‹ De Québec à VictoriaChapitre 32 sur 67 · EXCURSION À EDMONTON: · texte numérisé non relu

EXCURSION À EDMONTON:

© Encore, la Prairie. = Problèmés ethnographiques: — Une ren-

contre avec les Gis, à Hobbéma.— Discours” sauvages. —

À la gare d'Edmonton.— Adresses et réponses.— Mer |

Taché, comme orateur. « LL, EN * .

. En sortant de Calgary, le chemin de fer traverse K

SC dirige vers le Nord.

C'est encore la prairie, toujours la prairie, prolongeant à l'infini dans toutes les directions son iminense tapis vert, Est-ce ce tapis vert qui.attire.vers l'Oüest.les.. QTPUEUTS de .Lourse et de’ bluf, les spéculateurs, les * aventuriers; les enfants prodigues ? ? Heureusement, ils v vieunent aussi éù grand nombre les colonisateurs, ls Industriels sérieux, les éleveurs de béstieux, et ls modestes laboureurs. Acte

Mais is ne sont encore que” ‘des hilliérs et il. Y ue pla : pour des millions. TT

\ 12. Br ee

mél rique

En attendant que ‘le flot des migrations humaines ait

inondé"ces Plaines i immênses, a solitude qui nous envi-

De ST EP rene re pus me

ashins instesse. TRE SAS “quoi “de

dense cites

Se-mêle à ct air que nous respirons, et le désert sanséhor nes nos épparait commé une énigme dout, Hot cherchons vainement la solution,

Depuis combien de siècles. existe-t-il ? D'où. venaient LES TACvs étranges qui Pont: habité, vu plitét. sillount, sans Le réiuplir, ni le féconder ? Pourquoi ny ont-elles

rien fondé, et vont-elles mainteñant dispariitre sans

laisser la moindre trace ? QI UT es

… Comment se fait-il qu’elles n'y'aient pas créé des

| groupes stables, Lâti des villes, érigé des monuments, ne fut-ee qu'une tour de Babel, pour s symboliser les langues

: \ si diverses et si nombreuses qu’elles parlent.

Tous ces problèmes et bien d’autres se-posent-devant-

nous conne les questions\du sphynx, et la prairie que A nous iuterrogeons ne nous. répond rien.

a Quand ke tv yageur traveise les solitudes de l'Orient,

«les lui montrent. déérites, les pierres, “des tombéaux, "

des inscriptions qui font revivre sous ses yeux | des

siteles écoulés. Mais i ici. rièn n'est resté, pas même une

tombe qui contienne les cendres du -passé, et nous De .

mette de refaire son histoire. |

Sur ce vaste*théñtre où des races” “nombreuses se sont.

'sucué ‘âées, et ont dû ] jouer un rôle, “elles ont laissé muins :

de vestiges de leur passage que les grands troupeaux de

| — 179 — bulles qui constituaient ‘leur richesse Eine ont :

détruits ! ‘

__ Caro n-revoit-encore.-profondément-tracés-dans -la-prairie les innombrables sentiers que ces nobles animaux ont parcourus, et leurs ossements blanehissent encore Ja plaine. Mais nous y cherchons vainement les cendres des millions d’ hommes qui vvécurent et qui y sont

morts : — | À Innisfail, qui est à soixante-seize milles de Calgary, les plis de la pri airie se creusent et les collines se cunronnent de feuillages. Le sol y est plus humide, et plus propre à la culture. En même temps, les 1 Montagnes Rocheuses s’éloignent à l'Ouest et disparaissent. Ces est; 7 cet éloignement des Rocheuses qui explique qu'on. fon, qui est à deux cents milles au nord de Calgary: n'a

Te

as uu climat plus froid. : FT UE A la Riviive-à-la-Biche, ilya un commencement des. village, et nous y prenons le diner. Cette uare est à” mi chemin entre Edmonton et Calgary on croit géné- , fulement qu ue ville y surgira bientôt, ‘et plusieurs inagasins et hôtels y sont -en construction.

