C.HAm.KS liK l.dlVIKilS, SKKINKIH liK M AIIIKN Kltl
C'est alors i|ut' se fait jour le plan de. Callu riiie Lit 23 juillel l.')72, l'amltassadeur Je Florence signale les eonférenees île la Reine-mère avec M""" de Nemours, la veuve remariée du duc Fi'aneois de Guise'. Cela est siïrnilicalif, et lii est le point de dépari de la combinaison de Callierine Elle a arrêté la mort de l'Amiral. Mais de la responsabilité de cette mort, ne pourrait-elle charger des complices? Or ([uels complices plus résolus, quels auxiliaires plus ardents pourrait-elle trouver que les Guise, les Guise, doni clic a paru jusqu'à ce jour calmer la liaine et le ressentiment, et à (|ui, tout à coup, elle « lascbera la main- ». L'assassinat n'apparaîtra plus, dès lors, que comme une vengeance de i'aniilic. et ne pourra plus être imputé là la Cour.
Bien mieux ne sera-t-il pas possible à la Reine d'en tirer encore un p;eilleur parti? La vengeance entraînera \raiscmblablement la vengeance : les Cbàtillon voudront laver dans le sang la mort de l'Amiral. Il se produira peut-être alors un tumulte dont les Guise seront à leur tour les victimes; les factions se détruiront ainsi les unes les autres, la Reine demeurant finalement, audessus d'elles, maîtresse absolue.
Tel est le plan raisonné qui aurait été celui de Catherine. Et ce plan, que l'on ne croie pas que je l'imagine et le bâtisse de toutes pièces. Il est confirmé et par des témoignages contemporains et, comme je le disais, par les plus hautes autorités historiques.
' Lettre de Jean-Marie Petrucci à Frani^ois de Modicis, 23 juillel 1j72 [X. Desjardins, Op. cit., t. II!, p. 799).
' n Mémoire du Roy à M. de Schomberg estant vers les princes de la Germanie », 25 août ld72 (Bibl. nat., l'r. 3174, fol. 92).
120 IH-: (JL'EI.OUKS ASSASSINS
Prenez les Mémoires de /'Estât de France, vous y trouverez cette accusation formelle : « Décidés que sont la Reine-mère, le duc d'Anjou, le comte de Retz et Birague à se débarrasser de l'Amiral, voici l'expédient le plus propre du monde, ce leur semble : il faut attitrer quelqu'un qui d'une barquebouzade tue l'Amiral, e*mettre ce barquebouzier dans une maison qui appartienne à l'un des serviteurs de la maison de Guise, et que le coup se fasse en plein jour. Incontinent que l'Amiral sera mort, ceux de la religion, sacbant la maison, ne faudront de se ruer sur ceux de Guise, et les Parisiens sur lesdits de la religion et de Montmorency, tellement que les uns defferont les autres. Le Roy se serrera cependant au Louvre et aura une troupe preste pour se ruer promptement sur le parti qui seroit demeuré comme le maistre, pour en dépescber à la cliaude ceux qui seront des principaux'. »
Précisant davantage : « Pour exécuter sans péril ce dessein de se défaire de l'Amiral, fait dire de Tbou aux conseillers de la Reine, et pour le mener à bien, sans se charger de la baine que cette action ne manquera pas d'attirer, l'on peut engager quelque assassin à l'entreprendre ; nous en trouverons assez qui s'en cliargeront, moyennant une récompense présente ou quelque espérance pour l'avenir; et il sera aisé au meurtrier de se sauver sur un cheval fort vite qu'on tiendra tout prêt. Les protestants qui sont dans la ville jetteront infailliblement leurs soupçons sur les Guise... que l'on supposera avoir fait faire cette exécution pour venger le
' Mémoires de l'estat de France sous Charles IX. \ïi'iS. t. I, fui. 193.
