OBSERVATION V
Décollement prématuré du placenta. — Pas d’albuminurie. — Hémorrhagie avant l'accouchement. — Hémorrhagie abondante au moment de l'accouchement et ‘après la délivrance. (Archives du service d’accouchements de l'hôpital Lariboisière).
Caroline S... M..., 22 ans, blanchisseuse, entre à l’hôpital Lariboisière le 6 avril 1891.
Sa mère est morte d’une fluxion de poitrine; son père est bien portant ; ses frères et sœurs jouissent d’une bonne santé.
Elle est nerveuse, mais n’a jamais eu de grandes crises. A 14 ans elle a eu une fièvre typhoïde; elle a été réglée à 16 ans et toujours régulièrement depuis. Elle est anémique ; leucorrhée abondante.
En 1889, elle a eu une première fausse couche de huit mois, enfant mort, du sexe féminin.La même année, seconde fausse couche de trois mois et demi. En 1890, lroisième fausse couche de quatre mois et demi, fille mort-née. Le père est bien portant ; on ne relève pas d’antécédents syphilitiques des deux côtés.
Le 6 avril 1891, à huit heures et, demie du matin, elle entre à l'hôpital Lariboisière pour une nouvelle grossesse à terme. Elle a eu ses dernières règles le 7 juillet 1890 : elle n'offre pas trace d'œdèmes, les urines ne contiennent pas d’albumine. Les douleurs n’ont pas encore commencé, mais la malade a eu une forte hémorrhagie ; elle ne peut donner de renseignements sur le mo-
ment de la rupture des membranes. Pendant la grossesse elle a
Castets 6
eu des nausées et des vomissements assez fréquents. La consti-
tution est bonne, la conformation du bassin normale.
On l'examine immédiatement après son arrivée. On trouve une dilatation du col égale à une pièce de cinq francs ; l'enfant se présente par le sommet en position O. I. G. A. Les battements du cœur fœtal ne sont pas perçus ; les mouvements ont cessé depuis quelque temps. On constate sur le côté gauche de l'utérus vers le tiers moyen une tumeur ; les pressions exercées dessus amènent un écoulement de sang plus prononcé et la tumeur se reforme si l’on cesse de la comprimer. On diagnostique un décollement pré-
maturé du placenta et. l’on fait des injections vaginales chaudes.
Les douleurs commencent à 9 heures et demie, la dilatation est complète vers 41 heures et quart et à 11 heures et demie l’accouchement se fait spontanément. La femme expulse un enfant mort du sexe masculin, pesant 3000 grammes, mesurant 50 centimètres, 27 centimètres de la tête à l’ombilic, 23 centimètres de l'ombilic aux pieds. Au moment de l’accouchement il se produit une forte hémorrhagie ; le placenta vient tout de suite après l’enfant. On donne à la malade quatre injections vaginales à 48°. La durée du travail a été de 2 heures et demie.
L'hémorrhagie continue encore dans l'après-midi, on donne à 4 heures deux injections sous-cutanées d’ergotine d'Yvon et vers > heures l’hémorrhagie s'arrête. Depuis lors, la malade quoique anémiée, va bien; elle sort le 13 avril en bon état, 9 jours après
l'accouchement.
Le placenta est malade ; on trouve plusieurs noyaux fibreux,
entourés d’un cercle graisseux, traces d'hémorrhagies anciennes.
D'après le siège de la rupture des membranes vérifié après l'accouchement, il est probable que le placenta était bien inséré au niveau du point de l’utérus, où, avant l'accouchement, on trouvait une tuméfaction réductible.
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Le cordon mesure 42 centimètres ; il n’y avait pas de circulaires. Le liquide amniolique était normal.
Le diagnostic de décollement prématuré du placenta porté
avant l'accouchement a été basé sur les faits suivants :
1° Mort de l'enfant ;
2° Présence d'une tumeur sur le côté gauche de l'utérus donnant à la pression un écoulement de sang plus prononcé et se reformant sitôt la pression cessée.
Ce diagnostic a été confirmé par la sortie du placenta immédiatement après l’enfant.
Dans cette observation le diagnostic ferme de décollement prématuré du placenta fut posé et établi sur la mort de l'enfant, l’'hémorrhagie et la présence de la tumeur réductible.
L'hémorrhagie abondante qui se produisit après la délivrance,. celle-ci s'étant faite immédiatement après l’accouchement, montre’bien qu’il s'agissait d’une hémorrhagie rétro-placentaire.
La femme n'étail pas albuminurique.
Les trois avortements successifs sont intéressants à signaler chez une femme vierge de tout antécédent syphilitique, mais anémique, et présentant une leucorrhée abondante el ancienne.
OBsERvaTION VI
Décollement prématuré du placenta. — Nuage d’albumine. — Hémorrhagie avant l'accouchement (Archives du service d'accouchements de l'hôpital Lariboisière). Ê Marie L..., 29 ans, domestique, entre à l'hôpital Lariboisière,
le 18 mars 1893.
! Elle n’a pas d’antécédents pathologiques héréditaires.
