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CHAPITRE IV

HENRY m ET LES QUARANTE-CINQ L'ASSASSINAT DU DUC ET DU CARDINAL DE GUISE

M La France estoit folle de cet homme-la, car c'est trop peu de dire amoureuse.. .. (J.-L. Guez de Balzac, Portrait ou cHof/e du duc de Guise, dans Œuvres complètes, 1665, in-folio, t. Il, p. 491).

Au premier à^e des guerres civiles, l'espoir et les aspirations des partis, qui se divisaient la France, s'étaient tour à tour incarnés en deu.x hommes : Guise et Colig:ny, dont Catiierine de Médicis avait successivement redouté l'ascendant et appréhendé l'influence possihle sur la politique de tergiversations et de désagrégation qui tut la sienne. Après qu'une mort opportune l'eut délivrée du premier, elle était revenue à cette politique qui, menacée d'être interrompue par les desseins de Coligny, fut reprise par elle aussitôt après le meurtre de l'Amiral, en sorte que les années qui avaient succédé à la Saint-Barlhélemy avaient rappelé, à s'y méprendre, celles qui avaient suivi la mort du duc François de Guise.

Mais tuer les hommes n'était pas tuer les paitis, et pour empêcher ceux que la Reine pensait avoir décapités de se donner de nouveaux chefs, il eût fallu une

HKNHV m RT I.RS ijIMI.WTRriXn 197

|iulili(|ur autrt'iMt'iil (•iicrL;i(|iU' cl lialiilc (|Ui' ci'llt^ des ilcrniers Valois. Kii l'ail, moins de dix ans a|)r('s la iiioil lie Coligny, (•allioli(|iu's et [iroleslanls ont à leur trie deux Mouvcaux clKun[)i()ns, Henrv de Lorraine, due de Ciuise et Henry, roi de Navarre, champions dont la rixalité eût sans doute rempli le second àgo des guerres civiles et entre lesquels se fût probablement réglé en dernier lieu le sort de la nation, si encore une fois un assassinat, non plus secrètement suscité et soudoyé, mais ouvertement commandé et réglé par le roi de France lui-même n'avait de nouveau découronné le parti catholique, ce parti auquel devait quand même demeurer la victoire. Le 23 décembre UJ88, vingt-cin([ ans après son père, le duc Heniy de Guise tombait frappé à mort, à Blois, au moment où lui aussi, par ses hautes qualités et le merveilleux prestige qu'elles lui avaient mérité, il semblait être appelé à devenir bientôt l'arbitre des destinées du pays.

Il est tout naturel qu'on étudie en général le duc Henry de Guise par comparaison avec son père, M. de Guise-le-Grand, et plus naturel encore qu'on retrouve entre eux mille traits communs. Mais, si l'on veut bien comprendre cette nature et ce caractère, il importe de ne pas oublier les autres ascendances d'Henry de Guise, de faire la part du sang italien qu'il tenait de sa mère Anne d'Esté, et des particularités psychologiques et morales qui lui venaient indirectement de son oncle le cardinal de Loriaine.

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Physiquement même l'empreinte de ces divers atavismes est visible chez le duc de Guise. Grand, mince et élégamment découplé comme son père, il est comme lui robuste et fort, et merveilleusement entraîné à tous les exercices physiques, à toutes les fatigues. « On l'a vu souvent, écrit Davila, nager tout armé et équipé contre le courant de l'eau la plus rapide, et il faisait preuve d'un merveilleux entrain à la lutte, au palemail et aux joutes militaires' ». « Personne, note, d'autre part, l'ambassadeur vénitien Lippomano, personne ne saurait lui résister à l'escrime, et un jour, je l'ai vu jouant à la barrière, dans la salle de Bourbon, frapper de l'épée le casque d'un chevalier, aussi fort que lui, de manière à le jeter par terre... Avec cela, dans tous ces exercices, il est admirable d'aisance et de grâce '-. » L'aisance et la grâce, c'est par quoi, en effet, se distingue avant tout le nouveau duc de Guise et ce qu'il tient de ses origines italiennes. On connaît le mot de la maréchale de Retz : « Ils avoientsi bonne mine ces Lorrains, qu'auprès d'eux les autres princes paroissoient peuple''. » Cela était vrai surtout du duc Henry. De tournure plus dégagée et plus souple que son père, il a aussi le geste plus enveloppant, un port de tète plus relevé et plus fier, les yeux plus mobiles et plus vifs, moins francs peut-être, plus de vie et d'animation dans la physionomie, un front haut et large, très dégagé sous des cheveux blonds

' Davila. Hisloria délie quevre c'nnli di Francia, 1644, in-fol., t. I. p. 5G5.

' Voyage île Jérôme Lippomano. ambassadeur en France, en I.i77, dans Relations des atyibassadeurs vénitiens sur les affaires de France, recueillies par N. Tnmmaseo, Paris, 1838, t. II, p. 639.

^ J.-L. Guez de Balzac, Portrait ou éloge du duc de Guise, dans (havres complètes, Paris, 1663, in-fol, t. II. p 4'Jl.

Portrait de Henrv de Lorraine, duc de Guise, d'après un crayon du musée du Liiuvre.

HKNRY III KT I.KS ulMlWTKClMj lO'.l

rt'IcM'S cl l)oiicli''s, la lnnirlic soiirianic l'I (•Mi'ailrc''(' (rmic liiu' moiislai'lu' et il'uin' liarlic |iru rduniii' S()ii;iifiisrini'iil lailléo en ])oiiilc cl (|iii ne pcul ilissiiiuilcr la fïloriousc ficalricc ([ui, tic l'urcillc au ruiii de Id'il, lui banc le cùlé gauclu; du visage, cl lui saut, depuis le combat do Dormans, le surnom de iJalalVi''.

Mais, à vrai dire, quelles dcsri'i|ilions valciil un regard jeté sur SCS porlrails (|ui, mieux que lonl. peuN cul nous renseigner sur son e\l(''rieiir el nous aidei' aussi à démêler les Irails saillanls tic sanalurc'.

Le premier de ces poiirails, qui dalc d(^ i'M>'.^ environ et nous le rc]nésenle à l'âge de treize ans, nous donne, par cxcmiile, loul à lait l'impression de ce quir nous savons d'auli'c part que l'ut de très bonne heure cet enl'ant. Avec sa mine attentive et rélléchie, c'est bien là l'auteur de la lettre écrite par lui à son père, en 1537, et (|ui constitue un document trop rare d'ordinaire dans riiistoire des grands liommes, pour (|ue par elle ne s'ouvre pas le portrait ps\cl)ologi(jue (jue je \oudrais tracer de son auteur.

Monseigneur, écrit donc à son père le jeune prince, le

' Xe prclondanl pas duiuior ici une iconograpliie fomplrle tlu U'oisii'iue duc de Guise, je mo borne à signaler :

1° Le crayon représentant Henry de Lorraine « à l'àf^e de treize ans ». conservé à la Biljliothèque nationale.

2» Le crayon du musée de Chantilly, e.ïécuté, dit-on, vers 1.585, et auquel j'attribuerais volontiers une date un peu antérieure.

3» Le crayon du musée du Louvre, qui ne doit pas être bien éloigné de la date de 1588.

4» Le portrait peint du musée de Blois qui, d'un dessin assez médiocre el dune facture un peu gauclie, donne cependant, peut-être, le mieu.v l'impression de la ressemblance, étant évidemment beaucoup moins llalté que les deux précédents. L'expression un peu indécise el dissimulée du regard, en particulier, révèle, il me semble, parfaitement les origines italiennes du duc de Guise, que je rappelais tout à l'heure.

27 avril looT, c'est-à-dire exactement à l'âge de six ans et quatre mois, Monseigneur, j'ay à ceste heure encores un beau petit frère, que Madame ma mère m'a fait à Nanteuil, incontinent que je fuzparty pour aller àlleims, avec Monsieur mon oncle. On m'a dit que c'est bien le plus beau et le plus gras du monde. J'ay ouy de beaux sermons que Monsieur mon oncle a faicts à Reims, mais je vous promectz que je ne les saurois raconter tout du long, car ils estoient sy très longs qu'il ne m'en souvient pas de la moitié. Il m'a fait porter son aumusse devant luy, et m'a demandé sy je ne voulois pas estre chanoine à Reims; mais je lui répondys que j'aymerois myeux estre auprès de vous pour rompre une lance ou une espée sur quelque brave espaignol ou bourguignon, pour esprouver sy j'ay bon bras, car j'ayme myeulx escrimer et rompre lances que d'estre tousjours enfermé dans une abbaye avec le froc.

Monseigneur, j'ay veu ma sœur et ma cousine d'Aumale aussy, qui sont bien saiges et bien jolyes. Elles m'ont prié vous présenter leurs très humbles l'ecommandations à vostre bonne grâce et à tous messieurs mes oncles aussy. Madame ma grand'mère a faict ses pasques à Reims avec Monsieur mon oncle, et puis elle est venue trouver Madame ma mère à Nanteuil, laquelle se porte fort bien, Dieu mercy. Il y a un beau jeu de paille-maille à Nanteuil que Madame y a fait faire. .l'ayme bien mon frère Charles et mon frère Loys, car ils sont les plus jolys du monde, mais je ne scay, quant j'auray veu mon petit frère, lequel j'aymeray myeulx; je seray leur gouverneur et leur apprendray leur court...

Monseigneur, le chanoine est venu à Nanteuil veoir Madame ma mère; il a deux bonnes levrettes qui sont à vous; s'il vous plaist me les donner, je vous les garderay jusques à votre retour. On avoit dit à Madame ma grand'mère que j'estois opiniastre; maisFossez a bien faict veoir du contra ire, car, sijel'estoys, il ne m'espargneroit pasle bois de brillon...

Monseigneur, la faim nous presse d'aller disner, qui me gardera de faire la lettre si longue. Je vous promectz que j'avons bon appétit.

IIKNHY III Kl' I.KS (jU.\/IA.\rKrrXi.i ■M\

Monseigneur, je supiilie le (Iréatuur vous donner en parfaite santé très longue et très heureuse vie, prompt retour par deç;!», comme Madame ma mère le désire et moi aussy.

Villers-Cottorets, 27 avril.

Vostrc très humble et très obéissant fils,

LE PRINCE DE JOhNVILLE '.

Cotlo leltro, donllo ton ot lo tour si naturels semblent bien indiquer iju elle tut l'ciile sous la dictée même de l'enfant, est signée de lui, d'une main ferme et volontaire. Est-il besoin de souligner (]uel sens très éveillé, quel esprit très ouvert elle annonce et révèle déjà? Et c'est bien là en effet la qualité maîtresse de Guise que celte intelligence pénétrante et vive, développée par de fortes études classiques faites au collège de Navarre % et la connaissance de deux langues étrangères, l'allemand et l'italien', intelligence très fine et très déliée (jui rappellerait plus, peut-être, celle de son oncle le cardinal de Lorraine que celle de son pore, et qui se manifeste par une tendance à trop envisager les aspects divers des choses et les multiples faces d'une question, une préoccupation de tout prévoir et de tout régler, un goût prononcé pour l'intrigue complii[uée. Telle est du moins l'impression que nous donne la lecture de sa correspondance politique et d'alfaires, où les défauts des

' Cette lettre est en original dans le vol. 20467 du fonds français à la Bibliothèque nationale, et a été publiée dans J. de Croze, Les Guises, les Valois et Philippe H, Paris. 1866, in-8", t. I. p. 333-335.

' Tacite aurait été et serait demeuré son auteur favori, d'après R. de Bouille {Histoire des ducs île Ciiiie, 1849, in-8°. t. Il, p. 303), qui ne dit pas d'ailleurs quel document lui a fourni ce renseignement.

' R. de Bouille, Op. cil., t. 111, \>. 223.

202 DR OUEUtUES ASSASSINS

qualités de son esprit s'avèrent en un st\ le souvent pénible, lourd et enchevêtré'.

Ces défauts, il faut le dire, ne se retrouvent pas dans sa correspondance familière où apparaissent seulement des dons de sensibilité charmante, beaucoup de gaieté et d'entrain ; ils ne se retrouvaient pas surtout dans le causeur et l'oiateur qui étaient purement séduisants. Nous ne pouvons nous représenter cela. Mais ce que nous savons, c'est que le don et l'art de plaire était le second trait de cette physionomie. De sa personne même s'exhalait un charme irrésistible. « La France, dit un contemporain, estoit folle de cet homme-là, car c'est trop peu de dire amoureuse... On a vu des assemblées qui n'estoient pas petites se rendre en un instant à sa bonne mine. 11 n'y avoit pas do cœur (jui peusl tenir contre ce visage; il persuadoit avant (jue d'ouviir la la bouche '. » Il savait, il est vrai, aider au charme. Son père avait déjà le secret de s'attirer des dévouements et des attachements sans bornes ; lui, plus encore, car il y mettait plus de bonne grâce, de condescendance aimable, de laisser-aller, de bonne humeur aussi.

Ses adversaires ont prétendu que tout cela n'était (|ue superficiel, et l'ont accusé de n'avoir pas été un ami sûr. « Maître dans l'art de tromper et de dissimuler, écrit l'un d'eux, habile à inventer ce qui n'avait jamais existé, il savait soutenir un premier mensonge par un second; et, lors même (|u'il était le plus éloigné de la vérité, il imaginait encore mille nouveau.x moyens de faire donner

' Cf. les lettres du duc publiées par J. de Croze en appendice des doux volumes intitulés, Les Guises, les Valois et Philippe II.

- J.-L. Guez de Balzac, Portrait ou éloge du duc de Guise {Œuvres complètes, Paris. 1665, t. H, p. 491).

IlP.NItV III KT l.i:s nl-A/IANTE-CI.VO 203

ilaus SCS [lii'^i's ci'ux iiii'il xouloit trompor. toujours [irt-'l ;i sejustilier aux dépens ilrs autri's lois(|u'il ('■lail ]iiis sur

10 lail'. »

(Ju'il n'y ail iMi ri'tli' piMulurc d'ocllc aucun Irail qui porte, je ne voudrais pas rafliriiier, el (|ue les attachements et les amitiés du Balafré n'aient pas toujours eu la jM-oloiideur dont il faisait démonstration, cela serait bien italien. Très [)eu, pourtant, échappaient à lascendaiit incroyable qu'il exerçait sur ceux quil'appi'och aient.

