FABRICATION DU SUCRE
les trous bouchés, la voiture le transporte au marché.
Comme on le voit, la fabrication du sucre et de la mêlasse se fait avec une très grande propreté; les ouvriers n'y mettent pas la main.
Ainsi donc, amis lecteurs, si Ton vous dit à Tavenir que la mêlasse est faite de canne à sucre broyée sous les pieds des nègres, n'ajoutez pas foi à cette mirobolante nouvelle. Vous pouvez vous délecter de ce jus sucré sans répugnance aucune, si vous en avez le goût ; je puis vous garantir la propreté de sa confection.
Enfin, fatigué nar de longues heures de marche, je prends congé de mon aimable cicérone, M. Curran, agent de la plantation Sutherland, et je reviens à la ville charmé de mon exploration.
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Les noirs ci les blancs
IK population des îles est composée presque exclusivement de nègres -; les blancs comptent pour un dixième seulement.
Le nègre est poli et toujours modestement vêtu. Nous le rencontrons afiublé d'un pantalon et d'une chemise blanche, quelquefois un chapeau sur la tête, la canne invariablement à la main, mais toujours pieds nus.
Il est assez intelligent, toajours content et
joyeux ; il est sobre, mange peu, boit peu,
travaille peu, mais il dort beaucoup. Son •71
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salaire est peu élevé, mais ses dépenses ne sont pas considérables. Un homme gagne ordinairement dix sous par jour ; une femme, qui fait autant d'ouvrage qu'un homme, ne gagne que cinq sous.
Les nègres habitent des cases ou petites cabanes en bois de dix pieds carrés ; quelques unes sont cependant plus grandes, mais c'est très rare. Ces cases n'ont qu'une fenêtre ; les contrevents servent de châssis ; et, la nuit venue, une famille entière s'installe dans la maisonnette, après avoir pris le soin de fermer toutes les ouvertures, malgré les grandes chaleurs des tropiques.
On dirait que le nègre est insensible à la chaleur, car on le voit en plein midi dormir sur la dure, sous les rayons d'un soleil brûlant, alors que nous sommes obligés de
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protéger notre humble hypostase au moyen d'une ombrelle.
A huit heures du soir sonne le couvre-feu pour les noirs. Toutes les cases sont alors fermées, et les nègres invisibles jusqu'au lendemain matin ; la loi leur défend de paraître dans les rues après l'heure précitée.
Les blancs vivent dans des habitations bâties à l'orientale. Les maisons sont assez spacieuses, mais généralement à un seul étage, sans plafond à l'intérieur. Les chambres sont divisées par des cloisons. Le toit est vaste. Nous ne remarquons dans ces demeures, ni tapis, ni rideaux, ni tentures. Les planchers sont cirés. Chaque lit est surmonté d'un moustiquaire. C'est une excellente précaution, car, autrement, l'étranger surtout devra s'attendre à des visites désagréables pendant la nuit.
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Le bain est indispensable ; aussi en trouvet-on un dans chaque habitation.
Antigua possède une église catholique bien convenable et un couvent passable. Les catholiques ne sont qu'au nombre de deux cents ; mais ce sont eux qui commandent au commerce et qui dirigent les affaires.
Monsieur le curé, le R. P. Fogarty, jouit d'une grande influence sur toute la population. Il reçoit la visite des hommes les plus distingués, catholiques comme protestants. Le père Fogarty est un des syndics de la ville, chose qui ne s'est jamais vue dans le passé.
Après un agréable séjour de trois semaines en cette ville, je dis adieu avec peine au bon Père Fogarty et aux dignes familles Michalowski, Burns, Ourran, Gromez, etc., et je reprends ma course vers le Sud.
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En arrivant sur le bateau, j'ai le plaisir de saluer mes anciens compagnons de voyage et de tendre la main à deux nouveaux amis, qui sont venus remplacer ceux que nous avons quittés sur la route.
Comme un coursier infatigable» le steamer se met en marche, et deux Heures après notre départ, nous sommes à Montserrat. ^ ,
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ETTE île compte une population de 8,000 habitants et une surperticie de 126 milles. Découverte par Christophe Colomb, elle appartient aux Anglais depuis 1528.
Montserrat est très salubre et favorable aux malades atteints de la pulmonie. Nous y rencontrons le Père Savage, qui me permet de dire la messe, et, après avoir visité rapidement cet agréable oasis situé au milieu de l'océan, nous nous rendons à la Dominique.
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A population de cette ile est de 27,000 habitants ; et sa superficie est de 291
milles.
La Dominique, en anglais Dominica, a été découverte en 1498 par Christophe Colomb, un dimanche, dies dominica, d'où elle tire son nom. Elle appartint aux Espagnols jusqu'en 1625, puis aux Français, qui la cédèrent aux Anglais en 1*768. La France la reprit en 1778 et la rendit à l'Angleterre par le traité de paix de 1788.
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Bien que cette île soit une colonie anglaise, les habitants parlent généralement le français.
Plus nous avançons vers le Sud, plus nous admirons cette végétation merveilleuse, activée par la chaleur et les fréquentes ondées tombant des nuages qui couvrent presque continuellement le sommet des montagnes.
La Capitale est Roseau, siège d'un évêché catholique. La ville, bâtie à l'orientale, jouit d'une grande tranquillité ; ses rues sont pavées en pierre, très propres, mais tellement étroites que les voitures n'y peuvent pénétrer. On se croirait rendu dans certaines ruelles de Québec.
tcril y a un bon h6tel, dans lequel peuvent loger un grand nombre de touristes.
