TR EE
C’est de cette dernière forme des méningites que nous comptons surtout nous occuper ici, tout en y rattachant les inflammations chroniques de la Dure-mère, et c’est pour mieux rendre notre intention que nous avons inscrit en tête de ce chapitre ces mots : Des méningites spinales chroniques.
Qu’entendons-nous sous ce titre? Nous croyons qu’on peut le caractériser assez heureusement comme étant une inflammation chronique afébrile des méninges de la moëlle épinière.
Les causes, assez mal définies souvent, auxquelles nous attribuons le plus grand nombre des affections de la moëlle épinière, sont les suivantes : Les refroidissements, provenant surtout des habitations humides, la syphilis, les trauma et l'alcoolisme.
Puis la méningite n’est souvent que secondaire. C’est une inflammation propagée par les parties voisines telles que vertèbres cariées, foyers enflammés de la moëlle épinière, etc., etc.
Anatomie pathologique : Interrogeons le microscope; que nous revèle-t-11? Une hypérémie en général peu prononcée, un épaississement accompagné d’adhérences des membranes et, suivant les cas, une augmentation du liquide spinal dans les régions voisines.
Symptomatologie. Quels sont les symptômes qui nous permettront de constater sur un malade la présence d’une méningite spinale chronique? C’est parfois fort difficile, cette dernière maladie se compliquant et se combinant fréquemment avec les affections les plus diverses de la moëlle et des vertèbres. Il est un cas, en particulier, où les difficultés paraissent presque insurmontables : comment faire la part de ce que nous pouvons attribuer à la myélite
Er chronique ou transverse et de ce qui nous parait résulter d’une affection des méninges ?
Nous croyons qu’il faut bien faire ressortir que dans les méningites ce sont surtout les phénomènes de l’ordre de la sensibilité qui prédominent : douleur et roideur répandues le long du dos sur une surface plus ou moins grande, manifestations douloureuses plus ou moins prononcées dans les extrémités. Dans la myélite, c’est surtout l’affection de la motilité qui nous frappe le plus : paralysie plus ou moins avancée accompagnée souvent de contractures, augmentation des réflexes tendineux, sans exclure toutefois diverses modifications de la sensibilité dont une des premières en date, par exemple, est une anesthésie précoce. Toutefois, ces derniers phénomènes sont moins apparents.
Pour corroborer ce que nous venons d'affirmer, examinons un malade atteint de méningite spinale chronique :
Il se plaindra de sensations anormales dans les extrémités, de douleurs térébrantes et lancinantes, d’une sensation de constriction autour de l'abdomen, éprouvera une douleur et roideur plus ou moins marquées le long du dos. La peau aussi donne lieu à des sensations étranges, sensations de froid, de formication, hypéresthésie cutanée plus où moins forte. Dans une période plus avancée de la maladie, la motilité aussi sera atteinte : tremor des extrémités, contracture des muscles, tension et parèse des jambes, dégénérant souvent en une paraplégie plus ou moins prononcée, et qui, chose curieuse, d’après Erb, n'est pas constante, mais varie suivant les jours. Lorsque l'affection marche à une solution défavorable, elle se complique alors des symptômes que nous rencontrons à ce degré dans la plupart des maladies de la moëlle :
nn 7
paralysie des sphinctères, atrophie musculaire, decubitus, cystite, disparition des réflexes, marasme.
Après cette courte définition, nous nous permettrons de relater quelques observations recueillies à l'hôpital de Bâle, dans le service de M. le professeur Immermann.
PREMIÈRE OBSERVATION
Cas de pachyméningite spinale chronique et dégénérescence de la moëlle.
Bruggmann, Jacob, 23 ans, infirmier. — Entré le 16 mai 1872. — Décédé le 4er mars 1873.
Etiologie inconnue.
Symptômes initiaux : Sensations douloureuses de plus en plus prononcées dans le dos, au-dessus des iliaques. Plus tard, faiblesse croissante et formication dans les jambes.
Etat actuel : Anesthésie aux extrémités inférieures, la sensibilité cutanée y est aussi diminuée, surtout aux pieds; contractions réflexes, sensation de constriction à l'abdomen, douleurs au dos et au côté gauche, faiblesse et parèse des jambes, incontinence d'urine, cystite.
L'autopsie constate que le liquide spinal est augmenté. Dans la portion dorsale de la colonne, sur une longueur de 17 centimètres, la dure-mère est épaissie, adhérente, et, correspondant à ces adhérences, la moëlle est tendre, tachée de rouge dans ses parties blanches.
