‹ De Québec à Vancouver: à travers le Canada d'aujourd'huiChapitre 5 sur 12 · UN REFLET DE LA VIEILLE ANGLETERRE · texte numérisé non relu

UN REFLET DE LA VIEILLE ANGLETERRE

Une colonie anglaise. — Histoire de Victoria. — Son rôle en Colombie britannique. — Victoria et Vancouver. — De Vancouver à Victoria ; la lumière du Pacifique; descriptionde Victoria ; — La Colombie britannique et la prohibition. — L'influence des mœurs américaines et de l'esprit iméthodiste, — Dcla Baie gorgienne à l'Alaska le long des côtes de Ia Colombie britannique. — Le territoire canadien du Yukon.

nous allons toujours directement de Victoria à

Londres » ; combien de fois n’avez-vous pas en” tendu cette affirmation sur les bouches des femmes aimables et distinguées de la société de Victoria !

« Un reflet de Ja vieille Angleterre » : c’est le titre de la plaquette de propagande que le « syndicat d'initiative », comme nous dirions, a fait imprimer pour le touriste. Ces deux phrases sont un programme et peignent la ville et la société de Victoria.

En un temps où la Colombie britannique n’était qu'une expression géographique, Vancouver unc petite bourgade de masures en bois, Victoria élevait déjà ses maisons élégantes et constituait un centre de civilisation. Aucun transcontinental n'existait et on atteignait l’île de Van-

N ous ne nous sommes jamais arrêtés au Canada ;

couver, par un immense voyage autour du continent américain ou après avoir traversé tout le Pacifique; ce n'est qu’en 1792-94 que Georges Vancouver suivit les côtes de l’île à laquelle il donna son nom ; la compagnie de la baie d'Hudson y construisit un petit fort dont on aperçoit encore Îes ruines et c’est alors que les Anglais s'avisèrent que lé site était charmant, le climat reposant, le ciel pur et la vie douce ; ils en firent une étape de repos dans leurs longues randonnées impériales et la ville prit ce caractère de cité anglaise de plaisance, de ville à demi coloniale, à demi bain de mer, surtout lorsque de 1849 à 1866 elle fut une petite colonic autonome, ce que l'on appelle colonie de la couronne, directement rattachée à la Grande-Bretagne ; l'empreinte était donnée ; Victoria gardera la marque, malgré son histoire qui prit ensuite une autre voie : en effet en 1866 l’île de Vancouver fut réunie au Canada ; elle devint partie de la nouvelle province de la Colombie britannique ; Victoria remplaça comme capitale New-Westminster, situé sur le continent ; ce rôle nouveau contribua à l'accroissement de sa population : de 4 000 habitants à cette époque, elle passa à 20 000 en 1901, à 36 000 en 1911 ct à 60 000 en 1921; elle attira la législature, les fonctionnaires, les retraités, ceux et celles qui recherchaient la vie anglaise sous un ciel d'azur et elle absorba ces nouveaux venus sans perdre son caractère : il semble au contraire qu'elle les marque de son empreinte et qu'elle contribue par son ambiance à maintenir à la Colombie britannique son caractère. C'est dans ce cadre et dans cette société que sont reçus les députés de tout le pays ; ils y prennent leur inspiration ; ils ne sont pas insensibles au charme qui

s’en dégage et ainsi a été créé et se maintient à l'extrême. ouest du Dominion ce qu’il y a de plus anglais sur la terre canadienne, comme harmonieux pendant à la cité de caractère et d'architecture français de l’est : Québec. Si Victoria conserve si fort cet aspect, il joue aussi à l'égard de Vancouver un peu le rôle du même Québec vis-à-vis de Montréal, comme Washington vis-à-vis de New-York. En face de la métropole commerciale, du grand centre d’affaires, avec la vie intense, la spéculation et la richesse nouvelle, voici la cité calme, conservatrice des traditions, avec son Parlement et ses Ministères, sa société plus stricte et ses fortunes plus stables, plus anciennes et plus restreintes. Il ne se peut pas qu’une certaine rivalité de ville à ville ne naïisse et elle est accrue ici du fait que Victoria est dans son île et que Vancouver contient à lui seul le tiers des habitants de la province. C'est pourquoi c'est à Vancouver que l'Université de Colombie britannique a été placée ; il est vrai qu’elle attend encore ses bâtiments, qu'elle est bien médiocrement logée ct que Vancouver soutient que Victoria n’est pas pressée de Jui faire accorder les crédits nécessaires ; c'est dans l’île de Vancouver, à Nanaimo, près de Victoria, que le charbon est exploité, mais c'est à Vancouver qu’une grande aciérie va, dit-on, s'établir au capital de 12 millions de dollars, grâce à un capital garanti, un tiers par le Gouvernement britannique, un tiers par le Domimion, un tiers par la province ; le fer, qui est en abondance dans tout le pays, pourra être ainsi exploité, mais ce sera Vancouver encore qui absorbera à son profit cette nouvelle industrie. Le voyageur qui passe ne regrette pas qu’elle ne vienne point gâter de ses

