‹ De Quelques Cas d'Anesthésie Généralisée Dans l'HystérieChapitre 10 sur 17 · Q C. 3 LE · texte numérisé non relu

Q C. 3 LE

UNE lisée aux membres inférieurs et aux avant-bras. Dans la nuit du 23 au 24 octobre, il a quatre accès de crampes douloureuses, qui dès lors se reproduisent toutes les nuits. ,

Le 30 octobre, l'anesthésie est généralisée, et a frappé les trois modes de la sensibilité : la conjonctive seule est restée sensible. L'’anesthésie cutanée est si complète que le malade, ayant dans la main un objet sans le regarder ignore s’il le tient réellement : il ne peut marcher sans contrôler par la vue ses mouvements de progression et sans s'appuyer. En effet, il y a aussi diminution marquée de la force des membres inférieurs ; en même temps qu'un tremblement qui parfois agite tout le corps.

Le 30 janvier, on observe une abolition du sens musculaire ; les conjonctives, elles aussi, sont devenues insensibles. Avec cela, anorexie absolue.

En som me, l'œil et l'oreille seuls sont restés sensibles, quoique cependant l'acuité visuelle soit moindre à droite, l’acuité auditive moindre à gauche.

Les mouvements volontaires ne sont possibles qu'à la condition d'être réglés par la vue. Si on fait compter le malade et qu'à un moment donné on lui bouche les oreilles, il s'arrête tout à coup. d

L'expérience de Strumpell réussit très bien sur lui. Par contre, quand on le laisse dans les conditions normales, c’est-à-dire si on l’abandonne à lui-même, il dort très peu la nuit (une heure environ). L

Au printemps de 1886, le malade revient lentement à l’état de sensibilité normale ; mais son caractère change ; il devient querelleur et ivrogne.… ?

TMD ES

OBSERVATION IV (Ziemssen).

Terminaison fatale ; Examen microscopique négatif.

W... F..., femme, âgée de 58 ans.

Antécédents : Trois semaines avant son entrée à l'hôpital, la malade est prise d’une faiblesse du bras et de la jambe droite. Tremblement, marche difficile, puis céphalalgie et fourmillements dans les membres droits. (La malade a eu 16 enfants, dont 15 sont morts en bas âge, la plupart de tuberculose.)

Etat au 20 mai 1889 : parésie de la jambe et du bras droits, avec tremblement intentionnel; marche impossible, sans aide ou sans appui. Anesthésie et analgésie des doigts et de la jambe de ce même côté droit, En même temps, aphonie complète : à l'examen laryngoscopique, on n'observe qu'une juxtaposition incomplète des cordes vocales dans les efforts de phonation.

Le 6 juin, on note à la fois de la précipitation et de l'irrégularité du pouls, et un affaiblissement de l'acuité visuelle à droite. .

Le 24 juin, alors qu’un mois avant les excitations thermiques fortes étaient encore nettement perçues, l’anesthésie cutanéeest devenue complète et généralisée. Le goût et l'odorat sont également diminués, surtout à droite.

L'expérience de Strümpell a un plein succès.

En juillet, l’état s’est amélioré : l’anesthésie et l’analgésie sont moins marqués; mais la malade a

= 00 maigri ; elle succombe le 4 août, après avoir eu dans les derniers jours un peu de diarrhée, ct une température de 38°9,

Autopsie : Traces d'inanition et d'atrophie sénile. L'examen minutieux des centres, l'étude microscopique du pont de Varole et de la moelle allongée ne donnent rien.

OBSERVATION V (Raymond).

Anesthésie totale, presque généralisée.

Madeleine J..., domestique, âgée de 26 ans.

Antécédents : présente depuis l'âge de 18 ans, des accidents hystériques ; elle était entrée déjà en 1888 à Saint-Antoine dans le service de M, Raymond pour dyspnée et toux hystériques. En 1889, elle resta quatre jours en état de sommeil.

Etat actuel : Revient chez M. Raymond à l'hôpital Lariboisière, le 22 décembre 1890 : elle eut pendant ce dernier séjour, une éruption de bulles de pemphigus, due à des troubles d'origine vaso-motrice.

La force musculaire est diminuée aux bras, surtout à gauche. La jambe droite est contracturée en extension et la malade, en marchant, traine le membre : le pied droit est ballant, et porte sur sa face antéroexterne des taches ecchymotiques, datant de deux ans, au dire de la malade.

