S2 DE OL'ELOL'ES ASSASSINS
château de Blois, on accède au deuxième étage en une vaste pièce à deux cheminées, dite salle du Conseil [A). A droite et en prolongement de celte pièce il en est une autre de dimension à peu près égale, dite chambre de la Reine (6), et où, peut-être, étaient, en effet, en 158K, les appartements de la jeune reine. A gauche, et sur la même ligne encore que la salle du Conseil, se trouve, ou se trouvait plutôt un des cabinets du Roi, dit le cabinet vieux (C). Je dis : se trouvait, car cette pièce, englobée d'abord dans les constructions de Gaston d'Orléans, a perdu toutes traces de sa destination primitive, lors de la transformation du château en caserne.
Parallèlement à ces trois pièces — salle du Conseil, chambre de la Reine, cabinet vieux — et de l'autre côté du gros mur formant, avant François I", la façade de l'ancien château, et devenu aujourtl hui en dépit de ses dimensions un simple mur de refend, sont disposées, prenant jour sur l'autre façade, la chambre du Roi (D), avec à droite un cabinet [E], dit le cabinet neuf, suivi d'une vaste pièce à cinq fenêtres {F} al à gauche trois petites pièces [G, H, l) dont la première [G) présente encore l'amorce d'une porte [a) qui donnait dans le vieux cabinet et dont la dernière (/) est aménagée dans la tour dite du Moulin, ou de Chàteaurenault.
De la comparaison que nous pouvons faire de ce plan avec les plans de Du Cerceau et autres que j'ai cités, et du rapprochement que nous en pouvons faire aussi des documents de 1388, il ressort qu'il ne reproduit qu'assez imparfaitement l'éîat des lieux en cette année 1588.
■254 DE Ol'EI-yUES ASSASSINS
1° La grande salle à deux cheminées, dite du Conseil, était d'abord certainement divisée en deux par une cloison, la première pièce formée par cette séparation à droite [A') étant une salle des Gardes, la seconde à fj^auche [A") servant à la fois d'antichambre à la chambre du Roi, de salle à manger et proprement de salle du Conseil.
2° La chambre du Roi était probablement plus grande qu'aujourd'hui de toute la grandeur de la première petite pièce G qui suit cette chambre à gauche. La cloison, qui sépare la pièce D de la pièce G, n'existant pas ou ayant été abattue pendant le séjour d'Henry III, la porte du cabinet vieux (a), dont on voit encore l'amorce dans cette pièce, s'ouvrait ainsi directement dans l'angle de gauche de cette chambre. C'est du moins ce qu'il semble permis d'inférer de plusieurs relations contemporaines; et d'autre part il paraît difficile d'admettre, si la chambre du Roi n'était pas plus spacieuse qu'elle ne l'est aujourd'hui, qu'une réunion générale de tous les députés des Etats ait pu, comme le 2 décembre, s'y tenir'.
3° A droite de cette chambre, le cabinet neuf devait ^'tre suivi d'un autre petit cabinet — « un cabinet
' Dans ceUe hypothèse, la chambre du Roi, qui a aujourd'hui trois feniHres, en aurait eu quatre en 1588. Mais on ne peut lui donner ces quatre fenêtres qu'en admettant que la cloison, qui sépare les pièces D et G. n'esistait pas ou n'existait plus à cette date. Pourtant Du Cerceau et après lui d'Orbay, sur les plans desciuels celte cloison figure, donnent quatre fenêtres à la chambre du Roi. Après avoir très minutieusement étudié la question, j'ai dii reconnaître qu'il y avait là évidemment une en-eur commise par Du Cerceau et reproduite par d'Orbay. — Sur laséance des États, qui eut lieu dans la chambre du Roi. le 2 ilé- ■cembre 1588, cl. [.Mayer] Des Étals Çjénéi'aux et autres assemblées. 1789, t. XV, p. 70.
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estant dans le ('al)ini'l niesnic du Roy », dit un texte — servant jn'ut-ètro de uaide-robe, cl d'une autre pièce servant d'orattiire, uaide ioIjo et oratoire qui auraient ofcupé une partie de la grande pièce F, comme ils occupent sur le plan de Du Cerceau une partie de la pièce correspondante, au premier étage.
Ceci posé, nous pouvons maintenant mieux nous rendre compte de la manière dont Hcin-y III avait préparé l'exécution de sa vengeance. Le duc de Guise, iiri'ivé dans la salie du Conseil, et avant laissé sa suite à la porte, le Roi comptait le l'aire appeler dans son cabinet vieux, où il devait feindre de l'attendre, .Jilors qu'il resterait enfermé dans son cabinet neuf.
Ayant pénétré dans la chambre, le duc devait la traverser et se diriger à gaucbe vers la porte du cabinet vieux (a) ; c'est là, à l'entrée du cabinet vieux, que les assassins postés à la fois dans la cbambre et dans ce <"abinet devaient assaillir leur victime.
Mais, après avoir ainsi isolé le duc de sa suite et l'avoir attiré dans ses appartements privés, le Roi avait pris d'autres pi'écautions pour lui i-etirer les secours qui eussent pu lui venir de ceux de ses amis restés dans la salle du Conseil. Dans cette vue, il avait soigneusement modifié l'éconoujie des entrées et des sorties qui reliaient entre elles les diverses pièces où ■dev'ait se jouer le drame.
La salle du Conseil communiquait : 1' avec le cabinet vieux par une porte située à gauclie de la grande cheminée de cette salle et dont il reste encore aujourd'hui l'amorce (6); — 2" avec la chambre du Roi par une ouverture, formant couloir, percée dans l'épais-
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seur de l'ancien mur de façade du château {cc'Y; — 3° avec le cabinet neuf par un passage, s'ouvrant de ce couloir sur l'escalier intérieur établi dans le gros mur, traversant le palier de cet escalier et débouchant à l'angle du cabinet neuf {dd'). Davila, dont la description du château n'est pas toujours aussi exacte, indique assez expressément cette entrée du cabinet neuf, quand il dit : « la porta del cabinetto dal quale s'usciva in una loggia, dopo la quale era una scalasegreta che scendeva nelle stanze inferiori délia reina madré'' ».
Qu'avait fait le Roi? Sur ces trois ouvertures il en avait fait condamner deux : celle du cabinet vieux (6) et celle du cabinet neuf dont on avait « bouché » lissue (d') qui s'ouvrait à l'angle de ce cabinet^ Pour assurer la communication de la chambre du Roi et du cabinet neuf, celte issue {d') avait été remplacée par « un passage étroit et de ligne oblique (e) que le Roy avait faitfaire exprès au coin de sa chambre' » et qui estpeut-
' Je ne pourrais dire si ce couloir était fermé à ses deux extrémités par une porte. Peut être l'une des deux issues était-elle simplement l'ermée par une portière.
- Davila, llisloria délie guerre civili, 1644, t. I. p. 357. —Je ne parle pas de la porte /'faisant communiquer le cabinet neuf avec la chambre du Roi et que l'on apen.-oil sur le plan actuel du château, lille ne ligure en elfet ni sur le plan de Du Cerceau, ni sur ccuv de Mansard et de Blondcl. Quant à la porte g, faisant communiquer la salle des gardes avec le cabinet neuf, elle figure sur les plans de Du Cerceau et de d'Orbay. qui sont, il est vrai, des plans du premier étage, mais ne se retrouve ni sur celui de Mansard, ni sur celui de Blondel, qui nous oH'rent seules les dispositions du deuxième étage.
" Je dis, qu'on le remarque, que des deux issues du passage dd' conduisant au cabinet neuf, une seule dut être n bouchée u. il semble bien en eflet ressortir des textes que l'issue d resta ouverte, et que les communications ne furent interrompues à aucun moment en Ire le deuxième et le premier étage, ce qui serait arrivé si les deux issues dil' avaient été condamnées.
' Relation de Miron {Arch. cur.de l'hist. de Fr., l" série, t. Xll, p. 130).
t'tre celui qu'on aperçoit encore sur le plan des Archives et sur celui de la bibliothèque de l'Institut, à gauche de la cheminée de la chambre du Roi '. La porte de cette chambre (ce') avait été, elle, laissée libre; c'était l'entrée du piège préparé au duc, et aussitôt qu'il l'aurait franchie, elle devait être soigneusement refermée sur lui ■-.
Enfin si minutieuses que fussent les précautions ainsi prises, on ne les jugea pas pourtant suffisantes et, pour les compléter, on décida encore :
1° Que pour rendre, jusqu'au dernier moment, vraisemblable le départ du Roi pour la Noue, ses voitures
' Cette question du « passage étroit et de ligne oblique, que le Roy avoit fait faire au coin de sa cliambrc », est un des points les plus délicats du sujet qui m'occupe. Miron dit trop expressément que ce passage avait été établi entre la chambre du Roi et le « cabinet u, et, par ce motci le cabinet » il désigne toujours trop expressément le cabinet neuf, pour qu'on puisse supposer que ce passage fut percé entre la chambre et le cabinet vieux, comme l'ont fait certains auteurs.
' Je ne me dissimule pas combien est peu satisfaisante l'explication que je viens d'essayer de donner d'un des plus compliqués problèmes de topographie historique qui se puisse imaginer. Je suis arrivé aux conclusions que l'on a lues, en tentant de combiner et de coordonner les témoignages contemporains, et en suivant de très près les allées et venues, les entrées et les sorties des dilîérents acteurs et spectateurs du drame avant, pendant et après l'assassinat. Ce serait abuser de la patience de mes lecteurs que de leur exposer en détail les hypothèses diverses que j'ai dû imaginer et envisager, abandonner ou retenir. Les textes sont connus de tous. Ce sont la Relalio7i de Miron, les dépositions des témoins lors de l'enquête faite devant le parlement de Paris {Revjie rélrospeclive, 1" série, t. IV, 1S34), Davila, de Thou, le Martyre des deux frères, l'Histoire au vray de l'assassinat... et en général tous les textes que je cite à chaque page. J'ai indiqué de même les divers plans dont je me suis servi et qui n'avaient jamais encore été aussi minutieusement que je l'ai fait confrontés aux documents. En les en rapprochant de nouveau, il est possible qu'un historien plus perspicace que moi en arrive à des conclusions plus précises. Il semble bien toutefois qu'on n'ait à espérer une solution définitive que de la découverte de textes ou plans inédits, découverte qu'il ne m'a pas été donné de faire.
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entreraient au cliàteau dès i liciii't's du (uatin ' ;
2^ Que, sous re prétexte, les olel's du château ordinairement leuiises cliaciue soir entre les mains du duc de Guise, connue prand'maitie de France, lui seraient reliréos la veille- ;
3° Qu'aussitôt le Conseil réuni, les portes du château seraient fermées ';
4" Qu'à ce moment Nicolas de Grimou\ilIe, seigneur dt^ Larchant, capitaine des gardes du corps, occuperait avec ceux-ci le grand escalier, sous l'apparence d'une réclamation à adresser au Conseil pour la solde de ces gardes, et que, afin que le duc ne fût pas surpris de sa présence, il l'avertirait, dans la soirée du 22, de son intention de tenter cette démarche ';
5". Que d'autres gardes du corps seraient postés à ce qu'on appelait « la montée du cabinet vieux, par oii on descendoit à la galerie des Cerfs" », galerie qui faisait communiquer les jardins avec le premier étage du château.
Le lieu de l'assassinat se trouvait ainsi entouré d'une double et triple barrière isolant le duc de tout secours et de toute aide.
Ce dernier avait reçu dans l'après-midi son rendezvous, nous le savons. Les gardes de Larchant reçurent
' Relation de Miron (Arch. cur. dé l'Iiist. de Fr., I'« série, t. .XII, p. 128).
- Discours de ce r/ui est avricé à Blois... 1588 [Arch. cui\ de l'kist. de Fi:. i" série, t. XII, p. -Ui).
" Ibid.
' Do Thou, Histoire universelle, trail. fr. de 1734. t. X, p. 461-46.J.
'^ Relation de Miron (Arch. cur. de l'Iiist. de Fr., l'« série, t, .\II. p. 128).
le leur le 22, h 9 licures du soir. Les Qiiaranie-cinrj eurent siuiplement l'ordre d'arriver au château le lendemain à 5 heures, et de se réunir dans la galerie des Cerfs. Tout étant ainsi réglé, le Roi se sépara, vers li heures, de quelques-uns de ses plus intimes confidents, avec lesquels il avait réglé et discuté les moindres détails de l'attentat. Restant seul avec M. de Bellegarde : « Mon fils, lui dit-il, allez-vous coucher et « dites à Du Halde ' qu'il ne faille pas de m'éveiller à « 4 heures ; et vous trouvez ici à pareille heure. » Le Roy prend son bougeoir et s'en va coucher avec la Reyne ; le sieur de Bellegarde se retire aussi, et, en passant, fait entendre la volonté du Roi au sieur Du Halde, son valet de chambre, qui le supplia de lui éclairer, pour mettre son réveil-matin à 4 heures-. »
Chose curieuse, avant môme de quitter Paris pour rejoindre le Roi à Chartres, Guise avait eu comme une vision prophétique de ce qui était près de s'accomplir. « Le duc, écrit, le 9 août 1388, l'ambassadeur d'Espagne, le duc m'ayant fait demander une entrevue avant son départ, j'ai été le trouver pendant la nuit. Il me dit qu'il allait partir pour Blois, et était résolu de s'exposer aux dangers qui pouvaient en résulter, plutôt que de se faire soupçonner de faiblesse ou de pusillanimité. D'ailleurs il ne fallait pas s'exagérer le péril. La suite qu'il emmènerait avec lui et les amis qu'il était sûr de rencontrer à la Cour lui composaient des forces
' Pierre de Sourliouelle du Halde, sgr et baron d'Avrilly, bailli et gouverneur d'iitaples, valet de chambre ordinaire du Roi (Cf. sur lui, Archives nationales, KK139. fol. 14i, et Y 124, fol. 391, Y 133, fol. 147).
- Relation de Miron (Arch. cur. de l'hist. de Fr.. \" série, t. .KII, p. 129).
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supérioures à relies de ses ennemis, cl le meltaienl en mesure de braver toutes les tentatives ouvertes contre sa personne. Le seul et véiitable danger à courir pour lui ne p(mvail existei' (|ue dans le cabinet du Roi, où l'on n'est admis ijui' si'ul el où ce prince avait loule facilité de le faire altaciuer et metlie à moi-t par une dizaine ou une siiigtaine d'iiommes apostés dans ce but. Mais ce danger lui-même était peu à craindre, parce qu'il ne paraissait guère possible de tout disposeï- pour l'exécution d'un pai'eil projet sans (|u'il en transpirât quelque cbose. et inrailliblement, si ce complot existait, le duc en serait a\fi-|i par les amis personnels (ju'ii avait auprès du Roi '. »
Gomment expliquer qu'ayant eu un si clair pressentiment de ce qui l'attendait à Blois, Guise ait jusqu'au dernier jour négligé les avertissements de ses amis? G'est ce qui semble presque incroyable, d'autant que les réponses qu'il leur donnait continuaient tantôt à trabir une crainte réelle, tantôt à paraître inspirées }iar des sentiments de trompeuse sécurité. « Ginc] ou six jours avant sa mort, écrit encore l'ambassadeur d'Espagne, le 27 décembre 1588, un habitant de Paris, notre ami commun, exposant au duc, de ma part et de la part des liabitants de Paris, qu'il lui importait plus que jamais de se tenir sur ses gardes parce que le Roi lui faisait la partie trop belle pour qu'il n'y eût pas làdessous quelque cbose de cacbé, le Balafré lui répondit qu'il n'était pas la dupe du Roi, qu'il se délioit beaucoup des visites journabères de ce prince à une petite
' Lettre de Bernardino de Mendoça au roi d'iîspagne, 9 août 1588 (J. de Croze, Les Guises, les Valois et Philippe 11, t. II, p. 355-356).
maison située dans le parc du cliàteau, et qu'il considérait les conférences, qu'il supposait se tenir dans ce pavillon, comme de secrets conciliabules où le Roi organisait un plan d'attaque contre sa personne'. » Mais à cette même date du 27 décembre, ledit ambassadeur d'Espagne rapporte un fait qui peut donner de l'état d'esprit de Guise, à ce moment, une idée bien différente. « Il paraît, mandait-il à son gouvernement, que MM. de Bassompierre et [François deRoncherolles, seigneur] de Maineville, se jetèrent aux pieds du duc trois jours avant le meurtre, et le supplièrent de s'échapper au plus tôt de cette ville de Blois, où bien certainement il se tramait quelque chose contre lui. A l'appui de leur dire ils alléguèrent que le Roi avait augmenté de deux compagnies ses gardes du corps et les gardes des portes, et qu'il semblait y avoir un échange continuel de secrets dans les appartements royaux. Or le duc répondit à ces messieurs que c'était vouloir se moquer de lui que de chercher à l'effrayer par de pareilles chimères et que le projet d'un guet-apens quelconque n'existait même pas dans la pensée du Roi '. »
C'est surtout pendant les journées du 21 et du 22 que se multiplièrent les avertissements. Un honmie du cabinet, ami du duc, qui avait été témoin de la fureur du Roi après son entretien avec le Balafré, le 21, en pi'évint d'abord aussitôt celui-ci, et que « sans doute on délibéroit quelque chose contre lui »^. Le soir du même
' Du même au même, 27 décembre 1588 [Ibhl., t. II, p. 381-382). - Ibid , p. 38o.
^ Palma-Cayet, Chronologie novennaire . Inlroduclion (Pelilot, Collection de Mémoires sur l'histoire de France, t. XXXVUI, p. 460).
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jour, ^l (li-ct'iiilirt', coiiiiiu^ il soupaitclu'Z l'apclicvôiiut! dt; Lyon, au faubourg tic la Rose, le U'-iial lui (lôj)('clia suu (•a[)ilaiii(' d'ariiu's, Galeotto Ulleducci, pour rcngaj;fer à quitlci- Bloi.s. Lr messager trouva lo duc avec son confident sous une tonnelle (]ui bordait la maison, « sotlo il pergolato », lo prit à part et lui exposa sa mission. Mais ses prières furent vaines '.
Je ne sais si l'on doit admettre pour authenti(|ue le fameux épisode, qui semble bien dramatisé, du billet cacbé sous la serviette du duc à son souper du 22 et au bas duquel il aurait écrit : « Un n'oseroit ! » Mais un fait certain c'est que ce jour-là les avis ne cessèrent de lui parvenir : avis et supplications de sa mère, M"" de -Nemours ", avertissements de son cousin le duc d'Elbeuf ', billets anonymes enfin, dont cinq lui sont encore remis au moment où, dans la nuit du 22 au 23, il se mettait au lit à 3 beures du matin. Il sortait alors de la cbambre de M™ de Sauves ', son cbirurgien Lejeune l'af-
' p. Richard, La papauté et la Ligue, Pierre d'Épinac. archevêque de Lyon (lo73-1599), 1901, in-8», p. 330, d'après une relation de Galeotto Ull'cducci, conservée à Rome à la Bibliothèque Barberine, LX, 31.
- « M"» de Nemours lui dit, la nuit même, avec beaucoup de larmes, que, pour l'amour de Dieu, il se fçardàt, parce qu'elle savait de source sùrc qu'on tramait de le tuer le lendemain dans le cabinet du Roi : « Mère, « je ne puis croire cela du Roi, aurait-il répondu, après qu'il m'a promis '1 ce qu'il m'a promis et dit ce qu'il m'a dit, ni qu'il ait un pareil projet « dans son cœur » (Relacion de lo aucedido en Blés del de iS décembre làSS hasta iô del misino. Arcliives nationales, K 1367, n" ItlB). — Une Relaùone di quel clœ successo in Blés dalli '2:1 di décembre del lôSS alli a del detlo (Archives du Vatican, Francia, vol. II, fol. 153, citée par H. de l'Épinois, la Ligue et les l'apes, p. 203) raconte l'épisode à peu près dans les mêmes lei'mes.