cheminées un paysage charmant ; par contre, il s'imagine assez bien un Oxford canadien bâti au milieu des bois et des pelouses de l’île, descendant par une pente douce vers la mer proche et ayant comme perspective de fond les Monts Olympic et la pyramide neigeuse du Mont Baker suspendu au-dessus de l’eau et de la brume comme une apparition mystique qui attire les yeux et les âmes. Cette vision élyséenne ne scrait-elle pas le cadre rêvé pour ce nouvel Oxford ?

De Vancouver à Victoria, le paquebot nous transporte en quatre heures.

On glisse entre les îles, on double des caps, on suit des passes et partout les forêts, à flanc de roc, viennent plonger dans la mer. Les rayons jouent avec les petites vagues et étincellent sur les rochers ; rien n'égale la fine gaîté de la lumière sur une mer bleue semée d’ilots boisés, Tout est tendre, tiède et mol, et pourtant, les arêtes des récifs, les contours des forêts sont aigus, burinés avec précision. La brume légère du lointain montagneux enclôt cette gravure en couleur. Et de nouveau, des souveénirs d’'Hokusaï, d’Hiroshige, reviennent. Voici les Stratifications bleues et violettes, au bas du ciel, les nuages plats en doigt de gant, les roches tourmentées, les arbresrabougris. Le Fuji en personne n'est-il pas venu présider à cette fête japonaise? Une montagne est apparue, une des plus hautes que les Rocheuses avancent vers l'océan, le Mont Backer. De partout, il apparaît sur l'horizon, durant la traversée vers Victoria; c'est une montagne à forme volcanique, au sommet de glace ;

comme dans toutes les montagnes japonaises, sa base s’efface dans la brume lumineuse et son sommet soulève le manteau de neige rosée, aigu comme une arête de cristal. Durant tout le voyage, nous restons en vue de ce pseudo Fuji. Tandis que nous glissons dans l’archipel des flots noirs, sur le flot bleu, nous voyons constamment, en avant ou en arrière, à gauche ou à droite, le cône de lumière si lointain et si net, suspendu sur l’horizon vaporeux, comme les branches de nacre d'un éventail renversé.

Hi faut aller chercher Victoria derrière le promontoire qui la protège, au fond de la petite anse où la ville est venue se blottir. Victoria est comme New-York, située dans une presqu'île : mais la mer ne l'encercle pas de paquebots : elle dessine entre les roches de petites anses de sable et entoure la ville d'un gracieux collier de plages. Cette ville ne sera jamais une cité d’affaires, mais un séjour de plaisance. Elle a bien son port, mais un port exigu, charmant, pittoresque, un port convenable pour amener le paquebot des touristes au cœur de la ville, un port comme il en faut aux marins retraités, avec des bancs sur le quai, pour y fumer une pipe, un port limpide qui réfléchit les vignes vierges de l'hôtel Empress et la coupole du parlement, les deux monuments dont s’enorgucillit cette gracieuse petite capitale. Depuis Toronto, nous nous étions éloignés de l’Angleterre ; on la retrouve, on reconnaît à mille riens que l’on vient de quitter subitement l'Amérique ; on rencontre des hommes âgés, quelques-uns ont barbe au menton, quelques-uns portent jaquette ; chacune de ces rencontres étonne et même on peut voir des soldats

écossais aux joues et genoux roses, à jupes courtes, jouant de la cornemuse devant des gamins éblouis.

C'est cette influcnce anglaise persistante, comme la française dans la province de Québec, qui a protégé la Colombie britannique contre les partisans excessifs de la prohibition, triomphants dans toutes les autres parties de l'Amérique du Nord.

La loi provinciale interdit la consommation en public des vins, bières et alcools dans les cafés, les restaurants ct les estaminets, dans le dessein de supprimer les bars, si nocifs pour la santé publique ; elle établit le monopole de la province pour l'achat et la vente; la province a donc établi un service d'État à cet effet. Un particulier a d’ailleurs le droit d’acheter lui-même son vin ou ses alcools à l'étranger, mais en payant au gouvernement non seulement tous les droits habituels, maïs encore une taxe correspondant au bénéfice que le gouvernement ferait s'il achetait à sa place, et en sus un impôt de 10 p. 100, qui est comme un encouragement à se soumettre au choix des vins et alcools faits par le service d'État.

