‹ De quelques assassinsChapitre 7 sur 20 · I.HAIll.KS m; I.OIVILIIS, SKItiNICllt Ui: .M.\LI\i;VKEtï · texte numérisé non relu

I.HAIll.KS m; I.OIVILIIS, SKItiNICllt Ui: .M.\LI\i;VKEtï

prvnnl Dieu, mon fièro, qu'il vous lienuc on sa sainte cl digne garde.

Escript au Plessis-lez-Touis, le x' jour d'octobre liiti'J. Vostre bon frère.

Chaules '.

El e'i'sl prol)al)leni(Mit vers la même époque, ou très peu après. (|ue .Maureverl recevait du Roi le bénéfice ecclésiastique, (|ui, de cet assassin, devenu chevalier de l'ordre de Sainl-Micliel, faisait, comme par dérision, un abbé commandataire -.

ni

(Juel(|Uf apparence (|ii'il y en ail. et en dépil de ces récompenses désiionorantes et si peu en rapport, à tous les points de vue, avec l'acte ignoble du criminel, aucun document décisif ne permet d'affirmer, comme le l'ait de Tbou ', que Maureverl ait reçu expressément de la Cour, en lijiil), la mission de dépêcher rAmiral. Mais que Catherine de Médicis ait dès lors reconnu en lui linstrument possible de ses desseins criminels, cela apparaît bien vraisemblable. Trois ans après, c'est à lui, dans tous les cas, qu'elle et le duc d'Anjou, son fils, s'adresseront et auquel ils commanderont l'assassinat de Coligny.

Car ici le doute n'est plus de mise comme pour l'as-

' Bibliothèque nationale, fr. 10191. fol. 26, or. — Cette lettre a été publiée par Cliampollion-Figeac, Journal de l'Esloile (Coll. Michaud et Poujoulati, t. I, p. 307-30S.

- William iMartin. La Sainl-Barthélemy devant le Sénat de Venise, 1872, in-8° (relation de Sigismondo Cavallil. p. S3. — Cf. plus loin. p. 149 et 152.

" De Tliou. op. cit.. l. V. p. CSl.

114 DK OUELQUES ASSASSINS

sassinat tlu iluc de Guise. On peut hésiter, je l'ai dit, k faire de la Reine la complice de Poltrot' ; il est impossible de nier sa participation à l'acte qui devait la conduire au massacre de la Saint-Bartliélemy, auquel cet acte se trouve si étroitement lié.

On a essayé d'expliquer de bien des manières la Saint-Barlliélemy.

Une opinion est sur ce point k peu près complètement abandonnée : celle de la préméditation d'un massacre général, dont l'assassinat de l'amiral de Coligny aurait été le signal. Pareille thèse n'a plus guère été défendue, ces temps derniers, que par M. Bordier'. Sans aller jusqu'k soutenir que le massacre fut arrêté dès l'entrevue de Bayonne en 1365, cet historien prétend démontrer qu'il fut bien et dûment préparé au moins deux ans k l'avance. Dans ce système, la paix de Saint- Germain, paix hypocrite et fourrée, les démarches faites pour attirer k la cour Coligny que l'on veut perdre, le mariage de Marguerite de Valois avec Henry de Navarre, enfin, qui serait « la plus infernale des embûches », ne forment que comme le long prologue de l'épouvantable journée de la Saint-Bai'thélemy. « Ce n'était pas, dit expressément M. Bordier, pour choisir six ou sept têtes dans la foule, c'était pour tuer tout, qu'on avait fait venir et cerné dans Pai'is les incorrigibles huguenots : quatre ou cinq cents chefs qui s'y trouvaient au 24 août; quant k la masse plébéienne, il devait suffire d'y pratiquer une large saignée pour que le reste courût

' Voir plus liaut, p. 92.