11 conciuérail les gentilshommes « par les extraordinaires caresses dont il usoit à leur égard, par les manières obligeantes dont il les saluoit, et par la coutume qu'il avoit prise de donner, (|uand il entroit chez lui, son chapeau à son portier, par la raison, disoit-il, que les gen tilshommes. qui lui faisoient l'honneur de le visiter, ne vouloienl pas se couvrir devant lui, el qu'il ne pon\oil souffrir qu'ils lui parlassent découverts, sans qu'il le fust aussi" ». Il savait de même s'insinuer dans les bonnes grâces des bourgeois et petites gens, auxquels il plaisait par son absence de toute morgue ; par une familiarité avec le populaire bien caracléristi(iue de ses origines méridionales, — car «pour commander aux grands, il s'assujettissoil aux moindres, et, d'un bout de rue à l'autre, passoit le bonnet au poing, saluant ou de la teste, ou de la main, ou de la parole jusques aux plus petits artisans el crocheteurs ' » ; — par le talent qu'il avait de se mettre à la portée de tous ; par une libéralité proverbiale en sa maison, et dont il maintenait la tradition,

' J.-A. (le Thou, fJishiire universelle, tiad. i'r. de 1734, t. X, p. 475-476.

' Varillas. Histoire de Henry III. 16'J4. in 4". t. I. p. 437.

' 1'. Mathieu, Histoire des /roubles de France. 160), in-12, p. 159.

car il serait de lui le mot fameux (|ue, « s'il sa\iiiL Lien n'avoir pas besoin de tous ses serviteurs, il savait bien qu'eux avaient tous besoin de lui' ». Et ainsi que nous nous sommes représenté le père, au jour du 3 juin lîjlil, traversant la capitale aux applaudissements de la multitude", il faut, pour juger de l'immense popularité du fils, nous reporter à cette triomphale entrée à Paris du 9 mai 1388, à la veille de la journée des Barricades, alors que, « reparaissant tout à coup au milieu d'une population dès longtemps affectionnée, aujourd'hui fanatique, le Balafré, reconnu dans la rue Saint-Denis, est accompagné du cortège de tout un peuple à l'hôtel de la Reine-mère', au Louvre ensuite, et finalement ramené chez lui au bruit des clameurs répétées de la foule. Vêtu d'un pourpoint de ilamas blanc découpé, d'un manteau de drap noir, chaussé de liottines de bufile, marchant à pied, la tète nue, il répond aux bruyants témoignages de la confiance et de l'allégresse populaires en saluant de tous côtés, avec une grâce irrésistible, de la main dont il tient son grand chapeau de feutre à pointe, ombragé d'une plume verte. Les bourgeois et les artisans sortis de leurs maisons, de leurs boutiques se pressent autour de lui et font retentir les rues du cri de : Vive Guise ! Vice le jnlier de l'Église ! mêlé au chant à'Hosanna filio David! Du haut de leurs fenêtres, les femmes lui jettent des

' R. do Bouille, Op. cit.. t. III, p. 324-3:25.

■ Voir plus haut, p. 7.

^ Cet hôtel était bâti sur l'emplacement de l'ancien couvent des Filles pénitentes, acheté pai- Catherine deMédicis; il devint ensuite l'hôtel de Soissons et était situé à l'endroit où s'éli''ve aujourd'hui la Bourse du Commerce.

iii;m;v m ki i.ks ijc.x/iAyrt-ci.yo 20l>

llt'urs ' ». « Une diMiioiselle eslanl devanl une boutique, abaisse son nias(|ue et dit toul haut ces projjres mots : « Bon prince, puisque tu es ici, nous soiniues « tous sauvés! » -. « Une l)onne vieille fend la presse, ijui luy dit i|u'elle ne se soucioit plus de mourir, puisciue Dieu lui avoit l'ait la grâce de le voir, el à l'inslaul mesnie fait toucher son chapelet à ses habilleuieiis. Un couvreur estant il une maison, en la rue Saint-Martin, S(;achant (|u'il passoil par là, se descend avec une corde, au iiasard de sa vie, afin d'avoir moyen de l'envisager'^ ». Et le 12 mai, le voyez-vous parcourant à cheval les rues de la capitale hérissées de barricades, sans armes, une baguette à la main, suivi seulement de deux pages, porteurs, l'un de son épée courte, l'autre de sa rondache, haranguant le peuple, l'apaisant, et aux cris de « Vive Ijuise! » répondant, baissant son grand chapeau : « Mes amis, c'est assez! Messieurs, vous me ruinez! Criez : Vive le Roi ! » ■

Mais ce n'était pas seukMuent le gentilhomme de haute et fière allure que saluait alors avec tant d'enthousiasme le peuple de Paris ; c'était aussi le soldat, et le soldat catholique (|u'il acclamait.

Soldat, le duc Henry de Guise l'est en elTet avant tout, comme son père l'était. Monluc nous a raconté d'une façon chai-mante, en ses Commentaires, comment, en

' R. do Bouille, Op. cit., t. III, p. 263-266.

■ P. (le TEstoile, Journal, éd. Brunet, t. III, p. 137.

^ Lettre d'Etienne Pasquier à M. de Sainte-Marthe, 20 mai loS8 {OlCuvres coinpleles. 17'23, in-fol., t. II, col. 332).

' P. de l'Estoilo, Journal, éd. Brunet, t. III, p. 142. — Histoire particulière de ce qui se passa à Paris au jour des barricades el autres jours suivants, au mois de mai de l'année /.i4'*' {Herue rclrospecfive. I" série. t. IV, p. 408).

206 DE C'I'KLQUES ASSASSINS

I008, il eut l'honneur, le premier, de « mellre les armes au cou » du fils de M. de Guise-le-Grand. « Or comme je feuz à nostre bataillon et chacun de noz cappilaines en leur place, le prince de Joinville, qui est à présent Monsieur de Guyse, vint à la teste de nostre bataillon, et le fils de M. d'Aumale ', qui moureusL, ne tarda pas longtemps après, tous deux jeunes enfans, beaux à merveilles, ayant leurs gouverneurs avecques eulx et troys ou quatre gentilshommes après, et estoient montez sur de petites hacquenées. Je leur dis : « Cà, gà, mes petits « princes, çà mettez pied à terre, carj'ay esté nourry en « la maison de là où vous estes sortis », qu'est la maison de Lorraine, où j'avois esté page. « Je veulx estre le « premier qui vous mettra les armes sur le coul ». Leurs gouverneurs descendirent et les descendirent aussi. Et avoienl de petits raubons de tafi'atas, lesciuelz je leur oustay de dessus les espaules, leur mettant la picque sur le coul, et leur dis : « J'espère que Dieu vous « fera la grâce de ressembler à voz pères, et que je vous « pourteray bonne fortune pour estre le premier qui « vous aura mis les armes sur le coul. Elles m'ont esté « jusques icy favorables. Dieu vous rende aussi vaillans « que vous estes beaux et filz de très bons et généreux « pères. » Et ainsi les feiz marcher couste à cousle, les picques sur le coul, tout au long du bataillon estant au devant, et retourner au mesme lieu. Leurs gouverneurs estoient sy ayses, et tous noz cappitaines, de veoir ces enfans marcher comme ilz faisoient, qu'il n'y avoit nul qui n'en eust bon présaige. Il a failli en l'ung qui est

' Henri de Lorraine, comte de Saint-Vallier (154'J-lo59), fils de Claude de Lorraine, duc d'Aumale, et neveu du duc François de Guise.

iiKNuv III l'.r i.Ks ni-.\/n.\r/:-ci.\(j 207

ri'Iuy tlt' M. il'Aïuiiali', car il inoiciisl liiontost aprt'S... iMuis M. lie (iiiysf csl en \ ic. que i'('S|i(Tr (|u'il accomplira riicur (lue nous leur soiihclasiiics ce jour-lc'i. Le coimiieiiceineiil en est lion ; je pense (|ue la lin couronnera les faici/. de son eimmienreiin'iil .. .I'a\' toujours tort espéré, en ce [)eu que je I ay i(Uit;iieu, il(! ce prince ; aussy n'y eut-il jamais de poltron en ceste lirave race '. »

Le jeune duc ne devait pas l'aire mentir ces flatteuses |)rédictions. Après ses premières armes faites au siège (l'Orléans sous les ordres de son père, il s'était signalé, au cours de la deuxième guerre civile, à Mensignacct à .larnac, |iar ses charges impétueuses sur l'intanterie protestante, et s'était, à dix-neul ans à peine, couvert de gloire en défendant victorieusemeni Poitiers, pendant sept semaines et demie, contre l'amiral de Goligny. Commandant i'ax ant-garde à Moncontour, il y est gravement blessé au pied d'une arcjuebusade qui le l'ait boiteux pendant deux mois, mais ne le rend pas plus prudent, car au siège de la Roclielle on le voit risquer sa vie comme les simples soldats auxquels il se mêle dans les casemates et aux assauts- .

Il s'était dès lors acquis une réputation militaire très méritée. Il ne possédait pas, sans doute, certaines des (|ualités par lesquelles s'était surtout distingué son pèi'e: la réflexion, la prudence, la préoccupation de ne rien hasarder. Très fougueux, de décision prompte, de la témérité la plus emportée, il avait en revanche, comme son père, l'art de s'attacher ses soldats. — sachant les mots capables de les entraîner, parlant à ses Allemands

' Monluc, Commentaires, éd. de Ruble, t. II, p. 307-3U8. ' Bouille, Histoire des ducs de Guise, t. H. p. 442. 448, .534.

et à ses Italiens leur langue maternelle, interpellant chaque officier par son nom', — • le souci de provoquer autour de lui de belles actions et de les bien récompenser, par-dessus tout une générosité chevaleresque qui, la lutte terminée, l'inclinait naturellement à la clémence vis-à-vis de ses ennemis désarmés. M. de Ramefort" envoyé par le Roi pour prévenir son entreprise sur Metz, en lo8o, ayant été fait prisonnier par les siens, il se refuse à discuter avec lui sa rançon, le mettant simplement en liberté, « à la charge que son espée ne demourera oiseuse en son fourreau », mais qu'à la première occasion il en usera de même vis-à-vis de son vainqueur. « Repassez toute l'antiquité, dit Pasquier, qui nous rapporte ce trait, vous ne trouverez magnanimité plus grande^ ». Et les conteniporains ont célébré aussi la bienfaisance du héros qui, après la prise d'Issoire, en 1577, avait tué, disait-on, de sa main un soldat qui s'apprêtait à violenter une femme, donna asile dans sa tente à une autre qui y accoucha, s'occupa do recueillir les orplielins et de les mettre en sûreté dans les châteaux du voisinage, voulut être le parrain des enfants qui n'avaient pu être baptisés durant le siège'. Mais ce qui acheva le renom militaire et la popularité d'Henry de Guise fut qu'il continua la tradition qui avait fait de son grand'père et de son père les défenseurs de notre frontière de l'Est, en sorte que la même faveur, qui, au commencement et au milieu du siècle, était allée

' Ibid., t. m. p. 2:23.

- Onuphrc cl'Espagno, seigneur île Ramefort.

" Lettre d'iitienne Pasquier à. M. de Sainte-Maittie, dans Œiii-res complètes, 1723, in-fol., t. II, col. 290.

* Bouille, Op. cit., l. III, p. 57.

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nu \aiii<|U('iir île l^upsti'iii, ot au défenseur de Melz, revint au vain(|U('ur des reîlres h Dormans, à Vif^nory et à Auiie.iu. De cette l'rontière le jeune duc prétendit iiiT'ine (Mre plus (|ue le défenseur; il souhaita l'étendre et la reculer. En un manifeste écrit en l.")(i8, sous son inspiration, et intitulé le H/iin an fioi/, le liliin, s'adressant au ini de l'iancc. se |ilaii;iiait à luid' » estre depuis si lonj^teiu|)s sous main es! rancit', captif et désolé, au ijrand prt'judice et ruine de la France, fortifiée et remparée naturellement et divinement de tous les costez et circuits de monts et mers inaccessibles pour armées, liorinis cestuy endroit, d'où venoit de toute antiquité le peinicieux et mauvais vent à la France, faute d'estouper sa source et oriifine ». « Je suis nommé, disait lefleuve, martial et helli(iueux, et non sans bonne, juste cause et raison, car qui est en paix de ma seigneurie, il peut commander au reste de l'Europe, et me posséder seroit une manière d'ari-èter ces irréligieux nègres qui viennent fouri-ager la Lorraine et gourmander et saccager la Champagne ». Et le fleuve invitait le Roi à « le venir voir et jouir paisiblement de ce (]ui lui appartenoit ». Ce qui lui faisait espérer que la chose était prochaine, c'étaient ce la prudence et la sagesse du Roy, mais aussi la sagesse de ses conseillers, les cardinaux de Lorraine et de Guise, et la valeur de leur neveu, M. de Guise ». « Il est bon et expert nageur et il n'aura moins ce bornage affectionné que feu son père, grand Mars de ce siècle, eut de Calais. Je l'ai déjà vu et me sembloit estre (|uasi remis en liberté ' ». Et il y avait là, aux veux du

' Le Rhin nu lioy. par le iiiéilocin dp Mgr le earclinal de Guise [Jean Lebon], l'aiis. loti», in-S».

duc de Guise, autre chose que de vaines amplifications oratoires ; il y avait l'annonce très nette du dessein, qu'il caressait déjà, d'une plus grande France, et le secret espoir de la conquête de Strasbourg que, cent uns avant son annexion (1681), il fut sur le point de faire nôtre. C'est en effet en 1380-1581 que manquèrent de se réaliser ses projets sur cette ville, projets qui témoignent au moins du haut patriotisme de celui qui les forma et dont on a trop négligé de lui faire gloire'.

Ce qui du soldat qu'était Guise fit un chef de parti fut la question religieuse. La plupart des liistoriens l'ont accusé de ne s'être jamaislaissé guider que par ses ambitions personnelles. Sa vie eut certainement d'autres mobiles, et parmi eux le triomphe définitif de l'orthodoxie. Qu'il ait de longue main préparé son avènement à la tête du parti catholique, ou qu'il y ait été porté tout naturellement, c'étaient bien, parait-il, ses convictions qu'il entendait défendre, comme les avait défendues son père. Dans sa correspondance, il revient constamment sur son désir « de servir son pays et sa religion », d' « extirper l'hérésie et les hérétiques du royaume », et d' <c assurer la conservation et l'accroissement de l'église catholique, apostolique et romaine », sur « la douleur que lui causeroit l'affoiblissement de l'église de Dieu et la ruine du catholicisme », et il n'y a pas de bonnes raisons pour douter de la sincérité de telles déclarations -.