Le traitement avait consisté en bains chauds, emploi du courant constant, pilules de nitrate d'argent à 0,01, iodure de potassium et vésicatoires.
DEUXIÈME OBSERVATION
Méningite spinale chronique, carie des vertèbres cervicales et dorsales.
Meier, Christian, 46 ans, teinturier. — Entré le 2 janvier 1872. — Décédé le 21 mars 1872.
Etiologie : Carie des vertèbres.
SR
Symptômes initiaux : Sensations douloureuses entre les deux omoplates, rayonnant de là dans les bras et la portion supérieure du tronc.
Etat actuel : Douleurs intenses dans le dos, la percussion de la portion supérieure de la colonne vertébrale est très douloureuse, paralysie des quatre extrémités, lancées douloureuses dans les jambes, incontinence d'urine et des matières fécales, sensibilité cutanée un peu diminuée au bout des doigts.
Traitement : Bains chauds prolongés, pillules de nitrate d'argent à 0,01.
L'autopsie constate que le liquide spinal est augmenté et troublé. Dans la portion supérieure de la colonne thoracique et inférieure de la cervicale, la dure-mère adhère assez fortement au corps des vertèbres au moyen d'une masse fibrino-purulente ; elle adhère aussi à la pie-mère et à la moëlle. Dans les régions où elle correspond à ces portions, la moëlle est moins consistante ; la substance grise est très injectée, la substance blanche un peu colorée en jaune. Carie des quatrième, cinquième et sixième vertèbres cervicales, ainsi que des deux premières thoraciques.
TROISIÈME OBSERVATION
Méningite spinale chronique.
Eppler, Jean, &Â ans, facteur. — Entré le 15 juillet 1874. — Sorti le 22 septembre 1874, amélioré.
Etiologie : Inconnue.
Symptômes initiaux : Douleurs le long du dos, prononcées surtout au sacrum et rayonnant de là dans la cuisse gauche et la hanche droite. Un peu d'incertitude dans la marche.
Etat actuel : Violentes douleurs dans la région du sacrum et dans les jambes, tremor du pied gauche. Sensation de fatigue et paresse des jambes qu’il ne remue que lentement et avec une certaine incertitude. Au bras gauche est un point douloureux correspondant environ à la gouttière du biceps. Musculature bien développée. Défécation et miction parfaitement normales.
Traitement : Bains chauds, iodure de potassium, vésicatoires, nitrate d'argent, pilules à 0,01.
MO QUATRIÈME OBSERVATION
Pachyméningite cérébrale et Spinale chronique, méningite spinale adhésive, atrophie de la moëlle épinière et des nerfs de la queue de cheval.
Speich, Gaspard, 65 ans, commis. — Entré le 17 octobre 1873. — Décédé le 5 décembre 4873,
Etiologie : Alcoolisme invétéré.
Symptômes initiaux : Sensations douloureuses dans la région lombaire s’exagérant au moindre mouvement et gagnant de là les jambes. Légère diminution de sensibilité dans les extrémités inférieures où il éprouve en mème temps une sensation de torpeur. fncontinence d'urine.
Etat actuel : Violentes douleurs dans le dos et les extrémités inférieures. La sensibilité y est notablement diminuée, la localisation défectueuse. Démarche traïnante et paresseuse, accompagnée de fatigue; pupilles plutôt grandes à réaction lente, incontinence d'urine et des matières fécales; cystite.
Traitement : Bains chauds prolongés, iodure de potassium, injections de strychnine à 0,002.
L’autopsie constate les symptômes suivants : La dure-mère cérébrale est un peu épaissie et adhérente à la capsule du crâne ; la substance cérébrale est normale. La dure-mère spinale est épaissie un peu sur toute sa longueur. En correspondance avec le renflement cervical, tous les méninges sont adhérents entre eux et à la moëlle. Ce trouble et cet épaississement des méninges persistent aussi dans la région de la queue de cheval. La moitié supérieure de la moëlle est normale, la portion inférieure atrophiée ; le renflement lombaire manque complètement. Les racines nerveuses, soit sensibles, soit motrices, sont atrophiées et adhérentes, surtout dans la région de la queue de cheval.
CINQUIÈME OBSERVATION
Méningite spinale chronique.
Weissenrieder, Antoine, 31 ans, contre-maître. — Entré le 28 mars 1874. — Sorti le 6 juin 1874, état non modifié.
