbek, les cathédrales de Cologne et de Séville, les châteaux de Versailles et de Schœnbrunn, le pont de la Tamise et le chemin de fer de Semmering sont des chapitres de son livre immense : elle se trouve dans le Coran comme dans la Bible, dans Homère comme dans le poème des Nibelungen, dans Shakespeare et dans Goëthe, dans les jeux de gladiateurs comme dans les tournois et les courses de taureaux ; et une Vénus de Médicis, une madone de saint Sixte, un Apollon du Bel. védère, aussi bien que des apôtres de Thorwaldsen, sont ses interprêtes.

15 avril 1860.

Le peuple en masse n’a pas d'intelligence, mais de l'instinct, et cet instinct est toujours juste. Les gouvernants qui savent le diriger vers un développement graduel et libre récolteront la paix et la prospérité. Si l'instinct, au contraire, est systématiquement méconnu pour la satisfaction momentanée d’une politique au jour le'jour, il s’en suivra une immense déraison et d’inévitables catastrophes. Discerner l'instinct, l’éprouver et le diriger, réclame de l'intelligence ; et cette intelligence n’est donnée qu’à l'individu.

Page 1