La vente des vins y est quantité négligeable et seuls les alcools divers, liqueurs et whisky s’y consomment abondamment ; comme Findustrie du vin n'y est pas une industric nationale, les dirigeants du pays n'ont jamais compris que le vin est le meilleur antidote de l'alcool ; aucune publicité n'est faite en sa faveur, on ignore ses marques, ses qualités; le public, qui n'a pas le goût formé, confond les plus beaux crus et les plus mauvaises mixtures; la commission de contrôle, qui au nom du Gouvernement réglemente ce commerce, se

soucie peu d'acheter des vins de qualité, de former le goût de la population, de vendre dans de bonnes conditions ; cette vente minime ct peu rémunératrice ne l'intéresse pas; en réalité, la commission détruit par sa politique la faculté de consommer du vin; prenons un exemple : elle achète du Bordeaux ordinaire à 2 francs la bouteille, le droit de douane est de o fr. 11 et le fret de o fr. 05 ; à Victoria ou Vancouver, le prix de revient est donc de o fr. 29 {au change de 5) ; elle le vend aux consommateurs le prix minimum d’un dollar 50 et depuis août 1922, 1,10; encore ceux-ci doivent se munir d’un permis d'achat de 5 dollars pour l'année, s'ils sont résidents, ou o fr. 50 pour trois boutcilles, s'ils sont nonrésidents. Ainsi cette dernière et médiocre qualité est vendue l'équivalent de 22 fr. 50 (au change de 15). S'il s'agit de bon vin, le prix est de 3 dollars, soit 45 francs. De tels tarifs sont probitifs, surtout si on les compare à ceux de l'alcool, qui ne sont que de 3 dollars 25 pour du whisky médiocre et 3 dollars 50 pour du scotch whisky. Pasun buveur, dont le goût n’est pas fait au vin, n’hésitera entre une boutcille de wmsky à ce prix, qui lui servira une ou deux semaines et une bouteille de vin, qu’il consommera en un repas ou en un jour. Cette majoration exagérée des prix du vin revient en somme à une interdiction de vente. Aussi voit-on que c’est l'alcool et le whisky seuls qui se boivent à plein verre en Colombie britannique et dans tous ces congrès et réunions que les américains du Montana, du Washington et de Californie viennent y tenir, pour fuir leurs lois draconiennes. Les tempéraments modérés de la Colombie britannique, par cette politique, poussent donc à la consommation de

l'alcool, au lieu de favoriser le vin, et de lutter contre l'alcoolisme par la vente de cette boisson saine.

Si l'équilibre anglais a gardé la Colombie britannique des excès de la prohibition américaine, il n’a pas su résister, au même degré que la province de Québec par exemple, à l'esprit d'extrême rigorisme joint à d’étranges complaisances que des propagandistes sans mesure des Etats-Unis ont insuflé à tout ce continent: on sait dans quelsextrêmes se jettent lesadhérentsà la secte populaire des méthodistes, qu'encouragent parfois certains hommes d’une secte plus choisie, celle des presbytériens : c'est même répréhensibie à leurs yeux ce jouer au golf ou pour un jeune garçon de faire de la bicyclette le dimanche; on ne doit le profaner ni en jouant du piano, ni en faisant de la musique ; voici un méthodiste de Colombie britannique qui donne à diner le dimanche ; il chante après table des psaumes et u’aime pas réunir des invitésqui disent des paroles plaisantes; un baiser donné à sa femme est interdit le jour du Seigneur et fumer n’est pas moins condamnable ; c'est sous prétexte d'hygiène, qu'ils ont réussi à faire interdire ailleurs que dans cette province toute espèce de vins ou de bière ; en certains endroits on voit apparaître des propositions d'interdiction du tabac ; l'extrême danger n'est pas tant dans cet état d'esprit que dans l'appel fait à l'Etat pour imposer par la force et la violence l'opinion d’une faction ou d’une majorité, le jour où cet appel a été entendu et où l’intrusion de la police dans la vie sociale courante de l'individu à été admis, ce jour a inauguré en Amérique la forme de despotisme la plus brutale et en même temps la plus difficile à déraciner, car jadis il suffisait de jeter bas un seul homme ; la libre Amérique

si elle s’engageait définitivement dans cette voie deviendrait vite la terre de la tyrannie.

