‹ De quelques assassinsChapitre 10 sur 20 · LOYS, CARDINAL DE GUYSE · texte numérisé non relu

LOYS, CARDINAL DE GUYSE

' Advertissements of France, 30 mai 1573 (Calenilar of State Papers oflhe reign of Elizabeth, 1575-1574. p. 347).

- Le cardinal de Lorraine mourut à Avignon le 26 décembre 1574.

' Lettre du cardinal de Guise à Philippe II, Avignon, 27 décembre 1574 (Archives nationales, K. 1536, n^SS).

188 1)F. OURLQUES ASSASSINS

Celte lettre demande quelques explications qui nous sont fournies par Brantôme. A la mort de sa femme, et pour reconnaître le dévouement des demoiselles d'honneur qui l'avaient accompagnée en Espagne, Philippe II, « entre autres heaux présents », s'engagea à leur verser des dots de « trois ou quatre mil escus' », dit Brantôme, « de six mil écus" », dit un autre, payables aussitôt après leur mariage. A tel titre, Isabeau d'Arne, femme de Besme, aurait dû, dès lo71, bénéflcierde pareille libéralité. Cependant, pour des raisons que nous ignorons, l'argent avait tardé à venir, et, à la fin de 1574, elle n'avait rien touché. D'après la lettre que je viens de citer, c'aurait été là le prétexte du départ de Besme pour l'Espagne, avec aussi, selon Brantôme encore, « le désir dudict Besme de braver et se montrer en piaffe devant le Roy et les Espagnols, de dire que c'estoit luy qui avoit fait le coup de Monsieur l'AmiraP », et d'obtenir ainsi plus même qu'il n'avait été promis à sa femme. Mais, d'après d'autres, et de Thou, en particulier, ce voyage de Besme aurait eu une portée plus haute et aurait eu pour but, de la part du cardinal de Guise, de renouer, au moment de la mort du cardinal de Lorraine, les relations que ce dernier avait entamées avec Philippe II'.

Nous n'avons aucun renseignement sur le succès des négociations d'ordre politique dont avait pu être chargé

' Brantûme, t. IV, p. 309.

' Lettre de J.-M. Petrucci à François de Médicis, 16 septembre 1572 (Desjardins, op. cit.. t. III, p. 838). 3 Brantôme, t. IV. p. 309.

* De Thou t. VII. p. 266.

JtAN YANOWITZ, DIT BESME IS'J

IJt'siiie. Ce que nous savons, en revanclie, i;'esl que le règlement de ses ailaires particuliëres tarda assez. Parti de France les derniers jours de décoiubro 1574, il n'avait encore rien obtenu à la lin de lévrier loTîi, et dut alors, découragé, prier l'ambassadeur de France de vouloir bien intervenir auprès du roi d'Espagne, pour tenter d'activer un peu les cboses. i\I. de Saint Gouard, notre représentant à Madrid, s'y prêta d'ailleurs de bonne grâce.

Sire, espose-t-il à Philippe II, comme il plut h Voslre Majesté huser à iladamoyselle de Arne, de sa bonté et roiale libéralité, d'une grâce en considération des services que elle advoit faict ta la feu Itoyae à qui Dieu fase pais, elle a trouvé un jantilhomme de très bonne considération et qualité, lequel, faisant estât de sa roialle sédulle et parolle, est venu issi pour recouvrir l'argent contenu en ladicle sédulle qui luy seroit deu ; il y a quatre ans qu'il y a qu'il a espousé ladicte de Arne et m'estant reconmiandé de leurs Majestés très chrestiennes et de Messieurs de Guise, à selle fin que, en leur faveur, il plust à Vostre Majesté commandé qu'il fust despesché de sadicte grâce, je la supliay permeetre que ledict jantilhomme luy pust baiser les mins et faire entandre son afaire, de laquelle elle commanda que il fut despesché et expédié, se qui n'a pour trois moes et neantmoings n'a esté faict, à quoy il a heu toutes les considérations du monde pour atandre et n'estre importun, jusques à sete heure qu'il a veu que l'on le vouloit mètre à atandre jusqu'au moes de octobre, sans avoir esguardau tamps qu'il a jà emploie en se néguose et despandu la plus part de se qu'il en pouvoit espéré, et voiant que sela ne luy estoit que oquasion d'importuné Vostre Majesté, se qu'il ne vouldroit pour rien du monde, il s'est plutaust résollu de s'en retourner ainsi qu'il est venu, se que voiant, Sire, je n'ay voulu permettre, sans l'en advertir, et savoir se qu'il luy plaira commander de nouveau sur cet