^ Le martyre des deux frères... {Arch. car. de l'hist. de Fr., i" série, t. XII, p. 79).
' Charlotte de Bcaune-Semblançay, veuve de Simon de Fizes, seigneur de Sauves, femme en secondes noces de François de la Tréraoille, marquis de Noirmoutier.
264 DE gUELgUES ASSASSINS
firma du moins à Miron. Il prit les billets, les mit sous son chevet : « Ce ne seroit jamais fait, dit-il, si je vouloism'arrester à tous ces avis ; il n'oseroil! Donnons, et vous allez coucher ! ' »
« Il s'endormit, cherchant dans le sommeil le renouvellement de ses forces épuisées aux voluptés de cette même nuit qui vit préparer sa mort. Il allait entrer dans une nuit plus longue, où il aurait le temps de se reposer, prêt à tomber qu'il était des bras d'une femme dans les mains de Dieu'. »
« Quatre heures sonnent. Du Halde s'éveille, se lève et heurte à la chambre de la Reyne. Mademoiselle Louise du Bois, dame de Piolant, première femme dechamhre% vient au bruit, demande qui c'estoit : « C'est Du Halde, « dit-il; dites au Roy qu'il est 4 heures. — Il dort « et la Reyne aussi, dit-elle. — Éveillez-le, dit Du « Halde, il me l'a commandé, ou je heurterai si fort « que je les éveillerai tous deux. » Le Roy, qui ne dormoit pas, ayant passé la nuit en telles inquiétudes d'esprit que l'on peut imaginer, entendant parler, demande à la demoiselle de Piolant qui c'estoit : « Sire, « dit-elle, c'est M. Du Halde, (|ui dit qu'il est 4 heures
' Relation de Miron (Arck. cur. de l'kisl. de Fr., l" série, t. XII p. 129).
' Chateaubriand. Analyse raisonnée de l'histoire de France, Paris, Gar nier, s. d., in-12. p. 30i'-303.
' Louise du Bois, fille de Pierre du Bois, seigneur de la Béraudière et de Renée de Bras-de-fer, avait épouse, en 1539, François d'Aviau seigneur de Piolant, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi.
IIIMIV III Kl I.ICS nrMI.[.\rKCJ.\Xi -Oîi
« — Piolant, (lit le HoN , rii iiios bottines, iiiii roho cl « iiioii Itouui'oir ». SI' lî've, t'I laissant la llcync lUins une grande perplexité, va en son cabinel'. »
MM. de Bolleiiaide et Du llaldervallendaienl . Mienlùl après V arrivèreiil les dillV'renls conseillers et oriiciers aux(iuels le Roi avait, donné i-ende/.-\ous la veille : MM. d'Aumonl, de Rambouillet,, de Maintenon, François d'O, les secrétaires Martin Ruzé, seignc^ir de Beaulieu, et Louis Revol, François de Ralsac, seigneur d'Enlrai;ues. elCliai'les de lîalsac, seigneur de Dunes, Alfonso Corso, et d'après certains l'écits, Franç^ois de la Jugie, seigneur de Rieux, Henri de Gouflier, seigneur de Bonnivet, el François de la Grange, seigneur de Montigny.
Cependant, dès 5 beures. les Quarante-cinq avaient commencé à s'assembler dans la galerie des Cerfs, qui, comme je l'ai dit, faisait communiquer les jardins avec le premier étage du cbàteau. M. de Bellegarde, venu une première fois s'assurer de leur exactitude au rendezvous, « s'en retourna aussitost, pource ([u'ils n'y estoient tous », mais revenu peu après et les trouvant « tous assemblez,... fors deux ou trois », il les lit monter au deuxième étage et « entrer en une petite ciiambre procbe celle du Roy », probablement la pièce H du plan. Ils y étaient « depuis (|ut'l(|ue temps », lorsque le Roi lui-même les vint trouver et, leur laissant entrevoir, en termes assez vagues et couverts, i|u'il aurait bientôt besoin de leurs bras, leur fit « promettre que, quand il leur commandei'oit quelque cbose, ([u'ils le feroient ». Car d'après le récit d'un des Quarante-cinq, lui-même,
' Relation de Miroa (Arch. cur. de i'kist. de France, l"> série, t. XII. p. 129-130).
266 DE IJUELQUES ASSASSINS
Olphan de Gast, il ne semble pas qu'Henry III leur ait alors expressément déclaré ses projets homicides. Tous s'en doutant au moins protestèrent de leur dévouement à leur maître, et lorsque, celui-ci sorti, Bellegarde revint en la petite chambre, porteur de poignards, et demanda qui en voulait, il n'eut que l'embarras du ciioix'. Huit, paraît-il, se présentèrent tout de suite, que peu après (c l'on vint quérir pour aller en la chambre du Roi », avec une douzaine d'autres.
Averti que les Ordinaires désignés étaient dans sa cliambre, le Roi y passa aussitôt et probablement alors leur dévoila sans réticences son projet. On sait le long discours que lui fait tenir Miron, et comment l'un des Ordinaires, Sarriac, « frappant sa main contre la poitrine du Roy, lui dit en son langage gascon : « Cap de « Dieu, Sire, iou lou bous rendrai' mort ! - » Et c'est peut-être à ce moment que, craignant les indiscrétions qu'aurait pu faire naître sa confidence, et redoutant qu'en laissant dans sa chambre ceux qu'il venait de choisir pour assassins, ses desseins ne s'ébruitassent de proche en proche dans le château, le Roi les fit monter à l'étage au-dessus et « les enferma dans les petites cellules qu'il y avoit fait dresser pour ses capucins ». Je vois là, du moins, la seule raison plausible qu'on puisse donner de ce fait qui n'est du reste rapporté (|ue par Miron, mais qui le rapporte d'après Du Halde, vaiet de chambre du Roi, lequel « enfermé lui aussi et
' Documents historiques sur l'assassinat du duc et du cardinal de Guise à Blois. Enquùle criminelle : déposition d'Olphan de Gast {Revue rétrospective, 1" série, t. IV, p. 217).
' Relation de Miron {Arclt. cur. de l'kisl. de Fr.. 1" série, t. XII, p. VU].
HKMIY 111 Kï I.ËS QlA/IA.VIh-CI.yn 267
nous U" racoiilaiit, dii Miion, avouoil n'avoir jamais osli' i'ii purt'illc |)t'iiii', lu' sacliaiil de ([uclle humeur le Hoy esloil pousse'' ' ».
Knti'e (i el 7 heures deux nouveaux personnages éhiient arrivés : M' Elienne Dorguyn, « preslre, trésorier el chanoine de l'église collégiale Saincle -Marthe de Tarascon et chapelain du Roy », et M° Claude de Bulles, « preslre, chanoine de Saint-Jacquesde l'IIospital, aumosnier du cahineldu Roy ». « Mandez pour aller à l'oratoire du Roy », ils avaient voulu gagner cet oratoire — qui était, je l'ai dit, la deuxième pièce adroite ducabinet neuf — par la porte « par laquelle ils souloient entrer », probablement le passage dd' qui aboutissait à l'angle de ce cabinet neuf. Mais, « parce qu'on avoit fermé cette porte, le Roy connnanda au sieur de Bellegarde de les mener par un autre endroit; lequel sieur de Bellegarde, tenant un llambeau », les lit vraisemblablement entrer dans la chambre, de là passer dans le cabinet du Roi, puis dans la garde-robe qui le suivait, et les conduisit par ce chemin à l'oratoire, » où ils s'apprestèrent pour dire la messe, 31" Claude de Bulles s'estant revestu de l'aube, de l'estole et du phanon - ».
Vers 7 heures, Henry III renvoya dans la salle du Conseil MM. d'Auniont, de Rambouillet, de Maintenon et d'O, et, sur de n'être plus dérangé, put prendre ses dernières dispositions. Faisant descendre du troisième étage les Ordinaires qu'il y avait enfermés, « le plus dou-
' Ibid., p. 130.
- Docuiuenls liistoriques sur l'assassinat du duc et du cardinal de Guise à Blois. EnquOte criminelle : déposition d'Etienne Dorguyn et do Clauile de Bulles (Revue rétrospective, 1" série, t. IV, p. 221-225, passî'm).
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cernent » qu'il put, leur commandant d'éviter tout bruit, (( à cause de la Reyne, sa mère, qui estoit au dessous ». il place dans sa chambre les huit qui avaient des poignards, avec M. de Laugnac : « ceux-là sont ordonnez pour tuer le duc ». « Douze autres de leurs compagnons sont postez dans le vieux cabinet ; ceux-ci dévoient estre aussi de la partie, pour le tuer à coups d'espée », s'il parvenait à échapper à l'attaque des premiers'. Trois autres « sont mis sur un degré hors le cabinet du Roy », c'est-à-dire probablement sur les premières marches de l'escalier intérieur, descendant au premier étage, « pour empescher que personne ne montast par là' ». Quant à ceux des Ordinaires qui n'avaient pas eu accès dans la chambre royale, ils reçurent l'ordre de se placer « à la montée du cabinet vieux, par où on descendoit à la galerie des Cerfs », et d'y renforcer le détachement de gardes du corps auxquels le même poste était assigné ^ J'ai déjà dit quelles difficultés il y avait à donner une liste complète et exacte des Quarante-cinq et à nommer et identifier sûrement ceux d'entre eux qui jouèrent les premiers rôles dans la sanglante tragédie du 23 décembre. Leur chef, dont j'ai parlé plus haut. Honorât de Montpezat, seigneur de Laugnac' et de Thouars% se trouvait donc dans la chambre du Roi. Mais quels étaient ceux qui y furent placés avec lui ? Les récits s'accordent donc à en fixer le nombre à huit. Sept sont les mêmes
' Kelation de Miron [Loc. cil., p. 133).
- Documents historiques .... Déposition d'Olplian do Gast {Revue rétrospective, 1" série, t. IV, p. 217). ^ Relation de Miron (Loc. cit., p. 133).
' Laugnac, Lot-et-Garonne, arr. d'Agen, canton de Prayssas. ' Thouars, Lot-et-Garonne, arr. de Nérac, canton de Lavardac.
HKNIIY III KT l.KS <// .l/(A.V/A-r7.V(< iO'J
dans loulosli'srL'luti(jiis,i'llouteroison a souvent, (juclque peine à les reconnaître sous les noms délif;^urés (luoii leur a inlligés. Celui qui est ordinairement appelé Moiitsery, Monlfery, Montserrier, Montferrier, l'afné, est, à n en pas douter, Jean-François de Montsc'iii' ', (ils de Guiraud de Montsérié, f^entilliomme de la vallée do la Neste, et frère de Bernard de Montsérié, qui lui aussi faisait partie des Qiiarantf'-ci/K/. Ilarhelade, Ilerbelade, llerbêlada est Jean de Lupé, seigneur <l'Arl)lade -. Sarriac, quelquefois nommé Peyriac, je ne sais pourquoi, doit être Ogier de Sarriac, seigneur de Navarron'. D'autres identifications sont plus délicates et plus douteuses. Qu'est ce Saint-Malin, Sainte-Maline, Sanmaliiiii^, dont on sait seulement qu'il fut l'un des principaux assassins et qu'il périt, quelques mois après, sous les murs de Tours, dans un engagement entre les troupes royales et celles de Mayenne ? Il m'a été impossible de le retrouver sous ce nom qui n'est peut-être qu'une corruption de celui de Sémalens qu'on lui donne quelquefois. Un Sémalens est cité comme mêlé aux troubles civils du pays de Castres, vers 1578, et ce Sémalens appartenait très vraisemblablement îi la famille des Brenguier, seigneurs de Sémalens '. Il peut être notre Saint-Malin.
' Montsérir, Ilautes-Pyrénétis, arr. de Bagnèros-de-Bigorre. canlon de Suint-Laurent-de-Neste. — DurieretJ. de Carsalade du Pont, les Hiigue- 7tols en Bic/orve, 1SS4, in-S», p. 12.
- Aiblade-Comtal ou Arblade-le-Haut, Gers. arr. de Condom, canton de Nogaro. — J. de Carsalade du Pont et 'l'ainizey de la Roque, Mémoires de Jean d'Antrasde Samazan, 18S0, p. 168, note 142.
' J, de Carsalade du Pont, Revue de Gascogne, 1877. t. XVlll, p. 37-38.
' Sémalens, Tarn, arr. de Casires. cantcjn de Vielmur. — Lettre du roi de Navarre au maréchal Damville, septembre 1378 [Lettres de Henry IV, publiées par Berger de Xivrey, 1843, in-4°, t. I, p. 198). — Registre des
270 DE queloi;es assassins
Des Effranats, des Effranas, d'Alfrenas, Ilalfrenns sont de même de successives déformations, et je croirais assez volontiers que le personnage ainsi désigné est soit Etienne de Ségur, seigneur des Francs, en Bordelais ', soit Jean-Jacques de Neuchèze, seigneur d'ElFrancs, gentiliiomme de Bourgogne, qui figura aux États de Bourgogne en 1388, se distingua, après la mort d'Henry III, par son zèle royaliste et sa haine de la Ligue, épousa Marguerite Frémyot, sœur de M"" de Cliantal, et mourut des blessures reçues au combat de Fontaine-Française en lo9o". Le nom de des Effranas ne nous étant parvenu que par des copies, il est possible que le c final de d'Effrancs, des Francs, ait été transformé, par suite d'une mauvaise lecture ou d'une mauvaise graphie, en a et ait donné naissance aux formes Effranas, Effranats, etc.. Ce n'est là, bien entendu, qu'une supposition, qu'encore ne fais-je que sous toutes réserves. Un sixième assassin, Saint-Gaudens, est peut-être Jacques de Michel, dit le capitaine Saint-Gaudens, seigneur de Monthieu, près Ardiège, au pays de Comminges ^ et un septième Saint-Paulet, était, d'après un auteur, un membre de la famille Peytes de Saint-Paulet'*, mais lequel?
On cite généralement comme le huitième des assas-
baplf'mes, inhumations etc. de la paroisse de Sémalens, de 1607 à, 1628 (Archives communales de Sémalens, GG').
' Cf. le dossier de cette famille et de ce personnage conservé aux Archives nationales, sous la cote M 541.
' H. Beaune. la Noblesse aux États de Bourgogne, 1854. in-4°, p. 255.
' D'après des renseignements fourni.s par M. Gaston Balenrie, de Saint- l'é-de-Bigorre.
* D'Aubigné. Histoire universelle, éd. de Ruble, t. VII, p. 389, note 4.
m.NHY III K.r I.KS nl'A/lA.\TEClN(j 271
sins postt's ilans la cliamltro du Roi Jacquos i\e Vignes, seigneur île la Basli(l<'-Sainl-Piei re ', el ([uel(]ues documents le n'[iii'sciilriil iiii'inc roimiic ayant porté le [ireniier coup au duc di' (luisi' .Mais arrêté à la suiti; d'on ne sait quels é\('iieiiients, et interrogé devani le jiarlcnienl de Paris, il prétendit n'avoir joué aucun rôle dans l'affaire du 2!i décembre, « estant demeuré dans la galerie de la Perclie-aux-I$retons- ». Dans cet interrogatoire, il cite, pour le remplacer, un de ses compagnons nommé Bordes, qui est peut-être ce Jean de Bordes, seigneur de Sarradas\ auquel, le 8 février 1589, Henry III donnait commission de lever et de commander cent arquebusiers à cbeval '.
Les noms de ceux des Quarante-cinq (jui furent postés dans le cabinet vieux ne nous sont pas parvenus. Un auteur prétend seulement que le Roi les mit sous les ordres d'Alfonso Corso, qui s'y enferma avec eux ". Nous connaissons en revanche les trois Ordinaires qui furent placés « sur les degrés » de l'escalier intérieur. Sur l'un, Olphan de Gast, nous sommes renseignés par la déposition
' Ch. Roques, Inventaire sommaire des archives départementales de la Haute-Garonne, t. 1 (pai-lement de Toulouse), 1903, in-i", p. 477. — La Bastide-Sainl-l'ierre, Tarn-el-Garonne, arr. do Caslelsarrazin. canton de Grisolles.
' La Perche-au\-Brctons était une terrasse, aujourd'hui disparue, qui était placée dans l'angle droit de la cour du château.
' Sarradas, Haute-Garonne, arr. de Saint-Gaudens, canton de Salies, commune de Cassagne.
' Renseignement fourni par M. Gaston Balencie.
" Fornier, Histoire de la maison de Guise (Ribl. nat.. fr. 5803, fol. 140). Cet auteur ajoute au nom d'.^lfonso Corso, celui de François de la Grange, seigneur de Montigny. Mais cela est faux, car M. de Montigny remplissait alors ses fonctions de capitaine de la porte IMe'tnoires de Beauvais-Natigis, éd. Monmerqué, p. 45).
272 DE (JUELOUES ASSASSINS
qu'il fit, étanl prisonnier des Ligueurs, à la Bastille, le 3 mai 1589, et par son contrat de mariage — que j'ai retrouvé — avec Marguerite de Chaudras, fille de Jacques de Chaudras, seigneur de Soulailhac ' ; — le deuxième, Saint-Aubin, est Bertrand de Roquelaure, seigneur de Saint-Aubin, mort en 1618, et connu par ailleurs ; — le troisième doit Être un certain Bailhéleniv de Balsac, seigneur de Saint-Pau, descendant d'une branche bâtarde de la famille de Balsac -.
Pendant que s'achevaient ainsi les préparatifs du Roi, que faisait le duc de Guise? Couché, comme je l'ai dit, à trois heures du matin, il avait à peine dormi une heure, que Bernardin de Codanique, seigneur de la Grand' Maison, son premier valet de chambre, étonné du « bruit extraordinaire qu'il entendoit tant à la basse-court qu'à la porte du chasteau », l'éveilla, croyant aune alerte. « Mais ledict seigneur duc ne voulut tenir compte dudict avertissement, estimant que ce ne fust que pour s'aller promener en une maison qui est au bout de l'allée du parc, comme le Roy en avoit fait courir le bruit le jour précédent' ». La i-umeur provenait en effet de l'arrivée des « chevaux d'office et du carrosse du Roi » qu'il avait commandés, on se le rappelle, pour cette heure. Et
' Contrat de iiiariago du 5 mars 1.^88 et dont un des liiiioins pst Charles de Joignae. genlilliornnu; ordinaii'e du Roi (Arcliivos nationales, insinuations du Chitelet, Y 130, fol. i24). — L'n document veut que. le :^1 décembre. Olpiian de Gast ait l'ait une longue partie de palmail avec le duc de Guise [Particularilez notables concernantes l'assassinat... l'aris, 1589, in-8'>, p. 2!).
' Archives nationales, insinuations du Chàtelct. Y t W, fol. 194. — P. Anselme. Histoire généalogique, t. II, p. 437.
' Documents historiques sur l'assassinat du duc et du cardinal de Guise. Enquête criminelle : déposition de Jean l'éricard {Revue rétrospective,i" série, t. IV, p. 208).
IIKNIIY III KT I.KS nr.\/t.l\TfCI.\n 273
l)it'ntàt après, l'on percevait « le bruit des chevaux que l'on altaclioil aux l)arreaux des basliinens de soinniellerie, paneleiie cl cuisine, dans la cour intérieure du cliasleau' ». Le duc se rendormit alors jusque vers 6 iuurcs, et Jean Péricard, son secrétaire, étant venu lui lirer ses rideaux, comme il le faisait d'habitude, il se leva et s'habilla d'un costume de satin gris fort léger-. Selon un récit, le Roi l'aurait envoyé chercher vers 6 heures et demie, et une seconde fois peu après \ Sur les 7 heures, sa toilette étant achevée, il prit son épée cl son manteau, et sortit en compagnie de Péricard.