1 iiAHi.KS m: i.iii viKUs. sKiiiNiaii m: MALitKvi.it i 121
iiH'lirllf lie leur |ii'ii'...: ils infiidruiil les ariiirs puur M'Miicr sur los princes ilo cetU' maison, la mort de Coligiiy. Jjes Cîuise, plus puissants que les protestants, (tari'c ([u'ils ont le peuple de Paris pour eux, tailleront en pièces tout ce parti, et peut-être (jue les Montmoit'iK'\ , jieu aimés JesParisiens, se Irouveiuiil ciisfloppés dans le massacre... Mais ce ne sera pas sans qu'il en coûte beaucoup à leurs ennemis eux-mêmes. Pendant ce temps-là, le Roi fera venir beaucoup de troupes au Louvre et, après avoir été spectateur du combat, lors- (|u"il sera fini, attaquera à leur tour les vainqueurs all'aiblis et las de tuer, et sous prétexte qu'ils auront excité cette sédition et (|u'ils auront pris les armes sans son ordre, il les fera tous massacrei-, sans en laisser échapper un seul, et feia en même temps main basse sur les seigneurs ijui auront été attachés à quelqu'un des partis, parce que, tant qu'il en restera quelqu'un, il y aura toujours des plaintes et des murmures contre la Reine, que les séditieux veulent à toute force éloigner du gouvernement, sous prétexte ([u'elle est étrangère'. »
Pareils témoignages contemporains éclairent déjà très bien toute cette mystérieuse histoire de la Saint-Barthélémy. Notez-le, ils sont conflrmés par deux graves historiens postérieurs, l'un protestant, l'autre catholique.
« La Reine-mère, écrit Mézeray, pensoit que, faisant assassiner l'Amiral, les Montmorency accourroient pour venger cette injure et qu'ils se jetteroientsur les Guises,
" De Tliûu. Ilislûire iinherselle. Irad. l'r. àe Wii, t. IV, p. 382-3S3.
lesquels ils en croiroienl les auleurs; que l'on laisseroil combatlre ces deux partis; puis, que, quand ils seroient fort acharnés l'un contre l'autre et à demi défaits, le Roi sorliroit de son Louvre avec ses gardas et les extermineroit tous deux comme des séditieux, et qu'après les avoir ainsi abattus, il demeureroit le maître absolu '. »
Et de même : « L'Amiral, dit Bossuet, tout occupé à des victoires qu'il espéroit remporter dans la guerre des Pays-Bas, ne savoit pas que, pendant qu'il se nourrissoit de cette espérance, et au milieu des réjouissances de la noce du roi de Navarre, on tenoit des conseils secrets pour le perdre avec tous ses amis... La Reine étoit occupée du dessein de faire périr les uns par les autres tous ceux qui lui donnoientde l'ombrage. Elle prétendoit que ceux de Guise la déferoient de l'Amiral, des Montmorency et des huguenots, pour ensuite périr euxmêmes accablés par les troupes, après qu'ils se seroient épuisés en ruinant leurs ennemis. Dans ce dessein, voici l'ordre qu'elle inéditoit pour l'exécution : elle vouioit commencer par l'Amiral et donner au duc de Guise, son ennemi, la charge de le faire assassiner, à quoi il s'éloit olfert. Elle ne douloit point que les huguenots et les ilontmorencv ne prissent les armes pour le venger ; c'étoit un prétexte pour les perdre tous ensemble, car les Guises et les catholiques de Paris joints à eux éloient sans comparaison plus forts que ces deux partis réunis; mais comme ils ne l'étoient pas assez pour les défaire, sans qu'il leur en coûtât beaucoup,
' Mézcray, Abrégé chronoloqique de l'histoire de France, 1755, t. IX, p. -4.