Anesthésie totale et généralisée, sauf aux membres inférieurs, et au cuir chevelu, qui est le siège d’une

DES Ne

hyperesthésie notable. Le sens musculaire est aboli pour les membres supérieurs. Le goût est émoussé, les muqueuses linguales et buccales anesthésiées, le réflexe pharyngien aboli. Anosmie à gauche.

Rétrécissement du champ visuel; anesthésie con- Jonctivale, micromégalopsie ; dyschromatopsie pour le violet.

Notons que la malade est facilement hynoptisable ; elle souffre d'une ovaralgie double, et a de l'aménorrhée.

Du côté du tube digestif, anorexie, vomissements, spasmes œsophagiens. L'anesthésie n’a pas atteint les muqueuses anale et uréthrale : la défécation est normale, et lors des mictions, la malade a conscience de la sortie de l'urine.

25 janvier. La sensibilité cutanée est abolie partout, sauf au membre inférieur gauche, dans ses deux tiers inférieurs. Sur l'abdomen, une zone sensible est conservée.

Il y a en même temps anesthésie thermique et insensibilité à la douleur.

Les troubles fonctionnels des membres viennent corroborer, comme une conséquence logique, les perturbations observées dans la sensibilité générale. La malade ne peut plus exécuter un mouvement, si les yeux ne les dirigent. Elle na même plus la notion de la position quoccupent ses membres, quand ses regards ne sont pas fixés sur eux. Elle peut écrire, aidée par la vue, mais ne se rend pas compte du moment où la plume touche le papier.

Par suite de la diminution de la force musculaire,

ses membres soulevés retombent, sans qu’elle puisse les maintenir dans la position qu'on leur a donnée, d'autre part, contrairement à ce qui se passait chez le malade de Heyne (Q obs. II, page 17), l'occlusion des oreilles n’a pas d'influence sur la parole.

OBSERVATION VII (Raymond, 1891).

P... Pascal, journalier, àgé de 43 ans.

Antécédents : père mort à 75 ans de maladie inconnue ; mère morte à 40 ans d'un cancer stomacal ; un frère bien portant ; une sœur morte à la suite d'une crise nerveuse.

En 1879, à l’âge de 33 ans, P... est atteint d’une fièvre muqueuse. En septembre 1889, il entre à l'hôpital Andral pour une fièvre typhoïde à la suite de laquelle il a quatre rechutes. Après que sa maladie, qui dure 4 mois, a disparu, P... souffre de rachialgies et de douleurs qui, partant des pieds, remontaient le long des jambes.

Il éprouve en outre un agacement généralisé, il est d'ailleurs affecté d’un caractère très irrascible, se livre à la masturbation, et passe pour très menteur.

En mars 1890, il est pris d’une rétention d'urine, et depuis, il n'urine plus qu’au moyen d'une sonde. Il a vers cette époque une première crise nerveuse, suivie d’autres. Les crises, devenues assez fréquentes, durent une heure environ ; elles sont précédées d’un besoin pour le malade de se lever, et d'un aura se traduisant par une sensation de lourdeur dans le bras droit.

tu, fe

Au début des accès, ce bras droit est saisi d'un tremblement qui se généralise rapidement.

Le malade ,depuis sa fièvre typhoïde, vomissait presque tous ses aliments. Ausortir d'Andral, en juin 1890, il entre à Lariboisière, qu'il quitte bientôt à la suite d'une discussion avec une infirmière. Il entre alors à Necker, puis à la Salpêtrière, passe 10 jours à l'Hôtel- Dieu, et revient le 20 novembre à Lariboisière, dans le service de M. le docteur Raymond.

Etat actuel (21 novembre 1890) ;

Le malade, de caractère très irritable et très susceptible, prétend que sa mémoire faiblit, surtout la mémoire des faits récents. Il ne présente pas de signes de dégénérescence.

Sitôt qu'on essaye de le déplacer dans son lit, on observe un tremblement rapide des jambes. Si l’on imprime à l’une d'elles uu mouvement brusque, les deux membres inférieurs se contractent, et sont pris de tremblements ; couché sur le côté, le malade peut fléchir les jambes sur les cuisses.

Un bruit subit, le fait de lui ouvrir les yeux fermés provoquent des secousses généralisées aux quatre membres. Quand il a les yeux fermés il est difficile de lui arracher quelques paroles.

Pas de trépidation spinale ; réflexes exagérés.

Parésie des muscles de l’avant-bras et de la main :

Au dynanomètre, à droite, 8 kilos ; à gauche, 7 kilos.

Le malade, levé, ne peut marcher sans appui; ses jambes s'entrecroisent pendant la marche. La position assise l’agace et exagère sa douleur lombaire.