L'aube se levait à peine, plus tard encore que d'habitude, car « il faisoit le jour le plus obscur, le plus sombre et le plus ténébreux qui fut jamais veu * », et du ciel bas et couvert tombait une pluie torrentielle. Sur cela, les récits, si divergents sur tous les points, sont au moins d'accord.
D'après certains, qui semblent fort enjolivés, le duc quittant ses appartements aurait dit : « Je n'ay jamais accoutumé de sortir de mon cabinet, sans premièrement avoir prié Dieu, et ne me souvient d'y avoir jamais
' Ilisloire de la Lie/ne penUanl les années l.'>S7 à /.5.S9 (Bibl. nat.. Ir. 10 270, fol. -y).
' Relation de Miron {Arck. citr. de l'.'iisl. de Fr.. i" StTÎe, t. XII, p. 134).
' Parlicularitez notables concernantes l'assassinat. .. Paris, 1589, in-8°, p. 20.
' Documenls historiques sur l'assassinat des duc et cardinal de Guise. Enquête criminelle : déposition de Jean Péricard {flevue rétrospective, l"> série, t. IV, p. 210). — ci Ce jour-là il ne cessa de plouvoir si abondamment eu la ville de Blois qu'il sembloil estre un second déluge, et toutes fois, chose admirable, à deu.'î lieues delà etpresquepartout ailleurs il neigea et gella bien fort » [Histoire au vray du meurtre et assassinat commisen la personne du duc de Guise... Paris, 1589, in-12, p. 100).
274 DE yUEI.IjUES ASSASSINS
failly, dont je sens en mon âme un extresnie regret et d'estre ainsi pressé ' ». Quoi qu'il en soit, il semble bien que de chez lui il se soit dirigé vers la chapelle Saint- Calais, pour y faire ses dévotions. 3Iais celle-ci était fermée, et il dut se contenter de prier quelques minutes à la porte.
Toujours accompagné de Péricard, le duc rencontra alors Fabrice Breton, ciievalier de l'ordre de Malte, dit le chevalier Breton, qui, partant pour Paris, venait prendre ses dernières commissions '; et, presque aussitôt après, il fut rejoint par Denis de Rossieux, intendant général des vivres de l'armée de Dauphiné, « fort affectionné et intime serviteur du duc », qui « fit auprès de lui quelques poursuites pour sa charge^ ». Et c'est apparemment, comme il se dirigeait vers les appartements de la Reine-mère, qu'il voulait saluer à son lever, qu'il reçut les suprêmes avertissements qui, après tant d'autres, devaient rester inutiles. e< Sorty de sa ciiambre, raconte Pasquier, pour se trouver au Conseil, M. de Guyse fut attendu de pied coy sur la terrasse du chasteau par un genlilliomme auvergnat, nommé [Louis de Fontanges, seigneur de] la Salle, qui l'avertit de ne passer oultre d'aultant qu'assurément il y avoit dessein contre luy. Dont il le remercia, lui disant : « ftlon bon « amy, il y a longtemps que je suis guéry de ceste
' Le martyre des deux frères... (.Icu/i. cur. de Vliisl. de France, 1" série, t. X. p. 80).
- Histoire au vrai/ du meurtre et assassinat... commis en la personne du duc de Guise..., l'aris, 1.589, p. 103. Sur Fabrice Breton, cf. Archives nationales, insinuations du Cliàtelel, Y [iS, toi. 306.
' Mémoires de la Ligue (1585-1596), !•■ vol. (Bibl. nal., fr. 17281. fol. 19i).
HKNUY NI ET I.KS nf .t/M.V/f-C/.Vy 2"a
appréhension. >> Kl (iiialre ou cinii pas apri>s, il rorut pareil atlvis d'un Picard, nommé Louis d'Abancourl, (jui l'avoil autrefois scivy; auquel il dit qu'il esloit un sol' ». A l'une ou l'autre de ces l'éponses, d'après l'ambassadeur de Toscane, il aurait ajouté : « Bien f;ardé est ce que Dieu jjarde ! - » Puis, sur ces mots, n'ayant pu être reçu par la lieine-mère qui, ce malin-là, « prenoit médecine », il g;ai;iui la salle du (jonseil par l'escalier d'honneur.
Les gardes de la compagnie de Larchant commençaienl à ce moment à s'y réunir, sous le prétexte invoqué des la veille, on s'en souvient, de soumettre leurs réclamations au Conseil. La tradition veut qu'au moment où le duc allait pénétrer dans la salle, l'un de ces gardes, « feignant n'y penser », lui ait marché sur le pied, « le pressant un peu ». « Le duc ayant faict trois ou quatre pas, envoya demander à ce garde qu'il vouloit dire de l'avoir heurté du pied. Le garde feit response : « Il n'est plus temps ! » En effet, le duc de Guise venait d'entrer au Conseil, et quand celui, — peut-être Rossieux, — qu'il avait chargé d'interroger le garde, voulut le rejoindre, on lui refusa l'accès de la salle ^ On n'y avait laissé pénétrer avec le duc que Péricard qui, comme secrétaire des finances, en avait le droite
' Lettre d'Etienne Pasquier à M. Airault. lieutenant criminel d'Angers (E. Pasquier, Œuvres complètes, t. 11, col. 367).
- Lettre de F. Cavriana à Serguidi, lilois, 31 décembre lo88 (.\. Desjardins, Négocialions de la France avec la Toscane, t. IV, p. S47).
^ Mémoires de la Ligue (1dS5-1d'J6) (Bibl. nat.. fr. 17.281, fol. 192 v- 193).
' Histoire de la Ligue, pendant les années l5S7-lnS9 (Bibl. nat., fr. 10 270. fol. 79).
Les réunions et la composition de ce Conseil étaient assez irrégulières et variables, ainsi qu'on peut s'en convaincre par les procès-verbaux de ses séances que nous possédons de janvier 1587 au 22 décembre 1588'. Il était convoqué en moyenne trois ou quatre fois par semaine, et, si certains jours il comprenait jusqu'à douze et quinze membres, certains autres, comme le 22 décembre, par exemple, il n'en comptait que six. Quelques conseillers ne le fréquentaient que rarement, et, depuis le 24 novembre, le cardinal de Guise en particulier n'avait plus assisté à aucune de ses séances. C'est pour cela, sans doute, que le Roi, qui l'avait prié, probablement, dès la veille, de s'y rendre, l'envoya encore cherclier vers sept heures à son logis de l'hôtel d'AUuye, par M. de Merle, son maître d'IiôteP. Pourtant quand le duc entra dans la salle, ni lui, ni l'archevêque de Lyon n'y étaient encore arrivés, et il paraît n'y avoir trouvé que MM. d'Aumont, de Rambouillet, de Maintenon et d'O. Mais très peu après survenaitM. d'Epinac qui avait pu pénétrer encore au château par la galerie des Cerfs, pénétrer le dernier, car le portier lui avait dit : « Monsieur, quand vous serez entré, j'ay charge de « n'ouvrir plus la porte, et m'a esté cela commandé par « M. de Bellegarde ». Et passant plus avant il avoit trouvé une autre poterne fermée par-delà le pont-levis qui est en ladicte galerie des Cerfs, qui estoit fort gardée, où le semblable luy fut dit ; et lors un des siens, qui venoit
' Transcription des résultats du Conseil, de janvier 1587 à décembre 1588 (Bibl. nat., fr. 16.236).
' Documents historiques sur l'assassinat... Déposition de Jean l'éricard (iieuue rétrospective, l" série, t. IV, p. 208).
IIKMIY III Kl' I.KS (jIMlA.XTK-Cryn in
apit's, le tiraiil de sa rolx'. luy ilil : « ^lonsieur, escoutez- M vous ce que l'on vous dit ".' « Toulctois, ne supposant rien de si sinistre, il passa plus outre et vint jusques dans la salle du Conseil'. » Le cardinal de Guise le suivit à son tour de bien près. Pendant ce temps le cardinal de Vendôme, M. de Montliolon, {jarde des sceaux, le cardinal de Gondi, évèque de Paris, le maréchal de Retz, MM. Claude Marcel et Adrien Pétremol, seigneur de Rosières, intendants des finances, étant arrivés, on attendait seulement (|ue Martin Ruzé, seigneur de Beaulieu, secrétaire d'Etat, apportât l'ordre du jour des (|uestions qui devaient èlre soumises à l'assemblée.
A ce moment, « il ne se tenoit aucune forme de conseil, et tous messieurs estoient cantonnez en divers lieux de la salle, deux à deux, trois à trois, devisans ensemble les uns avec les autres : MM. d'O et Raml)ouillet, d'un costé, se promenoient en ladicte salle ; MM. le cardinal de Gondi, 3Iarcel et Pétremol d'un autre; M. de Guise, M. le cardinal de Guise et Monsieur de Lyon, d'un autre " » ; « lequel Monsieur de Lyon demanda alors audict seigneur de Guise : Où va le Roy à ceste « heure, qu'il fait si mauvais temps? », auquel celui-ci respondit : « Pensez qu'il va se retirer à part pour quel- « ques jours, comme il a accoustumé" ».
Péricard, secrétaire du duc, se trouvait encore là près de son maître, qui, n'ayant rien pris depuis son lever,
' Documents historiques sur l'assassinat du duc et du cardinal de Guise. Eniiui'le criminelle : déposition de M. d'tpinac (Beuue rétrospective, 1" série, I. IV, p. i34).
' Ibid. Déposition de Péricard (Revue i'étrospective, i" série, t. IV, p. 20S-209).
^ Ibiil. Déposition de .M. d'ICpinac [Loc. cit., p. 234).
27h! DE QUELQUES ASSASSINS
et se sentant près de défaillir, « luy commanda d'aller quérir une coquille d'argent doré, qui lui servoitde drageoir' », et où il renfermait d'habitude « des raisins de Damas, dont il usoit le matin au lieu de déjeuner- ».
C'est probablement tout de suite après le départ de Péricard que M. de Larchant, pénétrant dans la salle du Conseil à la tète de quelques-uns de ses gardes, et s'approchanl du duc, lui aurait dit : « Monseigneur, ces pauvres gens m'ont prié de supplier le Conseil qu'ils demeurassenlicy jusquesàceque SalMajestéy soitvenue, pour luy faii'e entendre que, si elle n'y donne ordre, ils seront contraints de vendre leurs chevaux pour eux en retourner à pied, d'autant qu'ils ont sollicité les uns et les autres, qui leur font responce qu'il n'y a pas un sol pour eux, et cependant ils sont dans (jualre ou cinq jours hors de leur quartier. » — « Monsieur de Larchant, aurait alors répondu Guise, je leur servirai et à vous de tout mon pouvoir; il est bien raisonnable qu'on y donne ordre"' ». Là-dessus, M. Marcel « s'estant levé et ayant déclaré qu'il y avoit une partie de 1200 escus ordonnée pour eux », l'incident parut clos et Larchant se retira.
Cependant Péricard, qui s'était « mis à la recherche du valet de chambre qui avoit le drageoir du duc' », tardant à revenir, celui-ci pressé par la faim, avait demandé
' Ibid. Déposition de Péricard (Loc. cil . p. 209).
- Histoire de la Ligue, pendant les années I5S7-I5S9 (Bibl. nat., fr. 10.270, fol. 79).
' Le martyre des deux frères... {Arch. cur. de l'hist. de France, i'" série, t. XII. p. 81).
' Histoire de la Ligue, pendant les années i5S7-l.'iS9 (Bibl. nat-, ff. 10 270, fol. 79).
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à M. (le Siiiiil-I*rix ', iHcinii'i- \alfl ilc iiiaMil)ro oïdiiiaii-f (le SaMajcsIé, dr lui fairr <( (Idiiiior (|uelques liaga- Ifllt's (lu Koy », cl ct> (liTiiitT lui avait aussitôt apporté « (|U('l(iii('s pruiu's (le 15rii;noifS"' ». Très peu après, le ilrai;coir du duc lui était remis par Jean Guéroult, huissier du (Conseil', (|ui en avait été chargé par Péricard, car, lorsque celui-ci était revenu à la salle du Conseil, il avait trouvé l'escalier occupé par les gardes du corps que Larchant avait fait ranger sur les degrés et par lesquels il avait été repoussé. Pres(|ue au nièiiie nioineut, Péricard, ayant apercju M. le prince de Joinville, « qui niontoit en grand haste au logis de Monsieur Charles de Valois, grand prieur de France », avait voulu l'inl'ormer de ce qui arrivait ; mais w le prince passant trop légèrement », il n'avait pu arrèler que ÎMercure de Saint- Chamant, seigneur du Pescher ', gentilhomme de sa chambre, « au(|uel il conseilla, sur ce qu'il voyoit devant ses yeux, d'aller, s'il pouvoit, faire descendre ledict prince... Toutefois ledict du Pescher ne le put'' ».
En remettant au duc son drageoir, Guéroult, suivant la recommandation de Péricard, dut l'avertir de ce qui se passait à l'extérieur, car, couimeriçant à ressentir
' Jaciiucs lie la MoUie. abbi) de; .Saint-Pli^, pivs Saint-Quentin, chanoine de l'église de Paris, notaire et secrétaire du Roi et son premier valet de chambre ordinaire. (Cf. Archives nationales, Y 121, fol. 338, et Y13S, fol. 346 v").
- Le martyre des deu.i- frères... {Arcli. cur. de l'kisl. de Fr., 1" série, t. XII, p. 82).
' Sur Jean Guéroult. huissier du Conseil, cf. Noël Valois, Inventaire des arrêts du Conseil d'État, règne de Henry 1\', 1S86, in-i", t. I,n"'2607.
' Le Pescher, Corrèze, arr. de Brives, canton de Beynat.
' Documents... sur l'assassinat. Déposition de Jean Péricard {Reçue rétrospective, l" série, t. IV, p. 209).
une vague inquiétude, Guise demanda à un autre liuissier du Conseil, Alexandre Ranibotteau', d'aller chercher Péricard et de le faire entrer. En même temps, saisi d'un froid subit, il s'approcha de la cheminée, celle qui se voit, encore aujourd'hui, à gauche de la grande salle, et s'asseyant au coin, commanda à Giiisses, valet de garde-robe, d'y jeter quelques fagots, pour ranimer le feu-. « J'ai froid, dit-il, le cœur me fait mal; que l'on fasse du feu!' » Et son malaise augmentant, il se mit à saigner du nez*. Quelques récits rapportent que, cherchant alors son mouchoir et ne le trouvant pas dans ses chausses : « Mes gens, aurait-il dit, ne m'ont pas baillé aujourd'huy mes nécessitez, mais ils sont excusables, pource qu'ils ont esté trop hastez'^ ». Voyant alors près de lui François Hotman, seigneur de Mortefontaine, trésorier de l'épargne, il lui dit : « Monsieur le trésorier, vous plairoit-il prendre la peine de voir à cette porte s'il y a quelque page ou laquais à moy, et luy commander qu'il m'aille chercher un mouchoir" ». D'autres relations marquent plus expressément que ce n'était là qu'un prétexte, que le duc avait bien un mou-
' Sur Alexandre RamboUeau, huissitT du Conseil, cf. NoiU Valois, Inventaire des arrêts du Conseil d'Êlat, règne de Henry /!', 1886, in-4°, t. I, nM6n.
' Documents... sur l'assassinat... Déposition do Bernardin de Codanique, seigneur de la Grand'Maison (Hevue rétrospective, X" série, t. IV, p. 2û2).
^ Relation de Miron (Arch. cur. de l'Itist. de France, l" série, t. XII.
* Documents sur l'assassinat. Déposition de P. d'Epinac {Revue rétrospective, i" série, t. IV, p. 234).
' Le martyre des deux frères... (Arch. cur. de l'hist. de France, 1" série, t. XII. p. 82).
• Ibid.
llKNriY III Kr LKS nl/A/l,\.\TE-r/.\Q 281
l'Iioir sur lui, mais (|u'il le laissa choir coiiiinc jiaiint''i;artlt' i-l y posa le pied dessus, de rnaniJ'rc à avoir une raison pour l'n doinaudcr un autre, et, se nn^ttre en coniinunication avec l'extérieur'. L'huissier Rainhotteau, qu'il avait préeédemmcnl expédié, avait liien en efîel trouvé Péricaril, mais n'avait pas réussi à le faire rentrer dans la salle du Conseil, dont la porte lui avait été refusée à lui-uièine. Et au nouvel appel du duc transmis pai- flotmaii, Péricard ne put répondre davantajj^e, ayant été pour la troisième fois « rigoureusement repoussé » par les gardes de Larcliant '. M. de Saint- Prix alla alors cherclier un mouchoir au duc\ et sur ces entrefaites, M. Ruzé-lieaulieu, étant arrivé, commença à donner lecture des affaires soumises au Conseil *, dont les membres se réunirent autour de la hihU' i|ui occupait le centre de la pièce.
« Cependant, raconte Miron, le Roy, après avoir parachevé l'ordre qu'il vouloitestre suivi pour l'exécution, vivoit en grande inquiétude pour les incertitudes qui se rencontrent bien souvent aux grands desseins. En attendant que les deux frères fussent arrivez au Conseil, il alloit, il venoit, il ne pouvoit durer en place, contre son naturel. Parfois, il se présentoit à la porte de son cabinet, et exhortoit les Ordinaires, demeurez en la chambre, à se bien donner garde de se laisser
' Lettre de Pasquier à. M. Airault, lieutenant criminel d'Angers {fEiwres de Pasquier, ilii, in-fol., t. H, col. 3C7).
- Documents... sur l'assassinat... Déposition de J. Péricard {Revue rétrospective... t. IV, p. 21u).
" Le martyre des deu.v frères... (.irch. car. de l'hist. de Fr.. i" série, t. XH, p. 82).
* Documents... sur l'assassinat... Déposition de P. d'Épinac {Revue rétrospective. 1'" série, t. IV, p. 235).
282 Dli OUELQUES ASSASSINS
endoiiiinaj^er par le duc Je Guise : « Il est i^r;inil et a puissant, j'en serois niarry », disoit-ii'. »
En même temps, il envoyait M. d'Entragues prévenir dans son oratoire les deux aumôniers « qu'ils eussent à se mettre en dévotion et prier Dieu que le Roy peust venir à bout d'une exécution qu'il désiroit l'aire pour le repos de son royaume » ; « qui fit douter ausdiots aumosniers ce qu'ils ont depuis apperç.eu, parce que, tost après le parlement du sieur d'Entragues, regardant au travers d'un tapis qui estoit au devant de la porte proche le cabinet, l'un d'eux, Estienne Dorguyn, apperçeut Laugnac et de Gast qui devisoient ensemble, icelluy Gast tenant en sa main un poignard tout nud, lecjuel il laissa tomber, puis le ramassa ; et disoient ensemblement que, si tost qu'il seroit entré, il se l'alloit ruer sur luy, le poignarder, puis le jetter par lafenestre; ne sçacliant toutesfois de qui ils vouloient parler, mais qu'ils avoient soubçon que c'estoit de deffunt monsieur de Guise- ».
Enfin, vers 8 heures, informé que le Conseil était au complet, le Roi ordonna à Revol, secrétaire d'État, d'aller appeler le duc et de lui dire que le Roi l'attendait dans son cabinet vieux. Un incident retarda un peu les choses. La garde de la porte, faisant conmiuniquer la salle du Conseil avec la chambre du Roi, avait été confiée à Philippe de Nambu, huissier de la chambre du Roi et de l'ordre de Saint-Michel, avec ordre de ne laisser entrer ni sortir personne sans l'autorisation
' Relation de Miron (Arch. cur. de l'Iiist. de Fr., l" sério. t. XII, p. 133).