Dès aujourd'hui les premières tentatives produisent des résultats singuliers : développement de l’hypocrisie, des mœurs douteuses, habitude de mépriser la joi,-jadis chose sacrée ; la crainte de l'opinion travaillée par des adhérents au méthodisme conduira, par exemple un homme d'affaire d’ici à acheter en cachette une bouteille de whisky, qui est autorisée en Colombie britannique et au lieu d’en boire à son bureau, d'aller se cacher dans sa toilette, par crainte que quelqu'un puisse le voir ; comme on interdit de boire du vin ou de l'alcool en public, des femmes, à qui cette pensée ne viendrait jamais, sans cet état d'esprit et cette loi, acceptent de se rendre en chambres particulières pour consommer ce qui est interdit au restaurant ; par une singulière coutume, on autorise la nuit de Noël toute sorte de liberté et les hôtels les plus sévères se font complaisants pour cette fête religieuse ; mais si les mêmes faits se passent le lendemain, police et direction sanctionnent sévèrement les visites défendues.

Cette sévérité de mœurs est satisfaite par la formalité du mariage : aussi le pourra-t-on conclure aussi rapidement que possible, pour d’ailleurs le défaire de même. En Colombie britannique un homme pressé peut se marier en une heure ; il demande à l'autorité civile une licence de mariage, après quelques questions, on vous la délivre surle-champ ; muni de votre licence, vous pouvez vous rendre devant un pasteur ou un prêtre et aussitôt votre union est consacrée : le mariage est fait ; parfois les citoyens croient que, dès qu'ils ont obtenu la licence de mariage,

ils sont mariés ; le consul des Etats-Unis en Colombie britannique apprend ainsi à des jeunes femmes qui ne s'en doutait point qu'elles ont un beau diplôme qui les déclare aptes à se marier, mais ne le sont point ; il est vrai que la régularisation est tôt faite ; on téléphone au pasteur voisin, qui arrange l'affaire au mieux, et une heure après, le consul peut gravement accorder le visa suspendu : tout est en ordre et c’est ainsi que, dans les petits détails de la vie courante comme dans les actes du gouvernement, l'opinion créée par ces propagandistes extrêmes du méthodisme triomphe. S'ils parviennent, comme pendant un temps dans l’État voisin de Washington, à faire exiger préalablement au mariage un double certificat médical du jeune couple ils seront pleinement satisfaits.

Ces apôtres veulent avant tout régler, et fixer l’intervention de l'Etat, les attitudesextérieures de l’homme, les apparences et l'hygiène ; mais ils se préoccupent moins des réalités profondes, d'assurer avant tout la durée du mariage, de ne le conclure qu’après un temps de réflexion, de rechercher la permanence d’un foyer stable, dans leque] Jes parents éduquent eux-mêmes leurs enfants, de prècher la franchise, de ne donner aux gestes qu’une importance secondaire si la vie intérieure n’y répond pas.

Cet esprit monte du sud et commence à intoxiquer d’abord Vancouver, puis Victoria et la Colombie britannique.

C'est de Victoria que part le service des bateaux de la Canadian Pacific, qui conduit le voyageur, pendant

l'été à l’un des plus beaux paysages du monde, celul, des fjords de la Colombie britannique et des glaciers de l'Alaska. Ils se rendent à 1100 milles dans le Nord, jusqu'a Skagway et longent d’abord le territoire canadien, entre la terre ferme et les îles de Vancouver et de la Reine Charlotte, pendant 5vo milles, pour toucher à Prince Rupert, près de la frontière canadienne ; le voyageur a devant lui, le spectacic de ces montagnes et de ces forêts qu’Albert Métin a si bien décrit dans son livre sur la Colombie britannique, qui n’a que le tort d'être déjà ancien.

C'est le pays où les pluies d'hiver sont les plus constantes, la précipitation annuelle n'est pas inféricure à 70 pouces; la côte est tempérée par le courant chaud du Kuro Sivo, qui donne à l’ancienne capitale de l’Alaska, Sitka, située au bord même du Pacifique sur l'ile Baranof, à proximité des neiges éternelles, le climat de Boston avec les précipitations d’eau du Bengale (go pouces de pluie par an). Aussi, la végétation arborifère est-elle, avec la pêche, la grande richesse de cette région ; les forêts énormes baignent dans la mer; les plus belles essences d'arbres y poussent, notamment, le pin de Douglas, qui . atteint une hauteur moyenne de 180 pieds; la pêche du saumon, l’industrie du bois et de ses dérivés, pulpe, papier, bois de construction, etc., la culture des fruits dans les vallées du sud de la province, celles d'Okanagan, de Columbia et de Kostenay, sont toute la production de cette province, et rapportent annuellement quelque 250 millions de dollars ;si l’on y joint une quarantaine de millions de dollars pour la production minière du charbon, du fer et des métaux, qui n’est qu’à ses débuts, on

a, devant les yeux, toute la richesse de ce pays, qui, dès 1921, lui a permis d'exporter 83 millions de dollars, soit 2 millions de plus que son importation.

