AE D CINQUIÈME OBSERVATION
Paul, Henri, 52 ans, charpentier. Entré le 5 mai 1879. — Sorti le 7 octobre 1879. Amélioré.
Etiologie : Refroidissements.
Symptômes initiaux : Depuis un an, violentes douleurs lancinantes. Sensation de fatigue.
Etat actuel: Ataxie peu prononcée. Léger vacillement, lorsqu'il ferme les yeux. Sensibilité très peu altérée. Douleurs lancinantes, douleur en ceinture. Organes visuels normaux. Disparition des réflexes tendineux.
Traitement : Nitrate d'argent. Galvanisation de la moëlle épinière. Bains quotidiens.
Lorqu’il nous quitta, nous pûmes constater que le vacillement avait presqu'entièrement disparu et que les réflexes tendineux se produisaient de nouveau.
SIXIÈME OBSERVATION
Müller, A., 51 ans, agent de police. Entré le 16 juin 1879. — Sorti le # septembre 1879. Non modifié.
Etiologie : Inconnue.
Symptômes initiaux : Sensation de torpeur dans les jambes, depuis six mois, douleur dans la ceinture, douleurs lancinantes, sensation de fatigue.
Etat actuel: Ataxie prononcée, Sensation de fatigue survenant très promptement. Anesthésie des jambes des plus marquée. Vacillement accentué, lorsqu'il ferme les yeux. Réflexes cutanés maintenus, tandis que les réflexes tendineux font complètement défaut. Incontinence d'urine. Organes visuels normaux.
Traitement : Nitrate d'argent. Galvanisation de la moëlle épinière. Bains.
SEPTIÈME OBSERVATION
‘ Burkhardt, L., 47 ans, ménagère.
Etiologie : Syphilis. Habitation humide et froide.
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Symptômes initiaux : Sensation de fatigue et de torpeur dans les jambes. Douleurs lancinantes et en ceinture.
Etat actuel: Ataxie prononcée. Diminution très légère de la sensibilité cutanée, mais en revanche très accentuée de la sensibilité musculaire, surtout à gauche. Réflexes cutanés peu prononcés. Absence complète des réflexes tendineux. Myosis spinale et léger ptosis, surtout à l'œil gauche. Sensation d’engourdissement dans les bras. Pas de troubles de miction et de défécation.
Traitement : Nitrate d'argent. Iodure de potassium. Galvanisation de la moëlle épinière. Bains.
Lorsque la malade nous quitta, lataxie avait un peu diminué, et l’on constatait une amélioration de la sensibilité musculaire.
Que déduire de ces quelques observations? Pendant longtemps, le pronostic du tabes fut considéré comme absolument défavorable. Actuellement (le devons-nous aux progrès de notre thérapie ou plutôt au fait que, connaissant mieux la maladie, nous l’attaquons dès ses origines ?), il n’en est plus tout à fait ainsi. Ce sera surtout pendant la première période, le stade prodromique, que nous combattrons le tabes avec le plus de succès, et nous aurons la joie, ainsi que le démontrent quelques-uns des cas cités plus baut, de constater un mieux prononcé.
Sans doute, nous ne pouvons espérer une guérison complète; mais si nous parvenons à enrayer le mal, à en diminuer les effets, à en retarder considérablement le dénouement, n'est-ce pas déjà un résultat précieux? Certains symptômes nous résisteront plus que d’autres; l’ataxie, les douleurs lancinantes, braveront peut-être tous nos efforts; mais, en revanche, nous aurons peut-être plus de succès avec les troubles de sensibilité, paresthésie et anesthésie.
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Une fois la maladie constatée, comment la combattronsnous?
Un des systèmes de thérapie les plus anciens et les plus généralisés, ce sont les bains. Prônés par les uns, ils ont été combattus par les autres, comme étant des plus nuisibles. Où est le juste milieu? Le discrédit attaché par quelques auteurs aux bains provient de leur emploi défectueux. En évitant tout excès de température, soit dans un sens, soit dans l’autre, on aura souvent à se louer de leur emploi, comme nous en avons fait maintes fois l’expérience dans notre hôpital. Renz recommande, par exemple, des bains de 310 à 329 centigrades et d’une durée de huit à dix minutes, puis progressivement on pourra abaisser la température jusqu’à 28° centigrades, tout en allonseant légèrement la durée du bain, Le malade en éprouvera souvent un effet bienfaisant et calmant. Si l’état de notre patient le permet, on l’enverra volontiers aussi dans une station thermale, évitant soigneusement les acralothermes, mais choisissant de préférence des bains minéraux. Ces derniers, en effet, outre leurs principes minéraux, contiennent une certaine quantité d'acide carbonique, qui n’est peut-être pas sans exercer une influence salutaire sur la marche de la maladie. Parmi les plus connus, nous citerons surtout Rehme et Nauheim.
Suivant les circonstances, on pourra procéder aussi à des lavages du dos avec de l’eau tiède de 24° à 260R., par exemple, en évitant encore ici toute température extrême.
L’électrothérapie, et selon nous, avec raison joue depuis quelques années un rôle de plus en plus marqué dans le traitement du tabes. Diverses méthodes ont été recommandées. Les uns, comme Erb, placent un des électrodes sur le ganglion cervical supérieur, l’autre sur la colonne
vertébrale ; d’autres, comme cela se pratique à Bâle, préférent les placer au bas du dos, sur une même hauteur et des deux côtés de la colonne. Tous cependant tendent au même résultat : exercer, par la galvanisation au courant constant, stabile et modéré, une action directe sur la moëlle épinière et cela au moyen de séances pas trop prolongées, de trois à six minutes environ, mais poursuivies avec persévérance pendant des mois entiers.
Enfin, on combinera volontiers avec tout cela et sur l'autorité de Wunderlich, Charcot, Vulpian, etc., une médicamentation composée de pilules au nitrate d'argent, quoique, reconnaissons-le, on ne sache pas s’en expliquer le mode d'action. Nous ferons prendre au malade, par exemple, trois boîtes de trente pilules chacune, trois fois une pilule de 0,01, puis, nous interromprons pendant un mois environ, pour éviter les inconvénients inhérents à l'emploi trop prolongé de cette substance.
On a bien recommandé encore quelques autres remèdes, tels que le brômure et le iodure de potassium, la belladonne, le seigle ergoté, mais cela sans résultats palpables.
Ces observations, quoique restreintes à un petit nombre de cas, nous paraissent confirmer les points suivants déjà souvent avancés par d’autres auteurs :
1° Le tabes attaque surtout les hommes dans la force de l’âge, entre trente el cinquante ans (cas 1, 2, 3 et 4).
20 Parmi les causes, la syphilis et les refroidissements nous paraissent Jouer un rôle prédominant (cas 1, 9, 5 ét).
30 Dans la plupart des cas, une loi héréditaire directe n’est pas constatable.
4° On combattra le tabes avec d’autant plus de succès qu'on s'y prendra de meilleure heure (cas initiaux).
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90 La thérapie la plus recommandée par l'expérience nous parait être une combinaison de ces trois agents : galvanisation au courant constant, lavages à l’eau tiède et pilules au nitrate d'argent.