‹ De Quelques Affections Chroniques De La Moëlle Épinière Et De Ses Ménignes d’après des observations recueillies à l’Hôpital de BâleChapitre 4 sur 15 · TS · texte numérisé non relu

TS

ple, nous observons avec surprise que cet acte est accompagné d’un tremblement prononcé rythmique en rapport avec l'intensité, l'énergie déployée à cette occasion. La ligne de direction est juste d’une façon générale, mais accompagnée d’oscillations fréquentes et plus ou moins étendues. Est-il assis, nous n’observons peut-être qu'une légère oscillation de la tête et du tronc. Est-il au lit, tout trémor a disparu, quitte à renaître peut-être sous l'influence d’un mouvement de colère, d'angoisse ou d’une excitation quelconque. Ge curieux phénomène, ce tremblement intentionnel, ce trémor se produisant lorsque l’innervation musculaire est en jeu, est un des symptômes les plus caractéristiques de la maladie qui nous occupe.

Il n’est pourtant pas d’une constance absolue. La littérature nous fournit de nombreux exemples où il manque complètement; puis, remarquons-le bien, dans la période la plus avancée du mal, lorsque la paralysie, la tension musculaire augmentent de plus en plus, il diminue généralement, finissant souvent par disparaître tout à fait.

Ce trémor, à quelle cause l’attribuer? L'opinion la plus généralement admise aujourd’hui est qu’il est en corrélation avec la présence de taches sclérotiques dans le pont, la moëlle allongée, les pédoncules cérébraux et les régions cérébrales voisines. Erb a été à même de contrôler et confirmer la justesse de cette assertion dans vingt-deux cas. Ainsi compris, ce symptôme revêtirait une grande importance, en nous portant à admettre, dans tel ou tel cas, une participation directe du cerveau à l'affection.

Les réflexes tendineux peuvent être modifiés dans différents sens; mais dans la grande majorité des cas, ils sont notablement augmentés. En relation avec cette augmentation, nous observons fréquemment, en amenant le pied dans la flexion dorsale, un tremblement clonique des jam-

bes, Qépilepsie spinale de Charcot», qu’il ne faut pas confondre avec le terme cité plus haut.

Dans le domaine de la sensibilité, nous rencontrons les troubles les plus divers. Le plus souvent, des paresthésies peu prononcées ou bien parfois de véritables douleurs, soit diffuses dans les extrémités, soit lancinantes, ou bien ce sera une sensation de constriction autour de l’abdomen, etc.; puis, dans tel ou tel cas, nous constaterons une anesthésie cutanée ou musculaire plus ou moins déclarée. Tous ces symptômes sont souvent peu prononcés et dans un bon nombre de cas font même entièrement défaut; aussi ne pouvons-nous, comme importance de diagnostic, les comparer aux troubles moteurs que nous venons de décrire.

Pour compléter cette courte esquisse, il nous reste citer quelques symptômes cérébraux des plus fréquents cette époque de la maladie et qui présentent quelque intérêt. Adressons-nous une question à notre malade, il nous répondra peut-être lentement, en détachant nettement les mots et les syllabes, comme en scandant. Souvent aussi, il aura de la peine à prononcer certaines lettres et, plus la maladie sera avancée, plus son langage deviendra lent, inarticulé, incompréhensible. Les lèvres se remuent avec peine et irrégulièrement; lui faisons-nous tirer la langue, il n’y parvient que lentement et en tremblant.

D'un autre côté, la voix, en même temps que faible et hésitante, nous frappe peut-être par une certaine monotonie. Leuba nous paraît rattacher avec raison ce dernier symptôme à des troubles dans l’innervation des cordes vocales. x

Cette hésitation, cette scansion du langage, nous frappent par leur ressemblance avec ce que nous observons dans une autre affection, la paralysie bulbaire progressive.

Cette analogie augmentera encore, lorsque, comme c’est fréquemment le cas, viendront s’y ajouter des troubles de respiration et de déglutition, une certaine parèse du voile du palais, une augmentation de la sécrétion salivaire; bref, des symptômes appartenant sans contredit à cette derniére affection. 1 n’y a rien d'étonnant, dès lors, à ce qu’on en ait recherché et trouvé l’origine dans la présence de foyers sclérotiques oceupant le pont et la moëlle allongée. Néanmoins, nous ne pouvons passer ici sous silence quelques observations de Kussmaul et Jolly, d’après lesquelles, tandis que le malade présentait cette modification du langage, l’autopsie n’a pu constater aucun trouble dans ces organes. Ces observations sont venues ôter à cette opinion son caractère absolu et pousser à admettre que la partieipation morbide d’autres régions cérébrales pouvait parfois être en jeu. Outre le langage, la vue aussi est en souffrance. Souvent (d’après Charcot, dans la moitié des cas), nous observons un nystagme sur la nature duquel on n’est pas encore bien fixé. Un foyer sclérotique est-il venu s’établir dans le tractus ou le nerf optique, nous aurons à faire à une amblyopie plus ou moins déclarée, ou bien encore ce sera de la diploplie qui nous frappera en premier lieu. Mais en même temps que l’état de notre patient empire, nous remarquons souvent une forte baisse de son intelligence. Sa mémoire a diminué, il rit ou pleure sans aucun motif, éprouve peut-être même le délire des persécutions ou des grandeurs, devient de plus en plus apathique et finit par tomber dans une stupidité complète. Nous en trouverons une facile explication dans le grand nombre et la dissémination de taches sclérotiques dans le cerveau. Le vertige, dont nous avons déjà touché un mot au commencement de cette étude, se maintient fort souvent pendant toute la maladie. C’est généralement, d’après Charcot,

RTE

un vertige rolatoire ; le malade croit tourner lui-même ou voir tourner les objets autour de lui. D’après Nothnagel et d’autres auteurs, cette sensation de vertiges serait due essentiellement à la participation morbide du cervelet à l'affection.