À 50 milles de Prince Rupert, on entre dans l'Alaska, c'est-à-dire, aux États-Unis. On sait que l'Alaska, qui appartenait à la Russie, a été cédé en 1867, aux États- Unis, pour 7 200 000 dollars ; ce que l’on sait moins, c'est que, par une pression exercée sur le Canada, les États-Unis se sont fait céder une très longue bande de terre qui à presque 600 milles d’étendue, le long de la côte depuis le 60° jusqu’à Prince Rupert, cette zone côtière très étroite sépare de la mer, l'arrière pays canadien, le Yukon, qui ainsi, ne peut communiquer avec le monde extérieur que par une région placée sous la souveraineté des États-Unis ; et c'est sur cette bande de terre que s’est concentrée presque toute la civilisation, la population et la richesse de l'Alaska, qui a fui la masse glacée du nord; jadis, c'est sur une île que la Russie avait placée la capitale de l'Alaska, à Sitka, qui est resté un petit bourg de 1 o00o habitants, presque tous indiens, conservant encore des bâtiments du temps de la domination russe, une cathédrale et un château ; aujourd'hui, c'est sur la terre ferme, à Juneau, que les États-Unis ont transporté leur capitale, leur gouverneur nommé par la Maison blanche et même, une petite assemblée législative de 8 sénateurs et de 16 députés.

Le bateau y fait escale ; c'est devenu Ja ville la plus importante de l'Alaska, avec plus de 3 000 habitants, au centre d’un district minier, aujourd’hui en décadence, comme d’ailleurs tout le pays : car l'Alaska est en régression marquée ;sa population a diminué d’unfsixième dans

les dix dernières années et n'est plus que de 54 000 individus, dont la moitié sont des blancs ; ses mines d'or, qui attiraient les émigrants il y a vingt ans, sc ferment, soit que les placers s’épuisent, soit que les exploitations de filons ne permettent plus un profit suffisant ; la plupart ont été abandonnées, et la guerre leur a donné le dernier coup ; il ne subsiste guère que des placers exploités à la drague qui travaillent sur une échelle réduite ; par bonheur, des mines de cuivre, notamment celles de Fairbanks, ville située dans une toute autre partie de l'Alaska, les industries de la fourrure et de la pêche au saumon 5e sont développées et permettent le maintien d’une certaine vie économique ; mais le touriste sera plutôt intéressé par la visite des nombreux villages indiens qui jalonnent cette côte et ces îles et par le spectacle admirable sous un ciel d'été des glaciers surplombant la mer que le bateau côtoie.

C'est du terminus de ce voyage sur la côte Pacifique, à Skagway, près du 60° parallèle, que le voyageur peut 5e rendre dans le territoire canadien du Yukon et dans sa capitale, Dawson-city, fameuse, au tempsdu grand « rush » de 1897, quand les trouvailles de ses placers, suscita, dans le monde entier, une curiosité générale. Aujourd'hui, comme dans l'Alaska, la décadence est venue, irrémédiable, jusqu’à nouvelle découverte : le «territoire de Yukon», comme il s'appelle officiellement, a été créé en 1898, après les découvertes d’or du district minier du Klondike ; un peu plus grand que la France, il attira une trentaine de mille d'individus, qui tirèrent du sol, en trente ans, jusqu'en 1918, environ 200 millions de dollars d'or; mais aujourd'hui, la population du Yukon est

tombée à 8 000 âmes ; Dawson, qui a compté 25 000 habitants, n’en a plus que 3 000 ; et en 1920, ils n’ont plus extrait que pour 1 million et demi d’or.

En deux jours, le voyageur peut atteindre aujourd’hui cette capitale, grâce à un petit chemin de fer qui le conduira, en sept heures, de Skagway, en territoire américain, à White Horse, un petit centre de mines de cuivre, en territoire canadien, près du lac Laberge ; de là, un service régulier de steamer lui fait descendre la rivière Lewes et le fleuve Yukon ; ces 600 milles, qui ont connu jadis, de si terribles aventures, sont aujourd'hui, parcouru facilement, pendant les journées d'été ; mais la fortune, n’y sourit plus à l’heureux chercheur d'or.

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