' Archives de la ville de Slrasbourt;, liasses AA lii à 735 (Cl'. J. Bruckcr, Inventaire sommaire des archives communales de Strasbourg, 1878, in-i", t. I. p. 236-237|. — Pérau, Henri de Lorraine, duc de Guise, i\ans Vies des hommes illustres delà France, 1769, t. XVII, p. 290-592.

- Lettres du duc de Guise à M. de Mcndoça des 14 septembre,

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Or à ri''|M)i]iii' iiîi (îiiisi' l'assumail, i-cdc charge île |inil('ilt'iir lies iloi-triiics cl du ciiltr II aililionnels, elle (•tait par ecrtaiiis oùtés plus léj^ÎTC, par trautres plus lourde que viiiji'l au s auparavant, du temps de M. de Guisele-Graiul. Au déhul des guerres civiles, le parti catholique n'était oriiciellement représenté ([ue par l'année ([ue eomniandail le duc de Guise, et qu'encourageaient seulement de leurs vœux les catholiques de France. Mais ceux-ci avaient peu à peu pris conscience de leur nombre et de leur force, et en étaient arrivés à former une union — la Ligue — qui allait chaque jour croissant en puissance et en influence. Les temps n'étaient plus où le pays remettait à une armée et à son chef le soin de combattre pour ses croyances ; la majorité de ce pays se soulevait tout entière pour les défendre.

Ce n'était plus seulement dès lors d'un soldat heureux ([ue l'on devait espérer la victoire; c'était avant tout d'un chef de parti capable d'organiser et de diriger les forces tumultueuses qui s'ofl'raient à lui pour la lutte, d'en incarner avant tout sans doute les aspirations religieuses, mais aussi de comprendre les vues politiques qui se mêlaient à ces aspirations, d'avoir une politique extérieure en accord avec elles, de régler enfin la question constitutionnelle qui se posait en présence d'un souverain sans postérité, sans pouvoir et sans honneur. Et il y avait là, on le comprend, de quoi rendre écrasante la tâche de celui vers lequel unanimement, à cette heure, se tournaient les regards et la confiance des catholiques de France, du duc Henry de Guise.

l»' octobre, 31 décembre loS5, dans J. de Groze, /os Guises, les Valois et Philippe II, t. 1, p, 334, 339, 366.

212 DE OUEI.yUES ASSASSINS

Il devait d'abord, et cela dans toute l'étendue du royaume, alternativement ranimer et modéicr l'immense mouvement religieux qui venait de naître, en assurer le développement et l'extension, en prévenir aussi les excès elles écarts. Sur ces deux points, le Balafré ne fut jamais inférieur à ce qu'on pouvait attendre de lui. Catholique fervent, mais non fanatique, il sut se faire le défenseur de l'orthodoxie, sans jamais verser dans la persécution et la cruauté. Partout où il pouvait paraître, son ascendant suffisait à faire rentrer chacun dans son devoir, et à encourager chacun ; et où il ne pouvait être présent en personne, mille agents et une immense correspondance apportaient sans interruption à ses partisans l'expression de sa volonté et de ses ordres. Il comprenait du reste sur ce point son rôle d'une façon très moderne, et à une époque où les puissances formidables, que sont aujourd'hui la presse et l'affiche, n'existaient pas encore, il eut certainement l'intuition d'une propagande par l'imprimé et par l'image qui fait honneur à son sens très averti des réalités. On sait le flot de manifestes, de factums, de pamphlets qui submergea la France à ce moment ; l'on sait aussi le nombre incalculable de ceux qu'inspira et iil répandre le parti des Guise. D'autre part, l'histoire a conservé le souvenir de l'émotion causée à Paris, en 1587, par l'exposition, au cimetière de Saint- Séverin, des immenses estan)pes. — dont les cuivres furent retrouvés à l'hôtel de Guise, — qui représentaient les supplices infligés aux catholiques d'Angleterre, et que des gens apostés expliquaient et détaillaient aux curieux, ajoutant que c'était là le sort qui immanquablement attendait les catholiques de France, s'ils ne

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se iifi'iparaient à rôsislcr ('•nci^iciiicmcnl aux njipi-csseurs (le leurs ronsciences '

L'aetivilé imposée au iluc de (luise par la direction religieuse de sou pai-li u't'lait, lieu tiuilelois au prix des préoccupations (|ue lui \alail sa direction politique. On le vit bien aux États de Bluis, en I0H8, où en face d'un gouvernement sans initiative et sans autorité et d'une assemblée trop souxcnt intransigeante, il lui fallut inspirer, guider, soutenir les délibérations de cette assemblée en les questions les plus graves : celle de la convocation périodique des Ltats ; celle ilu droit pour eux d'agir, comme ils le prétendaient, par voie de résolutions impératives, ou seulement par voie de remontrances rendues executives par le Conseil du Roi, d'être en un mot des conseillers ou des suppliants ; celle de la transformation des pays d élection en pays d'Etats et du privilège de cbatjue province de faire voter l'impôt par ses députés ; celle des droits à la couronne d'Henry de Navarre ; celle de la guerre contre les hérétiques; et, pardessus tout, la ((uestion linancière, dans le débat de laquelle le duc s'employa loyalement à démontrer aux députés la contradiction (|u"il y avait entre les vœux ardents émis par eux en faveur de la répression de l'hérésie et le refus obstiné qu'ils opposaient au Koi de maintenir les impôts indispensables à la guerre. Ce ((ui, soit dit en passant, peut le purger de l'accusation, que l'on a portée contre lui, d'avoir été l'instigateur de la résistance des Etats aux demandes d'argent de la Cour. Il est avéré au conti'aire. par des témoignages indiscu-

' Journal de l'Est oile. ùd. Brunel, t. III, p. o3-ri4. — l'érau, Henry de Lorraine, duc de Guise, p. 334-336.

tables, qu'il fil tout pour engager ceux-ci à contenter le Roi et à parer à la ruine du trésor public'.

Un point, enfin, qui a valu de même au duc de Guise et lui vaut encore maintenant les plus vives attaques, c'est sa politique extérieure. De son temps déjà, ses ennemis, et, aujourd'hui, la plupart des historiens l'ont représenté comme inféodé et vendu au Saint-Siège, à l'Espagne, à la Savoie, et comme prêt à sacrifier l'intégrité du royaume lui-même à ses ambitions personnelles. En réalité, rien n'est plus faux, car rien n'apparaît précisément plus remarquable que sa politique extérieure, quand, ne la considérant plus du point de vue étroit et mesquin d'où on se place pour la juger, on l'envisage de plus haut.

Alors qu'on fait honneur à Coligny d'avoir voulu entraîner catholiques et protestants dans une guerre nationale contre l'Espagne, avec l'appui de l'Angleterre et des princes allemands, on ne se rend pas compte que la politique extérieure de Guise n'a pas eu, peut-être, d'autres visées que d'entraîner le pays dans une guerre contre l'Angleterre et les puissances protestantes, avec l'appui de l'Espagne, du Pape et du duc de Savoie. Comme on l'a très bien dit, « les desseins du Balafré, toujours bornés dans l'histoire de France à l'usurpation de la couronne, visaient en réalité au bouleversement complet de l'état politique créé en Europe par la Réforme à la fin du xv!"" siècle" ». On objecte à cela les rapports

' G. Picot, Histoire des Étals généraux, 188S. in-12, t. III, p. 3H0. 393, 394, 398 et suiv., 406-407.

■ Un incident des États de Blois. L'affaire de Salaces et Henry, duc de Guî'ie (octobre-décembre 1588), par Jane Hazon de Saint-Firmin, Blois, 1907, p. 13.

IIK.MIY III ET I.KS nrA/IAXTi:ci.\Q Ho

Irî'S troubles du duc avi'c Pliilip|it' II, les soiuines énoruies à lui versées par le souverain espagnol, le Irailé de Joinville et les abandons de territoires qui y étaient prévus, enlin l'affaire de Saluées en lij88. Mais il i'audrait s'entendre précisément sur ces divers points.

Pour ce qui est du traité de Joinville, sisjné le 31 décembre 1384, entre les Guise et l'Espairne, il sullit de l'avoir lu pourseconvaincre que, enfaitdecessionsterritoriales, il ne visait (|ue celle de Cambrai, pris aux Espagnols par le duc d'Anjou, en laTO. et (|ue la confirmation qui y était stipulée du traité de Cateau-Cambrésis n'était pas excessive, puisqu'en réalité elle ne dépouillait la France d'aucune nouvelle conquête accomplie depuis'.

Et, en effet, ce n'était pas par des cessions do territoires que le duc de Guise prétendait mériter et obtenir de Pliilippe II les avantages pécuniaires immenses, je le reconnais, (lue lui consentait le monarque espagnol ; c'était avant tout en lui faisant ressortir l'intérêt qu'il avait à l'écrasement des protestants de France, et qu'une paix générale accordée à ceux-ci était le plus grand danger (jui le pût menacer, puisqu'elle devait être le signal immédiat de l'invasion des Pays-Bas, suivant le plan de Coligny toujours caressé par les buguenots. « Car, comme l'écrit le duc à l'ambassadeur d'Espagne, parvenant [les maistres de ce royaume] à la dicte paix générale, et par conséquent à l'asseurance et exaltation desdits buguenots, par l'oppression des catboliques abandonnez, lesquels ne s'y pourront plus opposer, il est à craindre que tous leurs desseins et toutes leurs

' Du Mont, Corps universel diplomatique, 17iS. in-fol.. t. V. part. 1, p. 441-443.

216 DIC gUELOUES ASSASSINS

forces ne tournent sur le Roy, vostre maistre, pour favoriser ses rebelles liéréliques et lui embrouiller ses Estats, spécialement aux Pays-Bas... et mesmes que, pour ce faire, ils ne se allient avec la reyne d'Angleterre, les princes protestants et autres envieux de la prospérité de vostredicl maistre, le tout en baine du secours qu'ils présument assez avoir esté par luy donné aux catboliques^ » Et le seul moyen, qu'ait le souverain espagnol « d'éviter que par une telle paix générale tout le malheur de la guerre ne tombe ainsi sur ses tlstats- » est de prévenir ses adversaires, en assurant délinitivement la défaite des huguenots de France, et en se ralliant au plan qui doit couronner cette défaite, c'està-dire à l'invasion de l'Angleterre par l'Ecosse et à la compression du luliiéranisme en Allemagne.

Le Pape est forcément acquis à ce plan, et, pour le mener à bien, le concours d'un autre souverain italien, le duc de Savoie, n'est pas à dédaigner. Celui-ci, tout intéressé à l'abaissement du protestantisme qui, par Genève, menace ses Etats, a d'ailleurs promis son concours. Mais ce qui prouve la bauteur de vues de Guise et son patriotisme, c'est que, lorsque le prince italien prétend se faire payer trop tôt son appui, en envahissant le marquisat de Saluées, Guise est le premier à déclarer au Pape lui-même qu'il ne peut souscrire à pareille violation du territoire et qu'il ne considère plus désormais le duc de Savoie que comme l'ennemi de son pays. « Quelque appréhension que j'aie, écrit-il au Pape à ce

' Lollro du iluc de Guise à M. de iM(;ndoc;a, 1«' octobre 15X5 (J. de Croze, Les Guises, les Valois et Philippe U. t. I, \t. 35S-35B). • Du uiéiiie au même, 3 lëvricr 1586 (Il/id.. t. I. p. 371.

iiK.NiiY III iCT i.i'.s ijr.yii.wiKct.xn 217

siijfl. le 10 (ItH'eiiil)ri' IJiHK, (|ueli|iii' apini'lionsion (|ue j'aif (jUL'.. corciiiiionieiit (le Saluées .. ne soil un sujfL trop plus (|ue suflisant de traverser les saintes résolutions (jue I on j)renil de faire la guerre irréeonciliablc aux liéréti(|ues, pour traiter une tresve avec eux et convertir nos armes ailleurs..., estant une maxime d'Eslat (|ue, les frontièros gardées, le dedans se peut lousjours renieltre. , el aussi estant né Iraiieois, je recoimois par le droit de ma naissance, par la lidélité de mes progéniteurs, et la mieinie particulière, par les bienfaits des rois mes souverains, et par l'amour de ma patrie, estre très obligé à la défense de mon prince et de sa couronne, et pour tous les respects du inonde, je n'y voudrois manquer \ » Cette lettre n'est-elle pas le plus éclatant démenti ([ui puisse être donné aux projets antipatrioti(iues (jue l'on prête d'ordinaire trop généreusement au Balafré ?

Si cependant, dit-on, Guise peut être absous de l'accusation d'avoir consenti au démembrement de la France, ne doit-il pas rester chargé de celle d'avoir voulu se

' Lettre du duc ile Guise au Pape, de Blois, 10 déceiubi-e 1588, publiée d'après l'original, retrouve par elle au.t Archives du Vatican, par M"" J. Hazon de Saint-Firmin. dans Un incident de.i États de Blois. I.'a/faire de Saluées, p. 64-1)6. — On ne connaissait jusqu'ici cette réponse de Guise au l'apo que par la déposition de Péricard, secrétaire du duc. déposition à laquelle on n'avait pas prêté, à tort, tout le crédit qu'elle méritait, lille résume en elTet presque dans les mêmes termes la lettre du duc au Pape. « Sur une lettre, dit l'éricard. que Sa Sainteté luiavoit escrite pour lui persuader de l'aire trouver bon au Roy l'entreprise du

duc de Savoie, Monsieur de Guise fit réponse à Sa Sainteté que,

comme bon François, il estoit fort dur et diflîcile d'endurer telles entreprises, et qu'à l'e.^emple de ses prédécesseurs, qui n'estoient coutumiers de retrancher et accourcirles limites de ce royaume, mais plus tost de les accroistre et agrandir, il emploieroit tout ce (jue Dieu lui avoit donné de moyens pour assister tt servir le Roy disnement. qui estoit sa seule ambition. » (Documents liistori(|ues sur l'assassinat... Déposition de Jean l'éricard, dans la Revue rétrospective, 1" série, t. IV, p. 215).

substituer à la race déchue et dégénérée des Valois, n'a-t-il pas en un mol voulu se faire Roi? Son parti se la posa, cette question dynastique. Il dut se la poser aussi. Comment l'aurait-il résolue?