Al are" d'Hobbéma, une surprise charmante vient. réjouir nos yeux et nos cœurs, Au moment où notre train contourne . un bouquet d'arbres verts, une fusil Mate, des acchimations s'élèvent, et

de higffoumie 6

uoUs VOVOUS otter ur une colline ‘des oriflannies et

des banderolles de to tes couleurs. Mais ce- qui attire

plus spécialement notre attention c'est un groupe de Cris échelonnés sur le versant de la colline, les jeunes

gens à cheval, et les vieux à pied, tous” vêtus des

costumes les plus pittoresques, et accompagnés de leurs femmes portant leurs hébés sur leurs dos.

Notre train s'arrête ; nous déscendons dans la prairier. - “ct: ‘tous ces flraves sauvages ayant à leur. tête leur, &

amissionnañé, le P. Gabillon, nous entourent avec des i tranSports dej prie, ‘ .

Papabkinès (Li Sautérelle), le plus v vieux de la bande” saute ait con du P. Lacombe et 1 ‘embrasse avec eff sion. D'autres à se jettent aux genoux ‘des évêques, et baisèut leurs mains av ec vénération et amour. Toùs' les ervurs sont émus, et des larmes brillent .dans bien des yeux, = pendant que nous leur”sérrons la rain À tous, comme si nous “étions de vieux. pis, Après ces épanchembhts spontanés, le grand chef des | Cris, Osikknsiweyän (Peu d'hermine) monte” sur. talus, et 1e" end, la pales « Mes parents et. amis, cum

! tous.ces. nds chefs de Ja Prière, qui v viennent à nous.

visiter, nous bénir, nous, nos familles et notre’ terre ! !

Grands chefs de la Prière, et vous tous, homimes de ‘Dieu, nous vos remercions de toute notre âme d'être : venus-jeter un regard de bienveillance sur le’ panvre |

sauvage. Soyez Les ‘bienve aus !”

.* Depuis le.plüs vieux : de, nous j jusqu au petit enfant

encore à là mamelle, nos cœurs sont remplis de joie et d'érhotion. Votre’ passage au milieu de nous restera

pour tous un éternel souvenir, . : «

“ Priez pour nous, afin que notré avenir suit vrospèle, pu et que noùs soyons toujours vos enfants fidèles. F7

“ Merci, encore un fois, de tout notre cœur.”

Monseigneur Parceque de Saint-Boniface répondit à ce-discours, et.dit en. résumé: que tous les grands chefs de à Prière et lui-même étaient bien‘ heureux de

rencontrer leurs fidèles enfants de li nation des Cris et de leur serrer la main; qu ‘ils espérait que tous con- . tinueraient à être bons, à aimer le graid Maitre de Le . Vie, ainsi que leurs missionnaires, et à être ‘dociles à leurs enseignements. .

“ Nous vous bénissons tous, ajouta-t- il, en terminant, vons et vos, familles, et nous-prions “le -Grand-Esprit-— qu'il vous protège et vous comble de ses présents.” |

IF va sans dire que je n'ai rien compris de ces ‘iscours ên Cris, et que c'est le P. Lacombe quime les à traduits. . Mais. jai. beaucoup. admiré le tons le. geste.et. les jeux: de physionomie de Peau d'hermine. . J'ai remarqué aussi que Mgr Taché ne parle pas le sans age avec les mêmes intonations que le français où Panglais. Chaqhe langue a son rythme propre dicté par la nature; êt tot orateur l'observerait sil n° était pas gâté par la “convention’et: l'instruction. ce "it À C’est à la conventiôn, et non à la nature qu 'ouésent 2

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r qe AT !

ces prédicateurs ennuyeüx qui chantent leurs sermons, ar. lien de les dire avec le ton naturel de leur convet-

sation, | Après les discours, nous serrâmes de nouveau la main

des sauvages, et nons remontèmes dans sobre Spalais. y LA roulant. : ‘ ; /

. “Quand le train se mit en marche, tous fes sauvages

“ & jetèrent à genoux, et les év êques, debout sur la 3 Ste ‘de votre chär, leur donnèrent une dernière

& et Sojennetle béfédiction, © £

- Ét sur les’ oriflanmes flottantes br ilhient les'i inserip tions : Salvete, réverendissime domini — Pluudite gentes— Hosunna ! Alleluia ! Et les feuillages printaniers frémissaient dl allégresse ; et la brise et les viseaux cliantaient, etile soleil rouge, baissant ? à V'hori- : Le 26h, inontlait de ses. rayons joyeux les vertes ondula- —ioNS dE phine.