- Documents... sur l'assassinat... Déposition d'Etienne Dorguyn ctile Claude de Bulles {Revue rétrospective, i'" série, t. IV, p. 221-223, passim).
IIKMIY III KT LKS nUA/IA.VTKCr.yn ÎH'i
expresse ilu Hoi. Lors(|ue M. Hcvol, sur l'ordre de celui-ci, voulut passer, il se vil refuser la porte et revint alors, tout pâle, dans le cabinet du Uoi « .Mon Diiui, Revol, dit celui-ci, qu'uvoz-vous, qu'y a-t-il '.' Que vous estes pasle ! Vous me gasterez tout ! Frottez vos joues, IVolloz vos joues, Revol ! — Il n'y a point de mal, Sire, dil-il, c'est M. de Nambu (|iil ne m'a pas voulu ouvrir que Vostre Maji'slé ne le lui commande. » De la porte de son cabinet, le Hoi avait alors enjoint à Nambu de laisser passer Revol et l'cntrer le duc de Guise, mais lui seul '.
« Chacun estant assis en son rang, dans la cbambre du Conseil, M. Pélremol, intendant des llnances, avoit tiré et mis sur la table un estât qui avoit esté fait et dressé parceux des finances, avec l'arcbevesque de Lyon. Et ayant ledict Pétremol commencé d'expliquer le deuxiesme article dudict estât, luy fut fait une objection par messieurs les marescbal de Retz et cardinal de Gondi ; à laquelle n'ayant satisfait ledict Pétremol, au contentement de la compagnie, ledict arcbevesque de Lyon prit le papier de la main dudict Pétremol pour respondre-. » A ce moment précis, Revol entrait dans la salle du Conseil.
D'après 3Iiron et la plupart des récits : « Monsieur, dit-il simplement au duc de Guise, le Roy vous demande; il est en son vieux cabinet'. » Une relation veut pourtant que le « discours » tenu par Revol ait été
' Relation de Miron (Arch. eut: de l'hist. de France, l" série, t. XII, p. 134).
- Documents... sur l'assassinat... Déposition de I". d'Épinac {Rev. rétr., !'• série, t. IV, p. 233).
' Relation de Miron (Ibid., p. 13o),
beaucoup plus long. Le Roi aurait « fait entendre par lui à M. de Guise qu'il le deniandoit pour l'esclaircir des propoz du jour précédent, que M. de Guise avoit dit que M. do la Ciiastre lui avoit escrit que le duc de Nevers conduisoit fort laschement les affaires de la guerre en Poitou contre les hérétiques; et il lui mandoit par Revol qu'il venoit à l'heure de recevoir nouvelles de ce costé-là ' )>. 11 est hien difficile dédire ce qu'il peut y avoir de vrai Ik-dedans.
Aussitôt sa mission remplie, Revol avait disparu « comme un éclair"», en même temps que le duc se levait si précipitamment, lui aussi, qu'il renversait sa chaise derrière lui '. Plaçant dans son drageoir quelques-unes des prunes de Brignoles qu'on lui avait portées, et jetant les autres sur le tapis de la table : « Messieurs, dit-il, qui en veut'? )) Puis, « mettant son manteau tantost dans un sens, tantost dans un autre, comme s'il eust niaise », il le « trousse » finalement sur le bras gauche % et prenant
' Parlicularitez notables concernantes l'assassinat et massacre de Mgr le duc de Guise... Paris, 1689, p. i4-25.
' Relation de Miron {Loc. cit., p. 135).
' Documents historiques sur l'assassinat... Déposition de Julien Pelletier, curé de Saint-Jacques, à Paris {Revue rétrospective, 1" série, t. IV, p. 200).
' Relation de Miron {Arcli. cur. de l'Iiist. de Fr., 1" série, t. XII, p. 13o).
' Lettre d'iitienne Pasquier à M. Airault, lieutenant criminel d'Angers (E. Pasquier. Œuvres, 1723, t. II, col. 367).
HKNUY III ET LES nLA/IA.\rfCIM(J 28o
(le la main gaudu' son drageoir et son mouchoir', il salue, le chapeau à la main droite, les assistants ; « Adieu, messieurs' », dit-il, heurte à la porte et entre dans la chambre du Roi.
Les huit Qiiaranle-cinq étaient là à leur jioslf, avec des dagues et des poignards « (]u'ils avoienl nus sous leurs manteaux ' », cl le premier (|u'aper(;ut le duc fut Moiitsérié debout près de la cheminée (|ui se trou%^e à droite quand on pénètre dans la chambre \ D'autres étaient assis sur des « coffres de bahuts », et, parmi eux, leur chef, Laugnac, « immobile, les bras croisés " ». A l'entrée du duc, tous se lèvent et, portant la main à la to(|ue de velours noir, qui faisait partie de leur tenue, ils le saluent". Et comme il se dirigeait vers la gauche, pour gagner l'entrée du cabinet vieux, ils le suivent « ainsi que par respect' », mais en réalité de manière à lui couper toute retraite. Guise arrive à la porte, sou-
' Documenls sur l'assassinat... Déposition de d'Épinac [Revue rétrospective, I" série, t. IV, p. 233).
■ Helation de Miron [Loc. cit., p. 133).
' Le mart'/re des deux frères... {.4rch. eur. de l'hisl. de Fr.. 1" série, t. XII, p. 83).
' Il Le duc..., dit Miron, fut tout soudain saisi au bras par le sieur de Montsérié, l'aisné, qtii estait près de la cheminée... » On s'est souvent servi de celte phrase et de l'indication qu'elle donne de la place occupée par Montsérié, pour essayer de déterminer plus exactement l'endroit précis des appartements royaux où fut consommé l'assassinat. Mais l'on n'est arrivé, ainsi, à aucune conclusion satisfaisante, car prés de l'endroit où fut assailli le duc il n'y avait certainement pas de cheminée. Il me paraît plus vraisemblable de supposer que la phi-ase de Miron doit être interprétée de la façon suivante : « Le duc... fut tout soudain saisi au bras par le sieur de Montsérié, l'aisné, qui [au moment où leilit duc entra] estoit prés de la cheminée ».
' Discours de ce qui est arrivé à Blois... IJS9 [Arch. cur. de l'kist. de Fr.. 1" série, t. Xll, p. 150).
° A. Favyn, Histoire de Navarre. 1612, in-fol., p. U42.
' Relation de Miron (Loc. cit.).
lève du bras gauche la tapisserie, et, « se penchant pour entrer, d'autant que la dicte porte estoit fortbasse' », il se préparait à s'engager dans le passage assez long el étroit qui menait au vieux cabinet, lorsqu'il aperçoit, « à l'opposite de ce passage », quelques autres des Quarante-cinq-. Il se retourne alors à demi, prenant sa barbe de la main droite ', et pressentant un guetapens, jette sur ceux qui le suivaient un regard scrutateur qui les fait reculer une seconde, « tant le prince estoit craint et redouté '* ». Mais tout aussitôt, ils fondent sur lui : les uns lui saisissent les bras, les autres se jettent à ses jambes, l'un lui tire son épée par le fourreau, et un récit veut que ces gentiihommes aient aclievé de se déshonorer en acceptant le concours d' e( un meschant borgne, tapissier de la chambre du Roy, Guillaume Revillon, qui, détendant à ce moment les tapisseries des appartemens du Roy ' », se précipite sur les épaules du duc, « lui serrant le col de ses bourrelles mains, en le tirant par derrière^ ». En même temps, plusieurs, le poignard à la main, cherchaient à le frapper et l'un d'eux, pensant qu'il fût armé d'une
' Le Martyre des deuv frères... {Arcli. cur. ae l'hist. de Fr., l" série, t. XII, p. 83).
' La vie et faits notables de Henry de Valois... 1589 (Ârch. cur. de Vhist. de Fr., i" série, t. XII, p. 479).
^ Relation de Miron {Lac. cit.).
* Mémoires de la Ligue (15S5-1596), !«' vol. (Bibl. nat., fr. 17281, fol. 194).
" Palma-Cayet, Chronologie novennaire, introduction, coll. Petitot, t. XXXVIII, p. 471.
'■ Le martyre des deu.v frères... {Arch. cur. de l'hist. de Fr.. 1" série, t. XII, p. 83). J'ai retrouvé le contrat de mariage de ce Guillaume Revillon ou Rivilion. tapissier ordinaire du Hoi, avec Anne Forli, IS juillet 1385. Arch. nat., insinuations du Chàtelet, Y 127, fol. 106).
iiKNiiY III Kr i.KS iii:\/tA.\ri:-ci.\(j 287
cluMiiisf (11- mailU's, lui porte un proinicrcoup ù la u^or^'e, lui criant : « Ha ! traistrc, tu t'ii mourras' 1 »
Lt'ijUfl l'iappa If lUfinitT parmi les assassins;' Monlsérié, Sémalt'iis. il t-sl impossiliK' de le dire, élanl donnée la diversité des relations. Mais toutes s'accordent sur riiéroïque résistance de la victime. Se sentant enveloppé et saisi, le duc avait d'abord jeté un appel terrible : a Hé ! mes amis ! » (|ui, se répercutant dans le vieux cabinet, avait été entendu par les gardes postés à la montée de ce vieux cabinet; nous avons, sur ce point, le témoignage de leur lieutenant, M. de Rouvroy, qui l'entendit -. Et comme un sanglier attaqué par des cbienSjil faisait tète, maintenant, se débattant contre ses assassins. Tout de suite, « ayant simplement secoué ses bras, il eu a\uil renversé quatre par teri'e ' », et frappé l'un deu.x, en plein visage, d'un coup de son drageoir *. Il avait essayé alors de dégainer son épée, mais n'avait pu parvenir à la tirer de plus de la moitié du fourreau ', mallieuieusement pour lui, car « quebiues-uns, depuis,
' Relation de M'u-on (Loc. cil.].
■ " Le matin du 23 décembre, à 7 heures, M. de Montclar, exempt des gardes, m'amena les vingt gardes commandés et nous feùiries à la montée du vieux cabinet, sans voir personne, lors que, sur les 8 heures, j'entendis dans ledict vieus cabinet un grand bruit et une voix qui crioit ; « Hé I mes amis ! », dont mes gardes estoient fort surpris et, ne sachant rien, se vouloient porter dans ledict vieux cabinet, mais je leur fis l'exprès commandement de ne bouger de par le Uoy n (Lettre de François de Belleval. sgr de Rouvroy. lieutenant des gardes du corps, à Charles de 8ourliouette du Halde, neveu du valet de chambre du Roi, publiée, sans date, dans Les fils de Henry 11, par le marquis de Belleval, Paris, 1898, p. 120-123).
^ Le martyre des deux frères... {Loc. cit.).
'Documents... sur l'assassinat. Déposition de Péricard (Revue rétrospective, l'« série, t. IV, p. 209).
'■ Davila. Hisloria délie yuerre civili. 1644, t. 1, p. 561.
288 DE gCEUyUES ASSASSINS
qui esloient présens à cette action, ont confessé que, si le duc eust eu son espée à la main, il eust donné de la peine à ceux qui l'attaquèrent, encore que ce fust une chose préméditée et qui s'exécutast par gens résolus' ». Après le premier coup, quoique étouffé par le sang, il cria plusieurs fois : « Ah ! Messieurs, ah ! Messieurs- », et « bien qu'il eust son épée engagée de son manteau et les jambes saisies, il ne laissa pas pourtant, tant il estoit puissant, de les entraîner d'un bout de la chambreàl'autre' », «pensanttoujoursse secouer de leurs mains sanglantes* », et « quand il en pouvoit attraper quelqu'un de ses mains fortes et généreuses, il le jettoit de telle raideur, qu'il en battoit les murailles^ ». Il se défendait même avec les dents et les mordait '. Mais les autres s'acharnaient sur lui avec une fureur sauvage, et, sachant maintenant qu'il n'avait pas de cotte de mailles, multipliaient leurs coups, dont bientôt il fut criblé : un au cou, un au-dessus de la mamelle gauche, un au-dessus du sourcil droit, un au.x reins et quatre peut-être au bas-ventre \ Et il criait : « Oh ! quelle tra-
' Mémoires de la Ligue (1585-1596), 1" vol. (Bibl. nal. 17281, fol. 194).
' Documents... sur l'assassinat... Déposition de P. d'Epinac {Rev. rél., 1" série, t. IV, p. 235).
' Relation de Miron {Loc. cit.).
' Discours véritable de ce qui est advenu aux Êlats généraux de France tenus à Blois en l'année ]5SS... Paris, 1589, p. 20.
' Parlicularitez notables concernantes l'assassinat... Paris, 1589, p. 2G-27.
" Lettre du légat Morosini au cardinal Montalte, citée par Stefano Cosmi, Memorie délia vita di G.-F. Morosini, vescovo di Brescia, Venise. 1676, in-4», p. 465, et par C. 'fempesli, Storia délia vita e gesti de Sisto V, Rome, 1754, in-4°, t. II, p. 130.
' Documents... sur l'assassinat... Déposition d'Etienne Dorguyn (Revue rétrospective, i" série, t. IV, p 2i3). — n Rclacion de lo sucedido en Blés... » (Arch. nat., K1567, n° 1%).
HENIIY III Kl- I.KS nC.\/IA.\Ti:ci.\'j iHO
hison ! (|m'llo triiliison! »' Puis, tout ù coup, coiiiine si les niourtrifrs cussciit coiiiiiris que leur IùcIil' était accomplie, ou comme si l'Iiorreur de leur perfide agression leur apparaissait, ou comme si, enfin, la furieuse défense de leur victime leur en imposait, ils le lâchèrent, et l'on vit le Balafré, les bras tendus, les yeux éteints, la bouche ouverte, comme déjà mort, s'avançant sur l'épée, pointée vers lui. de Laugnac, qui, debout maintenant, le genou replié sur un coflre, le heurtant seulement de sa lame enveloppée du fourreau, le jette au pied du lit du Roi -, sur un lapis de pied% où, après avoir essayé de se retenir en s appuyant contre une pierre de !a muraille, qui demeure teinte de son sang*, il s'affaisse en murmurant : « Ce sont mes offenses ! Mon Dieu ! miséricorde ! »'
lîuise mourut-il aussitôt tombé, ou « demeura-t-il
' Documents sur l'assassinat. Déposition de P. illCpinac {Rcoiic rélros- ^leclive, l" série, t. IV, p. 235).
' De Thou. Histoire universelle, t. X, p. 470-471.
■' Un autre récit veut qu'il ait été « renversé sur un coffre » {Discours véritable de ce qui est advenu aux États généraux de France tenus à Blois, en l'année lôSS. Paris, 1589, in-8», p. iO. — n S'estant fort débattu, ilit d'Aubisné, il vint donner du nez à, terre sur le tréteau d'une petite table u (D'Aubigné. Histoire universelle, éd. de Ruble, t. VU, p. 3y0).
' (( On montre encore, dit un auteur anonyme, au commencement du xvni» siècle, on montre encore dans le cliasteau de Blois une pierre de la muraille contre laquelle le duc s'appuya en tombant et qui fut la première teinte de son sang. Ceus de Lorraine, qui passent par Blois, vont baiser cette pierre, la raclent avec un Cousteau et en emportent précieusement la poussière » {Mémoires pour servir à l'histoire du duc de Guise conservés à la Bibliothèque de l'Arsenal, manuscrits, n» 3441, p. 29). Ce volume porte ene.r libris : Ex musaeo [Jean-Bénigne Lucotte] du Tilliot, 1727 ».
'■ Lettre de Filippo Cavriana à Serguidi, Blois, 31 décembre 1588 (A. Desjardins, Négociations de la France avec la Toscane, t. IV. p. 845). — Documents sur l'assassinat. Déposition de P. d'Épinac {Revue rétrospective. 1" série, t. IV, p. 235).
290 DE IJUELIJUES ASSASSINS
plus d'une Jenii-lieure languissant' » ? Sans admettre une agonie aussi longue, on peut croire, senible-t-il, qu'il n'expira pas tout de suite. Un témoin, Olphan de Gast, posté, comme nous l'avons vu, dans l'escalier intérieur, déclare qu' « au bruit ouy en la chambre du Roy, lui et ses compagnons heurtèrent à la porte d'icelle, qui leur fut ouverte ; et entrant ledict déposant, continue-t-il, vit ledict deffunct seigneur de Guise par terre, ajant six coups, comme l'on disoit. Toutesfois, ledict déposant dit qu'il n'en vit qu'un, qui estoit au costé gauche. Ledict seigneur n'estoit encore mort, duquel ledict déposant s'approcha, luy disant qu'il se souvinst de Dieu et dist son In manus- ». Je dois noter du reste que le rôle, que s'attribue ainsi formellement de Gast, aurait, d'après Miron, été joué par Ruzé-Beaulieu, « qui, apercevant dans le corps du duc quelque petit mouvement, luy dit : « Monsieur, cependant qu'il vous reste « quelque peu de vie, demandez pardon à Dieu et au « Roy »!^; et que, suivant une autre relation, le fait devrait être imputé à M. de Beliegarde, « qui, entrant en la cliambre. dit : « Monsieur de Guise, criez merci « à Dieu et au Roy! » lequel, nonobstant ses blessures, dit par deux fois : Miserere mei, Deux ! et sans passer oultre, mit son poing en sa bouche, comme le mordant, et sembloit desdaigner le nom du Roy ' ».
' Discours véritable de ce qui est advenu aux États ijéitérau.t tenus à Blois, en l'année lôSS, Paris, 1389, p. 21.
-Documents historiques sur l'assassinat... Déposition il'Olphan de Gast [Revue rétrospective, l" série, t. IV, p. 218).
^ Relation de Miron (Arcli. cur. de l'hist. de France, 1" série, t. XII, p. 136).
' Advis de ceux qui ont esté à Blois, Paris, 1589, in-8«, p. 7-8.
HKNUY IM Kl' I.KS ',;r.l/M .V/Ti-C/.VO 291
L.' iliif l'ul-il acln'\('- sur l'onliv irilcmy III .' Il est clillirili' Ji' rat'linncr. Un t'tiil certain est que, Guise loinbi', le Roi s'avança jusque sur le seuil de la porte .il' son i-aliiiu>l. et iMi souleva la portière, sans pénétrer tout (le suite dans la chambre'. Cria-t-il de là : « At'hovez le, achcvez-lc ! «.'Ainsi le rapporte une relalion espai;noIe", paraissant conlii-méo par la déposition d'UlpIian lie Gast, suivant laquelle « il fut dicl à des valets lie garde-robe c|ue l'on achevast le duc et le list. mourir, parce qu'il disoit (|u'il languissoit ^ »: et par le récit de M d Hautel'ort aliiruiant tenir de témoins oculaires (|ue « le Uov demanda à ])lusieurs lois si ledict duc estoit morl. et qu'oyanl diie ([u'il respiroit encore, il commanda qu'on l'achevast' ». Mais deux autres récits ne font en revanche aucune allusion à un ordre de cette nature. « Voyant ce pauvre prince ainsi par ses meurtriers abattu, dit l'auteur du Martyre des deux frères, le tyran commanda à [François] Fontaine, lors varlet de garde-robe, de voir si ce pauvre prince estoit mort; lequel, prompt au commandement, sortit du cabinet et approcha ce prince ; et ayant destourné le pan de son manteau, ([u'en tombant il avoil jeté sur son visage, en luy tastant les lèvres de sa main, comme estant ce pauvre prince au.x abois, soupirs et sanglots derniers de la mort, rendant son âme à Dieu, il remua un peu la teste'. «
' Relation île Miron {Ibid., p. 13fi).
- <i Relacion de lo sucedido en Blés... » (Arch. nat., K 1567, n° 190).