I Hvm.KS 1)1. I.IUVIKIIS. SKIilNKllli hi; MAI HK\ Kli I I2H
fl i|ii(' lit' SI liiMvt's iii'iis iif iiiaii(|ui'r()i{'iil |i;i.s ilc \cinlri' liifii clicr leur \ ii-, elle l'spi'Toit iivoir luiii riiai'clu'' des (luisi's allaililis dans ce coiiibîil'. »
Nous allons voir, louicl'ois, coimiienlcc plan iiiacliiavéli(iue (''(.'lunia, ooinniont, suivant encore l'expression de Mézeray, « l'amorce ne prit pas l'eu ainsi (|ue la Heine se l'étoil iniafiiné », comment c'est ;i son comijte (|u'elle dut prendre les massacres, et comment c'est elle el elle seule (|ui doit rester cliargée de ce iorl'ail.
Dans la pn'paialion de l'assassinai de l'Amiral, un l'ail est notable et corrobore avant tout ce que je viens de dire des projets de Catberine. C'est la préoccupation ([u'elle paraît avoir de nitder le plus possible les Guise à sa vengeance, le soin qu'elle et ses confidents semblent prendre de faire se compromettre ces derniers, en s'eflaçant derrière eux. J'ai déjà signalé les conférences de la Reine-mère avec la ducbesse de iNemoui's, à la lin de juillet, conférences (lui, sans doute, donnèrent naissance au bruit (jue la ducbesse avait d'abord été cbargée de dépêcher l'Amiral d'un coup d'arquebuse, sous les yeux des dames de la cour-. Plus sûrement, au cours de ces pourparlers, on envisagea la possibilité de le faire tuer par le duc de Guise lui-même. « On arrêta, dit le duc de Bouillon, dans
' Bossuet, Abrèf/é de l'histoire de France. Paris, n47, l, III, p. 3C2- 3(i3.
- Lettre du noncfi Salviati au cardinal de Côme, Paris, 2 sepliiiubre 1572 (Tlieiner, Annales eec/esias^ici, 1856, in-l'ol., t. 1, p. 331).
124 DE OUKIJJUES ASSASSINS
ses Mémoires, on arrèUi diverses résolutions pour l'exécution de cet acte tant horrible, ayant esté une fois délibéré que M. de Guise tueroit Monsieur l'Amiral en une course de bagues que faisoit le Rov dans le jardin du Louvre, où tous Messieurs menoient des parties. J'eslois de celle de Monsieur le duc [d'AlençonJ, lequel on croyoit avoir intelligence avec Monsieur l'Amiral; à cette occasion, on fit que nos habillements ne furent prests et que Monsieur le duc et sa partie ne courut point. La résolution contre Monsieur l'Amiral fut changée avec prudence, d'autant qu'il estoit fort périlleux, pour la personne du Roy et de Messieurs, de le vouloir tuer en ce lieu où l'on couroit la bague, y estans présens plus de quatre à cinq cens gentilshommes de la religion, qui eussent pu beaucoup entreprendre sur l'attentat de ce seigneur qui estoit tant aimé d'eux'. »
Mais, si l'on renonça à ce projet, on ne renonça pas, quand même, à s'assurer de la complicité des Guise. Il fallait trouver un assassin, on le chercha de concert avec eux.
« Estant résolus de nous défaire de l'Amiral, fait dire au duc d'Anjou l'auteur du Discours à un pei'sonnage d'honneur et de qualité, nous en cherchasmes les moyens avec M°" de Nemours, à qui seule nous estimasmes qu'on se pouvoit descouvrir, pour la haine mortelle que nous savions qu'elle lui portoit, et l'ayant fait appeler et conféré avec elle des moyens et de l'ordre que nous devions tenir pour exécuter ce dessein,
' Mémoires de Bouillon, dans la collection Petitot, p. 77.