Etiologie : Trauma, chute d’un toit sur la rue. 9 ;
rt I0re
Symptômes initiaux : Douleurs dans la région du sacrum, sensation de fatigue dans les jambes, au-dessous du genou, surtout dans la jambe droite. Démarche difficile.
Etat actuel : Sensibilité diminuée dans les jambes, surtout au-dessous du genou droit. La localisation y est défectueuse. Dans le reste du corps, la sensibilité est normale. Fourmillements dans les mollets. Le malade a la sensation de l’interposition d'un cuir entre le sol et la plante des pieds; dans la station debout, il vacille fortement, surtout lorsqu'il ferme les yeux. Il ne se rend pas bien compte de la position de ses jambes et doit souvent la contrôler avec ses mains. Douleurs intenses le long de la moitié inférieure de la colonne vertébrale. Motilité fortement atteinte, ne peut presque plus lever la jambe droite et cela variant un peu, suivant les jours. La vigueur est diminuée dans les extrémités inférieures, mais surtout dans la jambe droite, où, d’une main, on peut surmonter la résistance de la flexion du genou.
Traitement : Iodure de potassium à la solution de 5 : 200, frictions iodées et mercurielles, puis à la fin douches de 28° R.
sur les places douloureuses, au bas du dos. Injections de strychnine à 0,002.
SIXIÈME OBSERVATION
Méningite spinale spécifique.
Gorenflo, Emile, 31 ans, négociant. -— Entré le 25 mars 1874. — Sorti le 9 juillet 1874, amélioré.
Etiologie : Syphilis antérieure, refroidissements.
Symptômes initiaux : Douleurs dorsales, sensation de cons-
triction à l'abdomen, dans la région du nombril, difficulté croissante à marcher.
Etat actuel : Sensation de picotement et sentiment de froid à la plante des pieds. De plus, il y éprouve une certaine torpeur et vers le gros orteil un peu de tension. Douleurs dorsales modérées. La motilité est très atteinte. Il ne marche que très difficilement, la vigueur des extrémités inférieures est très diminuée, et on peut sans effort empêcher la flexion du genou gauche, moins facilement celle du genou droit. Après tout effort musculaire, fortes vibrations du muscle quadriceps gauche, mais qui
tt 1 cessent, lorqu'on exerce une pression modérée. Miction et défécation normales.
Traitement : Nitrate d'argent, électricité, iodure de potassium, puis nous obtenons surtout de bons résultats avec des bains tièdes journaliers de 28 ° R. et d'une durée d'une demi-heure.
Il eût été facile d'ajouter à cette liste encore un certain nombre de cas; mais nous avons préféré ne faire rentrer dans ce chapitre que ceux où les symptômes que nous avons constatés comme caractéristiques des méningites spinales étaient particulièrement apparents, nous réservant de revenir plus tard sur ceux où ils ne jouent qu’un rôle accessoire, comme complication.
Avant de terminer cette étude, encore un mot sur le pronostic. Nous avons à faire ici à une affection qui, par elle-même, est déjà des plus sérieuses et, plus souvent encore, par les complications qui l’accompagnent, aboutit à un résultat léthal. Souvent aussi, on ne s’en remet qu’imparfaitement et très à la longue.
La méningite spinale chronique reconnue, comment la combattre avec quelque chance de succès? Comme pour toutes les affections contre lesquelles on ne connaît aucun remède sûr, on en a proposé de nombreux. Les vésicatoires, le nitrate d'argent, le iodure de potassium, lélectricité, la strychnine, les bains tièdes prolongés, tout y a passé.
Comme on peut le voir, d’après l’ensemble de ces observalions, on s’est servi de tous ces remèdes à Bâle et particulièrement du iodure de potassium, lorsqu'il y avait des indices de syphilis. Dans les autres cas, 1l nous à paru que c’étaient surtout des bains chauds journaliers de 98 0 R. qui exerçaient la plus heureuse influence sur la maladie et atténuaient le mieux les douleurs dorsales, source principale des plaintes du malade.
= Mo
Si des observations citées plus haut il nous est permis de tirer quelques conclusions, nous nous résumerons en disant que :
10 L’étiologie des méningites spinales chroniques reste souvent obscure, et dans les cas où elle est constatée, elle varie beaucoup.
20 La prédisposition héréditaire ne paraît pas jouer un rôle saillant dans la manifestation de cette maladie.
30 Une fois l'affection reconnue, on a tout intérêt à la combattre le plus tôt possible.
4° Le pronostic doit toujours user de réserve. Ce sont les cas d’origine spécifique qui sont les plus favorables.