^ Documents historiques sur l'assassinat... Dépusilion d'Olplian de Gast {Rev. rétr., 1" série, t. IV, p. 218).
■* Documents historiques... Déposition de M. d'Hautel'ort [Ibid., p. 220).
' Le martyre des deux frères (Arch. cur. de l'hist. de Fr., l" série, t. XII, p. 84).
292 DE IJUELljUES ASSASSINS
— « Après qiR' le Roy eusl sceu que c'en esloit fait, rapporte, d'autre part, Miron, il va à la porte du cabinet, hausse la portière et, ayant veu eslendu le duc sur la place, rentre dedans et commande au sieur de Beaulieu, l'un de ses secrétaires d'Eslal, de visiter ce qu'il auroit sur luy. Il trouve autour du bras une petite clef attachée à un chaisnon d'or, et dedans la pochette des chausses il s'y trouva une petite bourse où il y avoit douze escus d'or, et un billet de papier où estoient escrits de la main du duc ces mots : « Pour entretenir la guerre en « France il faut 700.000 livres tous les mois. » Les penilants d'oreille du mort lui furent alors arrachés par quelques-uns des Quarante-cinq et « un cœur de diamant fut pris, ce dit-on, en son doigt par le sieur d'Entragues' ». Etait-ce la bague jadis « donnée à M. de Guise par une dame qu'il aimoit », — peut-être, Marguerite de Valois — , et que présenta au roi de Navarre, en lui annonçant la mort du duc. le courrii'r que les amis du Béarnais lui dépêchèrent de la cour'-?
Quoi qu'il en soit, il paraît bien que c'est seulement après que le duc eut expiré que le Roi sortit de son cabinet pour pénétrer dans sa chambre. Il se serait alors avancé, une épée nue à la main, vers le corps de son rival : « Mon Dieu! qu'il est grand, aurait-il dit; il paroist encore plus grand mort que vivant! » Et il l'aurait frappé du pied au visage, puis lui aurait porté un coup d'épée\
' Relation de Miron {l/jid., p. 130). — Histoire au vray du meurtre... 1589, p. '.16.
' De Thou, Histoire universelle, trad. fr. de 1734, t. X, p. 492.
' Le martyre des deuv frères (Arck. cur. de l'hist. de Fr., i" série. t. XII, p. 84). — Registre-journal de P. de VEstoile il574-l5S9). yotice
HKMIY Ml KT LKS ni .\JlÀ.\lh:cii\n 293
Sur le mot iirèlt- au Koi et. le coup ilo pied donni' par lui à son rival, je n'ai rien à dire, encore que ce dernier geste puisse l)ien être renouvelé de celui attribué au duc de Guise. lors de la Sainl-Barthélemy. Mais je doute Ibrtdu coujid'épée, etce doute m'est inspiré parun récit, qui, lourmillanl, je le reconnais, d'inexactitudes, nous rapporte pourtant, sur le point qui nous occupe, un détail assez vraisemblable. Ce récit est celui que nous devons à l'ambassadeur d'Espa^^ne, Bernardino de Mendo(;a.
« Le Roi, raconte Bernardino de Mendo(;a, envoya appeler le duc pai' Hevol. M. de Guise dit aux membres du Conseil (|ue le Roi le demandait poui' allei' à la chasse ou à Notre-Dame de Cléry. Quand il entra dans le cabinet, le Roi lui adressa la parole, et le duc ayant tourné le dos pour sortir par la porte où se trouvaient seize des Quarante-vinq, le Roi dit à haute voix : « Poltron, tu dis que je n'ai pas de courage ! Tuez-le ! » Et il tira une dague, en se précipitant contre le duc de Guise, au moment oîi les seize l'assaillaient. Le colonel AU'onso Corso, qui était derrière un lit, caché, surgit alors et, retenant le Roi, lui dit qu'il ne se salît pas les mains dans le sang d'un traître'. »
De cette relation presque enti'eremenl fausse, comme je le disais et comme on le voit maintenant, est-il toutefois défendu de retenir cette particularité que, lorsque le Roi voulut se livrer à l'acte déshonorant de frapper
et extraits d'an nouveau manuscrit conservé à la Bibliotlièque nationale. (Mémoires de la Société de l'histoire de Paris, t. XXVH. 1900, p. 21). — Assassinat du duc et du cardinal de Guise. — Helation de Jean Patte, bourgeois d'Amiens {Bulletin de la Société de l'histoire de France, t. I. 1834. 2« partie, p. 77 et suivantes).
' « Relacion de lo sueedido en Blés... u (Arcli. nal., K, 1507, n» 196).
294 DE OUKl-'JL'KS ASSASSINS
un ennemi désarmé, il en fut empêché par Alfonso Corso ? C'est peut-être de quoi se vantait plus tard Ornano, devenu gouverneur de Pont-Saint-Esprit, lorsqu'il affirmait au fils du Balafré, allant prendre possession du gouvernement de Provence, qu'il n'avait aucunement trempé dans le meurtre de son père '.
D'une manière générale, d'ailleurs, rien n'est plus difficile que d'être exactement renseigné sur les faits et les gestes d'Henry III après l'assassinat, et rien n'est plus malaisé que d'en fixer précisément la chronologie. Qu'on se représente le tumulte qui dut succéder à l'horrible scène qui venait de se jouer, les allées et venues des divers acteurs, le trouble et la confusion des témoins, et l'on comprendra aisément qu'il est presque impossible de coordonnei- en une suite rigoureuse les récits qui nous en sont parvenus.
D'après un grand nombre de ces récits, aussitôt après la mort du duc, Henry III se serait rendu chez sa mî-re, pour l'en informer.
Il semble bien cependant qu'après avoir contemplé le corps de son adversaire, le Roi soit rentré en son cabinet et y soit demeuré quelques instants.
Certaines relations veulent que c'ait été pour donner, — • par écrit, dit même l'une d'elles, — des ordres d'arrestation contre les principaux membres et serviteurs de la maison de Guise. Mais ces ordres avaient été certainement donnés par avance, et tout au plus peut-on admettre que le Roi les ait alors envoyé confirmer par l'un de ceux qui l'entouraient.
' Histoire de la Lir/iie pen'l/uil les années l:>il7-l'}S9 (Bil)l. nal,, fr. 10270. fol. 77 V»).
IIKNUY MI KT I.RS ijL'A/tANTEChMj '.i'Jt
A vrai iliii', ils avaient commencé déjà à s'exécuter. Aussitôt, d'abord, qu'avait été perçu, dans la salle du Conseil, le bruit, « comme d'un trépignement de pi(>ds », qui se faisait dans la chambre du Hoi, tous les membres du Conseil s'étaient levés, et rarcbevè(iue de Lyon, jetant le papier qu'il tenait à la main sur la table et criant : « Tout est perdu ! », s'était précipité vers la porte des appartements royaux (|u'il essaya vainement d'ouvrir, mais à Iravers la(|uelle, en y collant l'oreille, il avait distinctement entendu les derniers appels de la victime et sa chute. « Et lorsqu'il remit la teste en la chambre du Conseil, elle estoit déjà pleine d'archers '. » Le cardinal de Guise, qui, tout de suite, s'était écrié : « Ah! On tue mon frère! » et avait, dit-on, voulu fuir, en avait été empêché par le maréchal d'Aumont qui, l'épée à la main, lui avait dit : « Mé-IJieu, ne bougez. Monsieur ! Le Roy a affaire de vous ! - » Vainement le prélat se jeta-t-il entre les bras de l'enseigne de la garde écossaise, Hamilton, le suppliant : « Mon capitaine, sauvez-moi la vie!^ » Quand d'Épinac était revenu se placer, debout, au haut de la table, le cardinal était déjà arrêté, et l'archevêque le fut presqu'aussitôt après par un exempt des gardes.
D'autre part, quelques instants avant le meurtre, sortant affolés de la chambre de M"^ de Nemours, à laquelle ils étaient venus faire part des sinistres pres-
' Documents historiques sur l'assassinat. Déposition de JI. d'Épinac (Revue rétrospective, i" série, t. IV, p. 233).
' Relation de Miron [Arck. cur. de l'kist. de Fr., i" série, t. XII, p. 136).
^ Documents historiques sur l'assassinat. Déposition de Bernardin de Codanique. (Revue rétrospective, 1" série, t. IV, p. 20i) .
sentiments qui les agitaient, Péricard et M. d'Hautefort avaient déjà rencontré les sieurs de Clermonl-d'Enlragues ' et de Châteauvieux ^ « allans et venans par le chasteau et qui posèrent à la porte de ladicte dame dix ou douze Suisses, avec commandement de ne laisser entrer ny sortir personne » ; et peu, après, Péricard lui-môme avait été arrêté par M. de Châteauvieux*.
A la même heure, on s'assurait de la personne du prince de Joinville, fils aîné du duc, que le grand-prieur de France avait attiré chez lui pendant l'assassinat, sous le prétexte d'une promenade à cheval et pour lui enlever toute possibilité de fuir '.
Nous n'avons aucun détail sur l'emprisonnement de MM. de Nemours, d'Elbœuf, de Brissac, de Bois-Daupiiin, de Saint-Aignan '', de la Bourdaisière ', et nous savons seulement que le cardinal de Bourbon, trouvé chez lui au lit, avec la goutte, reçut des gardes à sa porte'. Mais nous possédons, en revanche, plus de renseignements sur l'arrestation des députés du Tiers suspects au Roi, arrestation qui nous a été contée par l'un d'eux, Michel Marteau, seigneur de la Chapelle, avec une couleur inimitable.
' Charles de Balsac, seigneur de Clermont-Soubiran.
' Joachim de Châtcauviuux.
' Documents historiques sur l'assassinat. Dépositions de Jean Péricard et d'Edme d'Hautefort {Ibid., p. 210-2U, 219).
' DeThou, Histoire universelle, trad. fr. de 1734, t. X, p. 472.
' Leonor de Beauvillier. comte de Saint-Aignan.
° Georges Babou, seigneur de la Bourdaisière.
1 Histoire au vray du meurtre et assassinat... 1589, in-8». p. 99-100. — Particularilez notables coiicervantes l'assassinat... Clu'ilons. 1589, in-8°, p. 32, 34. — « Rclacion de lo sucedido en Blés... » (Arcli. nat., K 15G7, n» 19tj).
IIF.N'IIY III K.T I.KS (jC.l/tAXTKCiyiJ -Jl
« Monsii'ur Michel Marlcau, est-il exposé dans sa déposition, laite devant le parlement de Pans, le 2i juin l.")89. Monsieur Mieliel Marteau, conseiller et maistre ordinaire eu la Cliaiiibre des comptes, prévost des marchands de Paris, âgé de trente-quatre ans, après serment de dire vérité, a dict que le vendredy, vingttroisième jour de décembre dernier passé, estant le déposant à Blois, sur les six à sept heures du matin, scroit party de son logis pour aller au lever de M. de Guise, et auroit trouvé le sieur de Rossieux qui Tauroit adverty comme le sieur de Guise estoit jà allé au Conseil et qu'il craignoit fort qu'il n'y eust quelque malheur, d'autant que Entragues estoit entré ce jour-là de fort bonne heure chez le Roy et que les Quarante-cinq estoient en la chambre, et toutes les gardes le long de l'escalier. Lors, le déposant se retira en la chambre de ville, où se faisoit l'assemblée du Tiers estât, en laquelle le déposant avoit cethonneur de présider... Et estant assis comme les autres députés du Tiers estât, l'huissier vint dire audict déposant que le sieur de Sainct-Martin Hotman ' estoit à la porte, qui luy vouloit dire chose d'importance ; sur quoy, estant le déposant sorty à l'entrée de la salle, ledict Sainct-3Iartin luy dit qu'il y avoit fort grande rumeur auchasteau et que l'on fermoit les portes. Lors rentra le déposant et se seroit remis en sa place, et fit entendre à la compagnie qu'on luy venoit de rapporter qu'il y avoit grande rumeur au chasteau et que les portes en estoient fermées, priant la compagnie de ne se point
* « Commission au siour de Sainct-Martin Hotman. pour être interprète en langue germanique pour les lansquenets logés au faubourg Saint- Jacques u, 29 juin 1589 {Registres des délibérations du bureau de la ville de Paris, publ. par Bonnardot. t. IX, p. 388).
estonner et quil espéroit que ce ne seroitrien. Au mesinc instant, entra un messager de Dijon, qui en dit autant au sieur Estienne Bernard, député de Dijon, sur quoy luy déposant, comme président, pria le capitaine La Fosse', député de Caen, et le sieur de Nanteuil ', greffier desdicts Estats, d'aller jusques au chasteau voir ce qu'il enestoit, et voyant que la compagnie s'estonnoit et (]ue la plus grande partie se vouloit retirer, les pria derechef de demeurer, leur remonstrant que, s'il leur devoit arriver quel(iue malheur, qu'il n'y avoit plus belle sépulture que de mourir au lieu où ils estoienl. Au mesme instant, vint un des domestiques dudict déposant, lequel l'advertit ([u'il eust à se retirer et que, sans doute, il y avoit (|uelque malheur au chasteau. Et lors, et environ entre 8 et 9 heures du matin, entra le sieur de Richelieu % grand prévost de l'hostel, lequel demeurant à la porte dit : « Messieurs, personne ne bouge ! « L'on a voulu tuer le Roy ; il y a deux soldats qui sont « pris! » Et lors, la compagnie s'estonnant et quelques uns se voulant lever, ledict grand prévost mist l'espée au poing, suivy de trente ou quarante, tant de ses archers que des soldats des gardes françoises à pied, ayant la mesclie sur le serpentin et les picques dressées contre la poitrine des députés, criant : « Tue, tue, « mort-Dieu, tue ! que personne ne bouge ! » Le déposant
' Nicolas Le Pelletier, sgr de la Fosse, conseiller et échevln de Caen. (Noms, surnoms et qualités de ceux qui ont été élus pour être députés aux Etats généraux do 1388, dans Mayer, Des Etals généraux, t. XIV,
' Jean Courtin, sgr de Nanteuil, député du tiers du bailliage de Blois (Ibid., p. 337).
' François du Plessis. sgr de Richelieu.
HKNHY III i:r I.RS ij('.\nA.\Tr:ci.\tj -i'JO
tioma inoxt'ii do s';iv;uu"er où osloit le grand prôvosl, fl. luy demandant ci- (iii'il \ouloil Taire, le pria de remettre i'espéeaiil\)urrean, l'asseuraiit sur sa vie et son honneur iiue, au niesnie temps, il ieroit remettre tous les députez en leurs places. .\ (|uoy ledict grand prévost, demandant s'il luy promettoit, tire au mesme instant de sa pochette un petit roole, el, se tournant vers ledict déposant \u\ dil : « Vous estes le ]ireiiiier accusé <i d'avoir voulu tuer le Rov ; je dis vous, monsieur le pré- « sident de Ncuilly, monsieur Compans ', monsieur « Dorléans ', le président du Verger, de Tours ', Le Roy, « lieutenant d'.Vmiens'', et de Vert° ». Ne se souvient autrement s'il y en avoit d'autres. A (|uoy respondit ledict déposant ([uil louoit Dieu et cjuil espéroit que liienlost soTi innocence seroil reconnue VX eslans luy déposant, les sieurs de Neuilly, Comiians et le Roy", saisis par les archers du grand prévost, sans leur donner autre loisir de prendre leurs manteaux et chapeaux, pour la grande pluye qui tomhoil, furent menez tort rudement et indignement jusques au chasteau, à
' Jean de Compans, échevin de l'aris (Documents historiques sur l'assassinat. Disposition de Jean de Compans : Rev. rél.. d'» série, t. IV, p. U-6).
' Louis Dorléans, avocat au parlement de Paris,
^ Gilles du Verger, lieutenant général au bailliage de Touraine, président du siège présidial de Tours, maire de Tours, en t58fi (Des Etais flénêraux, t, XIV, p, 330. — H. Lambron de Lignim, Les Maires de Tours. 1847, in-4°, p. 44).
* Vincent Le Roy. lieutenant général au bailliage d'Amiens (Baron île Calonne, Histoire de la ville d'Amiens. lUUU, in-8», t. Il, p. 74, 79),
" Philippe de Vert, avocat au bailliage de Troyes. conseiller en l'échevinage de cette ville (T, Bouliot, Histoire de la l'ille de Troyes. 1880. in-8°. t, IV, p. 154. loS, 163).
"Dorléans, Du Verger et de Vert, qui n'étaient pas présents à la séance, réussiront à s'échapper de Blois.
300 DE nUELoUES ASSASSINS
l'entrée duquel trouvèrent toutes les gardes, tant suisses que françoises, en bataille et les portes du chasteau fermées'. »
Aussitôt après l'assassinat du duc, et après être, donc, rentré, comme je l'ai dit, dans son cabinet, le Roi fit-il comparaître le cardinal de Guise"? Cela est faux. Mais, ainsi que nous le verrons, il est beaucoup moins invraisemblable qu'il ait donné dès ce moment aux Quarantecinq l'ordre d'aller tuer le prélat.
Ce qui est est certain, c'est que très peu après le meurtre, Henry 111 fit introduire auprès de lui les membres du Conseil, autres que le cardinal et d'Epinac. Ce dernier rapporte en effet qu'il venait à peine d'être arrêté, lorsque « sortit de la chambre le sieurde Laugnac, en collet, sans manteau, la tète nue, qui vint dire que ledict sieur de Guise estoit mort et qu'il avoit longuement tiré à la mort» ; et presque aussitôt, ajoute-t-il, « l'on vint appeler Monsieur le cardinal de Vendôme et les autres du Conseil, ausquels ledict archevesque de Lyon dit tout haut : « Messieurs, dites au Roy que nous sommes « icy et qu'il ordonne bientost ce qu'il veut faire de « nous^ » Et il est très probable qu'Henry III, s'adrcssant
' Documents historiques sur l'assassinat du duc et du cardinal àv Guise à Blois. EnquiHe criminelle : déposition de Michel Marteau, seigneur delà Chapelle {Revue rétrospective, i'° série, t. IV, p. 225-227). — iSous dépeignant la scène de l'arrestation des députés et l'ellroi de leurs collègues : « Les uns, nous dit un document, avoient l'hallebarde au col, Tespée à la gorge, les autres se sauvoient par-dessus les maisons, quelques-uns, avec leurs robes et bonnets, sautoient lesfenestres ducosté de la maison du concierge, trois ou quatre se cachèrent dans des fagots, où ils furent un jour et demi. » {Discours véritable de ce qui est advenu aux Etats généraux de France tenus à Blois, en l'année iôSS. Paris. 1589, in-8«, p. 23-24.)
- Documents historiques sur l'assassinat. Déposition de M. d'Kpinac {Revue rétrospective, !'• série, t. IV. p. 236).
llKMiV III II I.KS nr.\/i.\.\rKcr.\o .toi
parliruliî'ivnu'nt auiartliiial do Vendôme, exprima alors avee éneriiie à lui et à ses collJ'siies sa voionlé d'être désormais ohéi l'oinme le seul Hoi'.
D'autre part trois épisodes seiiihleiit liieii pouvoir se placer vers ce moment.