— 24, — Au niveau de la 5° dorsale, à gauche, zone hystéro-

gène.

Réflexe plantaire cutané aboli à droite.

Sensibilité. — Anesthésie complète et généralisée,

au toucher, à la douleur, à la température. L’anesthésie s'étend aux muqueuses : seule la conjonctive n’a pas per du toute sa sensibilité.

L'odorat et le goût sont abolis.

Vue — L'acuité visuelle a diminué, la lecture est presque impossible. Champ visuel presque nul; polyopie monoculaire ; dyschromatopsie.

Ouie très émoussée.

Erections totallement abolies depuis sa fièvre typhoïde ; rétention d'urine, insensibilité du canal à la sonde.

Les besoins de manger et de déféquer n'existent pas chez le malade ; il y satisfait par raison.

D'autre part, le sens musculaire est complètement aboli ; il ignore la position de ses membres quand il ne les voit plus. Il ne distingue pas au toucher la forme des objets.

Il est insensible à la tortion des jointures, il n'y a plus de sensibilité électrique : pourtant le malade accuse une légère crampe avec le courant maximum, qui contracte énergiquement les muscles.

L'expérience de Strümpell, pratiquée sur lui, réussit très bien ; une fois qu'on a provoqué le sommeil, cn ne peut réveiller le sujet qu'en lui entrouvrant les yeux. Les mouvements, même commencés, sont complètement arrêtés, sitôt que ses yeux sont clos.

Outre tous ces symptômes, le malade se plaint de céphalalgies et d'insomnies. On lui donne comme traite-

SOC] Pie

ment général du bromure de camphre et un gramme de sulfonal le soir ; la médication reste sans cffet. L'antipyrine, à dose de deux grammes, amène une diminution de la céphalalgie.

Pendant son séjour à l'hôpital, P.., a eu plusieurs attaques hystériques.

En janvier 1891, à la suite d'une nouvelle discussion avec une infirmière, il quitte l'hôpital ; il recommence ses pérégrinations, reste deux mois à l'Hôtel-Dieu, et revient le 12 mars à Lariboisière.

Etat au 25 mars 1891.

P... est notablement amaigri ; il ne se nourrit- qu'au moyen de quatre œufs par jour. Il ne dort plus que deux heures par nuit. L'état général de la sensibilité est le même que précédemment.

Si on le fait compter, et qu'à un moment dorné on lui bouche les oreilles, les sons s'arrêtent sur ses lèvres, et son visage prend un aspect hébété.

Pas d’excitabilité neuro-musculaire.

La vue se trouble dès qu'il a fixé quelque temps un objet ; sitôt qu'il a les yeux fermés, tout mouvement lui devient impossible, tout objet lui échappe des mains.

Le 14 mars on a tenté sur lui l'expérience de Strümpell, sans résultat. Le malade a été pris de nausées et de mouvements épileptoïdes. Quandon lui a enlevé je bandeau, un tremblement généralisé a agité tout son corps, et sa face a exprimé une vive terreur. Il lui a semblé, a-t-il dit, n'avoir pas existé pendant tes quelques minutes.

PS

nn M de

Le 27 mars il a une attaqué d’hystérie qui le laisse très affaibli.

Le 30 mars, on tente à nouveau l'expérience de Strumpell, cette fois avec un plein succés.

Disons enfin que pendant le séjour de P... à l'hôpital Lariboisière et dans les autres hôpitaux, on à en vain essayé de provoquer chez lui le sommeil hypnotique par les moyens ordinaires.

OBSERVATION VIT (Ballet).

{Progrès médical du 25 juin 1892.)

Le nommé Aim..., âgé de 36 ans.

Antécédents : deux oncles, paternel et maternel, morts aliénés ; lui-même très nerveux.

Jusqu'en 1886, il jouit d'une très bonne santé. A cette époque, il tombe à l'eau d'une hauteur de six mètres. Dès lors, il a vu se manifester en lui des phénomènes qui l'ont mis dans l'impossibilité de travailler.

Etat actuel en juin 1892: Le malade est atteint à la fois de neurasthénie, de maladie de Basedow et d'hystérie. Il à eu des attaques, mais ces attaques ont été assez rares, il est vrai, et n'ont pas reparu depuis un certain temps. Par contre, les troubles de la sensibilité sont particulièrement remarquables ; le sujet présente tous les symptômes de l'anesthésie, et cette anesthésie à la fois absolue comme degré et totale eomme étendue, à frappé les muqueuses aussi bien que le re-

vêtement cutané. Il a la sensation de la faim, mais ne seat pas passer les aliments qu'il avale. Il ne sent passer davantage ni l'urine ni les matières fécales, et n'est averti du besoin de s'exonérer que par un sentiment de gène au bas-ventre. Il a eu des rapports sexuels pour la dernière fois un an auparavant, sans aucune sensation voluptueuse.

