‹ De quelques causes de la mort inattendue du foetus pendant le travailChapitre 31 sur 36 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ÉTIOLOGIE

Le tétanisme utérin se produit ordinairement lorsqué l'accouchement traîne en longueur par suite d’un obstacle qui s'oppose à la sortie du fœtus.

Dans les bassins viciés, soit par un rétrécissement, soit par une tumeur, l'utérus lutte pour expulser le produit de la conception ; si le rétrécissement est trop prononcé et si l'intervention se fait trop longtemps attendre, l’utérus se contracture et ne se relâche plus.

Il est encore dans ce cas une autre cause puissante de

tétanisme ; les bassins viciés se compliquent en effet généralement d’une présentation vicieuse.

= Dans un relevé de 59 cas de tétanos utérin, Duriez irouve seulement six présentations du sommet et 53 présentations de l'épaule; dans deux de nos observations nous relevons également la présentation de l'épaule. Dans ces circonstances, si la présentation n’est pas modifiée assez tôt, l'utérus se contracte énergiquement pour se débarrasser du fœtus. Mais l’évolution spontanée est lente et pénible, aussi la mort ne tarde-t-elle pas à arriver. En outre, la position même de l’enfant est une nou-

velle source d’excitations pour l'utérus ; il offre, en effet,

à 05 ft

Cet une surface fort irrégulière sur laquelle les fibres utérines vont bientôt se contracturer.

Une autre cause fort importante du tétanisme est la rupture prématurée des membranes. La poche des eaux joue en effet un rôle considérable dans le travail de l’accouchement ; s’engageant peu à peu dans le col sous l’influence des contractions utérines, elle contribue puissamment à le dilater. Vient-elle à se rompre avant que cette dilatation soit complète, le col tend aussitôt à se refermer. Dans certains cas la rupture est artificielle et provoquée par l’accoucheur ou la sage-femme afin de pouvoir faire un diagnostic précis ou dans l’espérance de hâter l’accouchement. Mais le plus souvent elle se fait naturellement et résulte alors d’une viciation du bassin. Il y a en même temps une présentation vicieuse, la partie qui se présente n’est pas engagée complètement dans le détroit supérieur et le liquide amniotique s'accumule au-dessous d’elle. Les membranes ne peuvent résister à la pression considérable qui résulte de la contraction, elles se rompentet le liquide amniotique s'écoule. Il s'écoule avec d’autant plus d’abondance que l'issue est plus libre par suite du défaut d'engagement.

L'utérus alors presque complétement vide de tout liquide s’accole étroitement au fœtus; les inégalités que présente la surface de celui-ci sont une nouvelle source d’excitation pour les contractions et l’état tétanique apparaît. « Alors, dit Spiegelberg, dans la paroi utérine tiraillée et en contact immédiat avec l'enfant, il se produit peu à peu les symptômes de l'inflammation qui peuvent fina-

lement amener l’inertie ou plus souvent une rigidité du

UE

muscle utérin.... On a ce que Nœgelé a désigné sous le nom de constriclio spastico-inflammatoria.

Dans nos observations nous voyons que les membranes se sont rompues une fois quatre jours, une autre fois deux jours et demi, la troisième fois 41 heures avant l’accouchement.

Les tentatives d'intervention arrivent au même résultat lorsqu'elles sont inopportunes ou mal faites. Le plus souvent, il est vrai, ce sont des touchers trop répétés et maladroits, des tentatives de dilatation forcée qui ne pro voquent que la rigidité, la contraction spasmodique du col. Mais la contracture gagnera le muscle utérin tout entier, si le travail dure depuis longtemps déjà ; elle ne demandait que la plus petite cause pour éclater.

On observait fréquemment le tétanisme utérin autrefois qu'on usait largement de l’ergot de seigle. Dès 1831 cependant, Capuron s'élevait contre l'emploi de ce médicament dans une discussion à l’Académie de médecine. En 1850, Danyau attribuait la mort de l’enfant sous son influence au mode de contraction qu’il déterminait et insistait sur la possibilité des ruptures utérines dans ces circonstances. M. Tarnier en 1872 écrivait : « On ne doit employer ce médicament qu’en cas d’absolue nécessité et en surveiller l'effet sur la circulation fœtale par une auscultation souvent répétée ; si les battements du cœur se ralentissent, on pourra au moins conjurer le danger en appliquant le forceps. »

Enfin dans certains cas on ne peut invoquer d'autre cause au tétanisme utérin qu’une prédisposition particulière, un état de nervosisme préexistant.

La fréquence du tétanisme utérin était -autrefois considérable en raison de l'usage abusif que l’on faisait de

. l'ergot de seigle. En 1835, Blariau, de Gand, disait qu’un

cinquième des femmes qui font. usage de l’ergot accouchent d'enfants morts. En 1859, dans son mémoire intitulé : Recherches statistiques sur l’action du seigle ergolé dans

la parturition, Deville lui attribuait la mort du 1/7 des

enfants mort-nés.

Cette affection doit diminuer mainténant que l’usage du seigle ergoté se restreint de plus en plus. [Il reste cependant les autres causes que nous avons signalées : bassins rétrécis, présentations vicieuses et rupture prématurée des membranes.

Elle doit se rencontrer de préférence chez les multipares, étant donné que chez celles-ci les présentations vicieuses sont plus fréquentes que chez les primipares. Sur ses 59 cas, Duriez relève 17 primipares contre 40 multipares et deux cas où le nombre de grossesses n'était pas signalé. Dans nos trois observations le tétanisme

a éclaté chez des multipares.

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