Le premier eoneerne l'un des deux auniônii'rsenfermi's dans l'oratoire. Etienne Dnriiiiyn, ([ui, en étant sorti sur r;i\is(|ut' M du llalde \ lut lui donner et à son compagnon de la luoil de .M. de (iuise, ne put se retenir de s'écrier : « Jésus ! le jj^rand lualheur ! >■ <' Quoy ouy par le Rov, il demanda si cest aumosiiier esloit de la Lii^ue et quel |)ropos il avoittenu'. »
Une deuxième scène, que peut seule expliquer l'émotion du premier moment et que notent d'un mot les documents qui nous la rapportent, est celle jouée par le Roi « si oultré de contentement qu'il s'appariaà un simple garçon de sa chambre, luy disant : « Massé, j'ay occasion main- « tenant de me resjouyr, puisque j'ay tué mon compa- « gnon ^ ! »
Mais de tous les incidents immédiatement consécutifs au drame, le plus vivant et le plus poignant est la première entrevue du Roi avec un de ses plus intimes familiers, M. de Beauvais-Nangis, que nous trouvons retracée dans les Mémoires de ce dernier. « Prévoyant ce matin-là un malheur, rapportent ces Mémoires, M. de Beauvais- Nangis se leva à 5 heures et envoya quérir M. de Dam-
' De Tliou. Histoire universelle, trad. fr. de 1734, t. X, p. 471-472.
' Documents historiques sur l'assassinat. Déposition d'Etienne Dorguyn (Rev. rélr.. l" série, t IV, p. 2i2).
' Particularitez notables concernantes l'assassinat... Chùlons. 1589, p. 31.
302 DE IJUKLIJUES ASSASSINS
pierre', quiesLoilt'oi'L soiiamy,le priant d'aller ensemble au chasleau pour affaire importante, laquelle néantmoins il ne luy dist point. Ils entrèrent entre 6 et 7 heures du matin dans le chasteau, où un des archers de la porte entre ouvrit et luy refusa la porte ; enfin M. de BeauA'ais-Nangis le forra et voulut luy arracher la barbe, mais M. de Montigny, qui estoit capitaine de la porte, l'en empescha, luy faisant néantmoings des excuses, parce qu'il estoit en telle faveur que, s'il s'en fust plaint, ledict sieur de Montigny craignoit que le Roy ne s'en prist à luy. Ils montèrent droit à la chambre du Roy, oà, sur le haut du degré, ils trouvèrent le cardinal de Guise et l'archevesque de Lyon, cjue M. de Larciiant, capitaine des gardes du corps, menoit prisonniers. Entrant dans la chambre du Roy, il vit le duc de Guise mort, qui sembloit seulement dormir, tant il estoit peu changé. Il entra au cabinet, où d'abord le Roy luy dit : « Eh ! bien, « Beauvais, je peux dire maintenant que je suis Roy ! » Il respondit : « Je prie Dieu, Sire, que tout réussisse à « vostre contentement. » Le Roy luy commanda d'escrire à Tachv" et à Saint-PauP, partisans du duc de Guise, pour les retirer à son service. 11 entra dans la garde-robe pour escrire, où le Roy survint, luy vit les larmes aux yeux, et luy dit : « Comment, vous pleurez? » Il répliqua ; « Sire, Vostre Majesté sçait que je n'ay autre « but, ny autre intérest que vostre service, mais la pitié « de ce que j'ay veu et le malheur que je prévoys qui
' François de Cugnac. baron de Danipierre.
" Nicolas de Roux, seigneur de Tachy, capitaine aux gardes, mestre de camp.
^ .\ntoine de Sainl-Paul, dit le maréchal de Saint-Paul.
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(< arrivora iiu' tiroiil dos larmes des veux. » lie Rov luv répliqua : « Jv donnerai l)On ordre ■.»
C est a]irt's les divers é|iisodes (jue je \ iens de laconler, et après eux seulement, (|u'il faut, donc, placer, je crois, la visite l'aile — probablement en compagnie du cardinal de (jondi — par Henry III à sa mère, pour lui annoncer la mort du duc de Guise. Annoncer la mort, dira-t-on? N'e la savait-elle pas déjà et n'était-idle pas complice de ce nouveau crime? N'ayant aucun document nouveau à verser au débat, je ne peux rien dire sur cette question de la complicité de Catherine de Médicis. Jusqu'ici elle n'est en somme accusée que par Miron, et encore c(dui-ei le t'ait-il avec la préoccupation trop marquée d'atténuer la responsabilité d'Henry HI pour (ju'il soiL permis d'accorder aveuglément crédit à son dire -. L'on peut affirmer, dans tous les cas, que, si elle conseilla un jour à son fils ce moyen extrême, elle ne fut mêlée en rien aux décisions suprêmes et aux derniers préparatifs du meurtre. Cela ressort des divers récits de l'entre\ue de la mère et du lils, quels qu'ils soient, mais surtout de celui de l'ambassadeur de Florence, qui emprunte une valeur toute particulière à ce fait que le narrateur fut le témoin de ce qu'il nous rapporte.
Car, dil-il, « dès que le Roy vit son rival mort, il descendit à l'étage inférieur, chez la Reine-mère, et me rencontrant me demanda en particulier de ses nouvelles. Je lui répondis qu'elle allait bien et (|u'elle avait seule-
' Mémoires du marquis de Beauvai^-Xangis. éd. Monmerqué. 1862, in-8°. p. 4o-tli,
" Relation de Miron [Arch. ciir. de l'hisl. de France. 1'» série, t. XI, p. 120-121).
ment pris une légère médecine. S'avanrant vers elle, il lui dit alors, avec le visage le plus assuré elle plus calme du monde : « Bonjour, madame, je vous prie de me pardonner. M. de Guise est mort et on n'en parlera plus. Je l'ai fait tuer, n'ayant fait que prévenir le même dessein qu'il avait formé contre moi. Je ne pouvais plus tolérer son insolence. J'avais bien essayé de la supporter pour ne point tremper mes mains dans son sang-; j'avais oublié l'injure qui me fut faite le 13 de mai, qui fut un vendredi, jour où il me força de fuir de Paris ; j'avais encore oublié qu'il avait voulu attenter à ma vie, à mon honneur et à mon pouvoir. iMais sachant et ayant la preuve à toute heure qu'il sapait et menaçait de nouveau — ce sont ses propres expressions — • mon autorité, ma vie et mon État, je me suis résolu à cette exécution, laquelle j'ai longuement roulée en mon esprit, me demandant si je devais l'accomplir ou non. Cependant, voyant que ma patience me tournait à honte et déshonneur et que chaque jour se multipliaient ses offenses et ses perfidies, j'ai été à la lin inspiré et aidé par Dieu, auquel je vais maintenant rendre grâce à l'église, au saint sacrifice de la messe. A qui que ce soit de la Ligue qui me parlera de ce qui s'est passé, j'en ferai autant qu'à M. de Guise. Je veux décharger mes peuples, je veux tenir les Etats, mais je veux aussi que ceux-ci parlent en sujets et non en souverains. A la famille et à la maison de M. de Guise je ne veux pas de mal ; j'aiderai et favoriserai les ducs de Lorraine, de Nemours, d'Elbeuf, et M"" de Nemours que je sais m'être fidèles et affectionnés. Mais j'entends maintenant être roi et non plus captif et esclave, comme j'ai été depuis le 13 mai jusqu'à cette
HKNEIY III Kl' l.tS of.l/M.Vri-C/.Vy 30b
lu'iirt', où je conuiiciu'e à ètro de nouveau roi el mailre. .l'iii lionne des i;ai'ile.s au priaei! de Joinville, aux ducs de Nemours el d'Kll)euf et à M'"" de Nemours, non pour leur nuire mais [tour ma propre sécurilé. J'ai agi de même vis-à-vis du l'ardiiia! de (luise et de rar('lievè(|ue de Lyon, el du cardinal de Bourbon, mon onde. A ce dernier je ne ferai aucun mal, mais je le mettrai en tel lieu (ju'il ne pourra me nuire. Je poursuivrai avec ai'deur la guerre conlre les huguenots, car je veux extirper l'hérésie de mon myaumc »
Et ayant ainsi parlé, ajoute l'amhassadeur lloi'eiitiii, « sans faiblir et sur le même ton de fermeté, le Roi s'en alla, ne paraissant nullement troublé ni de visage, ni d'esprit, ce qui à moi, qui étais présent, parut vraiment merveilleux. Et je m'en fus, tout songeur, rélléchissanl à la douceur que doit avoir la vengeance, qui peut ainsi ranimer un esprit et éclairer un visage'. »
Le récit de l'agent llorenlin ne nous donne pas malheureusement la réponse de la Reine-mère à ce long discours. Et c'est dommage, car on sait quelles variantes" les documents nousoll'rentde cette réponse, variantes qui se sont finalement cristallisées en la célèbre phrase : « Mon (ils, c'est bien taillé, mais il faut coudre! » Au fond, il n'est guère possible de dire si la Reine approuva
' Lettre de Filippo Cavriana à. Serguidi, secrétaire du srand-duc de Toscane, Bluis, 24 décembre 1588 (A. Desjardins, \égociations de la France avec la Toscane, t. IV, p. 842-843).
' La réponse la plus vraisemblable est peut-être celle i|uo prèle i la Reine l'ambassadeur vénitien : « Mon lils, cela me fait plaisir, pourvu « que ce soit pour le bien de l'État » ; et elle ajouta avec un soupir : « Du ic moins, je le désire ardemment u (Lettre de Giovanni .Mocenigo. du 26 décembre lo8S. citée dan.s .V. Baschet, De la diplomalie vénitienne. 1862, in-8°,p. 598).
306 DE (jUELyUES ASSASSINS
OU non l'acte de son fils et tout au plus peut-on admettre qu'elle lui donna quelques avis sur les moyens de parer à la situation périlleuse oii il s'était mis par l'attentat qu'il venait de commettre.
Le Roi ne dut pas rester très longtemps chez la Reine, et nous en avons une bonne preuve dans les dépositions, que j'ai déjà plusieurs fois citées, de ses deux aumôniers. « Le Roy s'estanl desparty de son cabinet... et estant allé vers la Reyne-mère, disent ces dépositions, l'un desdits aumôniers, M" Claude de Bulles, ayant froid, sortit de l'oratoire, et apercevant l'un des serviteurs de la chambre du Roy, le pria de faire du feu, ce qu'il fit. » Mais c comme il se chauffoit, ajoute le texte, le Roy revint incontinent, et craignant d'estre aperceu de luy tout revestu de son aube, ledict déposant se retira' ».
C'est après le retour d'Henry III dans son cabinet, et pendant les quelques instants qu'il y demeura, que doit se placer l'arrivée dans les appartements royaux des députés du tiers état faits prisonniers par Richelieu, et que nous avons laissés au moment où ils parvenaient à la porte du château. « Le guichet duquel leur ayant été ouvert, continue le récit de La Chapelle-Marteau, les sus-nommez furent conduits par le grand escalier, à l'entrée duquel trouvèrent M. de Dunes, botlé et esperonné, pasle et défaict, lequel, bien qu'il eusl accoustumé de parler, saluer et faire bon visaige audict déposant, ne daigna pas le regarder. Et arrivez à l'entrée de la salle où se lenoit le Conseil, rencontrèrent les
' Documents historiques sur l'assassinat. Déposition de Claude de Bulles {Revue rétrospective. 1'" série, t. IV. p. 224-225).
II1;MIY III KT l.KS (,11 .\/t.\.\TfCf.\V 307
Ordinaires, ([ui sorloienl en fouli', rians et gaussans ensenibli'inenl ; puis entrèrent en ladicle salle, conduits par le prévost de l'iioslel, dans laquelle ils trouvèrent grand'partie de ceux ([ui avoient accoustumé d'assister au Conseil, eslans debout, fort pasles et estonnez, la porte de la chambre du Roy ouverte. Et estans menez jusques à la porte du cabinet, ledicl grand prévost leur commanda d'attendre, à l'entrée de laquelle porte ils virent deux grands tas de sang fumant. Et lors le président de Neuilly ilil aux députez : « Hé! mon Dieu, il y a « (]uelque malheur icy. » Et après avoir séjourné quelque peu de temps en ladicle chambre, les Quarante-cinq rentrèrent, regardans lesdictes personnes les unes après les autres. Puis vint un valet do garde-robe, avec un flacon d'argent plein d'eau et un balai, qui nettoya ledict sang. Laugnac, sorty du cabinet, demeura quelque temps à veoir et contempler lesdicts prisonniers. Aussi, au mesme instant, le sieur de Merle, s'approchant d'eux, dit audict déposant qu'il eust voulu estre cent pieds sous terre; et le sieur de la Mauvissière', s'approchant dudict déposant, luy demanda en ces mesmes mots : « Hé ! bien, avez-vous veu le corps de M. de Guise? » A quoy le déposant respondit : « Comment! est-il mort? » Ledict La Mauvissière dit : « Ouy, le Roy l'a fait « mourir. » A quoy le déposant fit responce : « Voilà un « pernicieux conseil ! » Et au mesme instant, enteiulit que l'on avoit mandé à Nambu, huissier, qu'il allast faire dresser promptement des potences et eschatl'aux ; et estant Nambu sorty, fut appelé et luy fut derechef
' Micliel do Caslclnau. ssr de la Mauvissière. l'auleur des Mémoires.
308 DE IJUELIJUES ASSASSINS
commandé que ce fut en la plus grande diligence, que faire sepourroit. Et dix heures sonnant, M. deLarchant, sortant du cabinet, demanda s'il y avoil là (|uelrjue exempt, et le sieur Hamilton, enseigne de la compagnie des gardes dudict sieur de Larcliant, se présenta, entre les mains ducjuel furent mis les prisonniers, avec défense audict Hamilton de les laisser parler à personne'. »
De ce récit il ressort deux choses : la première, c'est que le Roi, bien qu'étant dans son cabinet, ne voulut pas recevoir les députés et qu'il se borna à faire transmettre ses ordres à leurs gardiens ; — la seconde, que, contrairement à certains récits, le cadavre du duc de Guise n'était plus alors dans la chambre. « On lit entrer messieurs les députez du tiers estât, dit un de ces récits, dans la chambre dudict massacre, oîi estant aperceurent le sang du prince martyrisé ; et s'estant enquesté M. le prévost des marchands de ce que ce pouvoit estre, l'un des enfans du père de mensonge luy dit que c'estoit une bouteille de vin espandue... Un autre s'approchant dudict sieur prévost, voyant que de plus près il le regardoit et jugeoil que pour le certain c'estoit du sang, luy dit : « Ne « l'avez-vous point veu ? » Ledict sieur prévost lui respond : « Qui ? » L'autre réplique : « M. de Guise ; il « n'est pas à trois pas de vous, tout roide, mort en « ceste ruelle (monstrant le lit du traistre Henry) ; il esl « couvert d'un vieil tapis "". »
Il y a là certainement un détail inexact, car il n'est
' Documents historiques sur l'assassinat. Déposition de Michel Marteau, sgr de la Chapelle (Revue rétrospective, l" série, t. IV, p. 228- 229).
' Le martyre des deux frères (Arch. cur. de l'Iiixt. de Fr.. i" série. t. XII, p. 87-88). — Assassinat du duc et du cardinal de Guise. Rela-
HI'.N'IIY III K.r I.KS nr.\/IA,\rf:-CIIVl,i -W'J
giii'iT iloull'ux (lue II! cadavre du duc, qui, lout de suite après l'assassinai, avait pu èlre « li-aîné derrière un coHVe », ou « dans la ruelle du lit ». axait iléjà alors été transporté dans l;i !i;aide-rol»e du Koi. Ce transport dut se l'aire ou bien pendant que le Roi était chez la Reine-mère, ou bien aussitôt après ([u'il en fut revenu. Et la cliose nous est encore conlirméi; par la déposition des deux aumôniers. Chassés d'auprès de la cliciiiiiiéc. où ils s'étaient installés, ])a!' le subit relour du Roi, M"** Dorsfuvn et (!<■ lUilles. avant entendu celui-ci s'éloigner, pour la seconde l'ois, après le départ des députés, l'etournèi'ent tout de suite se chaull'er. « Or à ce moment, racontent-ils, un g-arçon de la chambre leur demanda s'ils vouloient voir le corps mort du sieur de Guise, ce qu'ils accordèrent, et entrèrent en un petit cabinet, (|ui est dans le cabinet mesme du Roy, où il leur monslra le corps enveloppé en un drap et couvert d'un tapis de Turquie. M" Doi'fiuyn récita alors un De profanais pour l'àme du detl'unct », et M'= Antoine Portail, chirurgien du Roi, étant survenu, « (jui pleuroit fort et monsti'oit contenance d'estre fasclié de ce (|ui estoit advenu », les deux hommes « descouvrirent le tapis et le linge, et ouvrant le pourpoint dudict deffunct sieur de Guise, le desboutonnèrent, et visitèrent une partie des playes qui avoient esté faictes au corps dudict defïunct ». « Et à l'instant, termine le texte, un autre garçon de la chambre vint dire à ~SV' de Bulles qu'il chantast la messe, et que le Roy alloitouyr la messe enlachappelle du chasteau'. »
tion lie .Ipan Palle, bourgeois i.r.\miens (BuUetiu de la Société de l'histoire de France, l. I, 1834, 2° partie, p. 19). • Documents liistoriques sur l'assassinat. Déposition de Claude de
310 DE OUELQUES ASSASSINS
C'est en effet à la chapelle Saint-Calais, et non à l'église Saint- Sauveur, comme l'affirment certains récits', que, quittant ses appartements, se rendit le Roi, en passant par la Perche-aux-Bretonsv II était alors, on peut le croire, en compagnie du cardinal de Vendôme, mais il faut en revanche faire décidément justice de la légende qui nous le représente retrouvant, à l'issue de la messe, le légat du Pape et « se pourmenant et parlant longuement avec lui, se riant parfois à la veue d'un grand nombre de peuple qui les observoit^ ». D'une lettre même de Morosini il ressort, en effet, que cet incident, souvent rapporté, doit être tenu pour faux. Appelé en hâte au château, peu d'instants avant le drame, par M""" de Nemours, le prélat en trouva les portes fermées. Il parlementa, disputa, et, à la fin, put seulement obtenir qu'on prévînt le Roi de sa présence. Mais celui-ci, « qui arrivoit à ce moment en la chambre de la Roynemère », lui envoya, de là, le cardinal de Gondi, pour l'avertir qu'il ne pouvait le recevoir; « auquel cardinal il dit : « Monsieur de Paris, je ne sçay si Monsieur le « Légat sçait comment j'ai accommodé M. de Guise. « Allez le lui faire entendre bien au long, et luy dictes « qu'il ne doit le trouver mauvais, car si j'eusse creu « le conseil du Pape, il y a plus de demy-an que c'en
Bulles et d'Élicnno Dorguyn (Reine rétrospective, i" série, t. IV. p. 222tlâ, passim).
' Discours de ce qui est arricé à Blois [Arch. cur. île l'Iiist. de Fr., i" série, t. XII, p. 153).
' De Thou, Hisl. universelle , t. X. p. 473.
^ Discours de ce gui est arrivé à Blois... 1588 {Arch. cur. de l'Iiist. de F»-., l"série, t. Xll, p. 153).
HKNMIY III Kl l.KS Ol'A/l.lXT/CCIX'j Jll
« fusl liiicl ' •' Va ilaiis la joiii'iit''(', probaljlcinciil, il écrivail U' siiiiiulicr liilli't, (IdiiI Morosini nous a laisstle texle eu italien, sans (|iit' j'aie jui (It'iiii'lir si c'csl cii celte langue ou en français (|u'il tut t'cril, mais dont voici dans tous les cas la Iraduflion :
Monsieur le Légat, Je suis maintenant roi et suis résolu à ne plus désormais soulTrir ni injures, ni violences. Je ferai sentir à qui que ce soit qui voudra me nuire ma généreuse résolution, et imiterai en cela l'exemple de notre Saint-Père, le Pape, qui, je me le rappelle, a coutume de dire bien souvent qu'il faut faire obéir et châtier ceux qui nous olîensent. Puisque tout est fini, je vous verrai demain, s'il vous plait. Adieu-.