Sur ce point, il faut l'avouer, on ne saura jamais rien, car la mort surprit Guise avant qu'il se fût décidé à prendre parti. Il est bientôt fait de dire qu'il prétendait à la couronne ; il est plus difficile de le prouver. S'il eût voulu prendre la place d'Henry III, c'est le jour des Barricades qu'il aurait dû s'y résoudre. D'où vinrent ce jour-là ses hésitations, et comment, après avoir osé tirer l'épée contre son souverain, n'osa-t-il plus en jeter le fourreau' ? On n'a jamais pu en donner de raison plus plausible que son respect sinon du Roi, au moins de la royauté. Mais il est certain que, cette occasion passée, la partie était perdue pour lui. Il ne resta dans le cœur du Roi, dont il avait semblé épargner la personne par déférence pour la dignité, que le souvenir d'une fuite honteuse devant son rival. Six mois après, il devait s'en venger lâchement à Blois. C'est l'histoire de cette vengeance que je voudrais retracer en tous ses détails, tâche périlleuse, je le dis tout de suite, car si récits et documents contemporains abondent sur ce fait si célèbre, bien peu, on s'en convaincra, ont une valeur incontestable, et il est extrêmement diflicile de les concilier et de les réunir en une narration définitive.

' D'après un mot du duc de Parme, lorsiiu'il apprit les événomcuts de Paris (J. de Croze, Op. cit., t. II, p. 87).

LES QUÀHAXrLCiyQ

Fuyant Paris lo 1)5 mai l.)88, après la journée des liarricades, Henry III s'élail d'abord réfugié à Cliartres, puis à Rouen, puis de nouveau à Cliartres, et des pourparlers ayant été bientôt engagés entre la Ligue victorieuse et le monarque, celui-ci avait promis, le 29 mai, de convoiiuer les Etats généraux à Blois, puis signé, le 13 juillet, l'éilit d'Union, par le([uel il conviait tous ses sujets à « s'unir avec lui pour l'extermination de l'hérésie » ; jurait de « rejeter pour son successeur, prince (|uelcon(|ue qui fust hérétique ou fauteur d'hérésie »; promettait de « pourvoir de charges ceux-là seulement <|ui feroient notoirement profession de la religion catholique » ; déclarait « éteints et assoupis tous les actes d'hostilité, troubles, ports d'armes et prinses de deniers publics commis précédemment par ses sujets catholiques, pour le zèle porté à la conservation et maintien de la religion catholique »; s'engageait en des articles secrets à céder à la Ligue, comme places de sûreté, Rouen, Bourges, Montreuil, Boulogne, Orléans, et nommait enQn le duc de Guise lieutenant-général du royaume '.

Au conmiencement d'août, celui-ci étant venu rejoindre la Cour à Chartres, le roi de France et « le roi de Paris » avaient alors gagné Blois, où ils entrèrent le 11 septembre, et où commençaient déjà à se réunir les représentants des Etats généraux.

' « Kditdu Roy sur l'union de sus sujets catholiques, véririé en la cour de Parlement le 21* jour de juillet 1588 » ([MayerJ, Des Etats dénéraux et autres assemblées nationales, Paris, 1789, t. XIV. p. 415-423).

Ce dut être assurément un curieux spectacle que celui de l'arrivée dans la petite ville de Bloisde ces 500 députés venus de tous les points du pays, au prix des mille difficultés causées par l'état déplorable des routes et l'insécurité des campagnes ravagées par les gens de guerre, et portant tous dans leurs cœurs l'angoisse et la tristesse que la misère et le malheur des temps leur inspiraient. Gentilshommes de campagne, prieurs et cuiés, bourgeois et magistrats des villes, tous vivaient près du peuple; et leurs yeux à tous étaient encore pleins des visions de famine, des scènes de pillages et de désordre, des horreurs des sièges et des assauts, des « lamentables ruines et cruaulez » que, depuis tant d'années, leur offraient leurs provinces et dont leur voyage leur avait permis de constater à chaque étape la désolante propagation dans le pays tout entier. La Cour ne voyait que de loin tant de malheurs et tant d'excès; eux seuls étaient capables de l'éclairer par expérience sur le vrai état de la France, de lui en marquer les causes, et de lui indiquer les remèdes à y apporter. Pour eux, en grande majorité catiioliques, la source et le principe de tous les maux était l'abandon de la religion ti'aditionnelle. « Anciennement, Sire, disait au Roi Etienne Bernard, député de Bourgogne, voslre France estoit la maison de Dieu et famille de son église, en laquelle halntoit cette sage et chaste maistresse, la religion catholique, apostolique et romaine, épouse unique, sans rides et sans macule, laquelle, partant, ne pouvoit estre bravée par l'affront, impudence et paillardise d'une opinion nouvelle'. »

' Discours d'Etienne lierniird, dans [Mayer]. Des États r/énéraii.i- et autres assemblées, 1780. t. XIV. p. 494-495.

IIKMIV III Kï l.KS i,ilMIA.Vrf:( IN'.i ii\

(^liirl cliaiiuriui'iil auiminl liiii où l'on voit « les ôj;liso,s riiiiu'os. les ili'volioiis l'Iciiilcs, les l'omlalioiis négligées, les siu'riMiHMis [ii'ofaru's, les pauvres, aux(|uols une portion (lu hifii e(H"lésiasli(|uo est allcrté, criant à la faim, l'I la crainte de Dieu se perdant de jour en autre' ». A cela se joignent les désoi'di-es de l'adininistration, car " les i;(tu\ei'n<Miieiis des \ illes, places el cliasleaiix sont en l'omiiierce eiilre les uciililsliommes à lieaiix deniers coniptaiis,... alors (jue la générosité, la vertu, la lidélité devroieni seules faire les l)ons gouverneurs et capitaines - >> : — -les alius de la justice, dont « la splendeur est oirus(|ii(''e ». pres(|ue tous « ses représentants ignorans ou indignes ne devant leurs offices qu'à la vénalité et à la simonie, en sorte que pour eux l'entendement paroist se tirer plus tost de la bourse que non pas du cerveau et (les livres et que les hommes semblent plus tost reconnus à la dorure de leurs habits que par leur vertu, savoir et preudhommie ' » ; — le désastreux état des tinances enhn et les impôts, qui sont si lourds et si insupportables, que « le paysan est ruiné, une bonne partie des villages demeurant sans habitans,les maisons vides, la terre sans labour, les seigneurs sans fermiers, et les bourgeois des villes sans trouver à qui débiter leur marchandise* ».

Et le moment où la situation est si grave est précisément celui où la royauté semble le moins en état d'y remédier. Aux problèmes et aux difficultés ([ui se posent

' Ibid.. p. 497.

- IbicL, p. 498.

'Ibid.. p. 499.

' Ibid

vient s'ajouler le conflit presque insoluble qui s'élève entre le dernier des Valois et la Ligue, dont le chef est le duc de Guise, conflit au(juel la réunion des États a donné une nouvelle et redoutable acuité.

Humilié des victoii'es remportées sans lui par le duc de Guise sur les reîtres à Vignory et à Auneau, ulcéré des avanies supportées lors de la journée des Barricades, Henry Hl avait espéré voir un troisième pouvoir, les États, se dresser, à Blois, entre le duc et lui. Mais il avait été vite détrompé. Loin de rencontrer dans les députés des alliés, ou au moins des médiateurs, le Roi avait trouvé en la majorité d'entre eux des partisans acharnés des Guise, prêts à devenir ses ennemis personnels et les complices de sa déchéance '. Tout de suite, les trois ordres avaient marqué leurs vrais sentiments en choisissant pour leurs présidents des hommes notoirement inféodés aux Lorrains : le cardinal de Bourbon pour le clergé, Charles de Cossé, comte de Brissac et Antoine de Neufville, baron de Magnac pour la noblesse, Michel Marteau, seigneur de la Chapelle, prévôt des marchands de Paris pour le Tiers. Et, le jour de la première réunion générale de l'assemblée, on vit plus clairement encore à quelles passions elle obéirait.

Dans cette vaste salle des Ltats restée si complètement la même qu'on croit y percevoir encore l'éclio des voix qui y retentirent jadis, et dont il faut seulement se représenter les murs tendus de « riches tapisseries à personnages rehaussées de fils d'or », les piliers recouverts de « velours violet semé de fleurs de lys d'or », « le pourtour garni, à l'intention des seigneurs et dames

' G. Picot, //îs/oîce des Etats généraux, ISSS, in-12, t. III, p. 417-418.

HKNHY III l'.r 1.KS QUA/IANTb'CIM,! H^

ili' la cour, lie i^alcrics r('rim''t's de jalousies, sous lcs(iut'lles ou a\ait lail drcssi'i' des érliat'aiids pour l'aire seoir les siu'i'latt'urs », dans celle salle, « entre le troisième et le (|uatriènu' pilier », sous un haut dais, en forme d'échai'aud, était la chaire du Roi avec, à droite et à gauche, celles des deux reines, « leurs Majestés estant entourées des princes du sang, des caidinaux, des gentilshommes lie la maison du lioy, des capitaines des gardes' ». Mais si lirillant que fût le groupe ainsi formé, ce n'était point vers lui i|u'allaient les regards les plus curieux, les sympathies les plus ardentes. Ils allaient ces regards, elles montaient ces sympathies vers celui qui « assis en une chaire à bras, non endossée, placée justement devant le Hoy, et couverte de velours violet semé de fleurs de lys d'or, habillé d'un habit de satin blanc, la cape retroussée à la bizarre, per(jant de ses yeux toute l'épaisseur de l'assemblée, pour recognoistre et distinguer ses serviteurs et, d'un seul élancement de sa vue, les fortifier en l'espérance de l'avancement de ses desseins, de sa fortune et de sa grandeur, et leur dire, sans parler : « Je u vous vois ! - » ; ils allaient ces regards, elles montaient ces sympathies vers le duc Henry de Guise, comme vers le sauveur attendu et l'homme providentiel. Et la suite des événements ne put que conlirmer le Roi dans le sentiment de sa diminution et de son abaissement.

Que l'idée d'une vengeance, et d'une vengeance terrible, ait dès lors obsédé Henry HI, la chose est d'autant plus vraisemblable que, de très bonne heure, on le sait, il en avait envisagé la possibilité et même conçu et

• 1'. Malliieu, llislune des derniers troubles. 1601, iii-12. fol. H3. = Ibid., loi. 117.

■224 DE (,)UEI,nUES ASSASSINS

prémédité l'exécution. Le jour de l'arrivée k Paris du duc de Guise, le 9 mai 1588, ayant appris que le Balafré pousserait l'audace jusqu'à venir, le lendemain malin, à son lever, le Roi avait tout préparé pour faire dépêclier son ennemi « par le ministère de ses quarante-cinq gentilshommes ordinaires, et faire aussitost jeter le corps par les fenestres dans la cour, l'exposant à la veue d'un chacun, pour servir d'exemple à tout le monde et de terreur à tous les conjurez' ». C'est Miron qui nous rapporte la chose, et, avec trop de précision, pour qu'il soit possible d'en douter. Car, racontant à un ami l'écliec de ce projet : « Le matin du jour auquel il estoit assigné, ditilj je partis de mon logis pour aller au lever du Roy, où trouvant d'entrée le sieur de Laugnac : « Eh ! bien, Mon- « sieur, lui dis-je, à quoi en sommes-nous? — Mon ami, « respondit-il, tout est gasté, Villequier ■ et La Guiche ' « ont tellement intimidé le Roy qu'il a changé d'advis ; « j'en crains une mauvaise issue ! » Voyant cela, je me retirai chez moi et, s'il vous souvient, je vous rencontrai en mon chemin sous le charnier des Saints-Innocens*. »

Mais ces pensées homicides, un instant abandonnées, ne devaient pas tarder à hanter de nouveau l'es[)rit de celui qui les avait conçues

Ce que, dès l'ouverture des Etats, le Roi avait pu

' Relation de la mort de Messieurs les duc et cardinal de Guise, par le sieur Miron, médecin du roi Henry III, 1588 {Archives curieuses de l'histoire de France, 1'» série, t. XII, p. 116). — Il s'agit ici de Marc Miron et non. comme on le dit souvent, de François Miron.

' Claude de Villequier, baron de Villequier.

^ Philibert de la Guiche, seigneur de la Guiche.

' Helation de Miron [Loc. cit.).

PûKlUAIl l.K IIknIO 111.

d'après un ci^cyon de la Bibliothèque naiinnale. cabinet des estampes

ni:.MIY III KT LES iJt:uiA.\T/:.C/.\n 22X

[•revoir SI- réalisait tivs vile on effet, et chaciiie jour le .lu.- .le Guise prenait plus d'ascenclant sur rassemblée, [•lus,!,, pouvoir et trautorité à la Cour. Les principaux 'li'pul.s u le visitoient matin et soir, et, s'ils n'y venoienl, ils .'iitendoient sa v,)lonlé par internonces..., en sorte <|u'ils ne parloient <iue par sa bouche et n'y avoit autres romonstrances, ny requestes que celles' ,|uon avoit examinées en son conseil, et sembloit-il que cette assemblée fut toute portée à Blois pour sceller le contrat d'une nouvelle royauté' ». Partout, du reste, ]e duc paraissait tenir le premier rang, « jusques là que le conseil de la guerre s'assembloit souvent en son logis, d'où plusieurs gens de bien et dignes de foi virent sortir les maréchaux d'Aumontet de Retz; les capitaines des gardes lui alloient faire la cour à sa table de grandmaistre ; les mignons niesme ne s'y épargnoient pas - ». Et cha(|ue jour, au château, ce n'étaient qu'allées et venues de courriers porteurs des volumineuses correspondances qui arrivaient au duc de tous les points du pays et dont il ne laissait aucune sans réponse.

Deux questions particulières achevèrent d'envenimer les choses : la question d'Orléans, et celle des prérogatives réclamées parle duc de Guise comme lieutenant général du royaume.