- Henri Bordier, La Saint- Bar l/iélemij et la critique moderne. 18711,

CHAUI.KS l)K I.OUMKRS, SEIUNEL'U l)K MAL Hi;\ KHI III)

époiiviinlé so proslerniT au pied des saints ault'ls. Et (•t> lui bien ce (|ui arriva '. »

IVaulres historiens, rcjctanl la tlu'sc île la préméditation, se sont représentés autreinenl les choses. Pour eux, lassassinut tenté sur l'Amiral, le 22 août, fut seul prémédité. Cet homme gênait Catherine : elle se décida à le faire disparaître, mais à le faire disparaître seul. Si le coup eùl réussi, le massacre n'aurait pas eu lieu ; il inanijua : la Reine n'avait rien prévu en ce cas ; elle se trouva pris(^ à son propre pièi^c. Les chefs protestants se dressaient devant elle, menai;ant de venger d'une façon sanglante l'attentat commis. « Alors, dans cette âme affolée de peur, et vide de scrupules, se fit jour l'idée de les tuer tous'. »

Cette opinion se rapproche certainement davantage de la vérité que la précédente. Avec elle, toutefois, un point demeure inexplicable. Que la tentative contre Coligny dût man(|uer ou qu'elle dût réussir, il est bien invraisemblable que Catherine n'eût rien prévu des conséquences qui en pouvaient résulter. Tous les chefs protestants et plusieurs centaines de gentilshommes sont réunis à Paris pour les noces du roi de Navarre. C'est ce moment qu'elle choisit pour faire assassiner l'Amiral, et elle ne prévoit pas que ces chefs, ces gentilshommes vont, que l'Amiral soit tué ou simplement blessé, se soulever aussitôt, qu'un effroyable tumulte s'ensuivra, et qu'une sanglante répression sera

' Ibid.. p. 'Ja.

- J.-H. Marit-jol, la Réforme et la Ligue; — l'Èdit de Nantes (1559- 1598), dansl'Histoirede France, d'E. Lavisse. 1904, t. VI, p. 128. M. Mariéjol ne fait (|ue ivsiiiinT là l'opinion la plus Kùnéralonient adiiiiso sur la Saint-Barthéleniv.

H6 DE QUKLOUES ASSASSINS

nécessaire. Il v a là évideninient une réaction exagérée contre le système de la préméditation. Et les historiens, qui ont soutenu cette thèse, l'ont si bien senti que l'un d'entre eux a essayé d'expliquer l'imprévoyance de Catherine, ordonnant sans plus réfléchir l'assassinat de Coligny, par « lune de ces colères aveugles, plus tories que la volonté, un de ces accès de folie furieuse, où les yeux ne voient plus que rouge' ».

Il est, au contraire, pour rendre compte de la Saint- Barthélémy, une autre hypothèse qui permet beaucoup mieux de tout concilier. Cette hypothèse n'est pas nouvelle et a eu pour elle de très hautes autorités historiques. Mais, peut-être, n'a-t-elle pas trouvé parmi les historiens modernes tout le crédit qu'elle méritait. Si je n'ai pas la prétention de l'avoir inventée, elle me paraît, dans fous les cas, trop bien cadrer avec tout ce que j'ai dit jus(|u'ici de la politique de Catherine de 3Iédicis pour que je ne m'y rallie pas sans réserve.

J'ai dit, précédemment, que, si le dessein prêté à Catherine do Médicis de faire assassiner le duc de Guise par Poltrot de Méré, pour en accuser ensuite Coligny, et faire naître entre les Lorrains et les Chàtillon une rivalité à mort dont elle aurait profité, que, si ce dessein n'est pas entièrement prouvé par les documents, un dessein tout à fait semblable est beaucoup mieux établi en ce qui concerne l'assassinat de Coligny. Je le répète, croyant découvrir là la vraie explication de la Saint- Barthélemv.

Reprenons les faits. Vers le milieu de 1572, la Reine

' I.ellresile Catherine de Médicis, publiées par le C" île la FciTièrc, t. IV, introiluclion. p. lxxiv.