Dans ce liillet, comme dans le message confié à M. de Gondi, se retrouve déjà l'un des arguments qu'Henry III invo(|uera ensuite plus expressément pour sa défense, c'est à savoir que le Pape lui-même l'a encouragé à prévenir les entreprises de son rival. Mais, d'autre part, ce refus de recevoir le Légat pourrait bien, nous Talions voir, être aussi la preuve que, dès ce moment, un second meurtre, celui du caidinal de Guise, était arrêté dans sa pensée.
Aussitôt après leur arrestation, le cardinal de Guise
' Le marlijre des deux frères {Arch. cur. de l'Iiisl. de Fr.. i'" sério, t. XII. p. 90).
- Sli'lano Cosmi, Memorie délia vila di G.-F. Morosini. vescovo di Brescia, Venise, 1676, in-4<>, p. 485. — C. TempesU, Storia délia cita e gesti de Sisto V. Rome, 1754, in-4», t. II, p. 133.
312 DE (.1UEI,(JUES ASSASSINS
et rarclievêquc de Lvon, sous la coniluite de M. deRouvroy, lieutenant des gardes, avaient été menés, « par une vis fort estroite et obscure, et par divers retours, en une petite chambre de galletas, n'ayant lumière que par trois petites ovalles environ d'un pied, bien ferrées, et en laquelle n'y avoit de cbeminée ' », pièce dont il est très diflicile, aujourd'hui, d'indiquer la situation, mais qui pourrait bien être celle des combles de la tour de Chàteaurenault ou du Moulin. « Ils furent conduits tous deux dans un grenier », dit de Thou".
Le Roi avait-il décidé, dès ce moment, le meurtre du cardinal, ou bien ne s'y résolut-il que plus tard? Les récits nous offi'ent sur ce point deux versions.
Les uns, dont les auteurs ont la préoccupation évidente de justifier le Roi de ce nouveau crime, prétendent ([u'il n'y fut poussé que par les menaces dont le cardinal usa à son égard.
« Sa Majesté, dit Mii'on. n'avoit aucune volonté de punir le cardinal que de la prison, pour le respect qu'il portoit à ceux de son ordre ; mais luy ayant esté dict par quelques-uns de condition notable que c'estoit le plus dangereux de tous et qu'il avoit tenu des propos très insolents et pleins d'extresnie mépris au désadvantage de Sa Majesté,... ces paroles esmeurent tellement le courage du Roy qu'il résolut tout à l'heure de s'en dépcscber^ »
a Plusieurs, dit. d'autre part, l'auteur du Discours de
' Documents historiques sur l'assassinat... Disposition de d'Iîpinac [Revue rétrospective, 1'° série, t. IV, p. 236).
- De Thou. Histoire universelle, t. X. p. 471.
' Relation de Miron {Arch. cur. de l'Iiisl. de Fr . 1" série, t. Xlf, p. 137).
IIKMIY III Kl I.KS ni AHANTKCINij 313
ce qui est airirr l'i lîlois, |)lusieiirs oui ('stiiin'' (juc la conservation tlo la vie de Moiisi<Mir le cardiiuil de (iiiise n'eusl esté de dil'licile octroi. Mais coiiiiin' un couraf^e eslevé, et qui pense estre p'rocliaiii de (|uel(|ue jurande et extraordinairement favorable prospérité, ne peut aisément patienter, se voyanlou ravalé, ou eniporléau loinde son espoir, ainsi ce personnai;e, toinlié si soudain de si haut et volontiers esmeu de ses perles doniesliques, ne se put contenir que. par paroles bouillonnantes, il ne menaçast encores de [dus (|ue ne coiilenoit le dessein de son frt're. duquel il esloil l'une dtïs premières colonnes, ce ([ui l'enveloppa en la niesme punition '. »
Un autre auteur imagine même à ce sujet une scène plus dramatique. « Le lendemain, veille de Noël, écrit Carorguy, le cardinal l'ut mandé devant les plus grands, auprès du Hoy qui lui dit en ces termes : « Vous voilà, « mon recepveur de Cliampaigne" ! Est-il bon de lever « mes tailles en ce pays-là"? » Auxquelles paroles il respoiidit assez audacieusement : « Ha ! traistre, K perfide, je me double que lu me veulx faire le sem- « blable à mon frère. Exerce sur nous, pendant que tu « en as le moyen, ta fureur et ta cruaulté^ ! »
Mais à ces divers témoignages on peut en opposer d'autres, beaucoup plus solides, qui les infirment et ne permettent guère de douter que l'intention du Roi était bien de « se dépescber du cardinal » aussitôt après la mort de son frère.
' Oiscours de ce qui est arrivé à Blois... (Ibid., p. 153). - Allusion à rauLorilé que s'airogeait, iiirme en matière financière. le cardinal do Guise en son archevêché de Reims.
' Journal de Jacques Carorrjuij [Cabinet historique, l. XXIII. \" partie. p. 134-135).
314 DR gUELQUES ASSASSINS
A l'inslanl mémo où M. de Guise venait d'expirer, dépose Olphan Je Gast, « lesdicts sieurs cardinal et archevesque de Lyon ayant esté constituez prisonniers, ledict sieur Roy commanda au sieur de Valiers', l'un des Ordinaires, de tuer ledict sieur cardinal de Guise. Et sur ce, le Roy auroit dict audict déposant et autres ses compagnons qu'ils montassent en haut et fissent ce que ledict sieur de Valiers leur diroit de sa part ; ce que ledict sieur de Valiers leur ayant faict entendre, ledict déposant luy dit qu'il ne le pouvoit faire, et advertit l'un desdicts gentilshommes Ordinaires de ce qu'on vouloit faire, et le détourna d'y entendre. Sur ce, ledict sieur Roy manda le capitaine [Michel de] Gast, frère du déposant", auquel il commanda de ce faire, ce qu'il refusa ' ».
La même chose est confirmée par M. d'Hautefort qui, « arresté prisonnier par le commandement du Roy », une heure après la mort du duc, déclare « tenir de quelques-uns de la garde escossoise » que, tout de suite après cette mort, « le Roy commanda aux meurtriers d'aller faire le semblable à Monsieur le cardinal de Guise ; ce qu'ils voulurent faire, mais les Escossois les empeschèrent, parce qu'ils n'avoient pas eu le commandement du Roy * ».
' Il m'a été impossible d'identifier ce personnage, qui est appelé ailleurs Valens, Valence, mais qui ne peut être, comme on l'a dit, Jean d'iîstampes, sgr de Valençay (A. d'Aubigné, Histoire universelle, éd. de Huble. t. VU, p. 390, note i).
' Cf. sur ce personnage l'Inventaire analytique des archives communales d'Amboise, par l'abbé C. Chevalier, Tours, 1874, in-8», p. 37, 92, 94, etc..
' Documents historiques sur l'assassinat... Déposition d'Olphan de Gast {Revue rétrospective, i" série, t. IV, p. 218).
' IbiU.. p. 220.
IIKMIY III KT I.KS nr.XII.WTFCI.yO 31;'>
Kniiii l.a ('.luipcIlc-Maiti-au altesto, sous la loi du st'riut'iil. (|ii' .. axant csh'- iiicnr au cliasloau d'Amljoisf ol aprt's avoir Iraili' ilr sa (l(''li\ i-ancc uwv le caiiilaiiic [.Miclit'l lit'] GasI, coimiiaiiilani auilicl cliastcau. Iciiicl Gast, It' Nciianl \oir, lu\ auioit jiar plusieurs fois racoiiti' la façon (ju'il auruil, par cominatulemi'nl du l{oy, fait tiKT ledicl dclfuncl sieur cardinal; (jui est ([uc, le vendredi vingt-lroisiesnie décembre, après (jue ledict sieur de Guise eust esté cruellement massacré, le Roy ayant commandé à La Bastide et depuis à Yaliers de tuer ledict sieur cardinal et l'archevcsque de Lyon, et l'ayans tous deux refusé, comme aussi plusieurs autres des Quarante-cinq, ([u'il commanda à Larcliant et depuis au grand prévost, qui tous deux, au semblable, le refusèrent. Enlin le Roy, enrageant et se despitant, Laugnac luy proposa ledict Gast, lequel fut au mesme instant envoyé quérir et introduit au cabinet du Rov , lequel se plaignant du peu d'affection qu'aucuns luy portoient, qui ne le vouloient servir en une occasion qui se présentoit, luy dit : qu'il l'avoit choisi connoissant sa fidélité ; qu'il considéras! qu'il estoit son bon Roy, duquel il devoit attendre et espérer tout avancement ; qu'ayant faict tuer le duc de Guise, son mortel ennemy, il vouloit faire mourir le cardinal, son frère, voire exterminer toute la race, jusques à l'enfant qui estoit au ventre de la mère, à quoy il avoit si bien pourveu qu'il s'asseuroit qu'il n'en eschapperoit pas un ; ce que Gast refusa, et pour ce il ne voulut jamais prester consentement '. a
' Ihid. Déposition de la Cliapelle-Marleau (Op. cit., p. 231-232).
Il n'est guère permis, on le voit, de nier que la mort du cardinal n'ait été résolue dès le principe par Henry III, et il semble bien que l'impossibilité où fut le Roi de trouver des assassins ait seule retardé la consommation de ce nouveau crime. La préméditation pourrait d'ailleurs en être confirmée, comme je le disais tout à l'heure, par le refus du Roi d'accorder audience au légat, refus qui s'expliquerait en partie par son projet très arrêté de poursuivre son œuvre de sang et la crainte d'en être détourné par les représentations du ministre du Pape. Si vive, en effet, était sa peur de voir sa vengeance lui échapper, qu'ayant appris le lendemain matin de M. de Rambouillet, évèque du Mans, que si.x députés de chaque ordre allaient arriver au château pour lui demander la mise en liberté du cardinal , le Roi résolut de même de les prévenir et d'en finir avec le prélat. Il mande alors de nouveau Michel de Gast, et lui parle cette fois sur un tel ton, jurant et blasphémant, contre son ordinaire, que celui-ci finit par céder et s'engage à faire exécuter le coup par quelques soldats.
Nous avons laissé le cardinal et l'archevêque enfermés dans la pièce de galetas ou ils avaient été d'abord transférés. Ils étaient demeurés là « jusques sur les quatre heures, recevant beaucoup d'incommoditez du froid et gardez par les Quarante-cinq ».
« Environ sur les quatre heures », continue d'Epinac,
' n Les Estais députt'renl six députés de chaque chambre pour parler au Roy. Mais estant arrivés sur les 11 heures en l'église Saint-Sauveur, le Roy leur manda qu'ils se retirassent et que s'ils avolent à. parler pour le cardinal de Guyse, que c'esloit perdre temps, et qu'il venoit d'estre dépesché par son commandement » (Discours véritable de ce qui est advenu aux Estais généraux de France, tenus à Blois, en l'année I5SS. l'aris, 1589, in-S», p. 29-30).
IIKNUY III KT LKS ijUMtANTECINiJ 317
qui nous a laisst'- li' fi'-i'il de leur ca|ilivi(i'', on coïKliiisil les deux prélats « en une cliainljif un peu plus basse, mais l'orl pelile, ineomiiKMle el l'oil (il)scure, comme n'avanl de lumière (|ue par un laux Jnur, à travers un autre édilice ; el esloit ladiete ciiamliri^ earrelée et blanchie de irais '. »
Ou était celle « cbambre » ? i'r('S(|ue lous les auteurs l'ont placée au premiei' étage de la tour d(î Chateaurenault ou du Moulin, au-dessus de celle dite des Oubliettes. Mais à vrai dire, je ne suis pas absolument sûr du bien fondé de cette al'liniuilion. Mes doutes me viemient sur ce point de ce que celle cbambre du premier étage n'a point de ciiemiiiée, alors (jue d'Ëpinac dit expressément que celle où ils lurent menés en avait une. Quelle serait alors cette chambre"? Peut-être celle qui se trouve au troisième ou au ([uatrième étage de la tour.
Quoi qu'il en soit, les deux prisonniers, ne doutant guère du sort qui les attendait, se préparaient à la mort. L'archevêque de Lyon, auquel le Roi, sur la demande de son neveu Edme de Malain, baron de Lux, consentit à faire grâce, nous a laissé sur cette veillée funèbre les détails les plus émouxanls. « Environ les cinq à six heures du soir, avoient été envoyés aux prisonniers, de roffice du Roy, des œufs, du pain et du vin, de quoy ils mangèrent chacun fort peu et le sieur cardinal avec beaucoup de crainte. Après, envoyèrent demandera Monsieur de Larchant, capitaine des gardes, qu'il leur fust permis d'avoir leurs bréviaires, robbes
' Documents historiques sur l'assassinat. — Diposilion de M. il'Épinac [Revue rétrospeclive, i" série, t. IV, p. 236).
318 DE yUELC'UES ASSASSINS
de nuit et un lit pour se coucher, ce qui leur fut permis et apporté de la maison de rarchevesque, le(iuel, avec ledict sieur cardinal, dit ses Vespres et Complies. Et environ les onze heures du soir, se mirent sur une paillasse et un matelas estant la chambre toujours pleine de huit ou dix, tant arciiers que des gentilshommes ordinaires; mais eurent néantmoins ledict sieur cardinal et ledict archevesque moyen de parler ensemble, et de se consoler et entendre en confession. Le matin, environ les trois heures, ledict archevesque se leva, n'ayant point dormy, et se mit debout près du feu. Bientost après se leva ledict sieur cardinal et ensemble dirent leurs heures jusques à Prime '. »
A ce moment, Michel de Gast s'acheminait vers la tour, avec les six soldats recrutés par lui. Les noms ou les surnoms de quatre d'entre eux seulement nous ont été conservés : La Fleur, Viollet, Chaalons et Gosin ■. Les laissant dans la galerie, sur laquelle prenait jour la salle où étaient enfermés les prisonniers, Gast entre seul avec Fran(;ois Fontaine, valet de chambre du Roi, « qui portoit un chandelier d'argent, dans lequel il y avoit un flambeau de cire blanche allumée ». « Monsieur, le Roy vous demande », dit-il au cardinal, « avec une grande révérence ». « Est-ce moi seul? » interroge le prélat. « Oui, Monsieur », répond l'autre. « Est-il à la chambre ? » Gast déclare qu'il l'ignore. D'après certaines relations, le cardinal se serait alors misa genoux et aurait
' ibkt. p. 236-237.
- Documents historiques sur l'assassinat. — Dépositions de M. d'Hautefort et d'Iitienne Dorguyn (Revue rétrospective, 1" série, t. IV, p. 220, 223).
IIKNHY III KT LES (JCA/IANTE-V/Nij 319
prié quelques instants. Il est plus certain qu'Épinac s'approi'lui alors de lui, cl lui murmura à l'oreille : « Monsieur, pense/ à Dieu'! >; Mais je ne sais quelle créance il faut prêtera ces derniers mots du cardinal : « Monsieur de Lyon, je vous prie de faire savoii- à ma sœur de Munlpensier qu'elle ait en rei'dmmandalion mon fils* ! »
Dans tous les cas, à peine le prélat eut-il fait quelques pas dans la t^alerie qu'il fut assailli par ses assassins, qui lui mirent, disent quelques récits, « un cordeau au cou ' ». Sûrs dès lors qu'il ne leur échappera pas, ils lui « oslent sa robe de velours violet fourrée d'hermine' ». L'autre comprenant que sa dernière heure est venue, « s'agenouille », peut-être, « contrôla muraille" », « met son bras devant le visage* », et s'affaisse bientôt, sans un cri, semble-t-il, percé des « coups de dagues et d'espées ^ » de ces misérables. A 3 heures du soir, un des valets de d'Épinac informait son maître que le
' Documents historiciurs sur l'assassinat. — Déposition de M. d'Epinac {Ibid., p. 237).
- Mémoires de la Lique {liS5-lô96), l" vol. (Bibl. nat., fr. 17281, fol. 199). — Le cardinal de Guise laissait en elTet d'Aymeiio de Leschei-enne, dame de Grimaucourt. un fils naturel nommé Louis de Guise, baron d'Ancerville, puis prince de Phalsbourg. mort à. Munich en 1631, sans enfants d'Henriette de Lorraine, sœur de Charles III, due de Lorraine et de Bar.
^ Le martyre des deux frères (Archives curieuses de iliisl. de Fr. l" série, t. XII. p. 94).
^Discours véritaole de ce qui est advenu atij: Estats généraux de France, tenus à Dlois. Paris, 1589, in-S", p, 25.
' Le tnarli/re des deux frères [Arch. cur. de l'hisl de l'r . 1" série, t. XII, p. 94).
° Histoire au vratj du meurtre commis ù Blois... Paris. 1389, in-8».
■" Documents historiques sur l'assassinat. — Déposition de la Chapelle-Marteau (Revue rétrospective, 1" série, t. IV, p. 232).
320 DE gUELOUES ASSASSINS
corps du cardinal était encore « tout sanglant dans la galerie ' », « près duquel corps les souillons de cuisine, les pages et les laquais passoient et repassoient avec leurs insolences accoustumées" ». Mais à cette heure les meurtriers avaient déjà touché les deux cents livres qu'ils avaient exigées pour leur sinistre hesogne '.
A l'horreur des deux crimes, qui venaient ainsi d'être commis à vingt-quatre heures d'intervalle, faut-il croire que s'ajouta l'épouvantable boucherie que presque tous les récits s'accordent à leur donner comme conclusion ? Dans la nuit du samedi au dimanche, vigile de Noël, les corps des deux victimes furent-ils dépecés et brûlés, et leurs cendres jetées dans la Loire "? Il est, sur ce point, un témoignage au moins qui pourrait paraître décisif, c'est celui de La Chapelle-Marteau. Racontant comment, après un mois de captivité, lui et ses collègues des Etats, faits prisonniers le 23 décembre, furent définitivement transférés d'une pièce, où ils avaient été enfermés jusque-là en une autre « située au-dessus de la vis de la salle des Estais » : « Pour se rendre en celte chambre, ■expose-t-il, on fit monter ledict déposant par une petite montée, le noyau de laquelle esloit tout ensanglanté. Et dès l'entrée de la chambre jusques au feu, la chambre estant petite, se voyoit la figure d'un corps, et, en plusieurs endroits d'icelle, force taches de sang; et sentant en icelle une fort grande puanteur comme de corps bruslez, dont se plaignant aux gardes, luy dirent que
' Documents liistoric|ues... DëpositioQ de d'Épiiiac \lbid., p. 237).
■ Discours véritable de ce qui est advenu... à Blois, l'aris. loS'.i. in-S'. p. 26.
^ Docuaients historiques... Doposition de la Cliapclle-.Martoau (llev. rét., !'• série, t. IV, p. 232).
iii:Mn m et les ijiajiàstjccj.Wi 321
c'fstoil (ui li'S corps tics (loiruncts sieur cardinal et duc lie Guise aMticiil esté bruslcz. Et est ce qu'il a veu'. «Une iiHiniialioii aussi expresse est évidemment à considérer. i{tiiiar(|uoiis, d'ailleurs, que pareil carnage n'aurait été (|iif l'cNéculioii clandesline de l'iiabituelle et officielle procédure ([ui suivait les condaMinations capitales.
Pourtant, le dirai-je, il me resle quelques doutes sur r authenticité d'un fait si monstrueux. Que ceux qui le rapportèrent à La Cliapelle-Marteau et que lui-même aient été de bonne foi, il est difficile de le nier. Peut-être, seulement, les uns et les autres se firent-ils trop facilement l'écho d'un bruit qui se répandit très vite après le martyre des deux frères. On me dira que La Chapelle-Marteau constata lui-même les traces matérielles de l'aflreuse opération. Mais, à un mois de distance, il paraît bien étonnant que ces traces, on ne les eût pas fait disparaître; et il est, aussi, légitime de supposer qu'elles provenaient du simple dépôt qu'on fit là des corps avant leur inhumation. Deux témoignages s'élèvent, d'autre part, formellement, contre celui de La Chapelle-Marteau : celui de de Thou (jui affirme que les cadavres du duc et du cardinal furent inhumés dans la chaux vive, ce qui a pu donner naissance à la version de l'incinération- ; celui surtout de l'ambassadeur florentin, qui paraissant bien informé — car il dit que le fait n'est connu que de très peu — déclare positivement « que les corps du duc et du cardinal ont été ensevelis, sans aucuns hon-
' Ibid. p. 230.