r,||\III.KS l>K l.illMKIls, SKII.NKIH hi; MALIIKVKIII I Ïj
nous cnvoyasmtïs infonliru'iil rlicrclici' un capilainc
gascon noMiuit' ; au(|uel. aussitosl (|u'il l'ust venu
vers nous, jo dis : <( (',;i|pilaiiic Ifl, ma mère, et itio\ , « vous avons clioisi entre nos bons seiviteurs pour « lioninie de valeur el de coura^re propre à conduire et « inetire à chef une enli-eprinse que nous avons, qui « ne consiste qu'à l'aire un brave coup de vosti'e main « sur (|uelqu'un que nous vous nommerons. Advisez « si vous avez la hardiesse de l'entreprendre : la « faveur et les moyens ne vous manqueront point, « et, outre ce, une récompense digne du plus signalé « service que nous pourrions espérer de vous. » Et après nous en avoir trop brusquement asseurez, sans réservation d'aucune personne, à l'instant mesme nous \ ismes bien qu'il ne se falloit [uis seivir île luy Qui fut cause que, par manière de jeu, nous luy lisnies mons- (l'er le moyen qu'il tiendroit pour atta(iuer celuy que nous liésirions ; et l'ayans bien considéré à toutes ses contenances, (jui nous avoient fait rire et donné du passe-temps, nous le jugeasmes trop écervelé etesventé, quoyque assez courageu.x et hasardeux pour l'entreprendre, mais non pas sage el prudent pour l'exécuter. De façon que, l'ayant remis à une autre fois pour luy dire le reste, nous le renvoyasmes ' ».
C'est qu'à ce moment l'on avait songé à « un instrument plus propre et desjà pratiqué et expérimenté à l'assassinat », et qui avait, en outre, l'avantage de passer,
' .le suis, pour ce Discours, sul- lei|uel il a Oti' si longuement dissertù, le te.vt.e critique i|u'en donne H. Borditr. dans La Sainl-Burlhélemij el la critique moderne, p. 53-61; p. 06. — Ci. laiticle de Henri Monod. la Sainl-Barlhëlemy ; version du duc d'Anjou, dans le Bullelin de la Société du protestantisme frani'ais, année 1909. p. 485-.542.
lui, pour l'âme damnée des Lorrains. Cet instrument était Maurevei't. On ne le chercha pas longtemps.. Après l'assassinat de Mouy, « il luy avoit esté commandé de se retirer en sa maison, comme ne se fiant nullement à lui ' » ; mais craijrnant une vengeance, il était, d'après de Thou, « demeuré caché dans les maisons des Guise, changeant, de temps en temps, de demeure », pour dépister les recherches"^. Il semble même, vers cette époque, avoir été assez inquiet du lendemain, pour avoir songé à mettre sa fortune à l'abri en cas de malheur. C'est au moins ainsi que j'explique la donation de tous ses biens consentie par lui, le 28 avril 1571, à Pierre de Foissy, son frère utérin'.
Au premier signal, il se trouva prêt et accourut au rendez-vous que le duc d'Anjou lui fit donner en « un château des environs de Paris'" ». Feignant d' « aller jouer en cette demeure », le duc eut là avec lui une première entrevue, où, très vite, on tomba d'accord, surtout après que « nous luy eusmes dit, poursuit le Discours, que, pour son salut, il ne devoit refuser l'entreprinse, et que nous sçavions bien que, s'il tomboit entre les mains de l'Amiral, il luy feroit mauvais parti pour le meurtre de son plus favori ami Mouy, et qu'il
' Brantôme, éd. Lalanne, t. VU, p. 233. ' De Thou. op. cit., t. VI, p. 383.
'' Arch. nat., Y. 111, fol. iuO.
' Mémoire.'! de l'eslal de France, t. I, fol. 193 y. — On a dit que ce « château » était la maison de Jérôme Gondi, écuyer de la Reine-niére, à. Saint-C.loud, la même où fut assassiné Henry III. On verra plus loin (p. 328) qu'il n'en est rien et que Gondi n'était pas encore, en 1372. propriétaire dune maison à Saint-Cloud.
CIIAllI.KS 1)K l.dUVlKlIS, SKKiNKUH l)i: M AIIIKN Kll I 127
lie |)OuvoiL if;Mori'f (|iril ne l'cusl fail clicvalcr ' pour hiy on faire iiulaiit, et (|iril iifii (IcndjI jamais attendre (lii'uu mauvais traitement ■ ». Puis, sur sa promesse (le tenter le coup, il n'v eut plus (|u'<à « discourir des iiiii\i'ns et (le la t'aciliti' (Tv |iar\t'nir ».