Quel peintre il faudrait pour reproduire une pareille

‘ svène! Maïs la peinture, elle‘même n'en rendrait pas le

| motement, la vie et les douces émotions.

; Tiiaginéz quels durent être les sentiments de ces pahvres enfants du désert qui n ‘avaient jamais vu que

- Jenrs humbles missionnaires. Songez à l'étonnement et

à l'émotion qu'ils ont dû éprouver en voyant réunis se devant eux, dans un coin inconnu de leurs prairies: ‘tous ces grands chefs de la Prière et tous. ces dignitaires ecclésiastiques fraternisant avec EUX : -ei leur adressant

des paroles d’&njitié, de consolation et d'espérance ! Quel beau jour pour eux!’ Quel sonvenir ineffaçable + dans leur existence! ‘ 2 | ee Et pour nous quel tableau pittorèsque et touchant L Quelle scène - ‘émouvante et riche en contrastes! Quels types à aobserver que ces produits .de la sauvagerie qui RE ristènt pour, nous ‘ll mystère, “et. qui nous regaidentèf,

ious-mêmes comme des-êtres : mystérieux ! . °

“Mais pendant que je me. laisse aller aux dev reries, CEE a, -yenx fixés sur la plaine ( où les eavaliers Cris. galoppent. dans la direction de leur “Réserve, la vapèur nous | , empoite rapidement, et le spectacle qui m a à tant intéressÉ disparait à à l'horizon.

Je- n° en console en. examinant deux chefs Cris, que > HOUS emmenons avec nous, et qui vont nous accom- pagner jusqu'à à Victoria, sur la côte du Pacifique.

Deux heures plus tard, nous étions à Éginonton ; il

était 6 heures p. M. J'entends” ici “par “Éémonton; ke .

are de.ce nom qu’il ne faut pas confondre aveciä ville ; ns ‘

‘car la-ville ‘est au nord de la: rivière ‘Saskatchewan, tandis que la gare est au ‘sud, à près d'un mille de da:

— rife. e Li ao Trois ou quatre hôtels et magasins viennent d’être bâtis autour de la gare, et un petit bois la sépare de la rivière et nous cache l ville. .

‘La Saskatchewan /à cet ‘endroit, est: profondément

. \ ' 1." ’ ct + 184— encaissée entre des collines boisées qui ent au moins trois à quatre cents pieds de hauteur,

En traversant le petit.bois jusqu’au bord de l'escarpement, on apercoit la ville couronnant la colline opposée. Elle n’est. encoïe qu'un grand village, mais elle a grandi beaucoup depuis trois ans, et elle promet d'être la plus grande de toutes les villes qu’arrosent aujourd'hui les deux, Saskatchewan. .

Actuellement elle ‘ne se relie au chemin, de fer que par an bac très ingénieusement accroché à un câble de fer, À et mis en mouvement par le seul courant de da rivière “ qui est très rapide. " Ra

Naturellement cette voie de communication end

fisante, et la grande question: de demain, à Edmonton comme À Québec, est la question du pont. Plusieurs des | mêmes obstacles s se rencontrent dans les deux Villes. -:

Sans doute, k Saskatchewan r n'a ni la largeur ni la qrôfondeur du fleuve Saint-Laurent :. mais les riv es en sont aussi élevées que celles de Québec et Lévis;et . Pon.caleule qu'un pont pour le chemin de fer coûterait |

“au delà d'un milliun, -. +. mere ce. .

Naturellement an pont de voifures serait beaucoup moins dispéndieux ; car il ne s’étendrait pas d’une. | coïline‘à l’autre, mais d’un rivage à l'autre, et serait. ainsi beaucoup plus côurt; malyré cela ce serait encore. “ “un ouvr age d'au moins trente à quarante mille piastres. | Si lui où l'autre” de ces ponts n’est' pas À bâti, il est.

probable qu'on verra s'élever bientôt un autre Edmonton sur la rive sud,

‘A peine étions-nous aurivés à la gare d'Edmonton «ne nous sommès invités à noùs rendre à l'hôtel voisin, et trois adressés ‘sont présentées aux évêques et à leurs” compagnons — l'une par le-vconseil- -de-ville, une autre par des catholiques de langue anglaise, et une : troisième par les Canadiens-francais et les Métis.