CHAIII.KS l)K l.dlMKHS, SKhiNKI H DT. MAl'ItKV Kll 1 lise Irtiuvr, \is-;i-\is ilc (Idlii^nv, dans une siliiiil ion assez aiialo2;ue à eelle où, tlix ans aupaiavanl, elli^ se Ironvail en l'aee de Guise. l)e|uiis plusieurs années, l'Amiral s'est al'lirnié eoiiinie un rival i-edoutable, capable de lialancer l'autorité de la Reine. J'ai déjà noté quelles in(|uiéludes a l'ail naître clie/. (-atherine le rôle prépondéiant t|u'il a ]iris au cours de la diHixiènie et dt; la troisième guerre eivile. La pai.x de Saint-Germain conclue (8 août l.")7(J), ce l'ùle n'a l'ait fiu'auginenter. A ce moment, en dépit de la faveur simulée avec la([uelle la Heine semble l'accueillir à la Cour', la sinistre préméditation du meurtre de Coligny reparaît à nouveau. <( Le pape cioit, écL'il, le 28 novembre ITiTl, un agent llorentin, (|ue la paix de Saint-Germain n'a été conclue et l'Amiral in\ili' à Blois ([u'a^ec, de la paît de ses ennemis, une secrète intention de le tuer'. » Et ce meurli'e semblait si bien dans le jeu de Catherine qu'à la première nouvelle de la prochaine arrivée de l'Amiral à Blois, Philippe IT écrit de sa propre main : « Ce ne peut être qu'avec la résolution d'en finir avec cet homme abominable, ce qui serait un acte de grand mérite et d'honneur'. »

Malgré tout, la Reine semble patienter encore. Mais, en 1572, survient la question de la guerre de Flandre. Le moment où l'Espagne triomphe à Lépante et où Catherine peut redouter de la braver, ce moment est celui-là même où l'Amiral soutient près du Roi le projet

' Coligny rejoignit la cour à Blois. le 15 septembre 1571.

- Lettre d'un anonyme à François de Médicis, 28 novembre 1571 (Desjardins, Négociations de la France avec la Toscane, t. III, p. 732).

= Note de Philippe II sur une lettre de Françès de Alava, du 20 septembre 1371 (Archives nationales, K. 1520, n»3i).

d'une intervention franco-anglaise aux Pays-Bas. « 11 s'agit avec les forces militaires du parti protestant d'engager en Flandre la lutte contre l'Espagne et d'entraîner ensuite, derri'ere cette avant-garde hérétique, toute la nation catholique'. » Le Roi semble acquis à ces desseins ; il dresse avec Coligny le plan de campagne. A la fin d'avril, « Louis de Nassau sort secrètement de Paris, muni de dix mille francs et d'une lettre datée du 27, où Charles IX se dit déterminé, autant que les occasions et la disposition de ses affaires le permettront, à employer ses forces pour délivrer les Pays-Bas. Il paraît avec une troupe de huguenots sous les murs de Mons et de Yalenciennes. et, les 23 et 24 mai, s'en fait ouvrir les portes- ».

Dans quelle alternative se trouve dès lors placée la Reine? « Si cette guerre, qui semble maintenant inévitable, a lieu et malgré elle, le pouvoir absolu, qu'elle a retenu jusqu'ici, passera de ses mains dans celles de Coligny, devenu le suprême arbitre de l'Etat ; pour elle, ce sera peut-être l'exil, le renvoi à Florence. Cet homme se placera donc toujours entre elle et son fils ! Alors blessée dans sa passion la plus ardente, Vaffeto di signoreggiare, elle revient à l'idée, qui n'a jamais cessé delà hanter, de faire tuer l'Amiral '. »

Toutefois ce meurtre offre un danger terrible, que la Reine dut certainement envisager : celui de provoquer contre la Cour une levée en masse du parti protestant.

' Mai'iéjol, op. cit., p. 121.

' Ibid.

' H. de la Ferrière, Lettres de Calheiiite de Médicis. t. IV. inlr.,

p. LXXI-LXXU.

Page 1