OBSERVATION VI
(Docteur R. Cabannes)
« M. V….. épicier, rue Daru, me fait appeler le 10 septembre 1931 pour son état vertigineux et coliques.
A l’examen, le facies est vultueux, la respiration courte, les coliques fortes et fréquentes; les selles sont normales, l'appareil pulmonaire et le cœur ne présentent rien de particulier.
Azotémie: 0,40. Tension artérielle: Max.: 17.
Min.:10.
Je pense à une intoxication alimentaire et prescris la diète avec lavages intestinaux.
Le lendemain, coliques très fortes, avec diarrhées profuses, jaunes et spumeuses.
Je prescris ne trouvant aucune réaction hépatique, chocolat, pâte de coing et riz.
Pendant trois jours, pas de sédation, mais aggravation au contraire. Les coliques sont surtout périombilicales et plient le malade en deux. Je pense à une intoxication par le plomb et serre mon interrogatoire. Le malade reconnait alors qu’il a des coliques lorsqu'il prend du chocolat; je demande à voir l’instrumentation dont ou se sert et je trouve une cuillère à dessert en métal blanc, paraissant argentée mais très malléable, donnée en prime avec le chocolat.
Je la porte à la Faculté et fais faire toute préparation alimentaire avec des cuillères en bois.
Immédiatement, les phénomènes s’amendent et le malade peut vaquer à ses occupations, quatre jours après.
L'analyse de cette cuillère pratiquée par le Docteur Jean Fourcade, selon la méthode précédente décela une proportion de plomb de 13 p. 100 et révéla en outre que la composition de l’étamage n’était pas homogène.