Monscigneur Taché répond aux trois adresses en francais et en anglais, avec cette abondance de paréles et d'idées que je ne me lasse pas d'admirer -cliez lui, -

L'archevêque de Saint-Boxiface est un deë orateurs les mieux doués que j'aie connus, et j'en ai connu heau- Coup. | | To | Il a cette sensibilité qui € émeut et entraîne les cœurs; tete intelligence nette qui cocoiE ët énonce avec une clarté -qui ne laisse rien dans l'ombre, cette logique et”

” cutté chaleur qui produisent la conviction, cette verve

spirituelle qui assaisonne les mets délicats qu’il sert à ses auditeurs, . Il a l'épigramme, le sarcasme, la gaieté, pe couleur ; et, quand le sujet s’y prête; son reg ar et. ‘on sourire illuminent les jets d'esprit qui agrémentent son discours,

Dans notre payé l'abondañcs de. paroles. est an don qu 6n. rencontre .assez- fréquemment ; mais il n’en est pas de inême des idées, elles sant rares, MÊME ‘dans n0$

ofateurs ‘és plus renommés. : ——— -

Chez monseigneur Taché l'abondance de paroles, qui est très" grande, “suffit à peine à exprimer la multitude de peusées que son ésprit conçoit ; ei, ce que j'admire chez lui, c’est que Ja pensée toute grave et profonde

.… nelle est” ne le surcharge pas, et laisse à son esprit” toute sa légèreté d'allure, tout son entrain, tout son bris. ‘Ja des géns quelles grandes pensées alourdissent, et qui sentblent ployer sous leur poids, comine Aths portant le monde sur ses épaules, ‘ C'est le propre du génie allemand .qui confond quel “nefois le profond et le creux. Fe à Mais chez Mur Taché les idées sont vives, alertes, et füllistent sans effort .de son puissint cerveau pour Yenvoler sur les ailes de sa parole également vive et: Trillante.

Si la vie toute d'action qu'il.a menée-lui avait Ris | le loisir de cultiver davantagé ses dons littéraires, et de, développer cètte faculté de l'esprit qu'on appelle : Yimagination, et qui donne à la pensée la forme image “qui la rend plus saïisissante, il serait un 1 orateur incom- parable. D CT “Je suis absohunent incapäble de redire ce que Mur. Tarchevé que de Saint-Boniface :a répondu aux trois udresses de ses amis d'Edmonton ; car je me me quis livré mr plaish de l'entendre, et je n'ai rien noté. ‘ C'était ,une improvisation très spirituelle ‘et très sentimentale. Le rire s’y .mélait aux larmes. Il ie

: Lee À

L l'éloge d'Edmonton qui a cté depuis près d'un siècle le

grand emporte ‘du Nord-Ouest, quis "est nppeé d'abord

Edmonton, . : LT F a Lt appela les jours ah loin à ét il visitait Edm

dans un train spécial, bien différent de ceux d’anjourd'hui, et dont le pouvoir moteur était un aîtélage de : Î : & e

chiens.

11 vanta la Lienveillance et les bons procédés dont la compagnie de la Baie d'Hudson a toujours fait” preuve à l'égard des missionnaires. . C’est l'opinion unanime de ces derniers que la Compagnie.les a toujours 4 énéreusement assistés, et exigenit alors que ses agents et employés varlassent le. francais. |

1 félicita la ville des progrès réalisés, et lui en prédit

bien d” antres dans, LL avenir prochain.

Fl ouvrit son cœur à ses chers Métis et leur rappela

. les jours d'antan,

Enfin, tous sollicitèrent sa bénédiction, et il la leur doûna du fond du cœur,

Après un bon seuper à l'hôtel, nous revenons à L note char, qui ne roule plus, Dieu merci ! et nous ÿ passons une nuit tranqüille.

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