' Lettre d'Etienne Pasquier à M. Airault, lieutenant ciminel d'Angers (Pasquier, Œuvres, il2-i, in-fol.. t. II. col. 370).

,-:'JV"T^''' fZ ''T"" f''"''''- ''<""'""'>( «« ^^'-ay toutes les parUcula- >:le. les plus notables des ,nassacres et assassinats commis es personnes de treshaulls. Ires pmssans et très chvestiens princes Monseir/neur le révérendxssxrne cardinal de Guyse. archevesque de Reims, et Monseigneur le duc de umse pairs de France, par Henry de Valois, à la race des Estais

iZ'T7 "'"T"'''-^ "^"'"' ''''■ '"■«" (■^'■c''h'es curieuses de l-kis. loxre de France, 1- série, t. XII, p. 73).

■2â(> DE QUELQUES ASSASSINS

La question d'Orléans s'était posée à propos des villes de sûreté accordées à la Ligue par l'édit d'Union. Au moment de la signature de l'édit, cette question n'avait pas pour la Ligue une importance immédiate, le gouverneur de la ville, François de Balsac, seigneurd'Entragues, étant un partisan décidé de Guise. Mais, depuis, il avait été gagné à Henry III, et il était de toute urgence que son gouvernement lui lût retiré. C'est ce que le duc de Guise avait demandé avec instance au Roi, qui lui avait répondu qu'il n'avait jamais eu l'intention d'accorder Orléans comme ville de sûreté à l'Union, et qu'il avait été seulement question de Dourlens', comme on pouvait le voir sur la minute des articles signée de Villeroy. Guise ayant alors présenté une copie desdits articles signée de Pinart et portant Orléans, cette misérable querelle s'était prolongée quelques jours, au bout desquels le Roi avait dû céder « avec infini crève-cœur" ».

Une autre exigence du duc, ijui mil le comble au mécontentement et à la baine du Roi, fut sa prétention d'obtenir comme lieutenant général du royaume un grand prévost de la connétablie et une garde d'archers, « ainsi qu'on en avait usé, soutenait-il, à l'endroit de feu Monsieur le duc d'Alençon et du Roy mesmes ». « Le Roy, trouvant cette comparaison trop hardie, luy dit qu'il se devoit contenter du grade qu'il lui avoit donné. Mais lui, non content de ceste responce, répliqua hautement que le

' Celte ville du département do la Somme n'est plus connue aujourd'hui que sous le nom de Doullens.

' Lettre d'Etienne Pasquier à M. Loisel (Pasquiei'. Œuvres, 1723. t. Il, col. 365-366). — De ïhou, Histoire universelle, tiud. fr. de 1734, t. X, p. 448-449.

IIKMIV III Kl- LES IJ( .lJI.\.\rECI.\<J ii~

\{o\ lui ;i\oil seulement alors baillé duparolieniin el non raiiloriti- cl les prérogatives annexées à son estât. ' »

Ce (|ui, en dehors mùme Je l'objet de ces réclamations, les rendait pins insupportables était le ton sur hMjuel elles étaient lorniulées. Peu à peu, le duc ne gardait plus, en ellet, avec le Roi aucun ménagement, et en venait il lui parler avec une hauteur et une superbe vraiment intolérables.

Ses parents et ses amis eux-mêmes s'en inquiétaient, car, depuis longtemps, ils redoutaient une vengeance possible du Roi. « .le me souviens, raconte de Thou, ([u'élanl ailé remlre visite à M"'" de iNeinours, avant que de partir pour aller aux États de Hlois, elle me dit en soupirant qu'elle augurait fort mal du succès de cette assemblée et (|u'elle aurait fort souhaité ou qu'on n'eût point pensé du tout à la tenir ou que ses fils n'eussent point été obligés de s'y rendre-. » Et lorsqu'après la publication de l'édit d'Union, Guise avait quitté Paris pour rejoindre la Cour à Chartres, les Parisiens lui avaient marqué plus expressément leurs craintes. « Ils lui avoient apporté une cotte de mailles, couverte de taft'etas blanc, le suppliant de la porter, lorsqu'il iroit chez le Ro\ '. » Les Chartrains. qui avaient reçu le prince avec tant de faveur et d'applau-

' Lettre d'I^ticnne Pasquier à M. Airault. lieutenant erhuinel d'Angers [Œuvres, t. II, p. 371).

- De Tlxou, Histoire universelle, t. X, p. 47S-479.

' Histoire de la Ligue pendant les années lôS7-l5S9 (Bibl. nat. fr. 10270, fol. 55). Ce manuscrit est un fragment de la rédaction originale, pour les années 1587-1589, d'une histoire générale de la Ligue de lô74à.1593, écrite par un contemporain anonyme, histoire générale dont la Bibliothèque nationale possède une copie complète (fonds français :i32y5-23296) et dont M. Charles Valois prépare en ce moment une édi-. tion pour la Société de l'kistoire de France.

La question d'Orléans s'était posée à propos des villes de sûreté accordées à la Ligue par ledit d'Union. Au moment de la signature de l'édit, cette question n'avait pas pour la Ligue une importance immédiate, le gouverneur de la ville, François de Balsac, seigneur d'Entragues, étant un partisan décidé de Guise. Mais, depuis, il avait été gagné à Henry IH, et il était de toute urgence que son gouvernement lui lut retiré. C'est ce que le duc de Guise avait demandé avec instance au Roi, qui lui avait répondu ([u'il n'avait jamais eu l'intention d'accorder Orléans comme ville de sûreté à l'Union, et qu'il avait été seulement question de Dourlens', comme on pouvait le voir sur la minute des articles signée de Villeroy. Guise ayant alors présenté une copie desdits articles signée de Pinart et portant Orléans, cette misérable querelle s'était prolongée quelques jours, au bout desquels le Roi avait dû céder « avec infini crève-cœur" ».

Une autre exigence du duc, qui mit le comble au mécontentement et à la haine du Roi, fut sa prétention d'obtenir comme lieutenant général du royaume un grand prévost de la connétablie et une garde d'archers, « ainsi qu'on en avait usé, soutenait-il, à l'endroit de feu Monsieur le duc d'Alençon et du Roy mesmes ». « Le Roy, trouvant celte comparaison trop hardie, luy dit qu'il se dcvoit contenter du grade qu'il lui avoil donné. Mais lui, non content de ceste responce, répliqua hautement que le

' Cêttfi ville du département de la Somme n'est plus connue aujourd'hui que sous le nom de Doullens.

' Lettre d'Etienne Pasquier à M. Loisel (Pasquicr. Œuvres, 17:23. t. II, col. 365-36C). — De Tliou, Hisloire tiitiveiseUe, trad. l'r. de 1734, t. X, p. 448-449.

IIKNUY 111 ET LES (,iL:\/IA.\rE-CI.\(J iiT

Hiiy lui ;uoil sfiiliMiH-nl alors hailli- ilu parrhéiiiiii el non l'auU)rili' t-l k's [iroroiiativcs aniirM'i's à son estât.' »

(.'.(> (iiii, t'iidcliors mi'ine Ji'l objft de ces réclamations, les rendait jdiis insiipporlables était le ton sur lequel elles étaient rormulées. Peu à peu, le duc ne gardait plus, enellet, a\eo le Roi aucun ménasenicnt, et en venait à lui parler avec une luuileur et une sujjerbe vraiment intolérables.

Ses parents et ses amis eux-mêmes s'en inquitM aient, car. depuis lonslemps, ils redoutaient une vengeance possible du Roi. « Je me souviens, raconte de Thou, (|u'étant allé rendre visite à M"" de Xemours, avant que de partir pour aller aux États de Blois, elle me dit en soupirant quelle augurait fort mal du succès de cette assemblée et qu'elle aurait fort soubaité ou qu'on n'eût point pensé du tout à la tenir ou que ses fils n'eussent point été obligés de s'y rendi'e-, » Et lorsqu'après la publication de l'édit d'Union, Guise avait i[uitté Paris pour rejoindre la Cour à Chartres, les Parisiens lui avaient marqué plus expressément leurs craintes. « Ils lui avoient apporté une cotte de mailles, couverte de taffetas blanc, le suppliant de la porter, lorsqu'il iroit chez le Roy\ » Les Chartrains, qui avaient reçu le prince avec tant de faveur et d'applau-

' Lettre d'LCtienne Pasquier à 51. .Airault, lieulenant criminel d'.\ngers (Œui-res, t. II, p. 371).

- De Tliou, Histoire universelle, t. X, p. 4TS-479.

' Histoire de la Ligue pendant les aimées I5S7-IÔS9 (Bibl. nat. fr. 10270, fol. 35). Ce manuscrit est un fragment de la rédaction originale, pour les années 1587-1589, d'une histoire générale de la Ligue de 1574a. 1593, écrite par un contemporain anonyme, histoire générale dont la Bibliothèque nationale possède une copie complète (fonds français ^3^95-23296) et dont M. Ciiarles Valois prépare en ce moment une édi-. tion pour la iiociele'de l'histoire de France.

228 DE (JUELQUES ASSASSINS

dissements qu'Henry III avait, par dépit, « défendu à ceux de sa maison d'aller le visiter, ni saluer », les Chartrains avaient vite conçu les mêmes appréhensions. Le jour de l'arrivée du duc, un incendie s'étant déclaré chez M. d'O, et ajant causé un certain tumulte dans la ville, les habitants inquiets avaient tout de suite « posé des gardes à la maison de feu l'avocat Ignace Olive ' », où logeait Guise, dans le faubourg Saint-Martin. Pendant tout son séjour, du reste, les plus pessimistes avertissements n'avaient cessé de lui parvenir. « Une fois, M. de Reclainville, lieutenant du gouverneur de Chartres ", l'avoit averti qu'un des capitaines des gardes du Roy avoit dit tout haut à quelques siens amys que le Guisard estoit venu bien brave et bien accompagné au mandement du Roy, ce qui empeschoit d'exécuter une entreprise, mais, quoiqu'il tardast. si en mourroit-il. Une autre fois, il luy dit qu'un jour que le Roy estoit à la messe dans le chœur de l'église Nostre-Dame, où ledict duc de Guise assistoit avec les autres seigneurs qui estoient en cour, Maintenon, de la maison de Rambouillet, le voyant sortir du chœur devant les autres, avoit dit à un sien amy : « Voilà M. de Guise qui pense « estre bien réconcilié et d'accord avec le Roy, mais, « non, non, il ne demeurera point impuni des Barri- « cades de Paris '.»

A peine le duc était-il arrivé à Blois que les anxiétés de ses amis devinrent plus vives. « Le prince habitant

' It. de Lépinois, Histoire de Chartres, 1858, in-8», t. II, p. 270.

- Jean d'Allonvillo, sgr de Reclainville, était lieutenant de François- René dlïscoubleau, sgr de Sourdis, qui avait le titre de gouverneur (II. de Lépinois, Op. cit.. t. II. p. 288).

" Histoire de la Ligue (Bibl. nat., fr. 10.270, fol. 55 v»).

IIKMIV III Kl' I.KS OIA/t.\.\r/:-C!.\n 229

tlans le rliàlcau avec sa suite elune partie de sa famille, écrit, au conimencemenl d'octobre, lamljassadeiir de IMoicnci', SCS partisans ne cessent de redouter que le Koi lui joue un tour quelque nuit et ne fasse faire de véritables Vêpres siciliennes de lui et des siens' ». Au même moment, une confirmation de ces craintes arrivait à Guise d'un autre côté. « Les litrueurs de Paris lui écrivirent en ellet une longue lettre, datée du 10 octobre, par laciuelle ils l'advertissoienl des propos desquels usoient ses ennemis, qui le tenoient comme jà perdu ". » Et, à quelques jours de là, les habitants d'Orléans lui ayant envoyé un de leurs échevins, François Colas, seiiïneur des Francs ', pour le prévenir que M. d'Entragues le trahissait, c'est peut-être alors que Michel Viole, abbé do Saint- Euverte d'Orléans, le fit informer « que, s'il se pouvoit résoudre à sortir de Blois pendant la tenue des États, il éviteroit un grand péril ». Là-dessus, le duc ayant expédié à Orléans Claude de Semur, seigneur de Trémont, capitaine de ses gardes, celui-ci revint, très peu après, l'avertir, en toute hâte, qu' « il avoit sceu de iM""" d'Entragues qu'il y avoit une conspiration faite contre sa personne, et que son mari, M. d'Entragues, estoit parti pour Blois espérant estre un des personnages qui joueroient la tragédie des Estats ' ».

' Lettre de Filippo Cavriana à Serguidi, secrétaire du grand-duc de Toscane, Blois, 13 octobre 1588 (A. Desjardins, Nénociations diplomatiques de la France avec la Toscane, 1S72, in-l», t. IV, p. 829).

- Histoire de la Ligue, pendant les années lr>S7 à I5S9 (Bibl. nal., fr. 10270, fol. 7j).

■' Archives communales d'Orléans, BB, 21 {Inventaire des archives communales d'Orléans, 1907, in-4», p. 16).

' Histoire de la Ligue pendant les années IriST à l-')S9 (Bibl. nat., l'r. 10.270, fol. 75 V).

Cette idée d'un complot imminent s'ancrait tellement dans tous les esprits que les députés aux États eux-mêmes prenaient peur. A peine ceux de Beauvais étaient-ils arrivés que, ayant entendu du cardinal de Vendôme « qu'il ne faisoit pas bon à Blois pour les Lig'ueurs », ils en conçurent une telle terreur panique qu'ils résolurent de quitter sans retard la ville. El comme ils étaient en route pour revenir chez eux, ils rencontrèrent « sur les chemins » un bourgeois de Beauvais, nommé Godin, qui précisément gagnait Blois. Ils le supplièrent de ne pas aller plus loin. L'autre passa outre, et toutefois, à peine arrivé à Blois, alla trouver le duc de Guise, et lui fit part de ce qu'il avait appris. Mais celui-ci lui répondit simplement : « Mon grand amy, je vous remercie, continuez vostre bonne volonté; j'espère que Dieu m'aidera, pour ce que nous sommes en ce lieu pour résoudre un bon œuvre, et ne permettra point l'effet des mauvais conseils qu'on donne au Roy '» .