afaire, croiant en sela faire service à Vostre Majesté, laquelle me fera si luy plest, entandre comme il luy plaira que je fase, de retenir ou laisser aller ledict janlilhomme, lequel je say qu'elle favoriseroit quand elle seroit bien informée de ses conditions et bonnes qualités, mememant en set article de l'argent qui luy est deu, puisqu'il luy a pieu luy en faire don en si bonne considération.

Sire, je supplie le Créateur donner à Vostre Majesté avecque acroisemant d'estas et très bonne sancté, très longue et très hureuse vie.

A Madrid, le 24^ febvrier lo7o.

De vostre sacrée et roialle Majesté le très humble et très obéissant serviteur,

l'ambassadeur de FRAN'CE'.

Quelque pressants que fussent les termes de cette supplique, il ne semble pas que Philippe II se soit beaucoup hâté de faire droit aux réclamations de Besme. Nous savons, en effet, que celui-ci ne quitta l'Espagne que vers le milieu de 1575. Mais ce fut probablement après avoir eu satisfaction, car Brantôme nous affirme qu'il fut « très bien payé », et même « que la pluspart de son argent, il le mist en pierreries, bagues etjoyaulx et babiolles, pour mieux porter son faicl, et aussi qu'il sravoit bien que M. de Guise l'en déchargeroit. Outre tout cela, le roy d'Espagne le gratiffia de quelque autre présent pour la gratification etrécompansedu meurtre- ».

Il ne devait pas jouir toutefois bien longtemps de cette heureuse fortune. Revenant d'Espagne, avec un assez grand train, puisqu'il ramenait au duc de Guise

' Lettre de M. de Saint-Gouard à l'hilippe II, Madrid. 24 février 1575 (Archives nationales, K. 15:î8. n» 8).

' Brantôme, t. IV, pp. 309-310.

JKAN Y.VNOWIT/., LUI BESME 191

dix «ïonels de ce pays', il eul l'iniprudonce de s'engager sur « le grand chemin des postes de la Guyenne, où les luiguonols avoient bon crédit, les(|uels alors faisoienl (luelijue petite guerre par les forteresses petites qu'ils tenoient ». Entre Barbezieux et Cliàteauneuf-sur-Gharente, il tomba dans un parti huguenot qui, le faisant prisonnier, l'emmena « au chasteau de Bouteville, où commandoit pour lors le sieur de Bertauville, qui commande aujourd'hui à Pons », ajoute Brantôme qui nous rapporte ces détails -.

Sachant combien le meurtre de l'Amiral l'avait rendu odieux aux protestants, Besme offrit tout de suite pour sa rançon des sommes considérables, et « qui, dit de Thou, passaient sa condition et par conséquent l'espérance de ceux qui l'avaient fait prisonnier' ». Etant informé, à ce moment, de la prise du célèbre Charles du Puy, seigneur de Montbrun, chef des religionnaires en Dauphiné, il proposa de plus, si on voulait lui donner la vie, de travailler à la mise en liberté de ce capitaine. « A quoi, dit L'Estoile, on presta d'abord l'oreille, pour l'honneur et amitié que les huguenots portoient à Montbrun*. » Ce fut même probablement la crainte de perdre ce dernier, et d'attirer sur lui les représailles des catholiques, qui empêcha Bertauville d'envoyer son prisonnier aux Rochelais qui l'avaient tout de suite demandé pour en faire justice exemplaire, puis qui y renoncèrent

' Lettre d'.\lamanni au grand-duc de Toscane, août-septembre 1375 (Desjardins, Négociations de la France avec la Toscane, t. IV, p. 43). = Brantôme, t. IV, p. 310.

"De Thou, t. VII, p. 267.