Elle n’a pas eu de maladies dans l’enfance; elle est réglée depuis l’âge de 12 ans ; les règles reviennent toujours régulièrement et durent 2 ou 3 jours. Pas de pertes blanches, pas de douleurs dans le bas-ventre.
Le 30 décembre 1887, arrivée au septième mois de sa grossesse, elle a expulsé un enfant mort,du sexe féminin ; elle reste 15 jours au lit, pas de mauvaises suites de couches.
En mai 1889, elle accouche à 8 mois d’un garçon qui vit environ un mois. suites normales de couches.
Elle n’a pas d’antécédents syphilitiques, mais elle ne peut donner de renseignements sur Je père. Elle ne donne pas non plus de renseignements au sujet de l’examen antérieur de ses urines.
Les dernières règles ont eu lieu du 25 au 27 septembre 1892, la grossesse actuelle paraît être de 5 mois 1/2 au moment où elle entre à l'hôpital Lariboisière, le 18 mars 1893 à 4 heures 10 minutes du matin.
Pendant les trois premiers mois de la grossesse actuelle, à l'époque correspondant aux règles, elle perdit un peu de sang. A part cela il n'y eut aucun accident, aucune complication. La consüitution ‘est bonne, la conformation du bassin normale.
Le 17 mars, à onze heures du soir, la malade eut une hémorrha-
gie précédée de quelques petiles douleurs qui s’arrêlèrent bientôt.
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L'hémorrhagie fut assez abondante et dura jusqu’à 3 heures du matin, moment où apparurent les premières douleurs.
Quand elle entre à l'hôpital on n’entend pas les battements du cœur fœtal. La malade n'offre pas trace d’œdèmes, mais on constate dans les urines un léger nuage d’albumine, Le sommet se présente en OIGA.
Les douleurs continuent normales ; à 7 h. 1/2 du matin, la rupture des membranes se fait spontanément. Un quart d'heure après, à 7 h. 45, l'accouchement se fait spontanément. La parturiente expulse un enfant-mort, du sexe masculin, pesant 650 grammes, mesurant 30 centimètres, 15 centimètres de la tête à l’ombilic, 15 centimètres de l'ombilic aux pieds.
La délivrance est spontanée, le placenta vient immédiatement après l’enfant. Le travail a duré 4 h. 45 minutes,
Le lendemain matin, 19 mars, la malade expulse un gros caillot de sang, quelques douleurs ont précédé. Suiles de couches normales ; l’albumine disparaît après l’accouchement, la femme quitte l’hôpital le 27 mars, après 10 jours de séjour, en bon état.
Une bonne moitié du placenta présentait des noyaux étendus de dégénérescence granulo-graisseuse : l’autre moitié était saine. Il pèse 220 grammes.
Le cordon mesure 36 centimètres ; pas de circulaires.
Les membranes sont complètes et mesurent 26/8.
Le liquide amniotique est normal.
L'ailbuminurie ne peut pas être invoquée pour expliquer ici le décollement du placenta, le léger nuage existant dans les urines ayant disparu après l'accouchement.
| Les lésions de dégénérescence granulo-graisseuse du placenta étaient très étendues.
La femme avait déjà fait deux accouchements prématurés ; elle
n'était pas syphilitique.
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OBsERvVATION VII
Décollement prématuré du placenta. — Pas d’albumine.. — Première hémorrhagie 29 jours avant l'accouchement. — Seconde hémorrhagie 41 heures avant l’accouchement. — Enfant vivant
(Archives du service d’accouchements de l'hôpital Lariboisière).
Marie B..., 26 ans, journalière, entre à l'hôpital Lariboisière, e25 février 1892.
Pas de renseignements du côté de son père ; sa mère est
morte d’apoplexie.
Elle n'a eu aucune maladie dans son enfance, elle a toujours joui d’une bonne santé. Elle a été réglée pour la première fois à l'âge de 11 ans; depuis ses règles se sont toujours régulièrement succédées et durent une huitaine de jours chaque fois. Pas de pertes blanches. Pas d’antécédents syphilitiques. Le père joui d'une bonne santé.
En 1884, elle a accouché à terme d’une fille qui a vécu un an. En 1890, elle a accouché d’une fille actuellement vivante. Les deux accouchements ont été normaux.
Les dernières règles ont eu lieu vers le 30 avril 1891, la grossesse actuelle paraît être de 9 mois et trois semaines au moment où elle entre dans le service d’accouchements le 25 février 1892 à 5 heures 1/2 du matin. La constitution est bonne, la conformation du bassin est normale, Elle n'offre pas traces d’œdèmes, les urines ne contiennent pas d’albumine. Pendant la grossesse elle a eu des nausées et des vomissements. Le 27 janvier, la malade a eu une hémorrhagie abondante qui la force à entrer une première fois à l'hôpital. Elle en sort au bout de 11 jours, ne perdant plus.
Elle y rentre le 25 février avec une hémorrhagie abondante
qu’on arrête par des injections vaginales très chaudes.