Malgré les craintes que pouvaient lui inspirer tant d'avis, le duc paraissait en effet n'en tenir aucun compte, faisant alternativement semblant de croire qu'ils étaient fort exagérés, ou qu'il était capable de prévenir les dangers qui le menaçaient. « Nous ne manquons d'avertissemens de toutes parts qu'on veult atanter à ma vie, écrit-il à l'ambassadeur d'Espagne; mais j'y ay, grâces à Dieu, tellement pourveu, tant par amas que j'ay faict d'un bon nombre de mes amis, que ayant pratiqué par présens et argent une partie de ceux dont on \ ou-

' Histoire de la Ligne pendant les années liS7 à IJS9 {RUA. nat., fr. 10.270. fol. 75.

lIENriY III KT I.F.S nlAHANTE-CiyiJ 231

Iciit se servir pour iH'slo exéeuliun que, si l'on coniiiience, j'achèverai plus rudement que je n'ai fait à Paris ' ». « Le capitaine du Cluzeau", raconte d'autre part Pasquier, l'estant venu trouver à Blois, le IS octobre, sans se l'aire voir par autre seigneur, et après l'avoir gouverné une bonne partie de la nuit, luy ayant dit qu'il y avoit dessein contre lui de la part du Roy : « Je n'en fais « doute, dil-il, et si j'eusse esté fils de lièvre, je m'en « fusse dès pieçà fuy. » Comme aussi, ajoute Pasquier, est-ce la vérité qu'il pensoit s'estre armé contre tous les assauts de la fortune, tant auparavant son partement de Paris que, depuis, dans la ville de Blois' ». Et il s'entêtait à garder vis-à-vis du Roi la même attitude. « Ce jour, raconte L'Estoile, 30 novembre 1588, le duc de Guise, ayant rencontré, au sortir du cabinet, M""" la maréchale de Retz, luy dit ces mots : « Je viens « de veoir mon homme, mais je vous l'ai promené « aujourd'hui de tous les costez et mené d'une estrange « façon. — Tant pis, dit-elle, car je trouve que vous en « faites un petit beaucoup, et trop. Je craindrois que « quelque dernier coup de malheur en éclatast, à la fin, « sur vous et sur nous. — Je n'ay pas peur de cestuy-là, «. dit-il, je le congnois bien : il est trop poltron. — C'est, « répliqua ladicte dame, ce qui m'en feroit plus tost <f deffier, car un cœur généreux ne le feroit pas si « tost '. » « Il est trop ])oltron ». c'est la même réponse

' Lettre du duc de Guise à. M. do Mendoça. 21 septembre 1588 (J. de Croze, Op. cil., t. Il, p. 361).

' François Blanchard, seigneur du Cluzeau et de Bourg-Archambault.

' Lettre d'Etienne Pasquier à M. Airault, lieutenant criminel à .\ngers (Et. Pasquier, Œuvres, t. Il, col. 370).

* Regislre-journal de 1'. de l'Est oile {l57i-I^S9).Xoliceet e.rlraits d'un

232 DE QUELOUES ASSASSINS

que fait Guise à la princesse de Lorraine', et, s'il accueille moins orgueilleusement les observations d'Antoine de Brichanteau, seigneur de Beauvais-Nangis, et de Gaspard de Schomberg, il ne paraît pas en tenir compte davantage.

« La trop grande auctorilé du duc de Guise, rapportent les Mémoires de Beauvais-Nangis, commentant d'ennuyer non seulement le Boy, mais tous ceux qui aymoient le bien, la paix et le repos de l'Eslat, Monsieur de Beauvais-Nangis, qui ayma tousjours ledict duc de Guise, hors l'intérestdu service de Sa Majesté et de l'Estat, l'aborda dans la chambre du Roy, et luy dit que, comme son serviteur très humble, il le supplioit de considérer la jalousie qu'il donnoit au Roy, de ce que tous les jours l'on tenoit un conseil particulier dans sa chambre, où l'on luy venoit rendre compte de tout ce qui se résolvoit dans l'assemblée des Estats, et que là il décidoit ce qui se devoit proposer le lendemain ; que c'estoit partager Fauctorilé avec le Roy, lequel enfin ne le pourroit plus supporter. Ledict duc luy en feit quelque excuse, alléguant que ce n'esloit point pour ses intérests, mais pour celuy de la religion catholique, le remerciant néantmoins de l'avis qu'il luy donnoit, le recevant comme de son entier amy et serviteur'. »

Beaucoup plus longuement de Tiiou nous rapporte

nouveau manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale {Me'moires de la Société de l'Iiisloire de Paris et de l'Ile-de-France, t. XXVII, 1900, p. 20).

' Relation de Miron [Arch. cur. île l'Iiisloire de France. 1'» série, t. XII, p. 118,.

' Mémoires du marquis de Beauvais-yangis, publiés par Monmerqué pour la Société de l'histoire de France, in-8", p. 43.

IIKNHY III KT LES ijCMlAyTECI.M.i '^-ii

l'onliflion tle Guise uvi-c Sclioinberg', qui, « lai aussi, fort ami du duc, l'aveilil, lui aussi, Jo se conduire avec plus de modération, et de ne pas pousser à bout la patience du Roi. lui faisant observer que toute sa puissance n'était fondée que sur la faveur d'une multitude inconstante, qu'il ne devait pas risquer trop légèrement les intérêts de sa famille, (|u'il était accablé de dettes et quo, s'il venait à être enlevé au milieu de ces troubles, sa feMuiir et ses enfants, qui n'étaient pas d'un âge à faire tète à l'orage, auraient tout à craindre, que, s'il méprisait son propre danger, il devait au moins se laisser toucher par la tendresse qu'il avait pour eux ». « Mais, ajoute de Thou, le duc resta insensible à ces sages avis », et comme Schomberg insistait : « Après tout, repartit Guise, je ne vois pas qu'il soit si aisé de me surprendre. Je ne connois point d'homme sur la terre qui, mis aux mains seul à seul avec moi, ne partage la moitié de la peur, et je marche d'ailleurs si bien accompagné qu'il n'est pas facile à un grand nombre de m'investir, sans qu'on me trouve sur mes gardes. Ma suite pénètre, tous les jours, avec moi, jusqu'à la porte de la chambre du Roi, et, si elle entendait le moindre bruit, il n'y a ni garde, ni huissier qui pussent l'empèciier d'accourir à mon secours '. » Paroles imprudentes ([ui, répétées auRoi, lui donnèrent peut-être l'idée du piège machiavéli([ue qu'il allait tendre bientôt à son rival.

Si le duc s'obstinait à rejeter les avertissements qui lui parvenaient de tant de côtés, il ne pouvait cependant

De Tliuu. Ilisloire unicerselle, trad. fr. de 173i, l. X. p. 4G0-4Gi!.

■234 DE ylELQUES ASSASSINS

les celer à ses confidenls, et bientôt les Etats eux-mêmes, •en étant informés, lui dépêchèrent deux évèques, deux membres de la noblesse et deux du tiers pour le prier de songer à la conservation et à la sûreté de sa personne, lui conseillant de s'en aller à Orléans pour y attendre la fin des États. On avait môme discuté les moyens de préparer au duc une sortie honorable et, pour donner quelque couleur à son départ, on devait « proposer à l'assemblée que, pour rendre les suffrages libres, les princes seroient suppliés de se retirer ; sur quoi le duc prendroit sujet de dire tout haut qu'il vouloit montrer l'exemple aux autres, afin qu'on n'eust occasion de rejeter sur lui aucun blasme ' ». Mais, à la suite de cette démarche, qui dut avoir lieu les premiers jours de décembre, peut-être le 9, le duc ayant réuni le soir même en un conseil « ses plus confidents serviteurs » — le cardinal de Guise, son frère ; Pierre d'Epinac, •archevêque de Lyon ; Etienne de Neuilly, premier président de la Cour des aides ; le gendre de celui- -ci, Michel Marteau, seigneur delà Chapelle, conseiller «n la Chambre des comptes, prévôt des marchands de Paris et président du Tiers aux États ; Christophe de Bassompierre; Chrétien de Savigny, seigneur de Rosne ; Martin du Bosc, seigneur d'Esmandreville, gouverneur <le Sainte-Menehould ; Jean Hérault, prieur de Saint- Victor de Paris et député aux États ; Anselme Louchart, •commissaire au Chàtelet", ^ afin de délibérer avec eux

' Histoire de la Li(jiie pendant les années l'tSl à IÔS9 (Bibl. nat., fr. 10270, fol. 73 v»).

" Documents historiques sur l'assassinat des duc et cardinal de Guise. EnijUiHe criminelle faite par Pierre Michon et Jean Courlin, conseillers au parlement de Paris : déposition de Jean Péricard, conseiller et secnj-

HKNRY III F.T LES OlfÀnAXTK-CI.XO Jlj

sur la conduite (ju'il avait à tenir, l'opposition de l'urclievèqup de Lyon lit dilinilivemeiit ajourner tout projet de départ. Ce dernier. « liomme de p:rande scienw! et sur le conseil duquel M. de Guise remetloit la pluspart de ses volontés' ». mais « qui ne voyoit les alîaires qu cà traversles verrières de son espérance- ». « remonstra, en effet, la plaie que ieroit le prince en se retirant, qu'il s'acquerroit le blasme de perturbateur du repos public, qu'il débauscheroit toute l'assemblée (]ui quasi n'y esloit allée que sous sonaisle ' «^ et il lit aussi ressortir que le Roi devait craindre de « risquer un coup » qui pouvait en somme tout compromettre*. « El puis. Monseigneur, conclut-il, on dit communément : qui quitte la partie la perd' 1 » Vai nement. (juatre autres des assistants insistèrent-ils pour que « le duc se retirât^ » ; vainement, M. d'Esmandreville s'adressant à M. d'Épinac, lui dit-il, « en jurant » : « Vous parlez du Roy comme d'un prince très sage et très avisé, qui prend garde à tout, et vous ne voyez pas que c'est un fou qui ne songera qu'à exécuter ce que ces deux lâches passions de haine et

taire dos finances, et secrétaire do l'eu M. de Guise ; déposition de Pierre d'Épinac {Revue rétrospective, i" série, t. IV, 1834, p. 207: 233-234). — De 'l'hou. Histoire universelle, trad. fr. den34, t. X, p. 408-469. — Lettre de l'asquier à M. Airault [Œuvres de Pasquier, t. 11. col. 371). — Maimbourg. Histoire de la Ligue, 1681, in-12, t. Il, p. 81.

' Le martyre des deux frères.... 1589 {Arch. cur. de l'Iiist. de Fr., i" série, t. XII, p. 77-78).

'Histoire de la Ligue pendant les années I.tST à I5S9 (Bibl. nat., fr. 10270, fol. 76).

' Le martyre des deu.i frères... loS9 (.\rcli. cur. de l'Uist. de Pr., Jf" série, t. XII, p. 78).

' Maimbourg, Op. cit., t. Il, p. 81.

^ Le martyre des deux frères.... 1589 [Arcli. cur. de l'Iiist. de Fr., l" série, t. XII, p. 78).

' Jbid.

236 DE C'UELyUES ASSASSINS

de crainte, qui le possèdent, lui auront mis une fois dans l'esprit, et ne pensera pas à ce que vousdites qu'un homme sage doit appréhender ' » ; le duc « s'arrêta finalement à l'opinion de ceux qui lui persuadoient de demeurer, et il ajouta pour raison qu'il estoit fort saoul des calomnies qu'on lui imposoit, tous les jours; que, s'il s'en alloit, il donneroit occasion à ses ennemis de dire qu'il auroit voulu rompre les Estats, pourempescher le bien et soulagement du royaume, qu'il aimoit mieux courir le hasard de sa vie que de donner occasion ou prétexte à cette calomnie. Et le conseil estant levé, il prit mesme l'archevesque de Lyon par la main, en la présence de M. Michel Marteau, et ajouta : « Monsieur « de Lyon, mon ami, je suis si résolu à ne partir d'ici « pour ne faire, par mon parlement, préjudice au « royaume, que, quand la mort entreroit par cette porte, « je ne sortirois pas par la fenestre '. »

En réalité, une espèce de fatalité semblait, à ce moment, pousser le duc qui, d'ailleurs, avait, peut-être, depuis longtemps, le pressentiment de sa mort tragique, si l'on en croit, au moins, une anecdote rapportée par Pasquier. « II me souvient, en elfet, raconte Pasquier, que, un jour d'esté, estant mandé par M. de Guise, pour me trouver en sa maison, pour une consultation, avant que MM. de Montholon et Versoris', mes compagnons, fussent arrivés, je le .trouvai, sans pourpoint, sur son

' Maimbourg, Op. cit., t. II, p. SI, d'après un Journal d'Antoine Loisel, aujouril'liui perdu.

' Documents historiques sur l'assassinat des duc et cardinal de Guise. Enquête criminelle : déposition de Pierre d'Épinac, archevêque de Lyon {Revue rétrospective, l" série, t. IV, p. 233 et suivantes).

3 Pierre Le Tourneur, dit Versons, avocat au parlement de Paris.

IIKNIIY III ET LES (JVAIIÀ.XTECI.XQ t'i'

lit,ira\;iiili|u'Lim'S j;reguesqiics sur soy. Lors, je liiy ilis (|ue f'esloit unbon moyen pour se l'aire mourir, el il lue respoiulit qu'il n'en falloit avoir (le peur, iiarce (jur la lin lie sa vieesloil destinée ;i un coup de halle'. >•

A la veille du dénoùmenl, cependant, une cliose pouvait encore faire illusion au duc, c'était l'attitude du Roi, (|ui, au contraire de C(dle de son adversaire, devenait chaque jour plus liumhie et plus conciliante. « Plus on donnoit de soupçons au duc, plus le Roy les lui destournoit par le bon visasse qu'il lui monstroit". » L'archevêque d'Embrun, Guillaume d'Avançon, ayant un jour voulu faire allusion devant le Roi aux projets qu'on lui prêtait : « Je scay, interrompit le monarque, quelle est la franchise et seureté des Eslats. On se doit asseurer de ma parole ; c'est crime d'entrer en méliance de son Roy, et ces bruits ne viennent que de ceux qui, n'ayant aucune amitié à leur Roy, le veulent rendre odieux à son peuple. Jamais l'occasion de troubler ceste assemblée ne viendra de mon costé ' .»