Coligny iiabilait alors i-ue de Bétliizy, à l'angle de la rue (le l'Arbre-Sec et au débouché de la rue des Fossés- Saint-Germain, (|u"il suivait cha([ue fois qu'il allait au Louvre ou en re\enait'\ Il parut qu'aucun plan ne jn-ésenterait ])lus d'avantaj^^es qu(i celui de faire arquebuser l'Amiral d'une des maisons de celle rue des Fossés-Saint-Germain. Ces maisons étant à double issue, leur façade donnant sur la rue et leur derrière sur le cloître Saint -Germain, devaient en effet offrir à l'assassin la ressource de pouvoir s'évader très sûrement, une fois le coup fait. Parmi elles, une fut choisie liifnt(M, où logeait, disent presque tous les documents, un certain Pierre de Piles de Villemur, ancien précepteur du duc Henry de Guise, dont certains historiens ont fait, à tort, je crois, un chanoine de Saint-Germain- I Auxerrois, et que plus justement l'ambassadeur de Florence dit avoir été « un prêtre du diocèse de Sens, pourvu de son bénéfice par la faveur du cardinal de Guise, ancien ai'chevèque de Sens* ».
Oli était située celte maison? Je suis parvenu, je crois, à le découvrir. Bien entendu, elle n'existe plus
' Chevaler = poursuivre, persécuter.
' Discours à un personnage d'honneur... dans BorJier, op. cil., p. 56.
' Bordier, La Saint-Barthélémy et lacrilique moderne, p. 39.
* Lettre de J.-M. Petrucci à. François de Médicis. 23 août 157i (Desjardins, Xéi/ociations de la France avec la Toscane, t. III, p. 808).
128 I)K aUELoUES ASSASSINS
aujourd'hui, et il ne pouvait s'agir dans mes reclnu-clies que de retrouver sa place sur les anciens plans du quartier. Ce quartier de Saint-Germain-rAuxerrois s'est, en effet, étrangement modifié depuis trois siècles et n'a plus rien gardé du caractère infiniment pilloresque qu'il avait en 1372. A cette époque, l'espace qui, entre le Louvre et l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, n'est plus occupé par aucune construction, était alors encombré de maisons et d'iiôtels et percé seulement de deux voies parallèles : la rue d'Autriche et la rue des Poulies, toutes deux perpendiculaires à la Seine.
La façade orientale du Louvre, sensiblement en retrait sur la colonnade actuelle, s'ouvrait sur la rue d'Autriche, avec en saillie sur cette façade les deux jeux de paume du palais. Vis-à-vis le Louvre, les hôtels de Bourbon et d'Anjou occupaient l'autre côté de la rue et s'étendaient en un vaste îlot jusqu'à la rue des Poulies, qui, à peu près dans l'axe de la rue du Louvre actuelle, recevait, à la hauteur de l'hôtel d'Anjou, la rue des Fossés-Saint-Germain. C'étaient les maisons situées en façade le long de la rue des Poulies à l'ouest et le long de la rue des Fossés-Saint-Germain, au nord-ouest, que l'on appelait les maisons du cloître Saint-Germain, leurs derrièresformantautour de l'église actuelle une espèce de cité, de cloître, qui avait, à l'est, deux sorties, dont l'une correspondait à la ruelle actuelle des Prètres-Saint-Germain-l'Auxerrois '.
C'est l'une de ces maisons, on le savait donc déjà, qui fut choisie pour servir de poste à Maurevert. Mais
' A. Berty, Topographie historique du rieur l'rii-is. 1S66. iii-4", t. I, p. 87 et suivantes. t29 et suivantes.
t'.ii\iii.Es i>i: i.iii viKiis, sKKi.Maii m: .maihkviih ti'J
lai|iii'llt', 011 riji'tiorait ciicorc, car on iii' [mssi'ilail (•oiimir toute iiulit'alioii précise sur cet imiiu'uhlo (|iH' le nom île son occupant, Pierre de Piles de Villemur.