* Journal de L'Estoile. éd. Brunel, t. 1. p. 83.

sur le conseil de La Noue'. Mais, sur ces entrefaites, la nouvelle de l'exécution de Montbrun, à Grenoble, étant parvenue en Saintonge, Besme se jugea perdu et, étant parvenu à corrompre un soldat de sa garde, « il se sauve sur un bon cheval, un pistolet à l'arçon de la selle. Bertauville, le sentant escliappé, saute sur un courtaut seul et empoigne Besme avec le soldat, et, n'ayant arme qu'une espée, donne à tous les deux. Le soldat ne l'attend point, mais Besme, qui, ayant crié : « Tu « sçais que je suis mauvais garçon », tire son coup de pistolet, et l'autre en respondanl : « Je ne veux plus que tu le sois ! » mit l'espée jusques aux gardes dans le ventre de son prisonnier-». Telle est, du moins, la version de la mort de Besme donnée par d'Aubigné et aussi par L'Estoile, qui ajoute que le corps « du malheureux » fut envoyé à Philippe de Volvire, baron de Ruffec, gouverneur d'Angoumois, à son instante prière et requeste, lequel le lit honorablement enterrer à Angoulesme^ ». De Thou raconte, il est vrai, les choses d'une façon un peu différente. D'après lui, le soldat, qui favorisa la fuite de Besme, l'aurait fait d'accord avec M. de Bertauville lui-même, qui, n'osant prendre sur lui de faire exécuter son prisonnier, lui aurait tendu l'embuscade où il trouva la mort '. J'aurais plus de conhance dans le récit de d'Aubigné. Je sais moins la valeur qu'il faut attribuer à ce dire très postérieur d'un envoyé anglais qui nous apprend, le 31 janvier 1577, que le duc de Guise res-

• De Thou. t. Vil, p. 267.

' D'AubignO, t. IV, p. 349.

' Journal de L'Estoile, éd. Brunet, t. I, p. 84. Do Thou, loc. cil.

JICAN YANOWllZ, DU HKSME 103

siMilail alors onroif si vivoment la perle de son serviteur, (lu'eii nuise de représailles « il (il saisir deux ou trois des lils du maire d(^ la Hocliellc ijnil tavo\ a prisonniers sur les marelles de Lorraine' ».

(In pcul sui\re iiuei(|ue trin|)S aprî'S sa mort la postérité de Besmeet eonstaler l'honorable earrière, encore (ju'asse/ brève, (|ue lirent les descendants de ecl aventurier. De son niariaj^e avec Isabeau d'Arne, il avait eu un lils, Louis Yanowitz, (|ui, étant capitaine de chevauléi^ers et tenant garnison à Saint-Dizier, épousa, le 2:^ juin 1. ")'.):{, Christine île Florainville, fille de René de l"lorain\ ille, elievaliei', seii;neur de Cousances', Fains^ et Hari^eviile '', capitaine des gardes et gentilhomme de la chambre du duc de Lorraine, bailli et gouverneur de Bar-le-l)uc, et de dame Anne de Florainville, sa cousine germaine". Avant cette union, la veuve de Besme, Isabeau d'xArne, s'était elle-même remariée avec Johannès de Hérigouyn, seigneur de Favresse, Sermaize et Heiltz-le-Maurupt, mestre de camp d'un régiment de gens de guerre entretenus au pays de Champagne, gouverneur des ville et château de Saint-Dizier °. Louis Yanowitz, bcau-fds de cet Hérigouyn, lui succéda dans sa charge de gouverneur de Saint-Dizier, dans les pre-

' Lettre île A. Paulet i Walsinyliam, 31 janvier ioTT {Calendar of State Papers of the reign of Elizabelh, 1574-1577).

- Cousances-aux-Forges, Meuse, arr. de Bar-le-Duc, canton d'Ancerville.

^ Fains, Meuse, arr. et canton de Bar-le-Duc.

' Hargeville, Meuse, arr. de Bar le-Duc, canton de Vavincourt.

' Contrat de mariage de Louis Yanowitz de Besnie et de Christine de Florainville, du 23juin 15'J3 (Archives nationales, M. 607, doss. Yanowilz de Besme, n» â).

" Ibiit.

19i DE QUELQUES ASSASSINS

mières années du xvn° siècle, et celle charge, il l'exerçait encore en 1622, puisqu'il celte date nous le trouvons poursuivi, devantle parlement de Paris, par les habitants de Saint-Dizier, pour violences et abus de pouvoirs commis dans l'exercice de ses fonctions, sans que nous puissions savoir quelle suite eut cette affaire'. C'est peut-être, d'autre part, une sœur de Louis Yanowilz, Anne Yanowitz, qui, en 1631, fut nommée abbesse de Notre-Dame de Saint-Dizier^, et qui, ayant été déposée en 1634, fut reléguée aux Filles pénitentes de Paris, puis envoyée au couvent de Saint-Jacques de Vitry, enfin réintégrée dans sa charge <î Saint-Dizier, huit mois après.

