CHINE. — SITUATION ECONOMIQUE
termittente par les banques étrangères et celle du Bureau du Revenu impérial, par des banques privées et des maisons de commerce chinoises. Tels étaient en 1908 à Tien-Tsin les éléments de la circulation financière « ... la situation monétaire de la Chine est moins bonne actuellement qu'il y a une dizaine d'années et semble empirer tous lesjours. Les espèces employées sont avariées et l'on a introduit de nouveaux moyens d'échange dont le rapport entre eux ou avec ceux qui existent déjà donne lieu à des variations constantes et très dommageables aux affaires ^^);). Lecoursdu change baisse continuellement. La Chine achète à l'étranger plus qu'elle ne lui vend, près de 700 millions de francs en 1906 et 600 millions en 1907, elle lui paie chaque année à titre d'arrérages de sa dette publique 185 millionset, comme intérêts des capitaux engagés sur son sol dans des entreprises diverses, des sommes considérables. Elle ne possède que de la monnaie d'argent et la valeur de ce métal diminue d'année en année. Aussi le tael de Shanghaï dont le pair est de 7 fr. 47 est-il tombé à 3 francs, puis à 3 fr. 75 en août 1907, 3 fr. 07 fin juillet 1908, 2 fr. 90 en août 1909 (change de Paris).
Les conséquences de cet état de choses sont les unes favorables à la Chine et les autres défavorables. Ses industriels paient leurs ouvriers et achètent sur place les matières premières qui leur sont nécessaires avec des sommes de moins en moins importantes par rapport à celles que doivent y consacrer chez elles les nations à étalon d'or. De même les commerçants pour leurs achats locaux. C'est donc en même temps cju'une prime aux manufactures et aux exportations chinoises une gêne considérable imposée aux négociants étrangersobligés, poursolder au dehors des dettes égales à celles des années précédentes, de se procurer un nombre grandissant de taels. Par contre le gouver-
(1) Rapport du consul de France à Tien-Tsin cité par l'Économiste européen du i6 avril 1909, p. 485.
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nement de Pékin, qui doit acquitter en or les arrérages de sa dette publique, supporte du fait seul de la baisse du change une dépense supplémentaire progressive qui était en 1902 de 41 millions de francs. De même les débiteurs chinois de créanciers étrangers. Des remèdes ont été cherchés. Une commission composée de représentants des Etats-Unis et du Mexique a reconnu l'impossibilité d'établir dans ce pays l'étalon d'or, et a préconisé les mesures suivantes : unification de la monnaie d'argent, limitation de la frappe, fixation à 1/32 du rapport officiel entre l'or et l'argent et constitution d'une réserve d'or(i). Après une velléité vite arrêtée de réalisation de ce plan d'ensemble, la Cour de Pékin s'est décidée à envoyer en Europe, pour y étudier la question, une mission dirigée par un fonctionnaire, M. Tang. Il importe que les efforts esquissés jusqu'ici aboutissent promptement et suffisent à conjurer les inconvénients de la crise actuelle.
Peuplée de 350 millions d'hommes, riche en denrées agricoles et en ressources minières dont l'exploitation est àpeine commencée, la Chine possèdeles éléments d'un brillantavenir économique. Elle occupe le huitième rang parmi les pays producteurs de houille et peut-être un jour l'industrie métallurgique et sidérurgique s'installera-t-elle en grand sur son territoire. Elle est à la veille de figurer sur la liste des nations qui fabriquent des tissus et a chez elle tout ce qui est nécessaire pour manufacturer des quantités énormes de soieries. La construction des voies ferrées augmenterait l'activité des échanges. L'étendue du marché intérieur en facilitant l'écoulement de masses de produits abaisserait leur prix de revient et favoriserait leur exportation. Non seulement l'Empire du Milieu cesserait pour divers objets d'êtreun client important des usiniers étrangers, mais il pourrait, dans un certain avenir, leur disputer avec succès d'avantageux débouchés.
(1) Le Financial News cité par V Economiste européen du 3 septembre 4909, page 292.
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La place nous manque ici pour faire même une esquisse sommaire de l'état social actuel du peuple chinois. Nous allons simplement donner sur ses traits caractéristiques quelques indications succinctes (i).
La presque totalité des habitants est obligée pour subvenir à ses besoins de se livrer à un travail opiniâtre de tous les instants. L'agriculture est très intensifiée et la petite industrie comme l'humble commerce de détail extrêmement actifs. Les gens qui possèdent des avances sont rares. Aussi lorsqu'arrivent, et il en survient tous les ans, des mauvaises récoltes ou des inondations, la famine fait-elle périr des centaines de mille personnes. Malgré une natalité très forte le chifïre de la population reste stationnaire. De nombreux individus sont obligés de s'expatrier, d'autres se livrent au brigandage.
La famille est basée sur le culte des ancêtres. La piété filiale est la première des vertus. « L'attachement égoïste à sa femme et à ses enfants », et surtout le fait de mourir sans laisser de postérité mâle constituent de graves manquements à ce devoir fondamental. Les femmes qui ne donnent pas de fils à leurs maris sont souvent répudiées. Leur condition est fort dure. Elles vivent dans la maison de leur époux et deviennent les humbles servantes de leur belle-mère. L'adultère des femmes est fréquent.
Les Chinois ont des qualités et des défauts qui les différencient nettement des occidentaux, a Sauver la face est leur principale préoccupation ». Ce souci constant les pousse à dissimuler et à mentir effrontément. La morale de Confucius dont ils demeurent si fiers n'est plus qu'une étiquette dont il est séant de suivre la lettre. Le respect
(1) Un livre a paru en novembre « La Chine nouvelle » signé par celui des Français qui connaît peut-être le mieux les Chinois, M. Jean Rodes.
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excessif des formes et des apparences Temporte sur la considération du fond. Une sorte d'insensibilité nerveuse les fait assister impassibles aux souffrances d'autrui et explique la coutume de tordre les pieds des femmes, de tuer les nouveau-nés, surtout les filles, d'infliger des tortures multiples et des supplices raffmés à leurs ennemis. Le libertinage et l'amour du jeu sont des vices nationaux. L'habitude de fumer l'opium sévit sur une grande partie de la population et produit surtout ses ravages dans la plèbe anémie par le surmenage et les privations (i). Aucun idéal ne vit dans les âmes et un matérialisme grossier règne dans toutes les classes de la société. L'esprit d'invention n'existe nulle part, mais le sens de l'imitation servile est poussé très loin. Par dessus tout ce qui caractérise le Chinois, c'est son attachement invincible à ses coutumes, ses usages, ses traditions, la conviction inébranlable que la vieille civilisation de son pays est encore la plus belle et la plus haute de toutes celles qui se partagent actuellement le monde et le fait que la masse ne songe même pas à la possibilité d'un changement profond de son état actuel. A côté de ces défauts, les habitants du Céleste Empire possèdent de précieuses vertus, une politesse innée encore que cérémonieuse, l'amour des parents et le respect des vieillards, la patience et la ténacité, une égalité d'humeur et une « résignation joyeuse », une résistance physique et une capacité de travail considérables, des aptitudes commerciales, l'ingéniosité dans le détail, le goût de l'économie, et dans certaines conditions le mépris de la mort.
L'administration provinciale intervient peu dans la vie de la commune fortement constituée. Elle est assurée par des mandarins en général cupides et tyrans. Quand le peuple est à bout de patience, il se révolte et demande la
(1) « Le Temps » du 14 août 1909 a publié sur les récentes mesures du Gouvernement contre l'usage de l'opium un fort intéressant article.