Or, en parcoui'anl les registres capilulaires de Sainl- (iermain-l'Auxerrois, j'ai trouvé à ce sujet ileux documents très siijnilicatiis. Le premier, à la date du i:i juin riTti, nuMitionne ([ue, le l'hanoine Jean de Voy élanl mort el sa maison étant demeurée vacante, le sieur de Villemur s'est présenté devant le chapitre, et a demandé, au nom du cardinal Nicolas de Pelle vé, archevêque de Sens, la location de cet immeuble'. Cette demande fut piûse en considération, car, peu après, nous trouvons inscrite dans les mêmes registres, à la date du 5 septembre 1370, copie du bail consenti au cardinal de Pellevé •.
Est-il téméraire de supposer (|ue ce Villemur, qui apparaît ici comme l'homme d'affaires de l'archevêque, dut, le bail signé, se loger dans la demeure dont il avait négocié la location, ou, en d'autres termes, que <c la maison du sieur de Villemur » et celle du cardinal de Pellevé ne sont qu'une seule et même maison? Cette hypothèse est d'autant plus plausible qu'elle se trouve confirmée par un autre document. «Certains, ditexpressément l'agent llorentin Cavriana, jugent que M""" de Nemours, veuve du duc de Guise, a dressé le coup, et que Chailly, maître d'hôtel du Roi, qui a un de ses frères majordome du cardinal de Pellevé, auquel était la
' Registres capilulaires de Saint-Germain-l'Auxerrois. 1568-1572 (.\itIi. nat, LL. 405. fol. 141 v»).
'- Ibid., fol. 157 ^-158 v».
130 DE gUELQUES ASSASSINS
demeure d'où fut tirée l'arquehusade, y a tenu la main '. »
Dès lors et tout ceci posé, l'emplacement de la maison du crime peut être aisément lixé. Il est dit, en effet, dans le bail, dont je parlais plus haut, que le logis concédé à Nicolas de Pellevé est « tenant, d'une part, à la maison dite du Doyenné et, d'autre, à la maison de la chapelle Saint-Eutrope », Comme un plan très détaillé de la censive de Saint-Germainl'Auxerrois, datant du xvi^ siècle-, nous donne l'emplacement exact de ces deux dernières constructions, il n'y a pas de doute que celle qui se trouve très apparemment entre elles deux, ne soit la maison qui nous intéresse, et qui se serait trouvée à peu près à l'angle de la rue des Poulies et de la rue des Fossés-Saint- Germain. Ce qui pourrait achever de nous convaincre, c'est que Jules Gassot, dans les Mémoires qu'il nous a laissés sur la Saint-Barthélémy, déclare de même que la maison en question était « une maison joignant le Doyenné ' ». Quelques documents portent, il est vrai, que cette maison était à M"" de Nemours. Mais le nonce Salviati nous donne l'explication de cette erreur. « Ces jours passés, dit-il, ce logis avait été assigné par les fourriers du Roi à M"^ de Nemours, qui s'en est servie pour sa suite, tandis qu'elle était logée à la Cour,
' Lotlre de Cavriana au sccrOlàire Concini, Paris. 27 août Ij72 (Desjardins, op. cit., t. m, p. 813).
' Arch. nat., N^ Seine, 63.
' Léon Marlet, Soles critiques sur la Sainl-Barlhélemy, d'après les mémoires inédits de Jules Gassol. dans le Bulletin delà Société du protestantisme frurii'ais, l'.l03. p. 3&2.