Mais, en dépit de cette attitude et de ces protestations, le feu de la vengeance couvait dans le cœur d'Henry III. En dehors des dispositions morales où il se trouvait, il traversait d'ailleurs une crise maladive et « aux souffrances de l'orgueil blessé s'ajoutait, pour les rendre plus aiguës, l'impression de la saison' ». « Pendant l'hiver,

' Lettre d'Etienne Pasquier à M. Aiiault (E. l'asquier. Œuvres, t. II, col. 374).

- Mémoires de la Ligue (l.j8o-i596), 1" volume, fol. 180 (Bibl. nat., h: 172S1).

^ Histoire de la Ligue pendant les années liS'! à lôS9 (Bibl. nat., Ir. lOiTO, fol. 76).

' J.-H. Mariéjol, Za Réforme el la Lif/ue : l'Édit de Xanles (1559-1j9S), dans l'Histoire de France d'Ii. Lavisse, l'J04, t. VI, p. 285.

nous rapporte, en effet, de Thou, le Roi était sujet à une bile noire, dont il n'y avoit que les officiers de sa maison qui s'aperçussent. Il est vrai que, quoiqu'il fût fort aisé à servir en tout autre temps, il devenait alors intraitable. Il ne falloit plus lui parler de plaisirs; il dormait peu, veillait fort tard, se levait de grand matin, travaillait continuellement avec le chancelier et les quatre secrétaires d'État, jusqu'à les fatiguer par l'attention scrupuleuse qu'il apportait à toutes les aflaires. C'était dans ces sortes d'accès qu'il faisait paraître un zèle admirable pour le maintien de la discipline et donnait des édits pleins de sévérité. C'est une remarque du chancelier de Cheverny, qui était à son servi(;e dès le temps que ce prince n'était encore qu'enfant, et je la tiens de lui. Et je me souviens que, quelque temps avant la mort du duc de Guise, comme je passais par son château d'ÉclimontS au pays Charlrain, pour me rendre à la Cour, ce magistrat me parla de ces humeurs du Roi et me prédit que, si le duc continuait à pousser ce prince, il serait homme à le faire quelque jour assassiner sans bruit dans sa chambre même, parce qu'on était dans une saison où il s'irritait aisément et où sa colère approchait fort de la fureur. - »

En fait, au moment où nous sommes arrivés, il ne fallait plus au Roi qu'une occasion pour le décider à tenter son crime.

Celte occasion semble lui avoir été offerte par le bruit qui lui revint de plusieurs côtés à la fois, — par

Ecliniont, Eure-el-Loir, coiu. de Sainl-Sympliorien.

De Tliou, Histoire universelle, trad. l'r. de 1734, t. X, p. 678.

IIIMIY III KT LES (jrAIlAXrE-C/iVlJ 23»

AH'niiso C.oiso, coluiit'li;énéral des Corses', (jui, airivanl de 1^x01», déclarait le leniidu duc de Mayenne lui-mcrne; |iar UM espion de la Cour (|ui jirélendail l'avoir recueilli lie la bouche d'un iientilhoiiiiiie df .M. de (luise, M. de I^roveiicheres ", enlin par M"' d'Aumale, le 17 ou iS dec(Mubre \ — que le duc voulait le ramener à l'arit» piiur lOitsoniiner sa décliéaiice. D'autres prélendenl i|iii' ['(iliiiceile. i[ui mit le feu aux pouilres, lut un dîner (lui. Il' 17 décembre, réunit les divers membres de la iamille de (luise. Dans ce dîner, le cardinal de Guise a\ail porté la santé de son frère comme roi de France, puis avait ajouté que le roi actuel serait mis dans un monastère, où assurément il ferait un beau moine. — « Oui, mon frère, aurait répliqué M™' de Montpensier, vous lui tiendrez la tète, et moi, avec mes ciseaux, je veux lui tailler une couronne. » Le lendemain matin, un acteur fameux, Venetianelli, dit ('/ Magnifichino, présent au repas, avait informé le Roi de ce qui s'était passé '.

Davila rapporte au 18 décembre la date exacte de la résolution prise par Henry III d'en finir avec le duc, et il n'y a pas de raison absolue de rejeter son récit. Ce jour-là, d'après lui, profitant de ce que la Cour était

' Alfonso Corso, fils de Sampiero de Bastolica, dit Sampiero Corso, et de Vannina d'Ornano.

- Lettre d'Etienne PasquieràM. Airault, lieutenant criminel d'Angers (Œuvres de Pasqaier, t. II, col. 371). — Relation de Miron [Archives curieuses de l'histoire de France, 1'" série, t. XII, p. 124). Je n'ai pu idenlilier ce M. de Provenchères.

'■' DocuiiienI s historiques sur l'assassinat : déposition de Jean Péricard (Revue rétrospective, 1"= série, t. IV, p. 213). — Marie de Lorraine, lillo de René de Lorraine, marquis d'Klbcuf, avait épousé son cousin germain Charles de Lorraine, duc d'Aumale.

* H. de i'Epinois, la Ligue et les Papes, ISSii, in-S», p. 261.

occupée aux fêtes du mariage de la princesse de Lorraine ' avec le grand-duc de Toscane ■, le Roi aurait appelé dans son cabinet le maréchal d'Aumont, et Nicolas d'Angennes, marquis de Rambouillet, auxquels il aurait posé la question de sa vengeance. A ces deux conseillers seraient venus s'adjoindre dans la soirée Alfonso Corso et Louis d'Angennes, seigneur de Maintenon, et c'est alors quà trois voix contre une les projets du Roi auraient été approuvés'.

Les Mémoires de Beauvais-Nangis rapportent la chose d'une façon un peu différente. Ce serait Beauvais-Nangis que le Roi aurait le premier consulté, et lui qui aurait proposé à Henry III de prendre l'avis de d'Aumont et des deux d'Angennes'. Il est difficile de faire le jour sur ce point.

Il lest aussi de dire quand et comment de la conception du meurtre on passa aux préparatifs de son exécution. Davila raconte encore que le Roi voulut d'abord en confier le soin à Grillon, mais que celui-ci s'y refusa ''. Et d'autres historiens prétendent que l'assassinat fut commandé pourle 18, puis pour le 21 , et que des contretemps seuls le firent reculer jusqu'au 23*.

Au fond, il semble bien que c'ait été dans la nuit du 20 au 21 décembre qu'il fut réglé. 11 y eut certainement,

' Christine de Lorraine, fille de Charles III, duc de Lorraine.

' Ferdinand de Médicis, grand duc de Toscane.

' Davila, Ilistoria délie guerre civili in Frauda, 1644. in-fol.. t. I. p. 557.

' Mémoires du marquis de Beauvais-Xanr/is, publiés par Monmerqué pour la Société de Vkisloire de France, p. 43-45.

* Davila, Op. cit., t. I, p. 358. — Louis des Balbes de Berton. seigneur de Crillon, dit o le brave Grillon ».

* Journal de VEstoile, éd. Brunet, t. III, p. 197.

iiiMiv m i:i' i.Ks ni .\/i.\.\rE-ci.\r) 241

colli> nuit-là, cliiv. le Roi. une réiininn plus iminhivuse que les préciWIentes, où furent probaLleineul udiiiis, en

dehors (les premiers initiés. <|uel,(ues «gens d'exécution .. ot quelciues députés des États restés fidèles au Roi.

-Nous avons conservé, dans tous les cas, d'un de ces derniers ,|ui y assista— Raptiste de Lan.e/.an. chevalier de l'ordr.-. capitaine dune compagnie d'hommes d'armes, et député pour le pays et comté de Comminges — un très curieux compte rendu de cette « assemhlée ». Lame/.an raconte ,|ue. le mardi, 20 décemhre. dans la nuit, le Roi appela dans son cabinet les gens de Guyenne et de Gascogne qui lui étaient les plus dévoués, parmi lesquel il fut des premiers « advoqués ». « Là, il y eut plusieurs discours, dit-il, durant lesquels M. de Lamezan se teiioit les dents serrées. Lors le Roy, le regardant, lui dit : « Que faites-vous, seigneur' de « Lamezan ? —Beau sire, ces criards m'empescheroient « de dormir, s'il m'en prenoit envie. —Eh! bien, fit le « Roy. pour ce que vous ne dormez pas, dictes ce qu'il « faut faire. » Il répondit incontinent : « Laisser venir « dans ce cabinet-ci les deux traisires entendant le duc '< et le cardinal de Guise) et ceux qui les accompagnent, « et les occir à leur entrée. — N'y pensez pas, seigneur " de Lamezan. dit le Roy, ils m'appelleroient Néron ! — « Il n'y a pas de Néron qui tienne, dis-je. Si vous ne « les occisez pas. ils vous occiront; ils sont les plus « forts... Vous ne sauriez ny les pi'endre, ny les faire « juger, vous estes le premier juge de vostre royaume. « Les grimauds des parlemens sont tous traistres de la « Ligue ou haiguenots... Les seigneurs lorrains sont « coupables de lèse-majesté au premier chef : dictes

242 DE QUEI.nUES ASSASSINS

« qu'ils soient occis, on les occii'a. » Lors, le pauvre prince promena tout seul, parla après à plusieurs, puis se tut. A quelques moments de là vint à moi et me dit : « Qui me défaira de ces mauvaises gens de Guise, s'ils « viennent ici? » Lors, de suite, je lui répondis : « Ceux « qui n'ont pas paour. Sire, les trente-trois Gascons « de la compagnie de mon cousin Tliémines '. » Ainsi dit, ainsi fut fait, et crois que mon neveu de Touges ■ n'a pas été le dernier à frapper'. »

Des termes de cette relation, un peu trop vagues, il est vrai, sur quelques points, semblent pourtant ressortir deux choses : la première, que l'attentat fut bien définitivement résolu dans cette soirée du 20 décembre ; la seconde, qu'il fut alors décidé que l'exécution en serait confiée aux quarante-cinq gentilshommes ordinaire du Roi, car c'est bien à eux, sans doute, que fait allusion Lamezan, lorsqu'il parle des trente-trois Gascons de la compagnie de son cousin Thémines.

Qu'étaient ces Quarante-cinq ? Bien que leur nom soit demeuré populaire, à cause peut-être d'un célèbre roman, on ne sait en réalité à peu près rien sur eux. Ils avaient été recrutés, en l'iSi, par le duc d"Epernon'',

' Pons de Lauzières-CarJaillac, niaj'quis de TluMiiines, le futur iiiariichal de France.

' Jean de Touges, sgr de Noilhan. ijui épousa le 27 décembre 1592 Françoise de Maignaut de Monlégut, fille de Jacques de Maignaut. sgr de Montégut. Ce renseignement m'est ('oiiimuniqué par M. Gaston lialencic, de Sainl-Pé-de-Bigorre, que je ne saurais trop remercier ici des recherclies si empressées qu'il a voulu taire pour moi au sujet des Quarante cinq.

^ Monlezun. Histoire delà Gascogne. Aueh, tSôO, t. V, p. 451-452. Ce document est publié d'après une copie faite dans les archives de révêché de Lombez détruites depuis.

* Jean-Louis de Nogaret, marquis de La Valclte, iluc d'Epornon.

iii.Miv III r.r i.KS ijr.iuxNTF.-cixo 213

et Rogner do Saint-Laiy. seigneur de Rellegarde', en Uuyenne ot (lasroijiu' surlout, et jieut-r-lre Lamezan fait-il allusion à la [irujiorlion des ui'iitilslioiimies de ces pays dans le eorps. lorsqu'il parle des trente-trois Gas- «•ons de la eompai;nie de son cousin. Petits irentillàtres de campagne, pour la plupart, obscurs et sans fortune, ils recevaient I .^OU écus par an, et l'espoir de t'a\eurs plus hautes augmentait encore l'absolu ft aveugle dévouement qu'ils témoignaient au Roi. A ce titre, il étaient devenus particulièrement odieux au.K Ligueurs (jui les appelaient « les diables gascons ». « les coupe-jarrets » du Roi, et la demande de leur licenciement plusieurs fois formulée par les États avait toujours été appuyée par Guise. Leur troupe reste d'ailleurs aujourd'hui à peu près anonyme. Nous savons ([ue le Roi en fit connaître officiellement la liste à la Cour le 1'' janvier lo8o' ; mallieureusement, cette liste, je ne l'ai pas retrouvée, et elle est très difficile à reconstituer. Leur chef est bien connu, encore que son nom soit presque toujours défiguré : c'était Honorât de IMontpezat, seigneur de Laugnac. Mais l'on verra quelles difficultés il y a à identifier sûrement ceux-là mêmes (jui jouèrent les premiers rôles dans la tragédie qui se prépara durant la nuit du ^0 au 21 décembre lo88.

Ce qui tendrait à confirmer que, cette nuit-là, il y eut dans le château des va-et-vient inaccoutumés et suspects,

' Roger de Sainl-Lary et de Termes, seigneur de Bellegarde. alors premier gentilhomme de la chambre, l'ail grand écuyer de France le 8 janvier 1589.

' Lettres de Giulio Busini à Belisario Vinta, janvier-février I5S5 (k. Desjardins, Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane, t. IV, p. 545).

244 UE OUELfiCES ASSASSINS

c'est que, « ilès la veille de Saint-Thomas (20 décembre), deux jours par avant la mort de M. de Guise, MM. de Bois-Dauphin et de Brissac et plusieurs de la Ligue eurent quelque advertissement que l'on en vouloit à la Ligue, spécialement à aucuns des principaux députez, afin d'interrompre le cours des Estais, lesquels le Roy et tous les siens ne désiroyent sortir leur effect ainsi qu'ils estoyent commencez, de sorte qu'ils furent armez toute la nuict, tellementque, le lendemain matin, il y eut une grande rumeur par le chasteau. à cause de l'allarme qu'ils avoyent eue ' ».

Est-ce là ce qui décida Guise à s'expliquer enlin avec le Roi? 11 le semble bien. Dans tous les cas, nous savons qu'il eut le 21, au matin, une entrevue avec Henry III, entrevue dont le récit, singulièrement altéré par la plupart des relations, nous est donné de la manière la plus vraisemblable, et probablement la plus véridique, par un témoin oculaire, François Le Mareschal, seigneur de Corbet, maire de Bourges, venu à Blois pour y apporter la nouvelle de la prise de Montaigu '" sur les huguenots et demander au Roi l'argent nécessaii-e à la continuation de la campagne contre Henry de Navarre.