Le sens musculaire est également aboli; la torsion des articulations n'est pas perçue : le malade n’a d’ailleurs nulle conscience des mouvements communiqués à ses membres.

Le goût et l’odorat sont abolis, l’ouie diminuée ; la vue persiste avec double rétrécissement concentrique du champ visuel. Polyopie monoculaire gauche. La vue étant le sens le moins atteint, donne lieu à des hallucinations causées par ce fait que toui le travail intellectuel se concentre sur les seules images visuelles : et comme les autres impressions sensorielles n'existent plus pour rectifier ces hallucinations, le malade est convaincu de leur réalité.

L'expérience de Strümpell, pratiquée sur lui, obtient un plein succès. Si on ne fait que lui boucher les oreilles, on ne crée en lui aucun état nouveau, on n'observe rien; mais celles-ci étant bouchées, si l’on vient à lui clore les yeux, le malade tombe dans un profond sommeil, dont on ne peut le tirer en enlevant les tampons de ouate qui obstruent les conduits auditifs.

Quand le malade est ainsi endormi, son pouls est de beaucoup moins fréquent qu'à l'état de veille; le nombre des respirations est également moindre. On ne peut faire sortir le malade de son sommeil qu'en lui

entr'ouvrant les paupières. Il se réveille alois en sursaut.

Notons qu'il dit faire une différence entre le sommeil naturel et ce sommeil provoqué ; dans les deux cas, les sensations au réveil ne seraient pas les mêmes.

OBSERVATION VII (Raymond).

Gos..., 32 ans, tailleur sur cristaux.

Antécédents héréditaires : Son père, mort d'accident, avait un caractère violent ; sa mère était une hystérique à grandes crises ; avait eu 19 enfants, dont 6 vivants. Une sœur du malade est hystérique; deux autres sœurs ont perdu leurs enfants en bas äge d'accidents convulsifs.

Antécédents personnels : Le malade n’a jamais eu l'intelligence très développée; il était somnambule dans sa jeunesse. Au régiment, il était maladroit, et il lui fallait regarder son fusil pour ne pas le laisser tomber. Avant son départ pour le service, ils'était fiancéà une jeune fille qui mourut pendant son absence; il en conçut un grand chagrin et eut dès lors des crises d'hystérie.

Il s'est de plus intoxiqué par le plomb dans son métier.

Etat actuel (décembre 1892): Dans la nuit du 41 au 12 décembre 1892, le malade a été trouvé sans connaissance sur la voie publique, et apporté dans le service de M. le docteur Raymond.

Jl a bien le type d’un dégénéré ; ses oreilles sont mal] curlées. IT a l'aspect morne, l'air hébété; il répond aux questions qu'on lui pose, mais lentement; sa mémoire est infidèle, surtout pour les faits récents. Toute la journée, il a l'air absorbé, « ne pensant à rien », ditil. La nuit, il est poursuivi par des hallucinations au cours desquelles il voit surtout des chats noirs.

Il est violent de caractère, et s'en rend compte ; ses sentiments affectifs ne semblent pas affaiblis, Il a des tendances à l'hypochondrie.

On observe chez lui un rétrécissement considérable du champ visuel et de la dyschromatopsie (jaune et violet). L'ouïe estobnubilée, le goût et l’odorat ont disparu. Il n'a plus la sensation de la faim, et comme le malade de l'observation VIT, iln’est averti du besoin de s'exonérer que par un certain sentiment de pesanteur. Les fonctions génésiques s'accomplissent encore, mais sans désir ni plaisir. Il y a enfin un affaiblissement général de la force musculaire.

Mais ce qui attire par dessus tout l'attention, c’est l'anesthésie dont G... est atteint; cette anesthésie est totale et absolue, elle a frappé tous les modes de la sensibilité cutanée, toutes les muqueuses accessibles, les muscles et les articulations.

Seule la sensibilité subjective persiste, et le malade se plaint souvent de maux de tête; les réflexes sont conservés, sauf ceux pour lesquels la perception constante semble nécessaire (exemple : titillation des fosses nasales).

L'expérience de Strumpell réussit avec lui; mais il

s'éveille

ail-

ôte ls bandeau. Elle

, Sion lu

ot 27. t

Page 1