Plan d'ine partie de la censive de l'église
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XERROrS, VERS I.E MILrEf DT XVI' SiÈClE
(Archives Xaiionales, N- Seine ,65
l.Mvm.ES IIK I.dlVIKlIS, SKIC.N'I'.ril l)K MAllUAKIll Dl
«l'oii (lu ri'slt' l'Ile est part ic ilt'|iuis i|urli|iii's jours, se lrou\;uit jiTOssc cl indispuséc '. ■>
Diins ces conditions, il osl (lillicilc de doulfc du liien fondé de ma supposition, corroborée enlin par le dire d'un contenipoi'ain (|ui place le lieu de l'atlenlal entre l'Iu'iUd de Houi'bon et l'Iiôtei d Anjou, c'est-à-dire au dt'd)ouclu!' de la rue des ross(''-;-Saint-(iernKiin dans la lue des Poulies^, et par celui de l'ambassadeur vénitien (jui parle d'une maison dont les fenêtres commandaient un peu obliquement la rue des Poulies '.
Un ancien serviteur des Lorrains est élu pour assassin ; on choisit, pour l'y poster, le logis d'un autre de leurs familiers ; c'est enfin un surintendant des affaires <lu duc de Guise, François de Villiers, seigneur de Cliailly, qui est chargé de tout régler, et qui apparaît, pour ainsi dire, comme le metteur en scène du drame (jui va se jouer.
La veille du 22 août, rapportent certains documents, trois jours avant, disent d'autres plus exactement peutêtre \ Chailly amène au logis de Villemur, qui en est
' Lettre du nonce Salviati au oanlinal do Cnuie, i'2 août lô72 (Tlioinor, Annales ecclesiaslici, t. I, p. 32S|.
■ « Vous serés advei'ly coiiime ce matin, k 10 heures, Monsieur l'admirai sortant du chasteau, entre la porto qui sort de l'hostel de Bourbon et la maison de Monsieur, autres l'oys l'hostel de Villeroy, luy a esté tii'é un coup d'aniuebouze par une fenestre, et a esté le coup tel qu'il luy a emporté un doigt de la main droite et au brasgauctie luy a percé à trois doigts près de la main montant jusqu'au coude u (Lettre de MM. Masso et Rubis aux consuls de la vitle de Lyon. Paris, 23 août 1572. Archives communales de Lyon, AA. 35, n° 184).
^ «... Fu da una linestra, che un poco obliquaniente imboccava quella strada, tiratauna archibusata... » {Relation de Giovanni Michiel. 1572. dans .VIberi, Relazioni degli amhascialovi veneti. i" série, t. IV, p. 2SS).
* Davila, llisto) ta (telle f/iicrre civili <li Francia. \^ii. t. I. p. 278.
132 DE (JUELQUES ASSASSINS
absent, «une espèce de soldai acconipag^né d'un laquais et le recommande à la servante du lieu, lui disant : « Ayez en autant de soin que si c'était le maître du « logis, parce que c'est un de ses intimes amis m Là-dessus, la servante le met couclierdans la cliambre et le lit même de Villemur, et ne peut obtenir du laquais, qui ne sert que depuis quelques jours l'inconnu, que ce seul renseignement : qu'il seroil un nommé Bolland ou Bondot, arclier à cheval de la garde du Roi' ».
Il semble bien, comme je le disais tout à l'iieure, que l'assassin ait passé là quelques jours, guettant sa victime, sassurant de ses allées et venues lial)ituelles et du moment le plus favorable à son criminel dessein. Brusquement, le vendredi, 22 août, au matin, il s'y décide, envoie son laquais cliez M. de Ciiaiily, pour le prier de lui tenir prêts les chevaux ([u'il lui avait promis pour favoriser sa fuite, « fait collation" », et prépare tout pour son alientat.
Il pouvait être environ 10 heures et demie. L'Amiral sortait du Conseil, présidé par le duc d'Anjou, où avaientété examinées diverses doléances des réformés et oïl avait été réglé un différend survenu entre deux gentilshommes de Bourgogne, François Marafin, seigneur de Guerchy et Léonard de Damas, seigneur de Thianges. Devant le Louvre, il se ci'oisa avec le Roi, qui revenait
> De Thou, Hiatoire. t. VI, p. 38G.
- Lettre île l'ambassadeur du duc de Manloue, citée dans La Ferrièrej Le XVI' siècle et lei Valois, 1S79, in-S", p. 320.