' De Thou, Histoire universelle, trad. fr. de 1734, t. X, p. 479.
neurs funèbres, en un village perdu et comme séparé du monde ' ».
Au fond, il semble bien que la légende des deux cadavres découpés et incinérés dans une chambre du château n'ait été qu'un reflet de la terreur et de l'angoisse qu'un forfait inouï jeta dans les âmes des contemporains ; forfait inouï, en vérité, car recherchant dans l'histoire quelque exemple d'un aussi tragique événement, ceux qui en furent témoins ne trouvèrent à le rapprocher que de celui qui jadis avait ensanglanté Rome. II faut lire dans Pasquier " ou dans les correspondances du florentin Ca\Tiana^ le long parallèle établi entre la mort de César et celle du duc Henry de Guise, pour comprendre l'indicible émotion que suscita le crime de Henry HI, pour comprendre aussi la vengeance qui l'allait suivre et qu'il me reste maintenant à raconter.
' Lettre de Cavriana àSergnidi, Blois, 3t décembre 1588 (Desjardins, Négociations de la France avec la Toscane, t. IV, p. 837).
* Lettre d'E. Pasquier à M. Airault (Pasquier, Œuvres, t. II, col. 373- 374).
^ Lettre de Cavriana à, Serguidi, 31 décembre 1588 (Desjardins, Op. cit., t. IV, p. 847).
ClIAPITKl': V
JACQUKS CLÉMI'.NT
laistrcs des lueurs pcrissciil do poignards (Agrippa d'AubigiKÎ, les Tragiques.)
a Si le roy Henry III, écrit Paliiia Cayet, en sa Chronologie noveniiaire, si le roy Henry III se fust résolu, après la mort de Messieurs de Guise, de faire les clioses entières et non à demy, selon sa coustunie, et si, deux heures après cest effect, il fust monté à cheval, et eust adjousté sa présence et ses forces à la frayeur des villes de la Ligue estonnées de ce grand accident, il est vraysemblable qu'il eust empesché la révolte de tant de peuples contre son autorité. Mais ce prince, qui ne raancjuoit ni de jugement, ni de courage, n'eust pas plus tost veu le duc de Guise mort, qu'il creut qu'il n'y avoit plus d'ennemy au monde pour luy '. » Et beaucoup d'historiens modernes ont de même prétendu qu'Henry III, parlant haut et ferme et agissant énergiquement, après l'attentat de Blois, aurait pu redevenir le maître du pays.
Une pareille thèse est à mon avis insoutenable, car
' Palma-Cayet, Chronologie novennaire, coll. Petitot, t. II. p. 66-67..
c'est là se figurer que la Ligue élail uni(|uemenl l'œuvre du duc, et ne pas se rendre compte qu'elle fut en réalité la profonde et suprême réaction du pays tout entier contre la Réforme, du pays las de la politique indécise et louvoyante de la cour, et qui était décidé à poursuivre seul, s'il était besoin, la ruine définitive de l'hérésie. Que Henry III lui-même n'ait pas mieux compris qu'on le prétend ce qu'il devait faire, me paraît particulièrement invraisemblable. En réalité, il avait cédé à un désir de vengeance personnelle contre le duc de Guise ; mais, ce désir satisfait, il dut sentir aussi bien que personne que lutter contre la Ligue était chose impossible à lui surtout sans forces et sans argent. Et c'est pourquoi on s'explique tr'es bien qu'au lieu de parler haut et ferme et d'agir énergiiiuemcnt, après l'attentat de Blois, il essaie au contraire de négocier avec le parti qu'il venait de si mortellement offenser : qu'en une déclaration du 31 décembre, il proclame que, autant il a dû se montrer impitoyable vis-à-vis de ceux qui ont conspiré contre lui et son autorité, autant il est prêt à pardonner à ceux de leurs adhérents et serviteurs qui lui promettront d'être loyaux et fidèles à l'avenir ; — qu'il confirme l'édit d'Union, et déclare formellement qu'il veut continuer la guerre contre les hérétiques' ; — que, plus tard, enfin, ces mêmes sentiments le poussent à offrir le gouvernement de Bourgogne au duc de Mayenne, avec 40 000 écus de rente, au duc de Nemours, le gouvernement de Lyon, au duc d'Aumale celui de Picardie, au jeune duc de Guise, celui de Champagne, c'est-à-dire à mettre le
' De Thou, Histoire universelle, Irad. fr. de 1734, t. X, p. 486.
JAC(,aîES CLK.UKNr 32j
liiTs (le la Franot! enlce les mains des princes lorrains'.
Mais il avait allaire à des adversaires irréconciliables. On le vit bien à l'explosion do fureur et de désespoir ([ui salua à Paris la nouvelle de la mort du duc et du cardinal. On y avait appris celle du duc, le 24 décembre, par un certain Verdureau, arrivé dans la capitale entre •") et G heures du soir '. Le 26, le chevalier Breton, qu'un détour fait sur Orléans avait retardé, en avait apporté la conlirmalion^; et bientôt, de jour en jour et d heure en heure, des réchappes de Blois s'étaient succédé, qui avaient annoncé le massacre du cardinal de Guise et raconté les détails de la double exécution.
Dès ce moment, rompant toutes relations avec celui ([u'elle ne considère plus comme son roi, Paris entre contre lui en insurrection ouverte. La Ligue s'organise. A la tète de chacun des seize quartiers sont placés des Conseils de neuf membres, chargés de la police et de la surveillance. Le Conseil général de l'Unionse constitue, composé des délégués des seize conseils de quartier, de membres de la haute bourgeoisie et du monde parlementaire, du prévôt des marchands, des échevins, des présidents, des avocats généraux et du procureur général du parlement. Le duc d'Aumale est nommé gouverneur de Paris, et le duc de Mayenne, arrivé, le 12févriei-, dans la capitale, élu lieutenant général de l'Etat et couronne de France. Son premier président, Achille de Harlay, et une partie de ses membres emprisonnés à la Bastille, le parlement épuré promet de « résister de toute sa puis-
' P. Daniel, Histoire de France, 1739, in-4», t. IX. p. 365. " Journal des événements survenus à Blois et à Paris, depuis te S3 décembre liSS jusqu'au i' février 1589 (Bibl. nat., fr. 10197, fol. 36). " Ibid.
SZb DE OCELQUES ASSASSINS
sance à l'eflort et intention de ceux qui ont violé la foi publique et rompu l'édit d'Union ». La Sorbonne déclare, enfin, que le peuple du royaume est- délié du serment de fidélité au Roi, et que le nom de celui-ci sera rayé du canon de la messe '.
Et le mouvement parisien s'étend rapidement à toute la France. Orléans, Chartres, Amiens, Rouen, Le Mans, Melun, Senlis, Lyon, Bourges, Aix, Marseille, Rennes, Nantes, Toulouse se déclarent successivement contre Henry III, qui, bientôt, ne se jugeant même plus en sûreté à Blois, se réfugie à Tours, où il transfère officiellement le siège du parlement et de la chambre des comptes de Paris.
C'est là que le duc de Mayenne, ouvrant les hostilités, vient l'attaquer à la tète de l'armée de la Ligue. Victorieux en un premier engagement au château de Sainl- Ouen% il fait prisonnier Charles de Luxembourg, comte de Brienne, beau-frère du duc d'Épernon, et l'envoie à Paris pour être gardé au Louvre (28 avril 1589). Le 7 mai, il est aux portes de Tours, occupe le faubourg Saint-Symphorien, oîi il ne s'en faut que de peu qu'il enlève le Roi.
Ces nouvelles sont accueillies à Paris avec d'autant plus d'allégresse qu'à ce moment deux événements ont achevé de rompre tout lien entre le souverain et ses sujets. Le 26 avril, Henry III a définitivement accédé aux propositions d'Henry, roi de Navarre, et accepté de joindre ses forces à celles de l'Iiérélique pour recon-
' J.-H. Mariéjol. La Réforme el la IJgtie: l'Èdit de Nantes, 191)4 in-S", p. 293 et suivantes.
' Saint-Oucn. Indre-et-Loire, arr. île Tours, canton d'Aniboisc.
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quérir son royauiiie. D'autre pari, le 5 mai, le i'ape a lancé un monitoire informant le Roi que, si, dix jours après avoir été touché par cet acte, il n'a pas relâché le cardinal de Bourhon et l'archevêque de Lyon, et si, soixante jours après, il ne s'est pas présenté à Rome, en personne ou par mandataire, pour y répondre du meurtre du cardinal de Guise, une sentence d'excommunication sera purlt'c coiilrc lui. Dès lors, tout rapprochement est rendu impossible entre le Roi et la Ligue.
Profitant cependant d'une sorte de retour de la fortune et de deux avantages obtenus, l'un à Senlis par Guillaume de .Montmorency, seigneur de Thoré, l'autre à Ronneval par François-de Colign) , seigneur de Chàtillon, lils aîné de l'Amiral, Henry III s était décidé à reporter la guerre autour de Paris et à attaquer la Ligue dans son foyer. Quelques succès avaient paru couronner cette initiative hardie. Pendant que 3Iavenne se repliait en hâte sur la capitale, l'armée des deux Henry était remontée vers le nord, prenant successivement Jargeau, Pilhiviers, Etampes, Poissy, Pontoise. Le 30 juillet, elle arrivait devant Saint-Cloud, emportait le pont mal défendu par les forces ligueuses et campait sous les murs de Paris, les troupes du roi de Navarre, « desquelles estoit composée l'avant-garde », occupant les villages de Vanves, Issy et Vaugirard, celles de Henry III étant logées dans tous les villages qui environnent Saint-Cloud, depuis Argenteuil jusqu'à Villepreux, et de Yillepreux jusqu'à Vaugirard'.
' Mémoires de Charles de Valois, duc d'Anqouléme. coll. Petitot. t. XLIV, p. 322.
Les deux chefs restant au centre de leur année, le roi de Navarre s'était logé à Meudon, dans la maison du Tillet, Henry III à Saint-Cloud dans la maison de Gondi. Il allait tomber là, le premier août, sous le couteau du moine jacobin, Jacques Clément.
C'est dans cette maison de Jérôme de Gondi, où venait de s'installer le Roi, que, disent la plupart des auteurs, le massacre de la Saint-Barthélémy avait été décidé par Henry III, alors duc d'Anjou, et ses conseillers. Il n'en est rien. Le logis, qui abrita Henry III à Saint- Cloud, en 1589, appartenait, en io72, non à Jérôme de Gondi, mais à Marie Clutin, héritière de Henry Clutin, seigneur d'Oisel, femme en premières noces de Claude de Laubespine, et remariée, en juin 1372, à Georges de Clermont-Gallerande. Passé, en io76, à Jean Rouillé, marchand drapier de Paris, il avait été acheté, le 9 janvier 1377, par Catherine de Médicis, qui, le 11 janvier 1578, le donna à Jérôme de Gondi, son écuyer. Il échut par succession, en 1606, à Jean- Baptiste de Gondi, chevalier des ordres et gentilhomme de la chambre du Roi, et fut acquis, en 1618, par Jean de Sancerre, contrôleur général de l'argenterie du Roi. Racheté, en 1623, par Jean-François de Gondi, évèque de Paris, il fut démoli par son nouveau propriétaire qui lui substitua, sur un terrain voisin, une maison beaucoup plus vaste et somptueuse, qui, devenue, en 1653, la propriété de Barthélémy Herwart, contrôleur général des finances, et, en 1658, celle du duc d'Or-
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léaiis, lui l'Ilc-môiiic nMii[)lacéo par le cliàteau de Saint-Cloud, brûlé on 1871'.
La maison de Jérôme de lîondi n'exisic donc plus aujourd'hui. El si l'on reciierche seulemenl la place t|u"el!i' pouvait occuper, il n'est même pas vrai d'al'lirnuM-, cominc on le fait quelquefois, qu'elle se trouvait sui' celle de 1 ancien château. C'est la nouvelle maison construite, aprbs 1625, par Jean-François de Gondi, qui occupa primitivement l'assiette actuelle du château. Mais, au contraire, ce que les documents nous apprennent de la situation du logis de Jérôme de Gondi ne nous permet nullement de dire qu'elle ail été la môme que celle de ce château. Un acte de 1611 désigne l'enclos de Jérôme de Gondi comme « tenant, d'un costé et par devant, à la grande rue d'Aulnay, et, par bas, à la grande ruelle allant de Saint-Cloud à Sèvres'" ». Il est très difficile évidemment avec ces simples données de fi.xer la position exacte de cet enclos. Pourtant, en examinant les anciiMis plans de Saint-CIoud% et en parcourant le terruia lui-même, il m'a bien semblé, d'une part, reconnaître la rue d'Aulnay dans la rue d'Orléans actuelle, dont un tronçon, celui qui va maintenant de la place de l'église à la rue Royale, portait encore le nom de rue d'Aulnay en 1768; d'autre part, ne faudraitil pas idcntilier « la grande ruelle allant de Saint-Cloud à
' Arcliives nationales, flocuments relatifs au (iof Je r.\rpent-franc, à Saint-Cloud, R' 999 et Q' 1485.
- Reconnaissance censuello faite par Jean-Baptiste de Gondi. au profit lie Saint-Marlin-des-Champs, à cause du lief de l'Arpont-franc, 20 août 1611 (.\rchivos nationales, Q' 1483).
' En particulier le plan des seigneuries do Saint-Cloud. Garches... 1768 (.archives nationales. N* 217, feuille 11).
Sèvres » avec l'avenue actuelle du ciiàteau, (jui est bien la route de Sèvres? La maison de Jérôme de Gondi aurait alors été située dans l'angle formé à présent par la rue d'Orléans et l'avenue du château, un peu à droite du plus récent emplacement de ce dernier.
Cette conclusion me paraît confirmée par un témoignage auquel on attache d'habitude trop peu d'importance, celui de la tradition. On sait que l'on a toujours désigné à Saint-Cloud, comme le lieu de l'assassinat de Henry III, l'allée dite des Soupirs. Or cette allée des Soupirs, on peut très justement supposer qu'elle se trouvait primitivement comprise dans la propriété Gondi, puisqu'elle s'étend aujourd'liui à mi-coteau presque parallèlement à la rue d'Orléans, formant avec celle-ci, l'avenue du château et l'ancienne rue Mulet ou du Four, — située à la hauteur des bâtiments où sont établis de nos jours les services de la Dette publique, — une sorte de trapèze qui représenterait à peu près l'emplacement du domaine rural de Jérôme de Gondi. Ce terrain était occupé, avant 1871, par les communs du château, écuries, remises, etc., dont il demeure d'ailleurs encore quelques vestiges, et il est facile de vérifier sur place ce que je ne peux maliieureusement indiquer ici plus précisément.
Profitant du retour inopiné de Henry III vers Paris, M. Jacques de la Guesle, conseiller du Roi en son Conseil d'État et son procureur général au parlement, revenait le lundi, 31 juillet, entre 4 et 5 heures du
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soir, ilu NilLi^o (le N anvos, où il avait uni' maison Jo pluisaïuH-, appelle le LoroHU '. Comme beaucouj) des serviteurs du lioi. ijui l'avaient accompagné dans sa Il retraite », après les événements de mai l.'j88. et dont, depuis plus d'un an. tous les intérêts de famille et de i'ortune leslaicul en souH'rance dans la capitale, notre homme était fort désireux de s'enquérir sans retard si, au moins, son bien de campagne n'avait point subi de trop graves dommages, au cours de son absence, et s'il était à l'abri du pillage des troupes nouvellement arrivées sous les murs de Paris. II cheminait, donc, en compagnie d'un de ses frères, Alexandre de la Guesle, probablement, et tous deux, à cheval, avaient, de Vanves, rejoint la route de Paris à Saint-Cloud, qui passait par Issy et Yaugirard, lorsque, à peu de distance de ce dernier village, ils rencontrèrent un religieux jacobin que menaient deux soldais du régiment de Coublans. C'était « un petit homme, avec une barbe noire fort courte, portant couronne de cheveux, à la forme de ceux de son ordre, et ayant grands yeux- ».
' Keyislre-journal de Pierre de l'Ef:toile (lô7i-l5S9). ?sotice et extraits d'un nouveau manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale [Mémoires de la Société de l'Itistoire de Paris, t. XXVII. l'JOO, p. 'Si).
- Procès criminel fait au cadavre de frère Jacques Clément, jacobin. — Information faite par François du Plessis, seigneur de Richelieu, grand prévôt de Fi-auce, dépositions et confrontations des témoins. l^'-S août 1589. (Bibliothèque nationale, fr. 14034; originaux). Les pièces extrêmement curieuses qui composent ce volume — et parmi lesquelles il faut signaler aussi l'original du passeport délivré par le comte de Brk-nne à Jacques Clément — furent retrouvées, plus d'un siècle après la mort d'Henry III, chez il. de Raincj-, auditeur des comptes. Elles faisaient partie, en !7o5, du cabinet de M. deNicolay, etclles sont aujourd'hui à la Bibliothèque nationale. Une copie en est conservée aux Archives nationales, K 104. n" à et 3. Elles ont été publiées dans Cai-iosités Itisloriqties ou recueil de pièces utiles à l'histoire de France et qui n'ont jamais paru. Amsterdam. I7à9, in-12, t. II, p. 2 à 43 ; et dans C. Leber, Collection des meilleures dissertations, notices et traités par-
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Interrogés sur celui qui paraissait être leur prisonnier, les deux soldats répondirent à M. de la Guesle que, ce moine s'étant présenté aux avant-postes et ayant déclaré qu'il était sorti de Paris pour venir trouver le Roi et lui faire entendre quelque chose concernant son service, ils l'accompagnaient, comme il le désirait, à Saint- Cloud. A M. de la Guesle, qui le questionna à son tour, le jacobin confirma ce dire, ajoutant qu'il s'appelait Jacques Clément, et qu'il venait de la part de M. le président de Hai-lay et autres serviteurs de Sa Majesté, à laquelle il voulait donner de leurs nouvelles. Làdessus les soldats ayant prié le procureur général de le mener lui-même au Roi, M. de la Guesle accepta, et, ayant fait monter le moine en ci'oupe sur le cheval de son frère, tous trois gagnèrent Saint-Cloud '.
Arrivé à son logis, La Guesle n'eut rien de plus pressé que d'adresser de nouvelles demandes au jacobin. Celui-ci lui exposa alors plus précisément « (ju'il venoit delà part de Monsieur le premier président, pour dire à Sa Majesté que luy et tous les serviteurs qu'elle avoit dans Paris estoienl merveilleusement aflligez de ne pouvoir entendre aucunes nouvelles de son armée, combien qu'ils sceussent qu'elle fust fort près; que ceux qui restoient dans la ville de ses serviteurs estoient fort tourmentez, comme en ayant estez le jour précédent emprisonnez cent cinquante ou deux cens ; que tous ces rudes traitemens augmentoient bien leur douleur, mais ne diminuoient point leur vertu, et que le mesme
ticuliers relatifs à l'histoire de France, 1S3S, in-S», t. XVIII. p. 60 à 78. Je cile pourtant ces pièces d'après les originaux, car les publications qui en ont été faites sont souvent fautives. ' Procès criminel... Déposition de J. do la Guesle (Bibl. nat., fr. 14034).