Arrivé à Blois, le 20 décembre au soir, Le Mareschal se rendit aussitôt au château pour y obtenir une audience d'Henry III, et voici comment il nous l'a racontée.

« J'allai, dit-il. à la chambre du Roy. Sa Majestéestant alors en son cabinet, je priay M. de Saint-Prix, premier

' Histoire au rvay du meurlre et assassinat prodiloirement commis an cabinet d'an roy perfide et barbare en la personne de Monsieur le Duc de Guise..., 1589, in-8», p. 93.

' Montaigu, Vomlée, arr.^Jc la Roche-sur-Yon.

iii:nhy m et i.f.s iji-.\/i,\.\ri:ci.\\i 2ij

vallot (If cliainlirr. ili' \ouli»ir prondrc la peine île faiie entemlre à Sadiile .Majesté que j'eslois en sa eluuiibre, avec (les lelli-es de Monseigneur le duc de Ncvers à luy donner. Sui' ce, il me vint faire responce ([ue Sa Majesté me commandoit de retourner le lendemain de cinq à si.\ heures du matin le trouver, comme je lis; et néantnioings je ne pus jiarler à Sa .Majesté que sur Tlieure de huict heures (|u "ellç sorlil de son cahinet assistée de Monseiirneur le duc de (luise et de plusieurs personnes; et ayant Sadicte Majesté jette la veiie surmoy, m'appela, s'appuyant sur mon bras jusques à la porte du jardin où il alloil se promener et pour ouyr la messe en la chappelle d'icelluy jardin, me parlant tousjours à l'occasion des all'aires de sadicte armée, jusques à ce qu'on eust apporté la clef du passe-partout du jardin, ce qui demeura assez longtemps. La porte ouverte. Monseigneur le duc de Guyse print l'occasion de parler à Sa Majesté, qui, au mesme instant, commandaà tous ceu.xqui le suyvûient de se retirer, sinon à Monsieur le duc de Raiz, M.M. de Beaulieu-Ruzé, Revol et de Gesvres, qui n'estoit pas encore secrétaire d'Estat, et à moy qu'il trouva bon que nous le suivissions en son promenoir; ayant par ung chascun esté recogneu que Monseigneur le duc de Guise parloit de grande affection à SaMajesté, et que, sur ses propos, elle lui faisoit de doulces et gratieusesresponses, pour ce que le sieur duc se descouvroit souvent, et Sa Majesté le faisoit couvrir quand il se tenoit descouvert. Depuis j'ay ouydire que ledict sieur de Guyse suppiioil lors le Roy d'avoir pour agréable qu'il lui remist le pouvoir qu'il luv avoit donné de la lieutenance générale en toutes ses armées, parce qu'il voyoit bien

246 DE QUELijL'ES ASSASSINS

(lue riionneur ((ue Sa .Majesté luy avoit fait en cesle occasion luy avoit concile de g^rands ennemis, voire des calomnies par ses malveillans, encore qu'il n'eust (jue toute bonne intention de le fidèlement servir'. »

On a fait observer, avec raison, que ce récit de Le Mareschal contredit la majorité des relations du fait qui nous occupe sur un point : le ton même de l'entretien du Roi et du duc, qui, suivant l'opinion générale, aurait été extrêmement vif et emporté, et, suivant Le Mareschal, parfaitement courtois. Ce dernier témoignage ne s'accorde qu'avec un document, que j'ai déjà cité et qui nous rapporte que, l'alerte survenue, dans la nuit du 20 au 21, ayant inquiété ses amis, « cela occasionna M. de Guyse, avec les rapports qui luy furent faits, d'aller trouver le Roy, en ceste matinée du 21, et de lui dire qu'il avoit eu advertissement qu'il luy vouloit mal, ainsi qu'il luy avoit dit quelques autres fois auparavant. EL lors le Roy lui respondit : « Mon « cousin, croyez-vous que j'aye l'àme si meschante que « de vous vouloir mal? Au contraire, je vous déclare « qu'il n'y a personne en mon royaume que j'ayme « mieux que vous, ny à qui aussi je sois plus tenu, « comme je le feray paroistre par bons effects avant « qu'il soit peu » ; asseurant ce qu'il disoit avec beaucoup de serniens et sur la réception du corps de Nostre- Seigneur, qu'il debvoit recevoir ce mesme jour, ce qu'il feit. Ce «jui fut cause que ledict seigneur de Guyse

' Vicomte de Briinont, Le xvi» siècle et les guerres de la Réforme en Berry. Paris. 1905, in-8°, t. II, p. 256-257. — Jane Hazon de Saint-Firniin. l'ne par/e d'histoire elles Mémoires du maire de Bourges, François J-e Mareschal. sieur de Corljet, Bourges. 1910 (Extrait des Mémoires de la Société des antiquaires duCenlre, XXXII» volume).

IIENUY III KT LES QrAII.\.\TE-tI.\(J '•iiT

iif ^s(' \i>ulul arreslcr (lavanla^e pour descouvrir la vrrilé ck's rapports ijui luy avoicnl esté fails, ri que ee jour inesiiie de Sainl-ïlioinas au soir, .M. le cardinal de Guyse l'asseuraiit (ju'il avoit sceu de bonne part que le Roy luy feroit un mauvais oflirc, il iu\ leit i'es|)onse (|ue e'estoyent de ses contes orilinaires et (ju'ilne se pouvoit persuaderque le Roy eustràine si ineschanle quede luy vouloir l'ai j'e desplaisir '. »

Mais si nous devons donc ailniellre ([ue la discussion resta modérée et calme eiitr»; les deux rivaux, et que la légende d'une violente dispute entre eux n'a été imai;'int''i' (|u'après coup pour excuser et légitimer le crime du Roi, il apparaît bien en revanche du récit de Le Mareschal, comme de tous les autres, que la proposition faite paj- Guise au Roi était tout à fait propre à indisposer Henry III. « J'ay ouy dire, raconte Le Mareschal, que ledit sieur de Guise supplia le Roy d'avoir pour agréable qu'il lui remist le pouvoir ([u'il luy avoit donné de la lieutenance générale... » Or rien ne pouvait davantage inquiéter le Roi que celte demande, car, à tort ou à raison, il se ligura que le duc n'était disposé à abandonner son litre de lieutenant général que pour se faire octroyer celui de connétable par les États. C'est au moins ce qu'il raconta plus tard lui-même'. Un détail qui paraît certain est que, à peine retiré en son cabinet, à la suite de son entrevue avec Guise, et « la porte fermée », Henrv III entra dans la plus violente

' llisloireau vi-ay du meurtre et assassinat proditoiremeiil com?nis..., 1589, in-8°, p. 'J4.

* Relation de MiroJi {Arcliives curieuses de t'Iiisloire de France, i." sOrie, t. XII, p. 123-127).

248 DE QVELQVES ASSASSINS

colère, « allant jusques à jeUer par terre de despit le petit chapeau qu'il porloit ' ».

Pourtant, le lendemain, il avait recouvré son sangfroid, et reprenait son rôle. « Le jeudi matin, 22 décembre, dit une relation, le Roy et M. de Guyse se retrouvèrent dans la chambre de la Rey ne-mère, laquelle venoit de prendre médecine. Le Roy feit audict prince grandissimes démonstrations de bienveillance et privante par petits discours de gaieté, et luy présentant de la dragée qu'il avoit en une boëte, et réciproquement mangeant de celle que le prince avoit. Le mesme jour, après disner, continuant de couvrir de plus en plus sa traistre et desloyale pensée, voulut encores passer une bonne partie de l'après-midi avec ce prince". »

« Le 22 au soir, rapporte, d'autre part, Tambassadeur de Toscane, le Roi se sépara du duc lui disant : « Mon « cousin, nous avons beaucoup d'affaires sur les bras, « qu'il serait urgent d'expédier avant la lin de celte « année. Pour ce, venez demain matin, de bonne heure, « au Conseil, nous nous en occuperons. Je vais m'ab- « senter ; vous me manderez ce que vous aurez « résolu' ».

Par ces « feintes paroles », c'était en réalité à la mort que le Roi appelait son lival, car, à ce moment,

' Palraa-Cayet, Clironolorjie novennaire, intj-oduclion (Petitot. Collection de Mémoires relatifs à lliistoire de France, t. XX.WIII, p. 459-460). — Histoire de la Ligue (lo87-i5S9) (Bibl. nat., fr. 10270. fol. 76).

- Parlicularitez notables concernantes l'assassinat et jnassacre de Mgr le duc de Guise et de Mgr le cardinal, son frère, Ghâlons. loS'J. p. 17.

^ Lettre de Filippo Cavriana à Serguidi, sccrûlaire du grand-duo de Toscane, Blois, 31 décembre 1388 IX. Dosjardins. .We'gociations de la France avec la Toscane, t. IV, p. 847).

IIK.MIV Ml Kl I.KS nlMl.iNn:-(iyiJ 249

11' meurtre éliiil iirévot'altloim'iil lixi- au xcmlicdi, 23, uu mutin.

Ce n'éliiil pas sans raison que le Roi a\ ail fait coïncider ses projets homicidt's avec un jour de Conseil. On se souvient (|ue le duc avait déclaré à Schomherg: qu'il mettait toute sa sûreté dans la suite qui racconipajrnait jusciue chez le Roi et qui, au premier sii^nal, devait être prête à accourir à son secours. Cette confidence fut, peut-être, le point de départ des desseins d'Henry III. Si l'on voulait attenter à la vie de Guise, il fallait avant tout, on le comprit, le séparer de ses gentilhommes. Or il ne pénétrait sans eux dans les appartements royaux que les jours où il assistait au Conseil, parce qu'alors les membres de ce Conseil étaient obligés délaisser leur suite en haut du grand escalier conduisant à la salle du Conseil, c'est-à-dire à l'entrée de la partie du château occupée par le souverain. Par un raffinement de ruse, il fut décidé que, le 23, sous le prétexte d'un départ du Roi pour sa maison de la Noue, située à une lieue de Blois. et où il se retirait quelquefois, le Conseil se réunirait de ti'ès grand matin : on espérait ainsi diminuer le nombre de ceux ([ui d'ordinaire escortaient le duc.

La salle du Conseil était située, disais-je, à l'entrée des appartements du Roi, c'est-à-dire au deuxième étage de la partie du château qui date de François TV Cela ne fait aucun doute. Mais quelle était la distribution exacte de ces appartements sous Henry III, c'est

2ii0 DE QUELQUES ASSASSINS

la question délicate avant toutes, et c'est aussi la plus importante, parce qu'on ne peut bien comprendre les projets du Roi sans l'avoir élucidée.

Les difficultés viennent, sur ce point, des divergences profondes qu'il y a entre les descriptions données par les documents contemporains, et de la peine qu'on a à les faire accorder avec les plans trop rares que l'on possède de cette partie du château. Le plan de Du Cerceau, édité en 1">79, mais qui est vraisemblablement antérieur, devrait être ici, semble-t-il, notre meilleur guide'. Toutefois ce pian ne nous donne, qu'on le remarque bien, que les distributions du premier étage, et, si le premier et le deuxième étages ont pu être à l'origine disposés à peu près seniblablement, il ne devait plus en être ainsi en I088, Henry III ayant certainement, après les relevés de Du Cerceau, fait modifier l'état des lieux. Nous possédons, il est vrai, des plans postérieurs : un de 1G77, dessiné et gravé par F. d'Orbay-; un autre de la lin du xvii" siècle, dressé vraisemblablement par Jules- Hardouin Mansard, et conservé aux Archives nationales ' ; un autre de 17o0, levé par J.-F. Blondelet conservé à la Bibliothèijue de rinstitul '; un dernier, enfin, conservé à

' Les plus excellens baslimens de France, par Jacques Androuet Du Cerceau, arcliilecte; à Paris, chez Gilles Beys, MDLXX1X,2 vol. in-folio. — Je me sers do l'édition publiée fn ISTU, par H. Destailleur et Faure- Dujarric, 2 vol. in-fol., t. II.

' Ce plan m'a été aimablement communii|ué par M. .I.-A. Grenouillot, architecte du château di; Blois. Son auteur François II d'Orbay, né en 1634, mourut en 1697.

" Archives nationales, 0'i32V'. Ce qui me l'ait attribuer ce plan à Jules-Hardouin Mansard est une note de lui datée de 1698 et portant des numéros qui renvoient à. ceu.v du plan (Ibid.)

' Bibliothèque Je l'Institut, N 125^, in-1'olio. — Jean-François Blondel 1705-1774.

I1ENHY III ET LES IJL:UIAi\TEC1X(J 2:if

la Direclion dos Boaux-Arls, (|ui semble bien avoir été c.véeulé avaiilla restauration de 181;)'. Mais le premier du ces plans ne nous donne que l'aspect du premier étage, comme celui de Du Cerceau, dont il paraît s'être surtout inspiré; le dernier de même; et les deux autres, celui de Mansard et celui de Blondel, s'ils nous offrent les distributions particulières de clia(]ue étaj^e, pi'ésentent une autre source d'erreurs : c'est (|u'ils relèvent toutes les modilications apportées à l'intérieur du château depuis ir388, celui des Arcliives ayant été exécuté après les constructions et les remaniements de Gaston d'Orléans, et celui de l'Institut après les mille transfor- . mations de détail que les destinations diverses de la demeure royale nécessitèrent au xvin°. Je n'ai pas besoin de rappeler les nouveaux outraiies re(jus par le château au xix'' siècle, son aménagement en caserne, et les bouleversements qui en furent la conséquence. Et si l'on dit, enfin, couramment, que le plan du château après la restauration de J -F. Duban, en 1845, nous offre restitué l'état de ce cliàteau à la lin du xvi" siècle, ce dire est, il faut le reconnaître, à peu près insoutenable, parce qu'en 1845, pas plus qu'aujourd'hui, moins peut-être, l'on n'avait les moyens d'opérer une reconstitution minutieuse des lieux, parce qu'aussi cette reconstitution semble avoir été faite à un point de vue artistique et archéologique beaucoup plus qu'historique.

Quel est cependant le plan actuel ?

Lorsqu'on monte par le grand escalier d'honneur du

' Direction des Beaux-Arts. Monumcnls historiiiues. Château de Blois.

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