' Inlormation contre Louis Yanowitz de Besme, intcrrogaluires, confrontations de témoins, il mars-1" avril 1622 (Arcliives nationales, X'b 1183).

Les accusations portées contre Louis Yanowitz ne semblent pas d'ailleurs avoir été d'une bien grande gravité. Il saisit, dans les débats, de l'emprisonnement arbitraire dans un local. « où le gouverneur fait ordinairement coucher ses chiens », d'un certain Jean Boquet, dont le crime est d'avoir trompé avec sa femme M. Claude de Méry, ami particulier de M. de Besme ; — des exigences abusives de ce dernier dans la perception du « droit de langues que lui doivent les bouchers de la ville » : — des prétentions de M"» Yanowitz do Besme qui, de sa propre autorité, a fait mettre en liberté des prisonniers enfermés dans les geôles municipales : — de plaintes en extorsions des habitants du village de Cheminon. Lors de sa confrontation avec les témoins à charge de cette aHairo. M. de Besme dévoila du reste les vengeances personnelles, les rancunes mesquines qui lui valaient sa mise en accusation, et cela forme un chapitre assez amusant, mais nullement tragique, de la vie d'une petite ville de province au commencement du xvii" siècle.

' Où elle succéda à une certaine Renée do Florainville. Voici ce que dit d'elle la Gallia clirisliana : « Anna Yanowilz de Besme, jussu régis relegata Luteliam. anno 1634, apud Kilias p.ienitentes, quum crimina sibi impacta diluisset, e tribus monasteriis sibi oblalis elegit sanctum Jacobum Vitriaccnsem ; unde post menses octo, in integrum reslituta est eodem anno mense novemhri ab episeopo Catalaunensi ». — Cette Anne Yanowitz resta en fonctions jusqu'en 16H9. date à laquelle lui succéda Barbe Yanowilz de Besme, qui lui était parenle. je ne sais à quel degré {Gnllia clirisltnna, t IX. col. '^'l^.

JEAN YANOWnZ. 1)11 UI.SMi:

Comme en l'ait loi une

GÉNÉALOGIE DE LA MAISON DE YANOWITZ DE BESME ' Mosiirc Louis Yanowitz lic Besiiie, clievaliei'. seigneur de Sermaize, i>t dame Christine de Fioniinville curent quatre eiif;ints :

Jean Yanowitz .NieoUis Yano- Françoise Ya-

du Besine. sei- witz de Besme, nowitz de Uesme

gneur de Bazin- seigneur de eut deus maiis :

court, mort sans Lhuistre et Clau- le sieur de Bains

enfants. île de Condé ont et le sieur de

eu deux enfants : Courcelles.

Louis Jean- Yanowitz Georges de Besine, Y'anowitz seifrnour de Besme.

de Lliuis- seigneur tre, mort de'l'arges, sans en- mort sans fants. enfants.

Charles Yanowitz de Besine, seigneurd'IIeiltz le-ilaurupt et Catherine Deminot-Dubreuil ont eu plusieurs enfants dont un est resté :

Jean -Georges Yanowitz de Besme et Marie- Anne Legras ont eu pour enfant :

Catherine Y'a-

nowilzde Besme.

On peut se rendre compte par ce tableau aénéalogique qu'en dépit de Tassez nombreuse descendance de Louis Yanowitz et de Christine de Florainville, le nom de la famille était destiné à iuentôt s'éteindre, celle-ci n'étant plus représentée à la lin du xvii" siècle que par une fille, Catherine, qui, moins de cent ans après la mort de son trisaïeul, se trouva la seule survivante de la race. Cette Catherine épousa, le 24 avril 1702, Bernard-Maurice de Frédy, capitaine d'infanterie-, et c'est à quoi le nom de Besme doit d'ètie inscrit dans le d'Hozier de la noblesse française,

' Généalogie imprimée à l'occasion d'un procès, à la fin du xvii» siècle ( Archives nationales, M. 607, doss. Yanowitz de Besme, n° 1). ' D'Hozier, Armoriai de France, t. I, p. 249.

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