Nous avons dit que parfois aussi une attaque apoplectiforme annonçait le début de la maladie. Ces attaques, nous les rencontrons fréquemment dans une période plus avancée, d’après Charcot, dans un cinquième des cas.

Notre patient éprouvera peut-être quelques maux de tête. Les idées s’embrouillent peu à peu, et au bout de quelques heures, 1l sera plongé dans un profond coma. En même temps, le visage est coloré, le pouls fréquent; le thermomètre indique des températures de 409, 41° même et une hémiplégie complète s’est mamifestée. Après un intervalle plus ou moins long, le malade revient à lui, la température baisse, et au bout de quelques jours, l’hémiplégie a disparu. À une pareille attaque succède en général une aggravation du mal ou le patient reste plongé peut-être dans un coma dont 1l ne se réveillera plus.

L’étiologie de la maladie est encore des plus obscures. Charcot a constaté que dans tous les cas où elle se manifestait, l’'autopsie découvrait des foyers sclérotiques dans le pont et la moëlle allongée, mais sans pouvoir en tuer des conclusions directes.

Pendant de longues années, cinq ans, dix ans, souvent même davantage, nous constatons une aggravation, qui, pour être lente, n’en est pas moins continue. Les symptômes bulbaires se prononcent de plus en plus, la digestion, l'appétit, sont en souffrance, puis le décubitus, la fièvre, viennent mettre un terme à l’existence du patient, à moins peut-être qu'une attaque apoplectiforme ne soit venue l’interrompre tout à coup. Cest là le froisième degré

TOOLS

de la maladie, degré auquel la sclérose en plaques disséminées n’aboutit malheureusement que trop sûrement. Souvent, il est vrai, des rémissions trompeuses viennent donner lieu à un espoir qui n’est que passager, et bientôt le mal reprend sa marche inexorable et fatale.

Nous nous permettrons d'ajouter à cette petite étude quelques observations que M. le professeur Immermann à bien voulu nous autoriser à publier.

PREMIÈRE OBSERVATION

Lang, Joseph, 45 ans, terrassier. — Entré le 26 juin 1874. — Sorti le 2 janvier 1875. Non amélioré.

Prodômes : Fatigue, sensation de tension et crampes dans les mollets. Douleurs lancinantes, sensation de constriction autour de l'abdomen. Léger trémor intentionnel dans les jambes.

Maladie déclarée : Trémor intentionnel, langage lent et scandé, démarche à caractère ataxique prononcé. Sensibilité cutanée légèrement diminuée aux pieds, crampes dans les mollets. Pupilles étroites, léger nystagme. Déglutition et mastication normales, faiblesse croissante. Raideur de la jambe gauche. Vertiges.

Traitement : Galvanisation de la moëlle épinière, bains journaliers de 26° R. et d’une demi-heure de durée.

DEUXIÈME OBSERVATION

Ascal, Emile, 34 ans, agriculteur. — Entré le 23 mars 1874. — Sorti le 18 août 1874. Non amélioré.

Prodrômes : Faiblesse croissante, démarche de plus en plus embarrassée. Trémor intentionnel.

Maladie déclarée : Trémor intentionnel général, langage lent et scandé. Faiblesse des extrémités inférieures, dont la vigueur

en

a diminué de façon qu'on empèche facilement la flexion du genou. La démarche a un caractère spastique, crampes passagères dans les cuisses et les jambes. Augmentation des réflexes tendineux. Déglutition et mastication normales, de même que l'acuité visuelle. Pas de modification de la sensibilité. Légère apathie. |

Traitement : Galvanisation de la moëlle épinière. Bains journaliers de 26° R. et d’une demi-heure de durée. Pilules de nitrate d'argent à 0,01.

TROISIÈME OBSERVATION

Schweizer, Marie, 34 ans, ménagère. — Entrée le 17 octobre 1874. — Transférée le 11 mai 1875 dans l'asile des incurables, ,

Prodrômes : Faiblesse croissante. Vertiges, maux de tête.

Maladie déclarée : Trémor intentionnel général, vertiges, langage scandé, augmentation de la salivation, un peu de gène dans la déglutition. Les extrémités inférieures se remuent avec peine et sont contracturées. Douleurs généralisées dans les bras et les jambes. Augmentation des réflexes tendineux. Diminution de l’acuité visuelle, pupilles étroites et à réaction lente. Apathie croissante. Stupidité, rit et pleure sans raison.

Traitement : Bains journaliers de 26° R. et d’une demiheure de durée. Atropine. lodure de potassium.

Si tant est que de ces quelques observations on puisse tirer des conclusions, elles ne paraissent malheureusement pas de nature à modifier lopinion généralement accréditée touchant la sclérose en plaques disséminées. Comme nous l’avons déjà dit plus haut, c’est un mal lent, insidieux, fatal, et contre lequel, jusqu’à présent, toute thérapie s’est montrée impuissante, Comme nous venons de le voir, on à appliqué ici la thérapie le plus généralement

usitée pour les affections nerveuses chroniques, électricité, bains quotidiens prolongés, nitrate d’argent, iodure de potassium. Peut-être réussira-t-on à produire des rémissions plus ou moins longues et prononcées, à soulager momentanément le malade; mais l'affection elle-même parait rebelle à tous nos efforts.

Page 1