î.«,I)ans nos courses, nous remarquons l'ancienne cathédrale catholique, le fprt, le jardin
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botanique, les édifices du gouvernement et le Morne Bruce, situé tout près de la ville.
La chaleur est intense, mais la brise de la mer viont agréablement tempérer l'atmosphère.
La Dominique est remarquable par ses fruits délicieux. Ses oranges succulentes soni, avec raison, recherchées dans ces îles, mais elle ne valent pas les oranges d'Egypte.
Le port de Roseau est profond, mais peu abrité contre la fureur des vents.
Lorsque nous succombons de fatigue ou d'accablement causé par l'intensité de la chaleur tropicale, il nous est bien facile d'aller respirer l'air frais des montagnes.
Cette petite excursion nous fournit, à mes
compagnons et à moi, l'occasion de constater
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la puissante végétation de cette île. Et les guides nous racontent des faits tellement merveilleux, que nous ne pouvons y ajouter foi.
Nous vo ions, comme saint Thomas, voir de nos yeux ; aussi parions-nous pour cette course qui ûoch promet tant d'agréables émotions.
Muni d'une canne solide, d'une large ombrelle et de quelques provisions de bouche, nous nous rendons sur la place principale pour y prendre des montures. Les guides nous reconnaissent de loin et accourent à notre rencontre pour nous offrir, avec beaucoup de complaisance, mais moyennant iinances bien entendu, de forts et solides mulets.
Il ne nous reste que l'embarras du choix. Un nègre, moins timide quo les autres, nous
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aborde en nous disant : " Master^ me go with
you : me hâve a good pony ! " 11 faut bien
accepter ce compagnon de route ; son offre est si généreux !
Nous aurions préféré parcourir le trajet à pied, mais nos amis nous en avaient dissuadé, à cause de la fatigue et de la chaleur. Le moindre refroidissement corporel peut occasionner une fièvre peu dangereuse, il est n'ai, mais qui n'en est pas moins désagréable en voyage.
Après avoir fait le choix de notre Rossinante, nous volons à la conquête des pays inconnus. Mais nous sommes bien décidé à ne pas nous laisser emporter par les idées belliqueuses du Chevalier de la Triste Figure, et surtout à ne pas combattre contre les moulins à vent qui s'élèvent sur le parcours de notre route. Un
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seul Don Quichotte a suffi pour immortaliser Michel Cervantes , ia seconde édition n'est donc pas nécessaire.
Et, du reste, il y a dans le monde assez de Don Quichoties sans nous.
Nos courageux mulets, l'oreille inquiète, suivent d'un pas mélancolique le guide qui nous précède. Pauvre bidet, va gaiement ton cliemin ; ne crains rien : tu ne portes ni un Alexandre, ni un Néron ; mais prends coulage et console-toi, car, sur tes vieux jours, tu pourras dire aux jeunes que tu as eu l'insigne hourxeur de transporter sur ton dos un vrai Canadien des pays froids. ,
Nous sommes arrivés au pied des montagnes L'ascension commence ; elle est difficile à effectuer; mais nous n'avons qu'à laisser marcher nos pauvres bêtes, qui sauront bien-
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snrinonter les difficultés de la roate. Quand nous passons près d'un prétâpice, tâchons de maîtriser nos émotions ; ne disons rien, tenonsnous solide sur notre selle et confions-nous à l'intelligence de notre pony. Nous n'avons rien à craindre.
Cependant nos mulets semblent demander grâce ; et ils ont raison, car nous marchons depuis plus d'une heure.
Le guide s'arrête donc tout à coup et nous invite à mettre pied à terre. C'est le tnmps de prendre un peu de repos : nos bêtes sont épuisées de fatigue, et nous avons les reins rompus et les jambes raidcs comme des bâtoud.
Après avoir régalé notre estomac d'une frugale collation, nous imitons r»»xemple du berger • nous nous étendons mollement sur le vert gazon, à l'ombre d'un énorme palmier.
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L'air frais qu'on respire à cette altitude et la rosée qui s'échappe si souvent des nuages dont le sommet de ces monts est couronné on mieux enveloppé, donnent au sol une fertilité vraiment étonnante. Quelle variété et quelle richesse dans ces fleurs inconnues de nous avant ce jour ! Ici, nous admirons de splendides palmiers de 300 pieds de hauteur. Là nous contemplons des rosiers fleuris, hauts de quinze pieds.
Tour la première fois, il nous est donné de jeter les regards sur V arbre-fougère, le bananier, ce martyr végétal qui s'épuise et meurt après avoir nourri sa lourde grappe. Ou est obligé de semer le bananier tous les ans, et l'on nous dit que, dans l'espace de vingt jours, il est devenu un arbre de vingt pieds. Un pied par jour . Ce n'est pas trop mal. Si les hommes grandissaient en proportion de ce
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précoce végétal, il faudrait aux marmots de trois mois des huniers de misaine pour leur servir à! indispensables et des cabestans pour leur extraire les dents de lait.
Dans ces îles les plantes sont des arbres, et les arbres des géants.
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!.«• lacs de la montagne
PEÈS deux heures de marche, nous arrivons aux trois célèhres Lacs de la montagne, dont l'un, qui occupe le bassin d'un cratère éteint, attire surtout notre attention. Quelle belle nappe d'eau reposant à 2,300 pieds au-dessus du niveau de la mer ! Il n'y a rien de plus beau, le coup d'œil est vraiment féerique. En présence d'un pareil spectacle, nos fatigues disparaissent comme par enchantement.
Ah ! que j'aurais aimé voir près de nous
notre poète de Sainte-Claire ! Assis à l'ombre